‹ Les hommes de 1848Chapitre 45 sur 46 · AOA LES HOMMSS DX · texte numérisé non relu

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le bien-être pour combattre ies erreurs et les égarements populaires. Ces armes eussent pu prévenir et abattre les barricadés de juin et préserver h jamais Tavenir de ces af* freuses coramotions. Lés hommes de iSZiB, toutimbas des préjugés gouvernementaux et militaires, ont eu recours de très-bonne foi au canon et à la réaction ; mais par cela même ils se soDt assimilés aux gouvernemeuts monarchiques et en les imitant dans ieurs pratiques les plus odieuses, ils se sont mis hors la révolution, qui seule pouvaU faire leur force et qui seule pourrait encore aujourd bui . légitimer leur persistante ambition.

' Ils n'ont pas pu trouver d'autres principes sur lesquels

s'appuyer que le salut public et la légitimité de leur gouvernement, c'est-à-dire qu'ils ont été réduits à invoquer le droit de la force. Mais le caractère précisément de la République ou plutôt de la liberté, — lesdeux termes sont synonymes, — c'est qu'elle oppose au droit ancien de la force le droit nouveau de la raison, suivant l'admirable réplique de Michel (de Bourges) à Cavai^nac.

Ainsi les termes du problème sont changés et désormais les institutions sociales doivent précéder les institutions politiques. On n'ira pas au bien-être et à la science par la République, — lesévéneiuents de 1848 en sont un [taj^pant exemple, — mais on ira à la République par le bien-être et par la science. La liberté est impossible à réaliser tant que le peuple sera ignorant et misérable, tant qu'il y aura dans la société des classes inférieures et suboi données.

Ghâteaubriand , qui mourut précisément en ld4B, au lendemain des journées de juin, avait le pressentiment de la métamorphose profonde que la société est appelée h subir, qu'elle subit en ce moment et dont les conditions doivent être désormais la règle de notre conduite publique :

« La société, telle qu'elle est aujourd'hui, écrivait^il, (c n'existera pas. A mesure que l'instruction descend dans

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« les classes inférieures, celles-ci découvrent la plaie seu crête qui ronge Tordre social depuis le eomtneûcemeat « du inonde, plaie qui est I9 cause de tous les malaises et « de toutes les agitations populaires. La trop grande inéga* u lilé des condilions et des lorluiics a pu se sup[)Orl;ei' tant « qu'elle a été cachée d'un coté par i'igaoraoce, de l'autre « par l'organisation factice de la cité; mais aussitôt que « celte inégalité est généralement aperçae, le coup mortel (( est porté. Recomposez, si vous le pouvez, les fictions aris- <( tocraliques ; essayez de persuader au pauvre, quand il u saura lire, au pauvre à qui la parole est portée chaque

, « jour par la presse, de ville eo ville, de villuge en village, « essayez de persuader à ce pauvre, possédant lés mêmes (( lumières et la même intelligence que vous, qu'il doit se « soumettre à toutes les privations, tandis que tel homme, « son voisin, a, sans tramily mille fois le superflu de la tt vie ; vos efforts seront inutiles ; ne demandez point à |a c( foule des vertus au delà du Ja nature.

« Le développement matériel de la société accroîtra le (( développement des esprits. Lorsque la vapeur sera pera fectionnée, lorsque, unie au télégraphe et aux chemins tt de fer, elle aura fait disparattre les distances, ce ne seront « pas seulement les marchandises qui voyiigeroiil d'un (( bout du globe à l'autre avec la rapidité de l'éclair, mais (I encore les idée^. Quand les barrières fiscales et commer- « dales auront été abolies entre les divers Étals, comme « elles le sont entre les provinces d'un mêaie Étal; quand (( le salaire, qui n'est que Vesciavage prolongé, se sera « émancipé à l'aide de l'égalité établie entre le producteur « et le consommateur ; quand les divers pays, prenant les « mœurs les uns des autres, abandonnant les préjugés na- « tionaux, les vieilles idées de supériorité et de corjquêie u tendront à l'unité des peuples, par quel moyen ferez-

. « vous rétrograder la société vers des principes épuisés ?.

