‹ Les hommes de la Commune: biographie complète de tous ses membresChapitre 20 sur 58 · DELESCLUZE · texte numérisé non relu

DELESCLUZE

19« arrondissement. — 5,846 voix.

iscluze (Louis-Charles) est né à Dreux (Eure- ') le 2 octobre 1809. 11 vint faire ses études ége Bourbon et son droit à Paris, à une époque euncsso des écoles était imbue des principes icains, pour la défense desquels elle n'hésita prendre plus d'une fois les armes. Après la ition de 18.30, Delescluze se mé^la activement ciétés politiques et fut même arrêté au molu procès d'avril (1834). Impliqué en 1835 n complot il quitta la France et se réfugia en ue où il rédigea quelque temps le Journal de roi.

En 1841 Delescluze prit la direction de V Impartial du Nord, journal de Valenciennes, pour leqnd il fut condamné à un mois de prison. Delescluie réclama Tun des premiers la réforme électorale et prit une part très-sérieuse à l'agitation réformiste qui se termina par les fameux banquets de 1848; il fut un des organisateurs du banquet de Lille.

Après la Rév^'lution de février qui amena an pouvoir ses coreligionnaires politiques et ses amis, entre autres Ledru-RoUin, Delescluze fut envoyé i Lille en qualité de commissaire général des dépa^ tements du Nord et du Pas-de-Calais. C'est ici que se place TafFaire peu connue A^ Risqrions-Tout qnc^ lui a tant et si souvent reprochée. Voici comment ua des collègues de Delescluze, M. Vermorel, raconte dans les Hommes de 1848 cette échauffourée célèbre : (( Une colonne insurrectionnelle, recrutée dans les faubourgs de Çaris, avait été dirigée sur la Belgique pour proclamer la République à Bruxelles; puis au dernier moment, ceux qui avaient pris Tinitiative de ce mouvement, effrayés de la responsabilité qu'ils encouraient, avaient retiré leur concours à l'expédition qui était venue aboutir à une échauffourée grotesque dont le théâtre, par une coïncidence singulière, fut un village nommé TWrquonS'Tout. Or, M. Dubois, président du tribunal de Lille, imagina d'ouvrir une instruction contre lei auteurs de ces faits. Delescluze s'y opposa, et n'ayant pu vaincre l'obstination du président, le destitua. »

Delescluze fut désavoué par le ministre de la justice qui donna raison au président, et l'impopularité qui rejaillit sur Delescluze dans toute cette affaire fut telle qu'il n'obtint aux élections législatives qu'un chiffre de voix dérisoire.

Delescluze reprit un instant la direction de VImpartialy puis il vint à Paris oti il fonda la RénO'

iuiion démocratique et sociale qui lui valut plusieurs condamnations, surtout à propos d'un article sur les affaires de juin 1848.

Le journal fut supprimé après le 13 juin 1819, et Delescluze traduit devant la haute cour de Versailles, fut condamné par contumace à la déportation.

A partir de cette époque jusqu'en 1853, Delescluze vécut à Londres avec son ami Ledru-RoUin. Mais en i833, renonçant, comme il Ta raconté luimême, à la sécurité de l'exil, il quitta l'Angleterre pour venir en contrebande à Paris, «oubliant les périls qui menaçaient sa liberté et les surprises qui attendent l'homme en butte aux recherches de la police.»

Deux mois après son arrivée à Paris, Delescluze était arrêté et conduit à Mazas. Condamné comme faisant partie d'une société secrète à quatre ans de détention, il fut envoyé à Belle-Isle, puis transféré successivement à Corte, à Ajaccio, à Marseille et à Toulon.

C'est ici que se place un des plus terribles événements qui l'aient frappé. Le terme légal de son emprisonnement était le 8 mars 1858; mais quelques jours avant cette date on lui signifia, qu'en vertu du décret du 8 décembre 1851, il allait être envoyé pour dix ans à Cayenne.

D'après l'article 1" de ce décret, tout condamné à la surveillance pouvait, en cas de rupture de ban, être transporté en Afrique ou à la Guyanne pour cinq ans au moins et dix ans au plus, par simple mesure administrative. Enfin, l'article 2 étendait facultativement cette disposition aux membres des sociétés secrètes.

C'est l'application de cet article 2 qu'on fit à Delescluze et au nom duquel on l'envoya à Cayenne.

Ce fut le 28 juillet 1858 qu'il partit pour cette

terre de supplice, et il a raconté dans un volumi

Slein d'intérêt : De Paris à Gayenne, sa triste el ouloureuse odyssée.

