M. DUFAURE
L'arrivée au ministère de MM. Dufaure et Vivien produisit dans tout le pays une pénible impression, que vint ' exprimer à la tribune M. Ledru-Roiiin : « M. le présia dent du Gooseil nous a dit qu'il s'était séparé avec peine c( d*hommesdont le oom avait été une garantie, une égide,
« lorsqu'il s'était par suite des éveiieuieiUs funestes de <c juin, de porter un instant la main sur les libertés. Si « cela est vrai, si ces hommes, qu'on me permette de le « dire, qui avaient perdu leur popularité au prétendu ser- (c vice de la République, si ces hommes ne peuvent plus « resler, vous aviez donc quelque chose de plus k exiger « d'eux. Il fallait donc leur demander de nouveaux sacri- (( fices; car les leurs ils les avaient faits; ils n'avaient pas « reculé devant de pénibles concessions; et si aujourd'hui, « ils se retirent, c'est sans doute que vous avez qiielque « chose de nouveau à exiger en idU de sacrifices contre la « liberté. »
K C'est tout le contraire », avait répondu M. Dufaure, dont la réponse n'avait assurément rien de flatteur pour
MM. Senard et Mane.
Proudhon, avec un senlimenl plus juste de la situation, s'était abstenu de prendre part au vote sur le nouveau mi* nistère : a Parce que, disait-il, il lui était impossible de
« regretter M. Senard et M. Ducoux (1) et que Vantisocia-
(i) M» Ducoux avait donné sa démission de préfet de poUee, et
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^ lime des républicains de la veille le fatiguait autant que a les plates calomnies des républicains du lendemain. » «Il a m'est apparu d'ailleurs, ajoutait-il, aux expUcatious de « MH . Senard et Ducoux qu'il ne s'agissait là que d'une « querelle de ménage entre doctrinaires bleus et doctri* ce naires blancs, peUt-êlt*e aussi d uae ailaire de présidence, « et cela ne nous regarde pas* »
Proudhon voyliit Juste, et iloas avons dit par suite de quelle intrigue MM. Dufaure et Vivien auraient été appdés au rainistère.
L'arbitraire déployé par M. Senard pour réprimer les révolationnairés, M. Dufaure le déploya pour favoriser ia càndidabire de M« Cavaignac : la Fratice fut inondée de courtiers électoraux et de brochures vantant liss hautes vertus du général; on diffamait et on traînait dahs la boue les autres candidats, et notamment le prince Louis-Napo> léon, dout M. Dufaure allait être quelques mois plus tard le ministre dévoué. On entravait les publications hostiles au général ('avaignac, en leur interdisant la vente sur la voie publique, en arrêtant leurs distributeurs. M. Dufaure retardait le départ des malle-po8tes.au risque de compromettre les intérêts industriels et commerciaui les plus graves, pour faciliter l'envoi de bulletins favorisant la t»ndîdature de M. Cavaignac. Jamais l'intimidation et la corruption électorale ne fureot exercées sur une plus large échelle; mais il faut bien le dire aussi, jamais plus de sottisé de fut mise au service d'une ambition plus effrénée ; si bien que tous ces efforts et toutes ces manœuvres eurent
il était venu^pporler îi la ti ibuiie une lucubraiion emphatique, comme les proclamations que nous avons citées, qui avait été souvent interrompue par les rires et les réclamations de l'Assemblée, dans laquelle il disait : « Je me suis séparé du gouvernement i« lorsque j'ai vu qu'il 1 1 ssait de représenter Us principes de la « révolttiioa de Février* »
bien plutôt pour résultat de rendre ie général Gavaignac ridicôte ) car il avail épuisé b ooape de Todieia, ^ tootes les vexations arbitraires de cette heore ne ponvaieni pivs
paraître que des misères auprès de la répression airooe des mois précédents, auprès de régorgement des prisonniers et des transportatione en massek
Si le général Ga? aîgnac eût eu le moindre sentfanint de l'honneur et de la dignité politiques, il devait dans situation s'abstenir de poser sa candidature, ou sinon, il devait donner auparavant sa démission de chef du pouMr exécutif L'article 4& de la €k)nstittttion, dont l'objet était précisément d'épargner à la France le scandale et à la République cette honte que l6\pouvoir exécutif put servir d'instrumentaux manœuvres électorales d'une ambition dé* vergondée, l'article 45 de la Constitution, qui déterminait que le pré^dent en fonctions n'était rééligiMe qu'après un intervalle de quatre années, faisait une loi au général Gavaignac de suivre cette conduite. Mais il était incapable d'un tel désintéressementy^et il poussait sa candidaturet suivant Texpreedon de M. Robin, avec tmde$ les funuatt du désespoir.
