‹ Les hommes de la Commune: biographie complète de tous ses membresChapitre 9 sur 58 · BERGERET · texte numérisé non relu

BERGERET

20* arrondissement. — 14,003 voix,

Jules Bergeret, membre du Comité central et des généraux de la Commune, est un ancien ser|

de voltiffeurs devenu ouvrier typographe, puis commis de librairie. C'est un homme de quarante ans à peine, grand, maigre, aux cheveux bruns, au teint bilieux. Il sortait presque toujours en voiture, une infirmité l'empêchant de monter à cheval, ce qui n'était pas sans être assez gênant pour un général.

Au 18 mars, Bergeret, chef de la 18® légion, fut envoyé à la tête d une colonne pour prendre possession de la place Vendôme qu'il occupa sans coup férir et où il s'installa comme général. Après s'être ainsi nommé lui-même au commandement de la place de Paris, Bergeret ne sut même pas se faire

firendre au sérieux. Une dépêche maladroite, dans aquelle il était dit que le général Bergeret « luimême » s'était porté à Neuilly, a laissé de gais souvenirs dans l'esprit de la population, si peu portée à rire dans ces moments de deuil et de tristesse.

C'est pendant qu'il était commandant de la place de Paris qu'eut lieu la manifestation de la place Vendôme qui coûta la vie à plusieurs citoyens inoffensifs, venus là dans un but de conciliation et d'apaisement. Bergeret, qui était « lui-même » ce jour-là sur la place Vendôme, fit, a-t-ildit plus tard, tous ses efl*orts pour empêcher qu'on tirât sur la manifestation, mais quelques coups de feu partis on ne sait comment furent le signal d'une fusillade qu'on ne put arrêter que quand des morts et des blessés assez nombreux furent tombés sous le feu des soldats de la Commune.

Bergeret fut un des chefs de la sortie du mois d'avril ; il commandait le corps d'armée qui fut décimé par le feu du Mont-Valérien, et perdit dans cette affaire les chevaux de sa voiture qui furent tués par un obus.

Lorsque le générai Cluseret fut nommé délégué à la guerre et qu'il eut résolu de s'opposer à tout

effort offensif de Tarmée de Paris, Bergeret attaqua vivement Gluseret, qui lui donna comme successeur au commandement de la place le général Dombrowski.

Bergeret n'accepta pas sans protester son remplacement; il menaça de soulever la garde nationale contre Gluseret et contre le successeur qu*on venait de lui donner; c'est ce qui. motiva son arrestation.

Ce n'est que le 22 avril que la Commune, qui l'avait déjà entendu à sa barre et qui devant son refus d'obéissance au général Gluseret, n'avait pas voulu le relâcher, ce n'est que le 22 avril que la Commune donna Tordre de mettre en liberté le général Bergeret, membre de la Commune.

Le commandant de l'Hôtel-de- Ville, le colonel Pindy fut délégué auprès de lui pour le ramener au milieu de ses collègues.

Bergeret fut accueilli à son entrée dans la salle des séances par des murmures fort sympathiques.

« Je m'inclinerai toujours, dit-il, devant les décisions de la Commune, et nous devons tous en faire autant. En revenant siéger parmi vous, je ne rapporte aucun sentiment de rancune, mais bien l'offre de tout mon dévouement. »

Il tint sa promesse et ne sembla pas se souvenir de l'arrestation que lui avait fait subir la Commune.

Bergeret, qui le lendemain de l'installation de la Commune avait été nommé membre de la Commission executive, avait abandonné bientôt ce post^ pour se consacrer tout entier à ses travaux mili; taires* Après sa mise en liberté, il fut adjoint à là Commission de la guerre et n'a certainement pas dû peu contribuer à la révocation et à l'arrestation de Gluseret.

Bergeret vota pour le Comité de salut public. C'est lui que la Commune chargea de courir à la

irsnite de Rossel qui s'était enfui avec un mem-

du Comité, Charles Gérardin.

îergeret était un homme plein de lui-môme, trèssonnel, infatué du génie militaire qu'il prétendait séder. Ce stratégiste en chambre ne parlait que ement à la Commune et uniquement sur les estions militaires. S'il était vraiment dévoué à bi nmune et aux idées qu'elle représentait, il a uvé cependant que ses taknts militaires n'étaient

à la hauteur de son dévouement.