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K Un avenir sera, un avenir pnissanti libre daDS toute la

a plénitade de Tégalité évangéliqne H ais^ avant de

n toucher au but, avant d'atteindre Tunlté des peuples, la « démocratie naturelle, il faudra traverser la décomposi-

« tion sociale, temps d'anarcljie, de sang peut-être »

Saint-Simon formulait, en 1828, la loi philosophique et aclentifiqae de cette évolution sociale :

« L'espèce humaine a été appelée à vivre d'abord souB « le régime gouvernemental et féodal :

«Elle a été destinée à passer du régime gouvernett mental ou militaire sous le régime admmMraiif on in^ m dusiriel, après avoir fait suffisamment de progrès dans « les sciences positives et dans l'uidusirie;

(( £ûtin, elle a été soumise par son organisation à essuyer tt une crise longue et violente, lOrs de son passage du sys* Cl tème militaire au ^stème pacifique.

« L'époque actuelle est une époque de transition. » C'est pour avoir méconnu cette loi du progrès, que les hommes de 182(8 ont été conduits à réagir contre la révo» lution» dont ils devaient diriger £t favoriser le développement. Et c'est à cause de cette ignorance invétérée de nos hommes d'État que toutes nos révolutions, depuis soixante ans» au lieu de nous faire avancer dans la voie de la liberté, nous ont fait reculer.

Le gouvernement, avec sa centralisation et son arbitraire, est l'expression des i ésistances acluelles au grand mouvement de 1 émancipation politique, sociale et morale du peuple. Mais ce n'est pas l'ennemi présent, l'ennemi connu qui est le pins dangereux : c'est Pennemi du lendemain, c'est l'ennemi déguisé qui nous caresse hypocritement aujourd'hui pour nous dominer et pour mieux étouffer ensuite nos aspirations.

Cest précisément parce que la situation est graYe, parce ' que nous sommes & la veille peut^tre d'importants événe-

mente que la publication de ce livre no^u^ 9 para opportune» Noas vonloDS l'élever comme un pbaro aux yeux des

nouvelles générations pour les avertir de Técueil contre lequel sont venu se heurter et s'engloutir misérablement ceux qui les oui précédé dans la (carrière d^ 4éi9P<«ratie militante.

Qtti donc avaient raison en de ceux qui soutenaient l'union libérale ou de ceux qui la repoussaient comme une déceptioa et une duperie 2 £t si idors quelques hésitations pouvaient subsister, sout^elles possible^ aujourd'hui après l'expérieace décisive de ?

Les idées ne peuvent marcher qu'à la coadiLion de passer sur le corps des honimes qui leur font obstacle. On ne peut laisser la direction du mouvement populaipre à des hommes qui le perdraient infailliblenient, comme ils Font perdu dans le passé. Il ne faut pas la leur laisser prendre, il faut la leur retirer.

C'est ià ce qui imperte avant tout, et c'est pour cela que nous n'avons pas hésité à soulever ce début de perponnaiités. a Peut-on régénérer, peut-on même réformer ce « pays-ci sans attaquer aussi véhémenlemetiL les personnes a que les choses? )> écrivait Mirabeau en 1787, démasquant Necker, un de ces hommes aussi qui veillaient égarer la révolution en s'insiouant dans la coiiflànce du peuple.

Nous avons couru au plus pressé, nous avons employé la démonstration la plus saisissante. Nous avons montré leur liberté et leur république en action. Est-4» U| la liberté et la république qne nous voulons 7

Il n'y a plus aujourd'hui que deux grands partis en présence : ceux qui veulent vraiment l'émancipation du peuple et la réalisation de la liberté par rinstruction et le bien-être universels, et ceux qui, par préjugé ou par calcul, sont opposés à cette révuluiiou qui doit Lransformer

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l'ordre' social non moins profondément que l'ordre politique.

Mous avons vu quelle a élé la conduite dans le passé de ceux qui aspirent à diriger le mouvement actuel. Il est une pierre de touche qui nous permettra de teconnaitre sûrement si, dans le présent même, ils sont du parti du progrès ou du parti de la résistance, du parti de là révoiiiUon ou du parti de la réaction.

Trois courants très-remarquables se manifestent en ce moment dans le peuple, dans la bourgeoisie, dans la jeu* nesse, qui, divergents en apparence, attestent cependant la similitude des préoccupations et la communauté des aspirations vers un état régénéré, en même temps que le pressentiment commun de ses conditions essentielles :

Les efforts des travailleurs pour afûrmer leur capacilé, pour accomplir par eux-iiiémes l'œuvre de leur émancipation} pour inaugurer un nouvel état de choses, iondé sur le travail, mais sur le travail libre, sur le travail organisé scientifiquement, et non plus arbitrairement comme dans les anciennes utopies communistes;

Les aspirations de la bourgeoisie vers la paix, érigées désormais en principe, qui se manifestent d'une façon significative p^r la ligue internationale permanente de la paix, par la ligue de la paix et de la liberté, par TUnion pour la paix du Havre, et qui attestent le détachement qui se fait dans la classe aisée de la vieille politique et des vieilles fictions de patrie^ de nationalité^ de grandeur terrikniaUf de glùire militaire^ etc.

