BLANCHET
5* arfondissement. — 3^271 voix.
Blanchet n'était point le nom du membre de la Commune élu par plus de trois mille suffrages dans le S® arrondissement. Nous ignorions encore son vrai nom quand nous avons commencé sa biographie, et nous avons cru intéressant de conserver ici
qaelqnes traits du portrait que nous avions tracé avant cette découverte.
Blanchet est paralytique, il marche appuyé sur une canne qui joue un grand rôle dans sa vie politique. En effet, quand cet homme à barbe noire, qui ressemble à un chartreux en rupture de cloître, faisait quelque motion violente, comme il en avait rhabitude, on le voyait en môme temps lever en l'air ses bras et sa canne, et c'était dans cette posture qu'il reprochait à l'assemblée d'être trop modérée et de ne pas avoir assez terrorisé Paris.
Cet énergumène, qui semblait vouloir parodier Couthon et qui n'avait ni le courage, ni le talent du vieux conventionnel, s'attira un jour une verte réplique de Varlin, qui répondit à ses reproches et à ses mterpellations : a Ceux qui crient le plus fort ne sont pas ceux qui font le plus, » et une autre apostrophe de Delescluze contre les membres qui « trouvaient qu'on ne faisait jamais assez, et qui pour leur part ne faisaient rien que de stériles récriminations. ))
Blanchet avait voté pour la validité des élections à la majorité absolue des votants, et formulé ainsi son vote pour le Comité de salut public : « Je vote pour, attendu que si la Commune a su se faire aimer des honnêtes gens, elle n'a pas encore pris les mesures indispensables pour faire trembler les lâches et les traîtres, et que grâce à cette longanimité intempestive y l'ennemi a peut-être obtenu des ramifications dans les branches essentielles de notre gouvernement, »
Celte dernière crainte venant d'un ancien secrétaire de commissaire de police sous l'Empire, d'un ban(]ueroutier, n'est-elle pas admirable ?
Blanchet avant son entrée à la Commune n'était connu de personne si ce n'est comme membre du Comité central; les électeurs l'avaient nommé sur
la foi de ses déclarations ultra-révolutionnaires. Un jour Ton découvrit son passé et la Commune fut bien étonnée d'entendre la lecture du rapport suivant que lui présenta un des membres de la Commission de sûreté générale.
Nous citons en entier ce document, qui n'est pas un des moins curieux de l'histoire de la Commune, et nous rectifions Torthographe de son nom que le Journal officiel avait mal écrit et que les autres journaux de la Commune rétablirent dans les récits qu'ils donnèrent de cette curieuse découverte.
S^éance du 6 mal iSVi*
PRÉSIDENCE DU CITOYEN JOHANNARD. — ASSESSEUR, LE CITOYEN JACQUES DURAND.
Le citoyen Raoul RigaUlL Vous vous rappelez qu'il a été convenu que quand il aurait été procédé à l'arrestation d'uu collègue, on ferait un rapport à la Commune; je le fais aujourdliiii, non pas dans les vingt-quatre heures, mais dans le- deux heures.
Aujuuid'huij nous avons appelé devant nous le citoyen Blanchet. Depuis longtemps nous étious prévenus que ce nom n'était pas le sien; que sous un autre nom il avait exercé des fonctions et subi une condamnation qui ne lui permettaient pas de rester parmi nous.
Quoiqu'il ait toujours voté avec la majorité et le Comité de sûreté générale, à cause de cela surtout, je n'ai pas gardé de ménagements. (Approbation.) C'est le citoyen Ferre qni a fait l'enquête. Le citoyen Blanchet s'est présenté devant nous; je ne crois pouvoir faire mieux que de vous lire la procès-verbal que nous avons dressé de cette entrevue :
« L'an mil huit cent soixante et onze, le 5 mai,
» Devant nous, délégués à la sûreté générale et membres dudit Comité, est comparu le membre de la Commune conna sous le nom de Blanchet.
» Lequel, interpellé par le citoyen Ferré, a déclaré qu'il ne s'appelait pas Blanchet, mais bien Pourille (Stanislas^
» Sur la seconde interpellation, Pourille déclare qu'il a bien été secrétaire de commissaire de police à Lyon, qall
est entré, à Brest, dans un couvent de capucins en qualité de novice vers 1860, qu'il y est resté huit ou neuf mois.
» Je partis, ajoute-t-il, en Savoie, où je rentrai dans un second couvent de capucins, à Laroche. Ceci se passait eu
» Revenu à Lyon, je donnai des leçons en ville. On me proposa d'être traducteur interprète au Palais-de-Jnstice, j'acceptai. On me dit après qu'une place de secrélaire daos un commissariat était vacante, j'acce[itTi également; je suis entré dans «e commissariat vers 1865, et j'y suis resté environ deux ans.
D Au bout de ce temps, quand je demandai de l'avancement, quand je demandai à être commissaire spécial aux chemins de fer, ma demande étant restée sans réponse, j'offris ma démission, qui fut acceptée. C'est après ces événements ^ue je vins à Paris.
» J'ai été condamné à six jours de prison pour banqueroute à Lyon. J'ai changé de nom parce qu'il y avait une loi disant qu'on ne pouvait signer son nom dans un journal lorsqu'on a été mis en faillite. »
» Nous, délégués à la sûreté générale, et membres dudit Comité, envoyons à Mazas le sieur Pourille.