I.KS lloM \U> hi: ^UfcUlU
conls ch.'iriols cli.irL'/'s dr |H()\ isioiis ol r(»nlra avec sa pi'isc dans Hniiirs. (!r lui |m)Iii- Urr- Iraihl nue orcasioii (!<» roinhallir dr noiivrau seul à seul, (*(Mnnic aiilrcfois dans les louniois. |j' ilélirral (MiiP'mi, le duc de Laijcasl ic, lui envoya un chevalier, Heniluo, chargé diî leprovo(|uer: Uerlraiid accepta le comlial el lua l?enil)ro. l^'urieux de ce nouvel échec, qui eut lieu (Ml sa ]nésenc(*, Lancastre donna Tassant à la ville : mais noire héros incendia un<* loui* de hois de l'ennenii, enfonça ses troupes et le foi-ça à lever le sièjj;e.
('ependanl, aj>rès avoir été armé chevalier de la propre main de Charles de IMois, dans Hennés même , comme récompense de son action d'éclal, IJerlrand livra bientôt un nouveau combat singulier. C'était pendant le siège de Dinan, bloqué par le duc de Lancastre (1359). Pendant une trêve convenue, un frère de Duguesclin fut surpris et retenu prisonnier par un chevalier anglais, Thomas de Canterbury^ dans le seul but d'insulter noire héros et d'avoir Toccasion de se battre avec lui. <( Il a trouvé son occasion, dit du Guesclin ; mais je le ferai repentir de Tavoir cherchée. » Aussitôt, il alla trouver le duc de Lancastre, qui lit venir Thomas de Canterbury, et le duel eut lieu en présence des principaux ofticiers des
s NOS (.LOIKES NATIONALES
deux canii)s. Canlerl)iiry fui vaincu d'une façon si complète ol si honteuse, que le duc de Lancaslro crut devoir le chasser de son armée.
A quelque temps de là, du Guesclin reçut du régent, plus tard Charles V (car alors le roi Jean, retenu en captivité à Londres, était encore vivant), une compagnie de cent hommes d'armes avec le gouvernement de la petite place de Pontorson, en Normandie, et il se remit à guerroyer contre les Anglais ; ce qui ne Tempécha pas de se marier, entre deux comhats, avec ïiphaine Raguenel, une des plus riches héritières de Bretagne.
Une trêve avait été bientôt conclue entre les deux partis ennemis, quand Charles de Blois, mal conseillé, et malgré l'avis de du Guesclin, le rompit, et fit celui-ci général en chef. Après avoir débuté dans ce grade en défaisant une partie de Tarmée de Montfort au siège de Bécherel, du Guesclin allait livrer une grande bataille, quand Tintervention des évéques amena un traité, qui partageait la Bretagne entre les deux prétendants.
Du Guesclin avait été donné en otage à Montfort ; mais, la lutte ayant recommencé, et notre héros n'étant pas remis en liberté, il s'évada et courut auprès du régent, qui était de-
-*VP^!S&-
Du Ouesclin incendiant une niacliine de L;uei're.
M. s lin \| M I, S I)i: (.1 I II K K H
\('!iu Tilhirlcs \ |».ir l.i innil du loi .Ic.m, snii |>('r(' (llilii); h' ii()ii\(Mii roi lui ('niili.i uur armrc pour .illci' ('(UiiImI In* ru .Norui.iihlic Ir roi (Ir .\a\:irrr, T.li.irh's Ir .M;iii\;iis. L-i rranc<; olail (Miwiliic (le loiilrs p.iils cl sur Ir jioiul do stircoinher. La |ufuiii'rr (]ii('sliuri pour ('liarics V riaildr (Irsciiii- uiaîliMi du cours di* la Scilie : tlu (lurscliii, aidr (h; lîoucicourl, so char^iM (Ir ririiNrr « u icprriiaiil Maiilrs ri Meulau, (jui élairuL eu la ]»ossrssiou du l'ui de Navarre.
Résolus de se veu^cr, les Navarrais, pour commencer, se mireul (mi devoir dY'mpècher Charles V d'aller se faire sacrer à Uciuis ; uiais ils complaienl saus du (luescliii. Il se préci|nla au-devanl des euncmis avec sou armée, cl les lit reculer vers Evrcux ; puis le captai de Buch, qui les coinuiaudail, s'éLant arrêté à Cocherel, suruu monticule, du Guesclin fcif^nit de fuir; ce qui attira les Navarrais en plaine et leur ôta l'avanlago de la position. Faisant alors volte-face, du Giiesclin se précipita sur eux et les délit complètement. En récompense de cette victoire, du Gm^sclin reçut le comté de Longucville, héritage du frère du roi de Navarre.
