VALLÈS
15* arroodisBemeot. — 4,403 voix.
Jules-Louis- Joseph Vallès , est né au Puy le 11 juin 1833, c'est le (ils d'un professeur. Après avoir commencé ses études au lycée de Nantes, il vint les terminer à Paris en 1850. Sa biographie est peut-être la plus embarrassante, la plus difûcile de toutes celles que nous avons entreprises, parce que la vie de Vallès est si complexe, si multiple, si désordonnée qu'on a peine à le suivre dans toutes ses courses, et qu'on parvient difficilement à noter
tous les travaux qu'il a entrepris, puis laissés un moment et repris ensuite souvent sans les achever.
J. Vallès a passé sa jeunesse au quartier latin oh il a écrit dans de nombreux journaux; il a expliqué lui-môme, dans un article du Combiner de l'Intérieur qui lui valut plusieurs mois de prison, l'atonie et le marasme dans lequel le coup de massue du 2 décembre jeta la jeune génération née à la vie politique <\ cette époque.
Vallès avait collaboré à plusieurs feuilles. Il écrivit ensuite une brochure intitulée : V Argent, par un homme de lettres devenu homme de bourse. Après avoir travaillé pour la Revue européenne et rédigé quelque temps une revue humoristique de la Bourse dans le Figaro, Vallès entra comme employé à la Préfecture de la Seine.
Il quitta bientôt THôtel-de-Ville pour rentrer dans le journalisme et collabora à VEpoqiie, à YEvénement et à la Liberté, A V Evénement, il fit pendant longtemps une chronique quotidienne que couvrait d'or rimpressario Villemessant. Le style bizarre, les idées excentriques de J. Vallès lassèrent bien vite les lecteurs de ce journal.
Wolff postulait alors la place de premier ténor et réussit à évincer J. Vallès, qui avait eu la bizarre idée de faire voter les lecteurs de V Événement sur le maintien de sa chronique dans le journal. Le résultat de cet étrange plébiscite lui ayant été défavorable, Vallès n'écrivit plus que quelques articles et fut bientôt remercié.
Vallès avait débuté par un article remarquable, les Réfractaires, qui avait rempli tout un numéro du Figaro,
Écrit dans une langue forte et imagée, cet article dont il fit bientôt un livre, étale toutes ces misères inconnues qui avaient échappé jusqu'ici aux yeux des philanthropes, parce que ces misères ne sont pas
classées, ni étiquetées dans le catalogue des bureaux de bienfaisance. Il y parle de ces fourvoyés de collège gui, au sortir de leurs classes, se sont trouvés impuissants et inhabiles à gagner leur vie, leur éducation et la fatalité les ayant jetés éperdus et affamés dans des aventures dont le récit fait sangloter et rire.
Cette jeunesse forme une armée de réfractaires, pareille à celle qui, sous le premier Empire, fuyait dans les bois pour échapper à la loi de la conscription, faisant continuellement dans la vie une école buissonnière pleine de souffrances, de déceptions et de larmes.
En juin 1867, Vallès fonda la Rue, oîi il commença à indiquer ses tendances politiques, tout en se renfermant dans le domaine littéraire, le journal n'étant timbré ni cautionné.
Les principes qu'affirmait la rédaction de la Rue, causèrent quelque émoi dans le monde littéraire.
Vallès, dans une de ses nombreuses professions «le foi qui lui servait de préface, disait :
« Nous crierons : « Silence aux ganaches I » et » peut-être bien : à bas les morts! Nous attaquerons » toutes les aristocraties, celles de la vieillesse et du » génie; et nous prendrons tels qu'ils sont les » grands et les petits, les respectés comme les mio sérables! »
Parmi les collaborateurs de la Rue, nous pouvons citer les noms suivants :
Arthur Amould, F. Enne, Maroteau, Albert Brun, et le policier Stamir, qui s'était glissé dans la rédaction pour y surveiller ces hommes dangereuse.
Un jour le journal la Rue empiéta trop franchement sur le domaine de la politique, et le président de la 6' chambre se chargea de faire passer cette feuille de vie à trépas.
L'entrée de Vallès dans la vie politique date du
mois de février 1809, époque à laquelle il se présenta aux élections comme socialiste radical, contre Jules Simon. La circonscription qu'il avatt choisie était celle du faubourg Saint- Antoine.
Cette fois, il aborda la tribune en développant ses théories socialistes. Il le lit avec une brutalité de langage qui causa plus de surprise que d'entraînement sur sou auditoire d'ouvriers.
Jules Simon n'eut pas de peine à vaincre son intime adversaire et fut nommé à une grande majorité.
Pour soutenir sa candidature, Vallès avait public un journal, le Peuple, en collaboration avec Longuet, Georges Duchone et Pierre Denis. Ce journal ne vécut que quinze numéros.
Le 4 septembre, Vallès fut nommé chef de bataillon , et fut forcé de donner sa démission avant le 31 octobre , auquel il prit une part très active et pour lequel il fut poursuivi.
N'ayant plus de poste officiel, il rentra dans le journalisme en fondant le Cn du peuple, qui parut le :22 février.
Ce journal, qui se fit l'écho des protestations contre la capitulation, eut un immense succès. Vallès y prêcha la révolte sociale, tout en cherchant à se rallier les intérêts bourgeois. Ce journal fut supprimé par l'arrôté du général Vinoy, et ne reparut qu'après le 18 mars.
Dans le procès qu'on fit aux hommes du 31 octobre, Vallès fut condamné h six mois de prison pour s'être emparé de la mairie du 20® arrondissement.