L'amnistie de 1859 vint le sauver de la mort lente, mais sûre, que lui réservait son séjour i Cayenne^ et il revint en France le 22 septembre

Delescluze resta longtemps en dehors de la politique et publia seulement pendant l'Exposition ani* versello le Panthéon, de l' Industrie et des Arts. An mois de juillet 1868, après la suppression de l'an* || torisation préalable, il fonda un journal d'abûid L hebdomadaire, puis bientôt quotidien, le Réveil. L

Son premier article lui valut trois mois de prison, L auxquels succédèrent six autres mois pour la sooi- L cription au monument de Baudin. Ij

La publication du Jtéveilii'si pas eu peu d'influenee 1 dans les nombreuses manifestations contre l'Elmpire | qui se sont succédé ces dernières années. Li manifestation Baudin qui commença la série si nombreuse de manifestations et de protestations publiques contre TËmpire, avait été organisée pir les rédacteurs du RéoeiL

Delescluze fut encore condamné plusieurs fois pour délits de presse le 14 août 1869 et enfin, qndque temps avant la chute do l'Empire, cour un a^ ticle dans lequel il avait soutenu le droit qu'a tout citoyen de repousser de vive force des perquisitions nocturnes, faites à d'autres heures que celles qu'a fixées et déterminées la loi. G'élst à propos de 1 afl'aire Mégy que Delescluze écrivit cet article, pour lequel il fut condamné à treize mois de prison.

Mais la chute de l'Empire arriva et la République avec elle. Delescluze continua le Réveil et commença cette longue série d'avertissements, de conseils et de blâmes contre les hommes du 4 septembre. Au 31 octobre Delescluze fut un instant porté as

x>uvoir, mais le lendemain. le nouveau gouvernenent qu'on avait eS^ayé d'installer était chassé et >lusieurs de ses membres arrêtés.

Aux élections municipales Delescluze, alors emmsonné pour le 31 octobre, fut élu maire du 19* arrondissement. Relâché peu de temps après, il ni son journal supprimé, par un arrêté du général ¥inoy, quelques jours après l'émeute du 22 janvier. Puis vint la capitulation et après elle les élections législatives. Les électeurs parisiens envoyèrent Delescluze à l'Assemblée de Bordeaux avec 154,i42 solTrages. Il y parut rarement et y parla moins encore, nous pourrions presque dire pas du tout. Mais il ne donna sa démission qu'après son élection à la Commune, quand cette assemblée eut déclaré incompatibles le mandat de représentant à l'Assemblée nationale et celui de membre de la Commune.

Placé dans la Commission des relations extérieures, Delescluze fut bientôt choisi comme membre de la Commission executive jusqu'au jour où celleci céda la place à un autre pouvoir. Delescluze fut alors nommé membre de la Commission de la guerre où il fit une rude opposition au général Cluseret, surtout dans les séances secrètes où l'on discuta les actes du délégué à la guerre.

Delescluze a joué à la Commune un rôle très actif et il n'a disparu un moment de la scène que retenu sur son lit par la maladie.

Deux discours de Delescluze ont été surtout remarqués à la Commune. Le premier est une réponse aux attaques dirigées contre la Commission executive dont î)clescluze faisait partie et que certains membres trouvaient trop molle. Il sut dégager dans ce discours sa responsabilité à l'égard aes décrets rendus par la Commune , et affirma en même temps son dévouement absolu jusqu'à la mort à la Commune «

« Croyez-vous donc que tout le monde approuve tout ce qui se fait ici ? £h bien, il y a des membres qui sont restés et qui resteront jusqu'à la fin, malgré les insultes qu'on nous prodigue, et si nous ne triomphons pas, ils ne seront pas les derniers à se faire tuer, soit aux remparts soit ailleurs. Nous sommes pour les moyens révolutionnaires, mais nous voulons observer la forme, respecter la loi et l'opinion publique. »

On sait comment la Commune sacrifia la Commission executive à de petites rancunes et à des jalousies personnelles, et comment, après avoir essayé d'une autre Commission, composée en majorité d'incapables, elle se jeta dans les bras d'un Comité de salut public dont la composition était aussi détestable que celle de la seconde Commission executive, mais dont les pouvoirs dépassaient tout ce qu'on peut imaginer de plus absolu.

Delescluze, qui était retenu par la maladie loin des discussions de la Commune au moment de la création de ce Comité de salut public, vint reprendre sa place à l'assemblée quand on avait déjà po avoir les preuves de l'incapacité et de la violence des membres de ce Comité de salut public. Ce UA Delescluze qui, quoique encore souffrant, porta au Comité le coup de grâce dans un discours prononcé d'une voix presque éteinte et souvent interrompu par les attaques et les injures d'une partie de l'assemblée.

