FANTAISIE SUR DES MOTS ITALIENS
NON ti scordar di me ! Comme tu sais trahir Le futile secret d'une amour ancienne, En caressant ta gorge où se gonfle un soupir, O fille de Tunis, à l'âme italienne !
Je ne peux écarter le souvenir lointain Que me laisse le chant d'une entant, appuyée Au mur d'une maison faisant face au matin Et que venait mouiller la mer ensoleillée.
"Chansons dont le sanglot s'évoque chaque jour ! Vous redites sans cesse, en paroles aimées, La douceur d'être triste et de croire à l'amour. Vos rhythmes sont plus lents que des danses d'aimées.
Non ti scordar di me ! Ces mots italiens Chantent si doucement sur les lèvres des femmes ! Ils ont la tendre ardeur de ces airs anciens Qu'aimaient les troubadours amoureux de leurs dames.
Tu voudrais oublier, chère, et tu dois savoir Que nous avons versé les mômes pleurs, ou presque, Car nous cherchions à nous cacher le désespoir De notre amour humain que tu crus romanesque.
Ces mots, pleins des aveux qu'on n'a pas confiés, Tu les répèleras à l'heure où la tristesse Retrouve le chemin d'un cœur qui t'oubliait En voulant s'apaiser dans sa propre détresse.
Ces mots ont la grandeur des adieux en plein air, Quand on se quitte, un soir, sur une plage heureuse. Tu les as prononcés en voyant sur la mer Le retour balancé des barques paresseuses.
Brûlants comme des pleurs qu'on ne peut contenir, Ce sont des mots chargés d'exquise lastiiude, Des mots que voile un peu l'ombre du repentir, Et qui, dans notre coeuc, parlent de solitude.