RASTOUL
10« arrondissement. — 10^325 voix.
Le docteur Rastoul (Paul-Emile-Barthélemy-Philémon), âgé de trente-six ans^ est né à Béziers. Il a la figure énergique; c'est un méridional plein de vanité et grand faiseur d'embarras. Ancien président du Club des Montagnards, l'un des plus violents pendant le siège, Rastoul fît partie du Comité de ?igilance du 10** arrondissement, et a été porté sur la liste du Comité qui l'a fait élire à la Commune.
Nommé membre de la Commune, le docteur Rastoul fit partie de la Commission des services publics. Nommé ensuite médecin en chef des ambulances de la Commune, il quitta ces fonctions pour une simple question de vanité froissée.
Arrêté à une des portes de Paris par la consigne militaire, qui ne s'abaissa pas devant lui, il s'en plaignit amèrement à la Commune, qui accueillit assez froidement ses griefs, exposés avec une indignation toute méridionale. Vexé de cette indifférence de l'assemblée, qui parut ne prendre qu'une part très-médiocre à ses doléances, Rastoul donna sa démission de médecin en chef, et sembla garder rancune depuis ce jour à la Commune, aux (uscussions de laquelle il ne se mêla plus que très-rarement.
Cette abstention n'est pas, du reste, bien regrettable, car la seule proposition importante qu'ait faite Rastoul fut de réduire le prix du Journal officiel, et de l'envoyer gratuitement à tous ceux qui avaient voté.
Rastoul vota contre la validation des élections complémentaires, son vote contre le Comité de
salut public est ainsi formulé : « Je vote contre Vettsemble du projet, parce qu'il aboutit, en réalité y à la confusion des pouvoirs, qui amène des conflits et produit le désordre et Tanarchie, et que je voulais la séparation des fonctions avec la responsabilité clTective, devant la Commune, de cette Commission executive, ayant pleins pouvoirs sur toutes les autres commissions, mais laissant à la Commune tout entière le rôle de Comité de haute surveillance autre puissance de la briser et de la révoquer, tout en s'abstenant de toute intervention directe dans l'exécution et la direction. »
C'est la seule fois qu'il fit preuve de bon sens ; et il a le plus souvent, soit par indifférence, soit par rancune, semblé se désintéresser de toutes les discussions qui s'engagèrent à la Commune.
Kastoul s'est donc retiré pour ainsi dire dans les derniers temps de la Commune.
Il eut, à l'entrée des troupes, la pensée généreuse de proposer à tous les membres de la Commune de se constituer prisonniers pour obtenir la vie sauve aux simples soldats fédérés qui n'avaient fait qu'obéir et qui n'avaient été que les instruments de la Commune.
Quelques membres de la Commune approuvèrent, paraît-il, cette proposition que la marche rapide des événements empêcha de mettre à exécution.
Hastoul a été arrêté à la fin de mai et amené à Versailles, où il a été traduit devant le 3" conseil de guerre. Sa tenue y est pleine de dignité et de calme, et contraste singulièrement avec celle de plusieurs «le ses coaccusés.
RËGËRC.
5" arrondissement. — 4,026 voix.
Théodore Rogôrc de Montmore ( Dominique - Théophile), âp;6 de cinquante-cinq ans, est né le 15 avri! 18^0, à Bordeaux, où il fonda la Tribune de la (jii/'ondr, supprimée le 2 décembre, et qui lui valut (l'tHre proscrit après le coup d*Etat. C'est un ancien vétérinaire, qui possède dans son pays natal quelques biens et que ses collègues avaient en très-médiocre estime, probablement à cause de son tilre de rentier qui sonnait mal aux oreilles des socialistes, pour la plupart communistes, qui siégeaient à la Commune.
Il paraît que Th. Régère n*a pas toujours été aussi radical que sembleraient Tannoncer son élection et son rôle h la Commune. On l'accusa de cléricalisme, ce qui ferait croire que ce n'est pas un de ces révolutionnaires farouches qui ont fait litière de tout sentiment et de toute croyance.
La personne de Ilégcre n'est pas du reste, il faut l'avouer, faite pour lui concilier les sympathies. C'est un petit homme au nez fortement bourgeonné, h la figure empourprée, à la voix désagréable, à la démarche inquiète. On dirait à \e voir se retourner à chaque instant et surveiller tout ce qui l'entoure qu'il est toujours sous le coup d'une rencontre ou d'une découverte fâcheuse.
Régère portait le costume de capitaine adjudantmajor, dont il remplissait les fonctions dans le 248' bataillon de la garde nationale. Impliqué dans le procès du 31 octobre, il se déroba à l'incarcération préventive et fut acquitté par jugement du 9 mars
C'est grâce à sa collaboration à réchauffourée du 31 octobre, pendant laquelle il signait les laissez passer nécessaires pour entrer dans THôtel-de- Ville, et aux poursuites dont il fut l'objet que Régère fut élu membre de la Commune aux élections qui suivirent la Révolution du 18 mars.
Il fut placé dans la Commission des fmances, et se fit remarquer à la Commune par l'excentricité de ses propositions.
C'est ainsi qu'à propos de la démission de F. Pyat, dont il se montra en plusieurs occasions le chaud partisan, il demanda qu'on refusât toutes les démissions, voulant forcer ainsi les récalcitrants à rester membres de la Commune malgré eux.
Il eut le honteux courage de plaider à la Commune les circonstances atténuantes en faveur du commissaire de police Pilotell , auteur des per-
Suisitions scandaleuses opérées chez M. Chauey et chez M. Polo, administrateur du journal la Cloche.
Que dire enfin de cette réclamation ridicule de Régère, qui demanda l'insertion à YOfficiel de la discussion <( ti^h-élevée » qui a eu lieu à propos des théâtres? A une séance où il occupait le fauteuil de la présidence, et où Ton demandait l'adjonction de plusieurs membres à la Commission de la justice, Répère voyant que plusieurs membres déclinaient l'honneur d'en faire partie, crut arranger les choses en prononçant ces solennelles paroles : « Que l'Assemblée adjoigne à la Commission de la justice des hommes de bonne volonté, »
Outre ces sorties excentriques, qui égayèrent un peu la lecture des séances insipides de la Commune, Régère soutint avec violence le Comité central et le Comité de salut public contre les attaques de la minorité.
Il avait du reste voté pour la validation des élec-
lions complémentaires et formulé ainsi son ' faveur de la création d'un Comité de salut ] « Attaqués impitoyablement et sans motifs lé j'estime que nous devons défendre avec grande énergie la République menacée. »
Les citations que nous venons d'emprun séances de la Commune prouvent que Rég^ UQ des membres les plus violents et le ridicules de cette assemblée. Il se montre toujours si sottement énergumène qu'on e se demander, quand on examine son passé, faisait point prévoir un tel avenir, si était vraiment de bonne foi quand il émet propositions si insensées et si révolutionn; en croire plusieurs de ses compatriotes, c'esl dernière supposition qu'il faudrait s'arrêter cun de ceux qui l'ont connu autrefois ne ] admettre un seul instant que subitement sur le chemin de la Commune il soit de^ vite un révolutionnaire aussi fanatique que croire sa conduite actuelle.
llégère fut arrêté le 20 juin, à l'hôtel des 1 et conduit à Versailles où il est traduit deva conseil de guerre.