RIGAULT
8« arrondissement. — 2^175 voix.
Raoul Rigault était un de ces bohèmes que 1 mun"". plaça à un poste qui exigeait à la connaissances dont il manquait absolument tenue, une dignité dont il n'avait pas le i
souci, pour lesquelles il manifestait au contraire le plus souverain mépris.
La vie de Rigault, avant son élection à la Commune, édifiera nos lecteurs sur la valeur du choix qu'a fait la Commune en le nommant aux fonctions si délicates et si importantes de préfet de police, puis de procureur de la Commune.
Rigault était âgé de vingt-quatre ans, il était le fils d'un ancien sous-préfet de la République qui a presque publiquement renié toute solidarité avec les actes de son fils. Après avoir fait ses études au collège de Versailles, Rigault vint au quartier latin pour y suivre les cours de l'Ecole de médecine. Il donnait en même temps des leçons de mathématiques que sa vie dissolue lui fit bientôt abandonner pour se lancer dans celte politique de brasserie qui fui donna une popularité de mauvais aloi suffisante pour le faire élire à la Commune.
Rigault était un des plus jeunes, peut-être le plus jeune, des membres de la Commune. Ses débuts dans cette vie agitée qu'il mena au quartier latin datent du procès intenté au journal fc Candide, époque à laquelle il se lia avec le groupe des Héberlistes dont Tridon était le chef et dont Rigault devint un des plus fanatiques et des plus ignorants adhérents.
Il collabora au journal le Critique et passa le temps qu'il parvenait à ravir aux brasseries, pour lesquelles il eut toujours une prédilection marquée, à pérorer dans les réunions publiques.
Rigaull, la terreur des sergents 4% ville, avec lesquels il eut de si fréquents démêlés, dont la politique n'était pas le plus souvent le motif, Rigault se fit une certaine popularité dans la réunion du Préaux-Clercs, où il attaqua Jésus-Christ et la religion en des termes d'une convenance plus que douteuse, ce qui lui valut une forte condamnation
pour outrage à la morale publique et à la religion.
Sa tenue devant le tribunal fut très -curieuse, il se montra plein d'arrogance et de hauteur vis-à-vis de ses juges, et quand l'avocat impérial réclama pour lui l'indulgence que méritait son jeune âge, Uigault se leva et répondit : « Monsieur l'avocat-généial, Messieurs les juges, je ne veux pas de votre indulgence, le jour où nous serons au pouvoir nous ne vous en accorderons pas. » On rit alors de cette boutade, comme de ses menaces de faire couper des milliers de têtes quand il serait chef du gouvernement, menace qu'il répétait sans cesse et qui a bien failli devenir une horrible réalité.
Une de ses manies bien connue était de ne jamais prononcer dans la conversation de mot de saiuty ce qui lui faisait défigurer étrangement tous les noms. On riait de tout cela, on s'amusait de ces manières originales et de cette dictature de brasserie qu'il prétendait imposer plus tard à ses concitoyens ; on ne se doutait pas que ce sinistre farceur pourrait un jour exécuter librement ses cruelîes plaisanteries et ses lugubres facéties.
Il avait une passion réelle pour la police et en faisait pour son propre plaisir. Personne ne connaissait aussi bien que lui les mouchards, qu'il s'amusait à surveiller probablement pour se rendre compte de la manière dont ils s'acquittaient de leurs fonctions et pour se former dans cet art difficile.
Au 4 septembre, Rigault n'eut qu'une préoccupation, ce fut de courir à la Préfecture de police mettre la main sur les dossiers et prendre la place de Lagrange, l'ancien chef de la police politique sous l'Empire. Il resta peu de temps à ce poste, où il compléta ses études policières, mais où le gouvernement de la défense ne jugea pas prudent de le maintenir.
Il rentra alors dans la vie privée, écrivit dans la Patine en Dangei' quelques articles sur les agents célèbres de TEmpire, et se fit élire chef d'un bataillon qu'il ne commanda jamais.
Au 31 octobre, il tenta de s'emparer de la Préfecture au nom de ce gouvernement qui vécut quelques heures, mais il trouva une sérieuse résistance contre laquelle il n'essaya pas de lutter, et ne dut qu'à la bonté de M. Edmond Adam de ne pas être impliqué dans les poursuites qu'on dirigea contre les auteurs de ce mouvement insurrectionnel.
Plus heureux au 18 mars, Rigault s'installa à la Préfecture de police, où le trouva et où le laissa la Commune, dont il fut élu membre par quelques électeurs du huitième arrondissement.
Le délégué à l'ex-Préfecture de police, comme il s'appelait lui-même, eut d'abord pour collègue Duval, qui fut tué dans la sortie du 4 avril, et dont la mort laissa Rigault maître absolu de ce poste important.
On vit alors ce dont était capable cet insensé, qui n'avait de respect pour rien et qui se plaisait à assouvir ses goûts autoritaires et sanguinaires, en commençant par attenter à la liberté individuelle et à la liberté de la presse, et en finissant par commettre froidement les plus lâches assassinats^
La Commune elle-même s'émut des arrestations nombreuses, des suppressions arbitraires de journaux qu'ordonnait chaque jour son délégué à police; mais il n'était pas facile de faire quitter la la place à Higault, qui ne donna sa démission (ju'après avoir rempli la Préfecture de ses créatures, et s'être assuré d*y conserver par ce moyen tout son pouvoir.