.6 général Bergeret disparut comme par enchanlent le lendemain de l'entrée des troupes dans is et réussit, grâce à une prdmpte fuite, à se sau-

à Gucrnesey. Il est en ce moment à Londres Ton annonce qu'il va publier un livre sur le 18 rs.

BESLAY.

6« arrondissement. — 3,714 voix.

îlay (Charles) était le doyen des membres de la

lune ; il est né le 4 juillet i795, à Dinan (Bre-

\. Fils d'un député qui siégea sous l'Empire,

i Restauration et sous Louis-Philippe, Beslay

le collègue de son père à la Chambre des

s en 1830. C'est un ingénieur distingué qui

eaucoup occupé des questions sociales, et

sprit duquel s'est fait un curieux travail, qui

lé pas à pas à une complète adhésion au so-

ct à l'Internationale.

ânions radicales à la Chambre des députés, it di'îclarr», par ox(»mple, qu'il ne donnerait n vote pour aucune fonction à un général, ^rent d'cHre réélu par les électeurs de Pon-

tivy* Dès lors, il se donna tout entier aux travaux industriels, et fonda dans le quartier Popincourt un atelier de construction de machines dans lequel il associa ses ouvriers. M. Beslay ne fut pas heureux dans ses enivcprisos industrielles où il voulut mettre en pratique ses théories socialistes. Il y perdit une fortune considérable, mais il ne se découragea pas et n'en continua pas moins ses études et ses essais de socialisme.

Nommé en 1848 commissaire général du Morbihan, dont il avait été auparavant conseiller général, Beslay résigna bientôt ses fonctions et fut élu, par 95,000 suffrages, le premier sur la liste des douze représentants envoyés par ce département à l'Assemblée. Ses études spéciales le désignaient comme devant faire partie du Comité du travail, dont il fut en effet nommé membre, et aux travaux duquel il prit une part très-active. Son rôle politique à l'Assemblée fut assez effacé, il vota avec la fraction modérée du parti républicain, soutint Cavaignac, mais refusa de sanctionner par son vote l'ensemble de la Constitution de 1848. Beslay ne fut pas réélu à l'Assemblée législative et reprit à Paris bes travaux industriels.

Sous l'Empire, il s'occupa moins de politique militante que de socialisme. Il voulut mettre à exécution son projet de banque d'escompte ; mais cette malheureuse tentative acheva sa ruine, sans toutefois décourager cet infatigable travailleur.

Beslay est socialiste proudhonien ; il est un des fondateurs de Tlnternationale, et quoique bourgeois et de famille bourgeoise, puisque son fils, F. Beslay, est actuellement rédacteur d'un journal conservateur et clérical, le Français, il fut un des membres les plus radicaux de cette association. Il ne craignit même pas de manifester publiquement à ses anciens amis, et surtout aux membres

de la gauche, sa réprobation pour leur ignorance et leur indifférence des questions sociales. Logique avec son passé, Beslay fut un des plus violents adversaires du gouvernement du 4 septembre, et signa contre lui, pendant le siège, des manifestes restés célèbres dans l'histoire intérieure du siège de Paris.

M. Beslay, un des plus fervents adeptes de Tlnternationale, fut élu membre de la Commune parle 6' arrondissement.

Le discours qu'il' prononça à l'ouverture des séances de la Commune, discours que nous voudrions pouvoir citer |en entier , peint bien le caractère de M. Beslay. Voici quelques extraits de cette allocution : « La République n'est plus aujourd'hui ce qu'elle était aux grands jours de notre révolution. La République de 93 était un soldat qui, pour combattre au dehors et au dedans, avait besoin de centraliser sous sa main toutes les forces de la patrie; la République de 1871 est un travailleur qui a surtout besoin de liberté pour féconder la paix.

» Paix et travail ! Voilà donc notre avenir! Voilà la certitude de notre revanche et de notre régénération sociale, et ainsi comprise la République peut encore faire de la France le soutien des faibles, la protectrice des travailleurs, l'espérance des opprimés dans le monde et le fondement de la Républiaue universelle. »

Il traça aussi ce jour-là à la Commune un programme qu'elle sembla approuver mais dont elle s'est bien vile écartée.

M. Beslay fut nommé membre de la Commission des finances et rédigea, à propos de la loi sur les échéances, un projet de banque d'escompte qui fut rejeté comme trop compliqué. Il vola avec plusieurs de ses collègues contre la validation des élections à la majorité absolue et s'est toujours opposé, dans le sein de l'Assemblée, aux mesures arbitraires

et violentes qui y ont été souvent proposées et si souvent adoptées. 11 a voté contre le Comité de salut public et fait de fréquentes démarches, malheureusement infructueuses, pour obtenir la mise en liberté de Ghaudey.

