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RÉACTIONNAIRE

En politique, les mots changent de sens tous les dix ans.

Il paraît difficile de faire admettre que M. Maurras n’est pas un réactionnaire. Cependant, si on compare sa conception du régionalisme et de l’organisation du travail à celle des économistes républicains-libéraux qui en sont encore au laissez-faire, laissez-passer, formule individualiste du libre-échange, du moindre effort et de la non-intervention de l’Etat dans les conflits économiques intérieurs et internationaux, il est impossible de ne pas reconnaître que les idées de M. Maurras sont beaucoup plus novatrices, beaucoup plus indépendantes des intérêts étroits du capital, beaucoup plus favorables aux prolétaires et beaucoup plus audacieuses.

Voulant que le travail soit organisé dans

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l’intérêt national, c’est-à-dire des employés autant que des employeurs, et du commerce extérieur autant que du commerce national, il envisage les problèmes avec une liberté totale. Il est audacieux. Il n’a môme pas le respect du vieux droit romain sur la propriété et qui comporte le « droit d’user et d’abuser », le droit « d’usage et de non usage ».

Je constate que les conservateurs libéraux et même beaucoup de républicains radicaux sont infiniment plus réactionnaires f1) que lui en ce qui concerne les droits des syndicats, la possibilité des contrats collectifs, la législation des accidents, des retraites, des chômages, des secours aux vieillards, aux familles nombreuses, etc...

Les principes libéraux s’opposent à presque toutes les améliorations. Les idées de M. Maurras y poussent énergiquement. Ce sont les principes individualistes qui ont déterminé la crise de l’éducation professionnelle dite crise de l'apprentissage, celle de l’éducation classique, le morcellement à l’inffni des héritages

(1) Les idées sociales du Temps notamment, et de combien d’autres !...

ruraux et par conséquent dans une certaine mesure l’abandon des campagnes au profit des villes. Les uns veulent donner à ces problèmes une solution de classe, d’autres donnent toutes leurs préférences à une solution de parti, mais! tous les libéraux sont d’accord pour préconiser’ une solution individualiste. Un demi-siècle d’individualisme à outrance nous a montré les résultats.

C’est pourquoi M. Maurras est inexpugnable quand il constate qu’un régime acéphale est! désorganisateur par nature, que notre organi-i sation sociale est très en retard sur l’immense majorité des grandes etdespetitesnations, etque le régime politique qui a été le nôtre depuis; cinquante ans a été de tous le plus incapable de donner à la classe ouvrière d’une part des* libertés réelles, d’autre part des salaires et des conditions de vie en rapport avec les nécessités de chaque profession et de chaque région. ;

Or ces idées ne sont pas du tout des idées réactionnaires^). Elles sont même très futu-

(1) On pourra consulter utilement sur les idées sociales de L’Action Française, La Monarchie et la Classe ouvrière, par Georges Valois, 2 vol., Librairie Nationale, Paris.

ristes. Mais il est vrai que M. Maurras ramène tous ces problèmes de fait à un point de vue général qui est le point de vue politique, et qu’il accuse notre régime parlementaire, parce qu’il est anonyme et irresponsable, d’avoir retardé dans d’énormes proportions, pour notre pays, le développement économique, qu’on a vu au contraire se manifester d’une manière éclatante au bénéfice des nations mieux gouvernées. La prospérité des individus, ne cesse-t-il de dire, est liée à la prospérité générale, et celle-ci dépend, en grande partie, des impulsions générales données par l’État.

C’est parce qu’il est antiparlementaire qu’on l’accuse d’être réactionnaire. Mais c’est une autre question que de savoir s’il n’a pas raison, et si les intérêts de la classe ouvrière, rurale ou non, ne sont pas mieux défendus par un Chef unique, entouré de conseils compétents, plutôt que par des députés attachés par nature à leur clientèle, presque toujours sans compétence réelle sur la question qu’ils discutent, toujours divisés entre eux, presque toujours à la poursuite d’intrigues ou d’ambi-

tions personnelles, incapables d’esprit de suite par conséquent de prévision et de continuité dans l’effort organisateur.

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