Cournet, qui lui succéda, fut en effet bien Tite remplacé par Ferré) le bras droit de Rigault^ qui
continua à diriger, sous le nom de son digne acolyte, toutes les affaires de ce service.
Rigault avait été choisi par Protot comme procureur de la Commune et présida, en cette qualité, le jury d'accusation avec une emphase et des airs de magistrat qui auraient été vraiment bien risibles si l'on n'avait compris qu'il suffisait d'une fantaisie de cet individu pour priver un citoyen de la liberté ou de la vie.
Ce révolutionnaire farouche accorda rarement son temps et ses paroles aux discussions de la Commune, il se réservait pour la Préfecture de police, où il menait du reste joyeuse vie. Il vota pour la validation des élections complémentaires et pour le Comité de salut public, «espérant, dit-il, que le Comité de salut public sera en 1871 ce que Ton croit généralement, mais à tort, qu'il a été en 1793. »
Ainsi Rigault trouvait encore trop douce la terreur de 93, et il la dépassa en effet en faisant fusiller sous ses yeux ce malheureux Ghaudey, Tarchevôque de Paris et plusieurs autres otages qu'il tenait renfermés dans ses prisons.
Ce qu'il y a de plus horrible c'est que Rigault n'avait aucune conviction et qu'il commettait froidement toutes ces actions infâmes pour s'amuser et occuper ses loisirs. Il affectait dans ses manières un ton distingué et élégant qui jurait avec son langage grossier et ses actes ignobles. Depuis son élection 5 la Commune il était devenu soigné dans sa mise ; il portait un costume de chef de bataillon d'une élégance peu commune, revers rouges, broderies et galons, rien n'y manquait.
Rigault était un jeune homme de petite taille, à la barbe longue et épaisse, au regard inquisiteur, voilé par un lorgnon qu'il ne quittait jamais : il avait la voix sonore qu'il grossissait pour se rendre plus terrible encore.
Ses gamineries cruelles nous auront coûté cher, car c'est un des membres de la Commune qui a fait le plus de mal, un de ceux qui ont vraiment commis des crimes et qui méritent les malédictions de tous les honnêtes gens. Il a expié, dit-on, à cette heure, ses horribles forfaits et a fait preuve, jusqu'à la mort, de ce cynisme, qui n'est pas le fait d'un homme courageux, et que Ton trouve souvent chez les criminels les plus impudents et les plus lâches qui reprennent à cet instant suprême un semblant de dignité et de tenue.
Voici comment sa mort a été racontée :
Mercredi, à trois heures, Rigault était venu donner des ordres aux fédérés du 5° arrondissement.
Il se rendit rue Gay-Lussac, à Thôtel de ce nom où il avait loué une chambre. Au moment où il entrait dans la maison des soldats aperçurent le brillant costume du délégué à Tex-préfecture de police et s'élancèrent à sa poursuite. Rigault fut pris et se nomma.
Les soldats le conduisaientau Luxembourg quand un colonel d'état-major rencontra l'escorte et s'en-
3uit du nom du prisonnier qui répondit par le cri e « Vive la Commune ! A bas les assassins ! » Rigault fut aussitôt acculé contre le mur et passe par les armes.
SERRALUER.
2^ arrondissement. — 3,141 voix.
Auguste Serrallier, né à Draçuignan le 27 juillet 1840, est fils d'un révolutionnaire très-connu dans le département du Var. Il exerça l'état d'ouvrier
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formier pour bottes, et adhéra un des premiers à rinternationale.
Membre du Conseil général de rAssociation internationale des travailleurs, dont le siège est à Londros, Serrallier fut envoyé à Paris par rAssociation le 6 septembre 1870 pour y combattre les hommes que la Révolution du 4 septembre venait de placer au pouvoir.
11 passa le temps du siège à faire contre eux la propagande la plus énergique et la plus opiniâtre; c'est lui qui valut h la réunion publique de la Cour des MiradeSy cette renommée démagogique si vivement signalée par la presse.
Des les premiers jours du siège, dans les réunions publiques, il attaquait avec passion les membres du gouvernement de la défense nationale, et leur reprochait de ne rien avoir fait encore pour nous éviter la honte de nouvelles défaites.
D'une éloquence peu commune, Serrallier avait une compétence toute spéciale dans les questions économiques. Son énergie véritable en fit l'ennemi le plus acharné du romantisme politique, et ce fut une des raisons de son antagonisme contre Félix Pyat.
Serrallier est de taille moyenne, maigre et fortement marqué de cette maladie qui donna à la figure de Mirabeau cette mâle beauté que Ton admire dans tous ses portraits.
A la Commune, il parlait peu, et ne se fit guère remarquer que par d'assez vives discussions toutes personnelles avec M. Pyat, qui lança contre lui des calomnies dont, suivant son habitude, il ne se donna pas la peine de prouver la véracité.
Serrallier avait été élu membre de la Commune dans le 2° arrondissement aux élections complémentaires , et fut placé dans la Commission du travail et de l'échange.