Une des manies de M. Beslay, pendant la Commune , fut d'adresser h M. Thiers d'immenses lettres qu'il faisait afficher sur tous les murs de Paris, et dans lesquelles il le sommait de donner sa démission pour mettre ainsi fin h la guerre civile.

M. Beslay est, malgré ces ridicules, respecté de tous les partis; sa parole est toute paternelle, sa fermeté toute virile, il l'a bien prouvé en s'engageant comme volontaire pour la campagne au 23® de ligne, qu'il ne quitta que trahi par ses forces, qui n'étaient point à la hauteur de son énergie et de son courage.

M. Beslay donna une seconde fois sa démission qu'il avait déjà offerte pour raison de santé. Cette fois, la raison était difl*érente. M. Beslay était délégué de la Commune k la Banque, or la Commune envoya plusieurs bataillons de gardes nationaux pour faire des perquisitions dans cet établissement, et M. Beslay considérant cet acte comme une mise en suspicion de sa gestion, donna sa démission, en profitant de cette occasion pour protester contre la démolition de la maison de M. Thiers.

Il la reprit cependant encore une fois et signa avec plusieurs de ses collègues le manifeste de la minorité. La Commune le maintint dans ses fonctions de délégué à la Banque et M. Beslay, de concert avec le directeur, sut préserver de la ruine cet édifice et les richesses qu'il contenait.

Le Gouvernement, en reconnaissance de ces services, lui a donné un passe-port pour la Suisse et M. Beslay est parti pour Genève, entouré de l'estime de tous ceux qui pendant leur séjour à Paris sous

la Commune, ont pu juger quels services M. Beslay a rendus en sauvant les richesses de la Banque et le crédit de ce grand établissement financier.

BILLIORAT.

14* arrondissement. — 6,100 TOix.

Billioray (Alfred-Edouard), né à Naples, de parents français, n'est pas, comme on Ta souvent écrit, le joueur de vielle, si connu des Parisiens.

C'est un homme d'une trentaine d'années, aux cheveux blonds, aux yeux bleus dont la voix pleine de douceur semble démentir le caractère violent dont il a fait preuve à la Commune. Peintre d'un médiocre talent, Billioray a exposé en 1866 un tableau, la Sollicitude maternelle^ ainsi que plusieurs toiles qui ont figuré dans ce salon des refusés , qui a excité une si vive hilarité parmi les visiteurs de l'Eixposition des beaux- arts.

Orateur des clubs de la rue Maison-Dieu et du théâtre Montparnasse, le blond Billioray, membre du Comité central, se trouva porté aux élections communales sur la liste du Comité, et c'est à ce titre qu'il a dû, quoique complètement inconnu jusqu'alors, d'ôtre élu dans le quatorzième arrondissement, qui a envoyé à la Commune de si étranges représentants.

Billioray s'est fait remarquer à la Commune par ses motions violentes. Nommé membre de la Commission des services publics et des finances, il a été proposé par la majonté comme candidat au Comité de salut public en remplacement de Delescluze et

Ta emporté d'une voix seulement sur son concurrent Varlin, candidat de la minorité.

Billioray est, du reste, un de ceux qui ont le plus énergiqueraent réclamé la formation d'un Comité de salut public. Il a prouvé par ses actes Tabsence la plus complète de sens politique et de sens moral.

On Ta vu, en effet, demander à la fois la liberté du travail dans la discussion sur la boulangerie et la suppression des journaux. C'est aussi l'un de ceux qui réclamaient avec le plus de persistance l'exécution de la loi sur les otages.

Billioray a eu l honneur de signer les derniers décrets et les proclamations m extremis du Comité de salut public. Il est l'un de ces énergumènes sans conviction et sans principes qui ont poussé la Commune dans cette voie de représailles sanglantes et d'actes froidement sauvages, qui ont précédé la chute du Comité de salut public et de la Commune.

Billioray, qu'on avait dit fusillé dans les premiers jours qui ont suivi l'entrée des troupes, fut arrêté le 3 jum dans une maison de la rue des CanetteSi où il habitait sous un faux nom.

11 passe en jugement devant le 3"**' conseil de guerre de Versailles.

Page 1