VAILLANT
8e arrondissement. — 2,145 voix.
Marie-Edouard Vaillant, né à Vierzon (Cher), le 26 janvier 1840, fît à Paris de bonnes et fortes études, qu'il alla compléter dans les Universités allemandes. Après s'ôtre fait recevoir ingénieur civil, il étudia la médecine, et c'est ainsi qu'il se lia au quartier latin, avec Tridon , Rigault et Protot. Il fréquenta leurs réunions et se mêla, à cette époque, à plus d'une de leurs conspirations, en ayant toutefois le soin d'éviter toutes les tracasseries de police que s'attirèrent si souvent ces ineptes conspirateurs en chambre.
Il quitta bientôt ce cercle de relations où Ton parlait plus qu'on agissait, et où l'on travaillait moins encore. Doué d'un esprit studieux, il comprit gue c'était en Allemagne qu'il pouvait puiser cette instruction solide qu'il désirait acquérir et sur laquelle il voulait édifier sa carrière politique.
Après avoir passé sa thèse de docteur ès-sciences, Vaillant partit pour l'Université d'Heidelberg où il séjourna de 1866 à 1867, puis il alla à Tubingen, où il suivit avec assiduité les cours des professeurs allemands. 11 continua ses études de médecine à l'Université de Vienne, où il se trouvait en 1868 et en 1869, et d'où il partit pour revenir à Tubingen, qu'il quitta au mois d'août 1870, à son grand regret, en maudissant cette guerre soulevée entre deux grands
peuples qui n'auraient dû lutter que sur le terrain de la science et de l'industrie.
Vaillant, en même temps qu'il étudiait la médecine, avait suivi les cours de philosophie allemande et goûté surtout les doctrines hégéliennes. La question sociale fut aussi l'objet de ses études favorites.
Partisan de l'Internationale, Vaillant devint un des membres les plus influents et les plus actifs des réunions qui se tenaient à la Gorderie du Temple, où se prépara le mouvement du 18 mars. Memore du Comité central, il fut délégué aussitôt après la Révolution au ministère de l'intérieur, fonction qu'il conserva môme après son élection à la Commune.
On peut dire que les électeurs du huitième arrondissement le nommèrent sans le connaître, car Vaillant était presque inconnu avant la Révolution du 18 mars. Ses collègues le placèrent à la Commission executive, dans laquelle il resta ensuite comme délégué à l'ensei^ement.
Vaillant, qui, grâce à son érudition et à son long séjour dans les universités allemandes, aurait
Eu faire un professeur excellent, fut un bien triste omme politique. Il n'eut en effet aucune idée claire, aucune vue nette de la situation ; sa pratique de la philosophie allemande lui avait faussé l'esprit et obscurci le jugement, elle en fit un métaphysicien politique.
Son vote en faveur du Comité de salut public est la preuve frappante de ce que nous avançons. Les longs considérants par lesquels il l'a motivé ne peuvent être reproduits ici, mais nous pouvons faire remarquer qu'après avoir montré l'inutilité de cette création nouvelle, il lui donna son vote, absolument comme cet Allemand Frankel, qui a déclaré voter pour le Comité de Salut public, quoiquil ne vit pas l'utilité de cette institutUm*
Il est curieux en effet de remarquer que ces deux hommes, qui ont reçu une instruction semblable, qui sont imbus des mômes idées philosophiques et sociales, ont fait preuve dans cette question d'aussi peu de logique et ont formulé leur vote d'une façon presque identique.
Au milieu des longs et nuageux considérants dont il a cru utile d'accompagner son vote, sentant le besoin de Texpliquer, mais ne pouvant y arriver malgré ses efforts, nous relevons ce jugement de M. Vaillant sur la Commune : « Si l'Assemblée voulait avoir un réel comité exécutif, pouvant vraiment prendre la direction de la situation, parer aux éventualités politiques, elle devrait commencer par i-e réformer elle-môme, cesser d'être 1(71 petit parlement bavard, brisant le lendemain aux hasards de sa fantaisie ce quil a créé la veille, et se Jetant an travers de tontes les décisions de sa commission execntive. »
On s'étonne que l'homme qui a formulé cette critique si acerbe et si juste de la Commune en soit resté jusqu'au dernier jour un des chefs, alors que loin de réformer ses défauts, elle devenait de plus en plus bavarde et inepte. C'est là, en effet, le défaut des esprits de la nature de ceux de Vaillant; s'ils ont quelquefois des idées théoriques assez justes, ils les faussent dans la pratique, en ne sachant pas appliquer un principe vrai dont ils déduisent les conséquences les plus illogiques et les plus insensées. Cela prouve que les hommes politiques qui méritent vraiment ce nom ne sont pas les gens les plus érudits et les plus imbus de principes philosophiques, mais ceux qui doués d'une intelligence sûre n'hésitent pas à mettre leurs actes en conformité avec leurs principes, ceux qui, en un mot, sont des hommes pratiques et non de purs théoriciens.
Au physique, Vaillant est un homme de taille ordinaire, à la figure fatiguée par l'étude, à la voix douce et timide, aux manières réservées et silencieuses. C'est un vrai type d'étudiant d'Hcidelberg à qui il ne manque que la blonde chevelure des habitants de la Germanie.
Il a, du reste, la tournure d'esprit cl le caractère d'un Allemand et conserve un calme imperturbable dans les discussions les plus passionnées; c'est ainsi qu'il a écrit dans un des premiers numéros du Journal officiel de la Commune, un article où il s'est fait froidement l'apologiste du régicide ! De pareilles idées prouvent bien que le sens moral manque à Vaillant autant que le sens politique.
Vaillant grâce à ses relations avec les Allemands chez lesquels il a vécu assez longtemps et qu'il n'a quitté qu'au lendemain delà déclaration de guerre, Vaillant a pu traverser les lignes prussiennes et se réfugier en Allemagne.