‹ Les hommages divinsChapitre 50 sur 88 · LA MORTE IMMORTELLE · texte numérisé non relu

LA MORTE IMMORTELLE

Sous ce pin enlacé par des roses légères, Je reviens écouler l'écho de mes douleurs ; Va j'ai vu s'effeuiller, hier au soir, sur des lierres La lige qui gardait encore quelques fleurs.

C'est là, dans le bosquet oij personne ne passe Que mon unique amie est morte, un jour d'Avril. La veille, on l'avait vue errer sur la terrasse. A l'aube, elle mourut dans sa maison d'exil.

Elle aimait la fraicheur de ces roses grimpantes Qui, courbant les buissons des lierres plus épais, Enroulaient mollement leurs gerbes enlaçantes. Sur les branches des pins délicats qui chantaient.

Elle aimait les étangs pour les reflets qu'ils donnent, La nuit pour le repos de son monde rêveur. Elle avait la beauté de ceux qu'impressionnent Comme des souvenirs, les présages du cœur.

Et, cependant bien qu'on n'ait pas fermé la porte Personne n'entre plus au parc mystérieux. Et chaque soir, depuis que cette femme est morte, J'évoque son amour, peut-être en curieux.

La lune rend plus blanche encor la maison blanche Que les reflets du lac éloignent le matin, Et le pin qui, sur elle abandonne sa branche Plus que tout le silence attriste le jardin.

Au bocage embaumé, les sources sont muettes; Elles seules savaient qu'Elle devait mourir. — Que l'automne, en passant unisse aux violettes Les roses que ses yeux aimaient à voir fleurir.

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