LE SANG DE NOS VEINES
NE sais-tu que mon sang, tigresse, est épuisable... Ses sources, dans ma chair, en vont bientôt tarir. Ne vas pas croire au moins que c'est ton seul désir Qui me rend, aujourd'hui, sensible et vulnérable.
Malgré moi, je reviens à l'amour méprisable Qui me penche vers toi, qui ne sais pas mentir. Te jouais-tu de moi, toi dont j'ai cru mourir ? Sois tranquille, l'orgueil peut rendre consolable.
Je hais tous les instants où la sincérité T'arracha des sanglots dont il faut que je doute : Ils gênent le devoir de mon cœur irrité.
Le goût que j'ai de toi, comme un fardeau me voûte. Ce sang, qui t'appartient, me corrode et me mord... Goutte à goutte, ce sang, reprends-le de mon corps.
HOMMAGES DIVINS Il5
LA PROSTITUEE
VA, d'amanis en amants, rai*onier notre histoire : Je récris, pour ma pan, en des vers qui vivront. Sur le rameau flétri d'autres fleurs pousseront, Quand un astre plus chaud fera la nuit moins noire. En ton honneur, pourtant, je consacre l'œillet. Je mêle son parfum au parfum funéraire Qu'avait, en tes cheveux, le narcisse eft'euillé. Va ton chemin, s'il est un homme sur la terre Que les pleurs de l'amour n'ont pas encor souillé, Approche-t'en, perfide, et tâche de lui plaire.
Il6 HOMMAGES DIVINS