CHAPITRE PREMIER
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2 L£8 HOMMES DË 18 AS
A celle politique de résislanco, et relevant un défi lancé par M. Duchâtel , ministre de l'Intérieur (1), l'opposilion avait répondu par ia campagne des baoquets. Partout des pétitions sesigneot, partout des discours se prononcent pour la réforme électorale. Le signal est donné par le banquet du Château-Rouge; de Paris l'agi lalion se coramunique aux départeiueuLs; les dépuiés se metteni euxmêmes en campagne pour entretenir le mouvement : M. Odilon Barrot h Rouen, H. deLamartine& Hftcon, X. Ledru-Rollin à Lille, à Dijon, à Châlons.
Les attaques les plus vives et les phis directes se succédèrent contre le gouvernement. M. Odilon Barrot s'était écrié au banquet du OhAteau-Rouge, invoqomit les souvenirs de la glorieuse révolution de 1830 et flétrissant les misères de la politique actuelle : a On est arrivé au spectacle hon- « teux qui alilige nos yeux, non pas en gouvernant selon a notre révolution, mais en gouvernant contre elle, en « manquant à tous ses principes, en déviant dte toutes les « conditions qu'elle avait imposées. Le désordre moral, qui « menace celle société d'une dissolution entière, se mani- « leste-t-il par des exemples assez éclatants 1 Abl il est^ « temps, d'y . porter remède 1 Attendrons-nous que cette tt gangrène qui, Dieu merci, n'est encore qu'& la surface « ait pénétré jusqu'au cour el aux entrailles du corps « social?... A ia révuiuliou de Juilleil Puisse son glorieux a drapeau :nous rallier tous, faiie cesser toutes les divisions « puériles de personnes et de mots, qui nous affaiblissent « en face de l'ennemi commun, et puisse la France sous « c<? glorieux drapeau refaire ce quelle a manqué en « 1830 1... » Au banquet de GiiàlonSiM. Ledru-Rollin porte un toast à ta Convention et revendique la date de 1708, au
(1) « Vous dites (^le le pays désire des n'iormes, nous niuinie- « nous le contraire, cl nous vous mctlons au Ucli de laiie de l'agi- « tatioQ au moyen de la rêlonnel »
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ODILON BàRROT 3
nom de la France sauvée du joug des rois, Â MÀcoo, M, de Lamartine jette au gouvernement an anathème qui a diins
tOKi !o p iys un retenlissement profond : « Après avoir ou « les révolutions Je la liberté et les contre-révolutions de « ia gloire, vous aurez la révolution de la conscience pnbtia que et la Révoinrioif du Hévaia. »
Le peuple fait écho à M. de Lamartine, en jetant des pierres dans la voilure du duo de Montpensier, au retour d'une fête àYincennes, et en la poursuivant des cris de : A bas ks voleurs !
L'édifice du pouvoir craque de toutes parts et il va som* brer sous l'accumulation des scandales. Le gouvernement avait établi son empire par ia corruption, qui, pratiquée d'abord k l'égard desf membres du parlement» n'a pas tardé à descendre jusque dans le corps électoral. Les mœurs ayant ainsi reçu une atteinte profonde, le mal (il de rapides ravages. Les n.œurs dissolues des classes supérieures de la société furent subitement révélées par une série d'événements tragiques qui plongèrent la France dans la stupéfac* tion : le procès Teste et Despans-Gubières, llnfâme assassinat commis par le duc de Praslin, la mort mystérieuse de M. Martin (du Word), le suicide de M, Bresson, la folie criminelle de M. Mortier qui donna lieu à des débats'cyniques. « Le pouvoir est dans dés mains avides et corrom- ({ pues, » avait dit le générnl Gubières, compromis dans le procès Teste. Et les révélations les plus monstrueus'js, les procès les plus scandaleux, vinrent successivement et avec «ne effrayante continuité justifier ces paroles. Pendant Tannée 1847, cliaque jour apporlait quelques découvertes laites dans Tantre de la corruplloii. L'affaire des officiers comptables Lagrange et JBénier dévoila les désordres de rudmini^traiion de la Guerre» le célèbre procès de Rochefort» ceux de l'administration de la Alarinc. M. de Girardin révélait à la triDune de la Ciiuiuhre des députés : que le
LES HOUaiES DE 1848
