LETTRE A UNE JEUNE FEMME
TE souvient-il encor de nos heures exquises... Des soirs délicieux où les âmes se brisent, Des soirs dont on ne peut rêver le lendemain. D'inquiétants parfums s'élevaient du jardin. La banlieue a caché notre navrante idylle... On dit mieux se chérir, loin des bruits de la ville. On subit la douceur des longs soirs amoureux, Des soirs dont la folie est de se croire heureux^ Des soirs où Ton se tait pour écouter la pluie. Des soirs où, dans notre âme un songe qui s'ennuie Jette une ombre et menace un peu l'intimité.
— Oh ! l'heure de la lampe et du livre et du thé, L'heure où la nostalgie égare la pensée, L'heure où toute maîtresse est une fiancée. L'heure où l'on est muet et tout au souvenir Que l'on voudrait chasser sans le faire mourir.
— Oh ! les soirs où l'on sent, sous la lampe tremblante Que pour deux cœurs, toujours, la route est différente... Mais, on n'en parle pas, car on s'apercevrait
Que ce n'est point s'aimer, que de se rencontrer. Un jour, sans le savoir, et grâce à la tristesse .. — Nous pleurons très souvent le mal qui nous délaisse. C'est pour cela qu'il ne faut pas nous séparer !