Cependant, le sort de la Bretagne allait se décider, et du Guesclin i)rit la jdus grande
pari il cet événemenl. A l.i lrl(; dt; trois mille hommes (\\n' lui confia Charles do IJlois, il se renconlra à Auray avec l'armée de MoiiLforU placé sur une haiileiir. Celle fois, malheureusemenl, l'héroïsme de du Ciiesclin îic put éviler une défaile. Charles d(î lîlois, qui accompai^nait Tarmée, fut tué avec un grand nomhre de soldats, et du Guesclin, lui-même, jeté à lerre, fui fait prisonnier par Jean Chandos, qui lui cria : « Rendez-vous, messire Bertrand : celle journée n'est pas vôtre )^ (29 septembre 13G4).
A la suite de ce combat, la paix fut conclue entre la France et TAngleterre; mais si le pays n'avait plus l'étranger à comballre, il avait de nombreux ennemis, encore plus terribles peut-être : c'étaient les grandes compac/nies, ramassis d'anciens soldats de toutes les nations, qui s'adonnaient au brigandage et parcouraient les provinces en pillant, volant et massacrant. Il fallait s'en débarrasser ; mais comment? du Guesclin, remis en liberté, contre une rançon de 100,000 livres (plus de cinq millions de nos francs), trouva le moyen. Il alla trouver les principaux chefs dans les plaines de Châlons-sur-Saône, où ils avaienl établi leur quartier général, et il sut leur persuader de le suivre en Espagne, oi^i, leur dit-il,
m;s nom m i:s di: (;ii:iiiii-: 1 1
ils aurainiL roccasioii «le vivre; «•[ i|r nioiirir avor ^loircî en C()inl)allanl 1rs Sarrasins.
On parlil, ('(Miiiih' [nnii- iiin' rroisadr, a|nvs avoir ivrii dr Charles V 200,000 lloriiis d'or (environ «Iciix millions dr livi'cs d'alors), <•!, iiuîllanl, (Ml |)assanl à Aviyiion, Ir pape à coii- IrihnliiMi de 100,000 livres, on arriva (Mi Ks- [^al;lu^ Du (inesclin avait un doni)le i)n( : débarrasser la France el alh'r défendi'e ll(;nri de Translaniare contre son frère, IMerre le (Iruel, roi de (laslille, (|ni avait empoisonné sa femme, nianclie de IJourhon , belle-sœur du roi (Uiarles V. Du Guesclin parvint assez facilement à détrôner Pierre le (Iruel, et il lit couronner à sa place Henri de l'ranstaniare à Burgos. Malheureusement, les gratides cornpcujnies s'étaient livrées, comme auparavant en France, aux plus grands excès, et du Gucsclin, repassé en France, le prince Xoir, le duc de Lancastre, Chandos et le captai de Buch ne tardèrent pas à rétablir les alfaires de Pierre le Cruel, qu'ils remirent sur le trùne.
A cette nouvelle, du Guesclin ramena une dizaine de mille hommes, força le passage des Pyrénées et alla rejoindre Uenri de Transtamare, qui avait rassemblé environ 100,000 hommes à Navarrète. Il lui conseilla d'éviter une bataille décisive ; mais ce fut en valu :
r, xNOS GLOIUKS NATIONALES
celle l):ilaille ml li(îii (13C7). La défailc fui complèlc : du (jucscHu hii-mèmo fiillit [)i3rir. Il allail ùlre pi'is, (]iiaii(l il eiilemlil Pierre le Cruel crier : « Poiiil de quartier à du Guescliu ! » 11 se jeli sur lui et le renversa d'uu coup d'épee sur la lele (les épées avaient alors deux tranchants) ; puis, tendant son arme au prince Xoir : « J\ai, du moins, la consolation de me rendre au plus vaillant prince de la terre. » Le captai de Buch, qui était là et à qui le prince Xoir venait de confier son prisonnier, dit à du Guesclin : « Eh bien ! messire Bertrand, vous m'avez pris à Cocherel ; mais je vous liens aujourd'hui. — Oui, répondit du Guesclin ; mais je vous ai pris moi-même, et ici, vous n'êtes que mon gardien. » Enfin, et ce fut le plus grand danger de la journée, Pierre le Cruel , qui n'avait été qu'étourdi , voulut, une fois revenu à lui, assassiner du Guesclin, celui-ci ne dut la vie qu'au prince Noir, qui le protégea et le retint, pour l'envoyer ensuite à Bordeaux.