iDuiislùre avait oslensiblemeiU laissé venire [mrses co?idol' ^imdu journal l'Époque^ le privilège de l'Opéra-Comique, moyennant 100^000 francs; qu'an mémoire, gros de premiis au sujet de celte transaslion, avait été acheté 50>000'franc8 par le ministre de Tlnlérieur pourélouflfer le scandale; que 1,2UÛ,0Û0 Ir. avaient été deiiiandés aux maîtres de poste pour présenter un projet de loi sur les relais ; qu'on avait k^fiqaé des titres nobiliaires; que des croix de la Légion d'honneur p iyaic'iit d(3 honteux services ; qu'on avait vendu jusqu'à des nominalioos à la pairie. VaineuieuL la Giiambre avait-elle essayé de couvrir ces scandales, en se déclarant, sur la proposition de M. dcMorny, satisfaite Aes explications du ministère, qui ne pouvail ([u'oijposer d'impuisantes et dédaigneuses dénégations (1). U. de Malieville disait :
(f) Ces honteuses iransaclions claîeiil lellcnienl passées dans les ïuaiii s (le l'époque, que leurs autouis ne craignaient même pas de leur (Jonner uncaracicre auiheniique. Sur les registres de l'enrcgis- Irenienl des aelcs sous seing privé, 2* bureau, volume 45, ïolio 115, leclo, cases 8 el 0, on trouve la pièce suivante : Le 19 mai 18 il, enregistré un acte sous-s(.'ing privé du 13 mai dernier, portant : V Lettre missive adressée par M, de Labaleu ii M. de Jussieu, u énoiiraiil que M. Gouze a laiL mander le signataire et l'envoie lui « dire (|u'il est prêt pour satisfaire a ses désirs, A FAIRE RENDRE « LA LOI DANS CETTL sKSJ^ioN , pour roblenlion de la soumission (( du clieniin de fer de Paris a Miaux, à la condition de recevoir « pour indannilé de ses frais^ démardies^clc. , actions de mille « francs chacune^ sans élre l'jnu d\ijtporlcr aucun fonds quel" a conque. i>
^], de Boissy pair de France, éciivalL dans une lettre rendue publique : « Noire gouvernement est le plus corrupteur, le plus (f corrompu, comme il est vis-à-vis de l'étranger le plus lâche et a le [>li!^ irallre des gouvernenienis '[ui <n\{ p(!sé sur la France. « C'est la rapine, la dilapulalion, l'i- tiouiiiiic personnifiées dans la « réunion de quelques hommes déguisés en ministres, nmets du sé- « i ii! , iiisiruments du système le plus vicieux, le plus sordide qui ait « jamais eu lieu. » — « Le temps de la justice approche, le gou- M vcrnemcnt a sunla rendre les ténèbres encore plus obscures; la « lumière se feraj sous peu j'espère, la justice stia la justice et
ODILOS fiARAOT
« Déclarez pour la troisiènie fois que vous (Mes salisfails et <( le pays vous estimera assez pour ne pas vous croire. » Ël TépilhèCe de saiisfaiu restait infligée comme une désigoa- Uoii méprisante avx 221 volants de l*ordre du jour de M« de Morny.
L'cifîaire de Onjarrier, le gérant de la Presse assassiné en duel par Beauvallon (1), pour le compte de son beau^ frère de Grapier de Gassagnac, le eondotiiere de 1^ Epoque^ dénoncé par M. de Girardtn,vinl mettre le comble h IMndi* f^nation publique et k la déconsidération du Ministère. Les magistrat^ eux-mêmes, si souvent complices des hontes du règne» ne purent s'abstenir de flétrir avec dégoût ces impu<» dents misérables. Armand Harrasti dans le National da 17 août 1847, tirail la looralité de ces honteux débals:... tt Et comme si quelque chose manquait à ce tableau de ces a mœurs si décentes créées par le pouvoir « il a fallu que « ses amis» ses écrivains» ses familiers vinssent le compléter « en Cour d'assises. Entre tous ces hommes de noble race^ « on en a distinf^ué un qui fut le plus chaud, le plus vio- « lent» te plus débraillé des défenseurs du Cabinet* Ëh bien 1
Il non riastrumcnt 4ont.8e sert le pouvoir pour favoriser les voleurs « ot les assassins» pour persécuter, frappcn*, anësniir ceux qui veu- « lent dénoncer ses crimes. Aux premiers» toute liberté pour conc server leur liberté ; pour les derniers toutes les rigueurs que peut • suggérer la crainte que la vérité se fasse jour... Le pouvoir a
« BÏSAD AVOm LA DISPOSITlOn DE l'ARMÉE» L'ARMÉE LE UÉPRISE ;
« Tannée est Indignée qu'il n*y ait la plupart du temps de récom- « penses que pour les services d'antichambre; que les grades et « les décorations soient données non pas au sang versé» non pour « des services militaires» mais pour des services de laquais... »
(1) Beaovallon et l'un de ses témoins» Vincent dit d'Ecquevilley furent condamnés U cinq ans de réclusion par la Cour d'assises de la Seine. Us s'évadèrent de la Conciergerie ob ils étaient détenus le 24 février 1848. Quelque temps après ils obiinreni leur grâce dii M. Crémîeui» ministre de la Justice. If. Crémieui avait éié leur avocat devant la Cour d'assises.