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L’HOMME

Petit et maigre, l’allure vive, presque toujours en veston sombre, le visage dénué de caractère saillant mais constamment attentif et naturellement grave, tel est aujourd’hui M. Charles Maurras. Tel aussi lavons-nous toujours connu. Il parle à voix basse, les yeux fixés sur le visage de son interlocuteur. Il saisit la pensée par le mouvement des lèvres. Dans

une conversation générale, n’ayant pu tout voir, il veut qu’on lui répète tout. Ne pas entendre donne à sa curiosité un aiguillon perpétuel. Il a tout lu. Il est au courant de tout. Par conséquent peu de mots lui suffisent.

Le silence qu’on sent autour de lui augmente en de grandes proportions sa puissance de méditation. On le devine en travail constant d’assimilation et de jaillissement intellectuels. Peut-être la très petite diminution physique qui désole ses amis a-t-elle été l’une des conditions heureuses de son développement. Pour le commun des mortels, l’incessante succession des petits faits et des paroles inutiles fixent pendant une seconde et dispersent l’attention. Par la force même des choses, M. Maurras est libéré de beaucoup de pensées futiles. Même quand il se distrait, sourit et s'amuse, que ce soit à table avec des amis, au courant d’une promenade ou devant les jeux de lumière d’un paysage qu’il contemple, le silence le repose et replace comme en jachère les facultés d’intelligence et de sensibilité qui, l’instant d’après, s’éveillent à nouveau d’autant plus vives et ardentes.

CHARLES MAURRAS

Malgré sa sociabilité, il a toujours été un solitaire, comment ne serait-il pas un esprit réfléchi? Et comme la tendance naturelle de son esprit le porte à envisager toutes choses d’un point de vue général, il n’est pas étonnant qu’il en soit venu à reprendre dans les deux domaines qu’il s’est attribués — le politique et le littéraire — tous les problèmes par leur origine, et à les envisager dans leur complexité en s’attachant à comprendre et à fixer ce qu’il y a, dans la série des phénomènes, de stable et de permanent.

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