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LE CHOIX DES MOYENS

La plume à la main, M. Maurras a toujours combattu pour des idées et par des idées. Mais c’est aussi un homme d’action. A force d’énergie et de ténacité, il est parvenu à se créer un auditoire, des moyens de propagande, un journal et des partisans. Après avoir écrit très longtemps dans des journaux confidentiels et être passé, sans avoir pu s’y maintenir, au Soleil, à La Gazette de France et au Figaro, il trouva un point d’appui dans la petite revue L’Action Française, fondée au mois de juin 1899 par des républicains nationalistes, plus particulièrement par M. Vaugeois. Un à un il en convertit presque tous les rédacteurs. Le 21 mars 1908, cette modeste revue « pa-

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raissant tous les deux mois » devient, par un coup d’audace, un journal quotidien. Cette transformation se fit contre le gré des chefs du vieux parti royaliste t1). Parmi l’indifférence et même l’hostilité générale, ce journal ne réunit qu’une rédaction très restreinte (2). M. Maurras en était et en est demeuré l’âme. 11 continue et amplifie l’œuvre commencée par la petite revue dogmatique. Ce journal se proposait d’être un répertoire d’idées bien coordonnées. A l’étonnement général, il dura, grandit et prospéra.

Etant un journal d’idées, il s’adresse aux intellectuels plus qu’au grand public, c’està-dire aux hommes politiques, aux journalistes (dont il s’institue le censeur), aux fonctionnaires, aux professeurs, aux étudiants, aux écrivains et même aux élèves des lycées et collèges.

Il est remarquable que les premiers lieute-

(1) Il ne faut pas oublier la crise do 1910 qui mit aux prises les diverses fractions du parti royalisLe. L’Action Française était alors sans influence et sans argent.

(2) Il n'a, aujourd'hui encore, que quatre rédacteurs importants : M. Maurras, M. Daudet, M. Bainville et M. Dimier. C’est peu.

nants de M. Maurras aient été d’anciens professeurs de philosophie (L. L’expérience ayant démontré que les adhérents de M. Maurras se recrutent principalement parmi les jeunes gens et plus particulièrement parmi ceux des Universités et des Collèges, M. Maurras inspira et encouragea la création d’organismes qui sont de véritables établissements d’enseignement public : le Cercle Proudhon, association pour l’étude des questions sociales et de l’organisation future du travail, Y Institut d’action française, sorte d’université libre, comprenant cinq ou six chaires et distribuant sur des matières diverses (1 2) un enseignement conforme, du point de vue politique, à la doctrine du nationalisme intégral.

C'est une idée familière à M. Maurras que la reconstitution de la France ne peut provenir que d’un état d’esprit régénéré, que cet état d’esprit dépend des classes dirigeantes et que

(1) M. Vaugeois, M. Dimier, M. Pierre Lasserré, etc.

(2) On remarquera que les professeurs de cet Institut ne sont pas salariés et que ces cours se donnent, rue Saint- André-des-Arts, dans un appartement vide dont le loyer est d’environ 1.500 francs. Toutes ces fondations ont été faites

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l’histoire, ancienne ou récente, si elle est étudiée comme il souhaite qu’elle le soit, est et sera la grande éducatrice des nouvelles générations.

Aussi l’Institut d’action française a-t-il multiplié les cours d’Histoire de France envisagée de tous les points de vue : politique, religieuse, littéraire, diplomatique, corporative, etc.

Une autre institution, entreprise de librairie et d’édition appelée : Nouvelle Librairie Nationale i1) continue, pour un public plus vaste, l’enseignement de l’Institut. Elle publie des exposés de doctrine, des livres d’histoire politique et diplomatique, des études sociales et régionalistes, des livres d’histoire religieuse et aussi (quoique cela soit plus rare), des livres de critique littéraire et de littérature. Quelques grands succès de librairie, comme l'Histoire de deux peuples, de Jacques Bainville, L’ Avant-guerre, de Daudet, et certains livres de M. Maurras lui-mème ont assuré l’existence durable de cette maison d’édition qui vit, me dit-on, de ses ressources propres.

Un effort aussi continu, aussi persévérant,

(1) 11, rue Médicis, Paris.

ne doit pas être passé sous silence. Il y a là une force qui se prépare et qui grandit.