D'autre part enfin, les tendances dp la jeunesse vers le matérialisme, le positivisme , la morale indépendante, systèmes plus ou moins satisfaisants, mais qui tous procèdent d'une volonté nettement arrêtée de s'affranchir du mysticisme religieux, et d'établir la solidarité étroite qui existe sur le terrain de la libei té compleie entre le problème moral et les problèmes politiques et sociaux.

COMGLOSIOII k09

Eh bien! les hommes dont nous parlons, se tiennent

systématiquement en dehors de ces trois grands courants de la pensée moderne» non pas seuiemeui indifférents» mais hostiles.

Ils ne comprennent pas etjie veulent pas comprendre

les questions économiques et sociales : les efforts des travailleurs en ce sens leur paraissent suspects; ils y voient une (Âcheuse diversion aux préoccupations politiques; il leur semble, tant est grande leur ignorance, et tant sont iiivéléiés leai's préju^^cs, que ce soitiàua terrain d'eûteûte secrète avec le gouvernement

Ils ne sont pas sympathiques davantage aux manifesta* tîoos de la libré-pensée qu'ils ^considèrent comme une aberration et une révolte dangereuse ; on connaît les flétrissures infligées par M. Jules Favre, de la tribune du Corps législatif et de celle de TAcadémie, aux matérialistes et aux athées. Les plus émancipés oe vout pas au-delà du voltairiaoisme et de la religion naturelle dont M. Jules biuioii a tracé le programme éclectique.

£ûûn, ils se sont abstenus d'adhérer publiquement aux ligues de la paix et de prendre part à aucun de fenr congrès. La guerre des nationalités est encore un des thèmes les plus brillants de leur opposition, et le souvenir môme de leur défection de 1848 ne les rend ni plu:) circonspects ni plus réservés.

Us bornent leur horizon au mouvement étectoral» quelque peu aveugle par sa nature même et par le but immédiat qu'il doit se proposer ; mais c'est cette obscurité même qui leur plaît et qu'ils veulent entretenir^ parce qu'elle favorise leur ambition et qu'elle couvre les transactions et les coa* lîtions les pins inexcusables.

« Unissons-nous pour la lutte, di^eiU-ils roiume ils le c( disaient en 1847 ; soyons unis pour être toi ts, écartons « les questions d^application qui nous diviseraient. Jusqu'à

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a la victoire, combattons tous eDgemblCi nous aviserons « après. »

Et après, ce seront les ateliers nationaux, ce sera la

Goinmission du Luxembourg, ce scionL les réactions sanglâmes de Juin, ce seront les cataslroplies funestes dans lesquelies s'abîment à ia fois la liberté et la prospérité du pays r

Ces hommes ont- ils du moins reconnu et confessé leurs fautes passées? ont-iis fait amende honorable devant le peuple ? ont-ils pris u.n ferme propos pour l'avenir? ont-ils manifesté qu'ils aient proûté en quelque fe^on de la cruelle leçon de Texpérience?

Non, non, nuii. Tout récemment encore, dans les débats du fameux procès des Treize, la première grande manifes» tation de leur parti reconstitué pour l'action , M. Jules Favre gloriflait M. Sénard comme le sauveur de ia société en juin 18/,8 (1). *

Eh bien ! le peuple, qui ne veut |)lus être ainsi sauvé dans Tavenir, mais qui veut se sauver lui-même» doit repousser h tout prix ces hommes.

Que ce soit «pour lui le commencement de fa sagesse!

La démocratie, si elle ne veut pas j)érir, doil abandonner les anciennes roules, rejeter ses anciens guides, et se frayer des voies nouvelles avec le concours d'bommes nouveaux*

(1) A cette occasion, M. Jules Favre employa celte périphrase ridicule : « Senard, le courageux président de rAssemblée naiio- (( nale qui a opposé sa poitrine aux coups des agitateurs. » Mais comment veut-on que ceux qui ne se sont pas reportés aux documents de riiistoirc se reconnaissent au milieu de toute celte confusiao d'apologies et d'évéaemeols déiuàturés» arrangés selon iesbesoins des circonstances?

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