‹ Les hommes de 1848Chapitre 41 sur 46 · M. BASTIDE · texte numérisé non relu

M. BASTIDE

satisfaits du National, groupés sous i'épée du génénfl Ca«

vnignac ou couchés au pied de la réaction, donnaient à l'Europe le spectacle de toutes les palinodies. PactisaD^ avec ceux qu'ils avaient insultés pendant dix-sépl ans, reniant leur passé, leurs doctrioes, leurs vieilles opinions, les professions de foi de toute leur vie, dans leur poiilique à l'intérieur, ils dépassaient en arbitraire, en compression, en népotisme et eu corruption tout ce qu'ils avaient si énergiquement flétri sous le régime déchu, tandis qu'ù l'extérieur ils replaçaient la France dans ce cercle de servitude d'où la Révolution l'avait fait sortir ; ils renouaient la chaîne demi-rompue des traités de 1815, de ces traités maudits, contre lesquels Ils avaient ameuté tant de si légitimes co-' 1ères (1). »

La République s'élaU particulit^rcmeiU en.qagée ii protéger raffrancbissement de rilalie, et dans ce but on avait rassemblé un corps d'armée aux pieds des Alpes (1). Gharles*Albert, qui avait pris en main la cause de t'indé^ pendanee îteliennc, poussé par cette ambition démesurée de la maison de Savoie qui fut et qui devait être encore dans Tavenir si funeste à l'Italie, avait d'abord refusé de faire appel au concours de l'arméé française, par crainte du drapeau républicain. Sous cette préoccupation égoïste Charles-Albert n'avait pas reculé devant une véritable tra-

(1) Ch. Robin, Histoire de la Révolution de 18i8.

(2) Le commondemenl on rhpf do l'armée des Alpes fut confié du général Outiinol, qui adressa a ses soldais une procîanialion dans hiquelle il disait : « La République est amie de ions les peufi pirs : elk a surtout de profondes sympathies pour les popiila" « tions d'Italie, Les soldais de ces belles contrées ont souvent « partagé sur d'innombrables champs de bataille nos dangers et « nos {gloires ; peut-être de nouveaux liens ressorliront-ils bientôt « d*une fraierniié d'armes si chère k nos souvenirs. » — Ce fut le même général Ou litiot qui commanda pliis tard Texpédition contre la République romaine»

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hison, aimant mieux traiter avec l'Autriche môme qu'avec la République : il avait livré Milan et la Lombardie, Mais il ne tarda pas à s^apercevoir qu'il s'était livré lui<-méme et il fit alors ti la France un appel désespéré. Le devoir de la France était tout tracé. Le cas prévu par M. de Lamartine se présentait ; un peuple libre, allié de la République demandait son secours. M. Gavaignac et son fidèle ministre des Affaires Étrangères, M. Bastide, préférèrent entamer une négociation diplomatique avec le cabinet de Vienne, en faisant intervenir la médiation de l'Angleterre, absolument comme eût pu le faire M. Guizot. Le résultat de cette négo* ciation fut de sacrifier l'indépendance italienne en rendant à r Au triche ses anciennes limites et en isolant Venise, ce qui équivalait à la livrer.

La révolution venait d'éclater à Rome : la France républicaine applaudit au triomphe de la volonté nationale, à la résurrection de la démocratie dans la ville éternelle. Mais le général Gavaignac, siir de l'assentiment de la majorité, ne songea qu'à faire tourner ces événements au proOt de sa candidature à la présidence, en tentant de s'assurer par un coup de théâtre les suffrages du parti ultramontain et du clergé si puissant dans les élections. Avant môme d'avoir consulté l'Assemblée, qui n'eut plus qu'à ratifier les faits accomplis, il envoya à Givitta Vecchia une brigade de trois mille cinq cents hommes sur quatre frégates à vapeur, afin d'assurer l'existence et la liberté personnelle du pape, déposant ainsi le gerrae de celte funeste expédition romaine, boulet que la France traîne encore attaché au pied. En même temps le général Gavaignac écrivait à Pie IX pour le prier d'accepter l'hospitalité de la République française (1), et jouant jusqu'au bout la comédie, il en- Ci) YoicI ce qu'écrÎTsit le général Gavaignac à Pie IX le 3 dé-> cemhre 1848 : « La République, dont Texistence est déjà eonsa- « crée par la volonté i^échie, persévérante et souversine de la

H. BASTIDK

voyait avec écîat M. Freslon à Marseille pour recevoir Sa Sainteté, afin de faire croire qu'elle avait accepté son invitatioD. a Honte pour la France! » s'écria H. Ledru-Rollin. Oui, honte I honte!