(( Il faut que nous sauvions le pays, dit Delcscluxe, le Comité de salut public n'a pas répondu à ce qu'on attendait de lui. Il a a été un obstacle au lieu d'être un stimulant. Je dis qu'il doit disparaître. U faut prendre des mesures immédiates, décisive^. Votre Comité de salut public est annihilé, écrasé sous le poids des souvenirs dont on le charge, et il

— Ta —

le fait même pas ce que pourrait faire une simple lommission executive. »

Le résultat de ce discours fut la démission des aembres du Comité de salut public et l'élection le Delescluze parmi les membres du nouveau Colite, fonction qu'il quitta pour prendre à la place le Rossel, fugitif, le poste de délégué à la guerre [u'il conserva jusqu'à sa mort.

Ce petit vieillard, sec et jaune, toujours souffrant, ont la peau était comme du parchemin et dont la personne tout entière semblait revenir de l'autre nonde, ce petit vieillard souffreteux était plein l'énergie et de virilité.

Delescluze avait l'immense défaut d'être absolu it exclusif, il avait aussi la manie de l'archéologie n matière politique, c'était un vieux jacobin ransporté à notre époque avec tous ses préjugés it qui n'était pas plus capable que ses maîtres d'établir en France autre chose qu'une République fornaliste mort-née. Delescluze avait le culte de la lévolution, il en avait même la passion ; son excluivisme politique le rendit d'abord un peu étranger LU mouvement du 18 mars qui s'était fait en aciers de lui, mais avec l'adhésion de son parti. C'est îe qui fait que Delescluze arriva difficilement et «ulement vers la fin de la Commune, au poste mportant qu'il occupa. Le jacobinisme que re- )resentait Delescluze, l'ancien aide-de-camp de ^edru-Rollin, n'était pas bien vu à l'Hôtel-de-Ville )ar les socialistes qui avaient fait la Révolution du 18 mars et qui craignaient toujours que la Révoluion, si elle était remise entre les mains de ja- ^bins comme Delescluze, fût seulement poliique sans devenir sociale. Delescluze n'avait lonc dans cette assemblée que l'autorité que lui tonnaient son âge, son talent et son dévouement à a cause révolutionnaire; il était attaqué et com-

battu par les socialistes purs qui redoutaient un changement politique qui n'aurait pas été en môme temps un changement social. Or, Delescluze était, • on le sait, Tcnnemi du socialisme comme l'avait été Ledru-ilollin en 1 848.

Delescluze fut nu des rares membres de la Commune qui ni' failHt pas à son mandat et à son serment de se faire lucr si son parti ne triomphait pas. 11 dirigea hi défense des fédérés jusqu'au Vendredi, mais voyant la partie perdue, il résolut de ne pas survivre à la défaite. Il quitta la mairie du onzième arrondissement où s'était transporté le Gomité de salut public , et, suivant le boulevard Voltaire , il s-avança au milieu des balles, sans écouter les conseils et les prières de ses amis et de ses compagnons jusqu'à la première barricade établie près du Ghàteau-d'Eau. Il resta seul derrière ce tas de pavés qui s'écroulait pierre à pierre sous les projccliles de l'artillerie régulière et tomba frappé dt^ deux balles par les premiers soldats qui s'approchèrent. Blessé à la tempe droite et au côté gauche de la poitrine, il fut littéralement foudroyé.

Pendant ce temps, les maisons du quartier tombaient autour de la barricade conquise, et en s'affaissant sur une poutre encore enflammée, Delescluze eut la peau du front presque entièrement enlevée par une brûlure profonde.

Le corps de Delescluze a été trouvé vendredi 25 mai, après-midi, devant le numéro 5 du boulevard du Princo-Eugène. Il était dans un tas de vingt-huit cadavres. C'est l'architecte Lenormand qui l'a reconnu.

Delescluze était en bourgeois. Il portait un pantalon gris, un paletot noir, un chapeau de soie haut de forme et des bottines vernies. Sa poitrine était, sous son linge, protégée par une peau de lapin. A

de lui, se trouvait une canne qu'il portait depuis ms et qui l'a fait reconnaître tout d'abord, îlevé immédiatement par les artilleurs de service es de la place duChâteau-d'Eau, il a été fouillé, avait sur lui sa nomination de délégué à la re, ses insignes et son laissez-passer de membre

Commune, des lettres de La Cécilia, de Lise, et quelques papiers qui ne laissèrent aucun 3 sur son identité. C'est en vain que plusieurs laux ont répandu le bruit de sa fuite à Londres, aurait rejoint plusieurs membres de la Com- ;. Delescluze a été chercher près de la barricade {lâleau-d'Eau une mort certaine, et il a été tué les circonstances que nous venons de relater, en avons des témoignages irrécusables. Sa mort, •acheter ses erreurs et ses fautes, est cependant

belle pour faire regretter qu'un homme intelligent, aussi convaincu et aussi brave, pas fait un meilleur usage de ses incontestables tés, et ait terminé aussi misérablement une nce qui n'a pas été sans héroïsme et sans leur.

DEBIAY.