Du Guesclin était prisonnier depuis quelque temps dans cette ville, quand Henri de Transtamare trouva bientôt le moyen de correspondre avec lui, pour arriver à le mettre en liberté. Il fit surtout agir le prince d'Albret, qui dit un jour au prince Noir : « Il y a des
IJ:S Ih» \| \I I. > hl. «.1 I I; r. I, I .
pcMis, inoiisri^iiriir, (|iii osciil. incllriî lirjiiMinl a!iHl(\ssns (le vous; il y rii a iiiriiK; pour sou- Irnii* ([lie l.i criiiiilc seule, nous cniprclu; di» lui rcMHJre la lilirrl»'. — .](' ne cr.iins pcrsoiiin', répliqua le priiico iNoir, el je. ferai lainî ces g(Mis-là en iiielLaiil liml a riiem-e du (iurscliu (Ml lilMuié. » Ahu's, s'éLanl fail auieinu* sou prisouui(»r : (( N'ous èles lihre, lui di! il : c'est pour vous prouvcu* «pui j(î vous estiuic et (pio je ne vous (M'ains poiul . » Du (lucscliu reuiercia le priuce .Noii* ; puis, s.ichauL ([uo Pierre le Cruel u'avail [)as reui[)li ses eui^agcuieuls envers lui : (^ N'esl-ce [)as, monseigueur, dit-il, que vous vous repentez d'avoir servi ce tiaître de don Tèdre ? Puis(iue je suis lii)re^ je jun3 que don Henri chassera ce faux prince et remontera sur le trône. Quant à sa rançon (car alors il y en avait toujours une) , souvenez-vous, lit-il observer, que je suis un pauvre chevalier. — Eh bien ! dit le prince Noir, vous paierez cent livres seulement. — C'est trop peu ; j'olîre cent mille llorins d'or.
— C'est trop. — Alors, ce sera soixante-dix mille^ et je n'en rabattrai rien. — Mais si vous êtes pauvre, demanda le prince Noir, où prendrez-vous ces soixante-dix mille ilorins ?
— Le roi de France et le roi de Castille les trouveront : d'ailleurs, il v a cent chevaliers
10 NOS (iLOIHES xNATIONALES
bretons ([iii vendraient leurs terres pour cela, s'il le fallait. » Bref, on s'en tint h cette somme, et (lu riuesclin eut pu j)ayer sa rançon le jour même, s'il eut voulu accepter tout ce qu'on lui olFrait à la cour même du prince ; mais il ne fit exception que pour les trente mille florins que lui adressa la princesse de Galles (la femme du prince iXoir). Il partit : sa route vers Paris fut une fête triomphale^, et à son arrivée à la cour, il reçut, d'après les ordres de Charles V, les honneurs souverains.
Du Guesclin, ainsi redevenu libre, ne tarda pas à s'occuper de la mission qu'il s'était donnée de replacer Henri de Transtamare sur le trône de Castille. Aidé par Charles V, qui lui donna des troupes et de l'argent, et par le pape d'Avignon, qui excommunia Pierre le Cruel, il passa pour la troisième fois en Espagne. Pierre le Cruel appela les Maures à son aide. Ce fut alors au tour de l'Afrique mauresque ; mais du Guesclin la vainquit également, et, de nouveau, Pierre le Cruel fut pris. Ajoutons que ce fut à du Guesclin que Henri de Transtamare dut d'être débarrassé de son frère. H y a là-dessus deux versions : d après l'une, Pierre, qui avait déjà, comme on Ta vu, voulu assassiner du Guesclin^ essaya de le faire dans une entrevue avec le chevalier, qui alors l'é-
LKS NOM Mi:s Di; (il i:m m: i.
Icndil inorl à ses pieds. SiiivaiiL I ;uiIî'(î vitsioii, Picnc h; (Iriirl, .imciié prisoimirr dan» lii t(Mil(^ de du (iiirsdiii (»l y li'oiiv.'iiil son ïi'rvr, \\v\\v\ de TranslaMiaie, sn jela sur lui, la dayue à la niaiii, ri le irnviTsa. Il allail réf^^org^cr, ([uaud du ( luescliii saisit Pirire el le j(îla sous soa IVi're. Alors, Henri, laisanl a Pierr«î ce (jue relui-ci avail mmiIii lui faire, lui enfonça sa daj;ui' dans la |>oilrine , ce (|ni le reiidil tian- (luille possesseur du royaume de (!a>lille.
Ouand du (lin'selin rentra de nou\eau en Franco, il avail él<'' fait conn/'lablc. Aoninié au commandcnuMil er, elnd' de Tarniée, il chassa les Anglais, ijui élaicnl encore aux portes de Paris, el Uuir reprit la .\orniandie.