La circulaire adressée par le chef du pouvoir exécutif à tous les fonctionnaires civils et militaires, à Tocoasion de la promulgation de la Constitution, est un témc^nage des sentiments qui animaient le général Oaveignae dans dette campagne politique, qui était le couronnement de sa campagne militaire des barricades. Voici les passages les plus caractéristiques de cette cireulaire :
« La RérolotioD n'étant pas définie, les esprits audedeux « avaient pris carrière, et parce qu'un intervalle de temps (c devait s'écouler entre lu destruclion de rédiûce nionar- « chique et la reconstruction de ^édifice républicain, il «eenblait que tout tttii refaire, et que, de k soeiété an-- « dennei rien ne dût être conservé.
AOO LES HOMlleS DE iBIkS
(( Ces Ibéorieft funestes devaient produire des fruits « amers» et vous savez quelle terrible responsabilité font {( peser sur elles les actes de profanation sacrilège ou
« d'aggression sauvage, qui, sous un drapeau emprunté, « vinrent s'attaquer à tout ce que les sociétés humaines ont « de plas respectable, de plus saint, de plus vital*.,
<f Bédigée en présence, si Foo peut s'exprimer ainsi, des « théories subversives qui s'attaquent k la propriété', à la ■« famille, aux condjtions possibles et salutaires du travail, <i la Constitution n'avait rien à ajouter à la puissance des « principes éternels sur lesquels ces droits reposent... « Vons connaissez les erreurs, les dangers de notre époque, « vous continuerez à les combattre avec le dévouement que « la République a le droit d'attendre de votre part. L'appui if de l'autorité qui vous dirige, l'opinion de la nation en** « tière sont les sources où vous irez retremper le courage « qui vous csi nécessaire pour ne pijs faiblir en i)résence u d'agressions audacieuses, si, par lualheur, elles venaient - « à se produire, »
M. Gavaignac termine en disant que « la religion doit « couronner la solennité qui se prépare. » Et en rendant hommage au patriotisme des iniiiislres de la religion qui Cl ont salué d'un sincère hommage l'établissement de la a République. »
L'incident de Rome vint fort à propos servir ces avances de M. Gavaignac au parti clérical, et il parvint à obtenir le concours direct et effectif de quelques membres éminents du clergé. G*est ainsi que M. Fayet, évéque d'Orléans, écrivit à tous les évéques de France, au nom des évèques et des ecclésiasiiques de l'Asseiublée (plusieurs, notaniinent M. Parisis, le désavouèrent), pour leur dire que « le choix a du général Gavaignac leur semblait offrir à la religion « plus de garantie, et au pays plus de calme et de stabilité « que toute autre candidature, » et les engager faire
M. DOPAURB AOl
usage, pour la scfatenir, de toute leur légitime ioflueDce.
É(ait-il possible après cela que les répoblicalas sincères pvsseni se rallier à la candidature de M. Cavaignac? TrabI
au dernier me luent par les légitimistes el les orléanistes, il échoua honieusemenl, et c'était justice. L'élection du prince Louis-Napoléon consacra la chute définitive de la Bépublîque, mais c'était le général Cavaignac qui l'avait
conduite réellen^t ni à la luinf; la Hépublique avail été égorgée el îrabie une première fois en juin ; el c'est sur le général Cavaignac que doit peser la véritable responsabilité de la perte de la République. Eut-il pu la sauver? Nous ne le pensons pas. Il est certain, dans tous les cas, qu'il n'en éîait pas digne ; et si l'on peut appliquer à la Réj)iiblique la noble devise des preux : Potius mort quam fœdarù Plur tùt mourir qu'êire scuillé^ eb bien ! aujourd'hui encore nous ne devons pas regietter que la République n'ait pas été ^ciuvée par M. Cavaignae, ce qui v.<[ (railleurs une hypothèse tout à fait invraisemblable ! Pour l'honneur de la République, il vaut mieux qu'il n'y ait rieu de commun dans l'histoire entre elle et celui qui fut le plus implacable ennemi de la révolution et de la liberté 1
Nous avons déjà réglé notre compte avec M. Dnfaure, dans ie chapitre consacré à M. Odiloo Barrot, et nous avons dit comment il avait été le ministre de l'état de siège de 18(9. Il faut dire toutefois à la décharge de M. Dufanre qu'il resta lldèleàses aulécédents, dans celte circonslauce. M. Dulaure u'avak jamais fait parade de libéralisme sous le gouvernement de Juillet; il avait accepté un portefeuille déjà au lendemain d'une date néfaste, le 13 mai 1839, c'est* à-dire qu'il avait été le ministre de la répression irapiloyable exercée par le gouvernement de Juillet, à la suite de la dernière prise d'armes du parti républicain. Le ministre du 13 mai 1839 était digne d'être le ministre du i3 juin 1849.
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Mais 8on passage au pouvoir pour diriger la oampagne électorale de M. Cavaignac est une triste page dans sa biographie. Bien ne Tobligeaii à ce rôle, et le travestissemeot répubiicaia <{u'il n'bésita pas à prendre à cette oceaaton ne peut que donner une triste idée de son caractère.
M, Dufaure passe aujourd'imi pour un libéral. Pourquoi paa? puisque M. Cavaignac passe bien pour un républicain !