3« arrondissement. — 8,730 voix.

nay était un vieux républicain socialiste bien 1 des habitués des réunions publiques. Dès la iilgation de la loi de 1868, cet ancien clubiste ressa d'organiser des réunions, où on put acontrer souvent , comme président ou asseset quelquefois, mais plus rarement , comme

C'était un vieillard à barbe blanche dont les collègues supportaient un peu toutes les excentricités, mais dont ils se moquaient quand il avait fini ses solennels et fort ennuyeux discours. Ses amis l'appelaient (( le bon Dieu de la Commune, » voulant peindre par ce mot sa figure vénérable et le respect dont ils entouraient sa vieillesse.

Demay était un ancien ouvrier, un sculpteur, membre de rintcrnationale. Il se croyait Tun des fidèles exécuteurs de la grande tradition révolutionnaire, et aurait cru manquer h tout son passé s'il n'avait pas voté les mesures les plus violentes et les plus insensées, du moment qu'on les présentait comme révolutionnaires.

Il avait été choisi comme membre de la Gonunission d'enseignement, mais il se consacra surtout à Tadministration du 3° arrondissement, fonction qui convenait mieux que toute autre à son grand âge et qui l'éloignait fort heureusement des discussions de la Commune, qu'il ne pouvait que pousser dans la plus détestable voie. II n'y a, en effet, rien de plus terrible que ces vieux révolutionnaires, qui ont souffert toute leur vie pour leurs idées et qui, en arrivant au pouvoir, apportent dans l'exercice de leurs fonctions un esprit de rancune et d'absolutisme vraiment funeste.

Demay, qui pendant tout le siège s'était montré dans les réunions publiques un des adversaires les plus acharnés du gouvernement du 4 septembre, Demay fut poursuivi comme signataire d une affiche roùge apposée à profusion sur les murs de Paris dans le mois de décembre. On attaquait vivement dans cette proclamation le gouvernement du 4 septembre, auquel on reprochait de ne pas avoir employé les invincibles moyens révolutionnaires (levée en masse, réquisitionnement et rationnement général), qui, selon Demay et ses coaccu-

ses, n'auraient pas manqué de nous donner la victoire. Ils furent tous acquittés, par le 4® conseil de guerre à l'audience du 6 janvier 1871.

DEREURE.

18« arrondissement. — 14,G61 voix.

Louis-Simon Dereure, membre de Tlnternationale qu'il représenta comme délégué au congrès de Bâle, était un ouvrier cordonnier d'une quarantaine d'années, auquel Rochefort donna la gérance de la Marseillaise et qui, parce que son nom était au bas de quelques articles, s'était figuré les avoir écrits et se croyait un bomme politique. Condamné pour la Ma7*seillaise, Dereure fut encore impliqué dans le procès de Blois, comme ayant conspiré contre la ^1e de l'empereur. Il fut condamné à trois ans d'emprisonnement.

Sorti de prison, grâce à la révolution du A septembre, Dereure fit partie du Comité d'armement du 48* arrondissement (Montmartre), dont il devint l'un des adjoints élus après le 31 octobre. 11 patronna dans cet arrondissement la candidature du docteur Clemenceau, qui fut élu maire.

Au 22 janvier, Dereure descendit sur la place de l'Hôtel-de-Ville avec son écharpe h la tète des insurgés. La partie manquée pour eux ce jour-là, fut reprise et réussit le 18 mars. Clemenceau et Jaclard ayant donné leur démission, Dereure resta seul chargé de l'administration du 18® arrondissement.

Dereure était un esprit étroit qui mêlait à une inintelligence absolue de la situation une fatuité,

une estime de lui-même assez ridicules. Il a dû sa notoriété à Rochefort , qu'il avait été , comme membre de son comité d'élection , chercher à Bruxelles, et qui le récompensa de sa démarche en le nommant gérant de son journal.

Choisi pour faire partie de la Commission des subsistances , Dereure passa ensuite à la Commission (le la justice. Il assistait assez irrégulièrement aux séances de la Commune qui l'avait délégué aux avant-postes d'Asnières, où on le ^ît souvent la lorgnette à la main surveiller les mouvements des troupes.

Dereure vota pour la validation des élections à la majorité absolue des votants, et pour le Comité de salut public. Il avait le fanatisme d'un ignorant et d'un incapable.

Dereure était assez soigné dans sa mise, c'était le plus bourgeois des ouvriers. Sa figure énergique qu'encadraient de beaux cheveux noirs l'auraient fait prendre pour un farouche républicain, si l'on n'avait su qu'il n'avait que Vair énergique, et qu'il n'y avait pas d'homme plus calme et plus prudent que Dereure.

Sa prudence lui a servi à échapper à la mort où îi la prison en s'cnfuyant de Paris avant la fin de la lutte, et en gagnant l'Angleterre.

Page 1