Ce fui au retour de cette expédition que Charles Y le choisit i)our jiarrain de son second fils, le duc d'Orléans ( uii devait être le père de Louis XII). Le présLuit qu'il lit à l'enfant fut eou épée, accompagnée de ces paroles :
« Monseigneur, je vous fais présent de cette épée, priant Dieu qu'il vous fasse la grâce et qu'il vous donne tel et si grand cœur que vous soyez un jour aussi preux et aussi bon chevalier que fut oncquesroi de France. » Le vœu de du Guesclin devait être exaucé ; malheureusement, il ne suffit pas toujours d'être bon
is NOS riLOlIlKS NATIONALES
chevalier pour avoir la victoire, car Louis, duc d'Orléans, fut fait prisonnier par les Anglais et resta quarante ans en leur pouvoir. Nous ajouterons que c'est pendant sa captivité qu'il composa une partie de ses poésies, dont quelques-unes sont des plus touchantes.
Rentj'ant en campagne, du Guesclin alla avec son armée en Guyenne, il reprit Limoges, Saint-Sever et dix autres villes. Il passa ensuite au Nord et en Bretagne, où Montfort avait appelé les Anglais, et il vainquit si complètement Montfort et ses défenseurs , qu'il réduisit h 6,000 leurs GO, 000 hommes de troupes. Enfin, retournant dans le Midi, il força le prince de Galles (c'est-à-dire le prince Noir, qui tenait ce nom de la couleur de son armure) à demander hi paix.
Tout n'était pas fuii cependant avec Montfort: il était rentré en Bretagne avec une armée anglaise sous les ordres de Lancastre. A cettcî nouvelle, Charles Y cita Montfort à son tribunal, et, sur le refus du rebelle de comparaître, il déclara la Bretagne réunie à la France. Du Guesclin, chargé de faire une vérité de cette déclaration, se rendit en Bretagne ; mais il fut abandonné de ses Bretons et réduit ainsi à Timpuissance. Ses ennemis enprolitèrent pour le desservir auprès du roi,
i.Ks NOM \u.'^ i»i: (, I luu i: \ ,
(jiii cul la faihlrssr de croirr .i iiiu! Iniliison socivlo, ri (lu (itiosclin mil «Irvoir ilrpomn* son éjx^o (Ir rcmiielal)!»', rii ncrivaril (mi m faisant rcriiM' |»lMlnl, (Ml* il sivailà |H'iiuî sif^nor) une l(Mli'(' (le jn^lilicalioii a (lliarhîS V. (Irliii-ci \\r, larda pas à s»» rcprulir di» sos soupçons, oL il (MïV(>\a nu aiiihassadiMir à du (iin;s(din, l(^ duc de IJoui'hon, (|iii lui di( : « lloau cousin, dcH llalleurs avaituit surpris le roi : mais il vous prie d'oublior toul et do nîslor à son service», cl voilà l'épée de conuélahlc que je vous rap[>orte de sa pari. — Je dois tout aux bontés du roi, répondit du (luesclin : mais *pî n'ai garde de m'exposer de nouveau à une disgrâce pareille à celle (pii vient de me frapper. C'est trop pour un homme de ma sorte d'avoir été soupçonné une seule fois. Je vais mourir en Espagne, où je porterai le désespoir de n'être pas morten France un au plus tôt. »
Du Ciuesclin, emportant son épéc de connétable, partit, en elVeU pour TKspagne; mais, en route, il s'arrêta sous les murs de Chàteau- Randon, qu'assiégeait son ami le maréchal de Sancerre, et il ne devait point avoir la douleur d'aller plus loin. Il avait dirigé plusieurs assauts, et le gouverneur de la place avait promis de se rendre dans un délai de quinze jours s'il n'était pas secouru, quand notre héros
loinl)a malado. Il luoiirut avaiil le délai (13 juillet 1380), cL le gouverneur, fidèle à sa parole, vint remettre les clefs de la ville sur son cercueil. Il avait, se sentant mourir^ remis à Sancerre l'épée de connétable en lui disant: « Elle m'a aidé à vaincre les ennemis de mon roi ; mais elle m'en a donné de cruels auprès de lui. Je vous la remets et vous jure qu'elle n'a jamais trahi le roi qui me l'a remise. »
Charles V lit enterrer du Guesclin à Saint- Denis parmi les rois, et Charles YI, neuf ans plus tard, lui lit faire de nouvelles funérailles plus magnifiques encore pour témoigner que, s'il lui restait encore quelque chose du royaume de France, il le devait surtout à du Guesclin.
nAVAlU)