En ce qui concerne la propagande politique proprement dite, M. Maurras a encouragé (sinon créé) une Ligue d’action française O1) qui recrute peu à peu des adhérents à Paris et dans les provinces. Cette ligue a aujourd’hui des sections dans chaque arrondissement de Paris (la plus agissante est celle du Quartier Latin), dans la plupart des villes importantes et même en beaucoup de sous-préfectures. C’est une organisation de propagande et une organisation de combat.

De cette ligue est sortie « l’association des Camelots du Roi », composée pour la presque totalité de jeunes gens qui se sont consacrés à la propagande par le fait. Les violences de ces jeunes gens ont été souvent assez puériles (chahuts au Quartier Latin, statues mutilées) quelquefois indéfendables (l’agression contre M. Briand), quelquefois importantes et légitimes (résistance aux inventaires, manifestations antianarchistes à la veille de la

(1) Fondée le 15 janvier 1908.

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guerre) et presque toujours d’une opportunité politique que les résultats ont démontrée.

Il faut avoir vu les brigades anarchistes défiler place du Trône devant M. Loubet, établir le régime de la terreur dans les salles de réunion publique pendant l’affaire Dreyfus, défiler armées de matraques en sections et compagnies tout autour de la salle de Tivoli- Vauxhall à propos de je ne sais plus quelle manifestation politique (je les ai vues), pour comprendre que la violence ne peut parfois être réprimée que par la violence (R et qu’il y a des cas où la responsabilité des troubles n’est imputable, en vraie justice, qu’à la carence des pouvoirs publics.

Les Camelots du Roi prétendent qu’ils mettent la violence au service de la raison. Ils se disent « gendarmes supplémentaires ».

De quelque façon qu’on juge leurs interventions, il n’est pas douteux que ces jeunes gens obéissent à un chef et que ce chef, avoué ou non, est M. Maurras.

(1) Notamment quand la violence est un procédé de gouvernement et. à plus forte raison quand cette violence s’exerce au bénéfice d’un parti.

L’homme de pensée en M. Maurras se double donc d’un homme d’action et le théoricien se complète d’un metteur en œuvre. C’est un organisateur. Le fonctionnement des œuvres qu’il a fondées ou inspirées le prouve à l’évidence. Il poursuit simultanément la construction intellectuelle d’une théorie politique et il crée au fur et à mesure des moyens de propagande et d’exécution.

La diversité de ces moyens explique sans doute la dernière phrase de la déclaration que signent les ligueurs d'action française : « Je m’associe à l’œuvre de la restauration monarchique. Je m’engage à la servir par tous les moyens. »

Il est certain que la violence n’est pas exclue de ces moyens d’action. Elle se retrouve dans l’extrême vivacité et quelquefois dans la brutalité des polémiques du journal L’Action Française. Aussi M. Maurras et son journal sont-ils encore en aversion dans beaucoup de milieux conservateurs. Mais encore faudrait-il examiner si la violence, quand elle est disciplinée, quand elle est mise au service du Droit non-écrit, n’est pas quelquefois la servante de

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l’ordre et le dernier rempart de la justice. J’observe en tous cas qu’elle a été constamment employée dans nos luttes politiques, qu’elle a fait, depuis 1789, Révolution sur Révolution sans compter les tentatives (quelquefois même en présence de l’ennemi) et qu’il y a puérilité à vouloir interdire à un parti les moyens dont ses adversaires se sont constamment servis et qui leur ont réussi. Une justice à rendre à M. Maurras, c’est qu’il a toujours considéré comme un crime, en cas de guerre européenne, d’ajouter aux dangers extérieurs le danger de troubles intérieurs. Depuis la déclaration de guerre d’août 1914, il a été volontairement et très énergiquement au service des Pouvoirs Publics. Il a préconisé l’union sacrée et tourné la pointe de ses polémiques contre les fauteurs de troubles. Cette attitude lui fait honneur. Du point de vue politique intérieure et extérieure, depuis août 1914, les meilleurs juges estiment qu’il a été irréprochable (U.

(1) Ses vives attaques conjuguées à celles de M. Léon Daudet contre les espions, leurs complices, contre les partisans avoués ou inconscients de l’Allemagne et de la paix

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