En Allemagne, les rois se livraient avec ardeur k des saturnales sanglantes pour comprimer l'élan des peuples vers la liberté. L'état de siège de Paris, les mitraillades^ les conseils de guerre, la transportation en masse et sans jugement, et l'arbitraire, le despotisme, la répression si impitoyable servaient admirablement les desseins de l'Europe monarchique. Les atrocités de la République française donnaient une espèce de blanc-seing aux gouyernements despotiques ou constitutionnels. Le système Gavai« gnac faisait le tour du monde.

M. Victor Hugo porta «i ia trii)une une éloquente protestation contre ces horreurs, et notamment contre les fnreurs sangainaires de Tannée autrichienne : « Je le déclare, ces (i exacûons, ces extorsions d'argent, ces spoliations, ces tt fusillades, ces exécutions eu masse, la potence dressée « pour ces hommes héroïques, la bastonnade donnée k « des femmes, toutes ces infamies mettent le gouvernement u autlicliien au pilori de l'Europe* Quand à moi, soldat « obscur, mais dévoué à la cause de l'ordre et de la civi- (( lisation, je repousse de mon cœur indigné ces sauvages « auxiliaires, ces Radeztki et ces Haynau qui prétendent, « eux aussi, servir cette sainte cause, et qui font à la civî- <t lisation cette abominable injure de la défendre par les (( moyens de la barbarie 1 »

M« Gavaignac était digne de donner la main à Radetzki et il Haynau, il la leur tendit (1). Se séparant de la poli-*

m nation française, verra avec orgueil votre Sainteté donner au « monde le spectacle de cette consécration toute religieuse que « votre présence au milieu d'elle lui annonce. » (1) U n'est pas douteux que toutes' les sympathies de M* Bas-

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tique déjà si pusillanime du gouveruemeol provisoire et de la commissîoD exéculive^ il rassurait les i;ouveraeiDents de rAlleinafÇDe menacés. Pour décourager les tentatives du

parti démocratique, il déclara qu'il conserverait une entière neutralité et qu'il sévirait au besoin contre les réfugiés. Il fut même convaincu d'avoir fait la police au proût du sanguinaire NarvaeZ) auquel il livra tantôt les papiers» tantôt les personnes des républicains espagnole réfugiés en France. Le Journal des Débats félicita le pouvoir de faire ainsi rentrer la République à pleines voiles dans la politique de jy* Guizot. L'empereur de Russie fit témoigner BoA estime personnelle au général, et TAngleterre, qui nV vait encore accrédité en France un ambassadeur que d'une manière provisoire, donna le litre d'eiivoyé extraordinaire à lord Normanby avec des lettres de créance de la reine. Honte 1 Honte 1

« Vous tous, républicains ambitieux, s'écrie M. Robin dann son Histoire, u soyez à jamais uiaudits pour loul le a sang que vous avez fait répandre ! Vivants, la France (c vous a déjà frappés dans vutie orgueil insensé; morts, « elle flétrira votre mémoire ; car vous avec commis plus

tide et de M* Gavaignac . élaient pour l'Autriche. Dans une brochure publiée par U« liaunicr, membre du parlement de Francfort, envoyé à Paris pour obtenir de la République française la reconnaissance du ;>ouvoir central geriuanique, ce diplomate allemand rapporte, que M. Baslide lui dit : « L'Autriche ne doit pas s'affiai- « blir en Italie; la France, loin de vouloir diminuer la puissance « de l'Autriche, désire raugiiienter. mais du côté de TOrienU at Il faut dire d'ailleurs que les lialicas conçurent encore plus de mépris pour l'incapacité incurable, l'ignorance profonde et l'ineptù gouvernem^tale de ces hommes qu'ils n'eurent de haine pour leur trahison. Nous trouvons ces sentiments exprimés dans un article rétrospectif de VOjÀnione de Turin du 19 octobre i8iO« Peut-être est-ce lii leur véritable excuse. Mais tout cela n'en est pas moins profondément triste pour la France et pour l'idée républicaine qu'ils prétendaient représenter.

« que des iautos, plus que des crimes : vous avez laissé « égorger la démocralîe earopéenae; » vous avez prêté les mains au massacre»

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