Vallès fut porté aux élections législatives de février et obtint plusieurs milliers de voix.
Le Cri du Peuple reparut après le 18 mars et un des rédacteurs y émit le premier, dans un article intitulé Paris ville libre y l'idée de rendre Paris indépendant du reste de la France.
Elu membre de la Commune, Vallès fut placé dans la Commission d'enseignement.
Il vota contre la validation des élections à la majorité absolue des votants et contre le Comité de salut public. C'est môme lui qui prit la parole à la Commune pour défendre la déclaration des membres de la minorité, si vivement attaquée par Grousset.
Vallès est doué d'une nature exceptionnelle, pleine de verve, d'originalité, c'est le dernier de ces bohèmes tels que nous en avons connus du temps des Murger et des Delvau. La voix de Jules Vallès est sourde et cassée, et elle donne à ses paroles un ton farouche et sombre, qui n'est ni dans le tempérament ni dans l'esprit de Vallès.
Si nous prisons Vallès comme écrivain, si nous avons lu avec plaisir ses nombreux articles de V Evénement, du Courrier Français et de la Rne, nous n'avons pu cependant ne pas manifester notre étonnement de voir nommé membre de la commission de l'enseignement l'homme qui invitait ses lecteurs à s'associer à la manifestation qu'il avait organisée contre Molière, et dont la formule était celle-ci : « Nous déclarons que le Misanthrope nous ennuie, » et qui, en toute occasion, a déclaré la guerre à l'érudition et à l'enseignement.
(( A bas, s'écriait-il dans un article de la Rue, le » mélodieux Virgile, l'immortel Patachon, qui a » fait Vlliade et VOdyssée. On nous a rassasies de » gravité, de morale et de gloire! Allons I vive la » blague : cascade, Hortense Schneider I Et toi, vieil » Homère, aux Quinze- Vingts!
(( On mettrait le feu aux bibliothèques et aux » musées, qu'il y aurait pour l'humanité, non pas » perte, mais profit et gloire. »
A ce propos nous nous souvenons qu'il y a quelques années, du temps où la manie des conférences
sévissait, Vallès eut l'idée, lui aussi, de donner une conférence au boulevard des Capucines. Ce soir-là il sacrifiait à la mode du jour. La salle était comble, pleine du monde le plus élégant et de l'esprit le plus fin et le plus délicat.
Le sujet qu'il devait traiter était : Balzac, sa vie et ses œuvres.
Monté sur son estrade, agitant son verre d'eau sucrée pour se donner une contenance, Vallès fixait son auditoire.
C'était la première fois qu'il parlait en public; c'était aussi son début dans le monde.
Disons de suite qu'il n'avait nullement préparé son sujet. Il se trouvait là traqué par cette foule attentive, forcé de parler et d'amuser un public blasé et gouailleur.
A peine se rappelle-t-on aujourd'hui le discours qu'il fit à ce rnonde curieux et oisif. Ce dont nous nous souvenons c'est qu'au bout de dix minutes un murmure très prononcé d'indignation montait dans la salle ; Vallès n'en continuait pas moins de parler ; il entassait paradoxes sur paradoxes, il lançait les antithèses les plus bizarres; de M. de Balzac il n'était pas question pendant une minute; il parlait de Jésus-Christ à faire trembler les dames patronesses : (( Dieu ne nous gêne pas ! » disait-il. Un moment après , frappant du poing , il s'écriait : « Nous sommes écrasés par quatre siècles de solennité ! La solennité, il n'en faut plus ! »
Quittant le domaine de la religion, il glissait sur la pente du socialisme ; ses auditeurs indignés voulaient s'enfuir; il les rasseyait du regard sur leurs banquettes. Il éclaboussa la famille, tomba les préjugés , déclara la guerre au convenu dans l'art, demanda qu'on crevât les toiles de nos musées, se moqua des héros, bafoua les victimes, et finit par proclamer la souveraineté du peuple !
Le soir môme, des sergents de vîUe envahirent la salle du boulevard des Capucines, et par ordre de la police, les conférences furent suspendues.
Cette escapade de Vallès donne une idée exacte de Tesprit de ce bizarre écrivain; il y a en lui un pèlemôle incroyable d'idées et de mots, les unes heurtant les autres, et tout cela se mêlant et formant un concert qui, malgré des notes parfois discordantes, ne manque point d'une certaine originalité et d'un charme véritable.
Comme politique, Vallès est un ignorant et un incapable, qui se laisse aller aux entraînements de son tempérament et du milieu dans lequel il vit ; il n'a ni conviction ni énergie.
Vallès, qu'on avait dit fusillé dès les premiers jours de l'entrée des troupes, vit tranquillement à Londres au milieu du petit cercle de réfugiés qui y représentent les débris de la Commune.
VARLIN,
6« arrondissement. — 3,602 Toix.
Louis-Eugène Varlin, âgé de trente et un ans, ouvrier relieur, est un des fondateurs de l'Internationale qu'il a reconstituée, malgré les poursuites des tribunaux et après la condamnation du deuxième bureau de Paris dont il faisait partie. Varlin a été môle à toutes les luttes politiques et sociales de ces dernières années et il y a acquis une grande réputation de courage et dedévoûmentà la cause révolutionnaire socialiste.
C'est un homme modeste, froid et réservé, qui
parle peu et dont on n'a jamais bien connu toute la pensée.
Varlin fit partie, dès son origine, de la section parisienne, dont il n'a pas cessé d'être le chef, ou du moins l'un des chefs les plus actifs. Condamné à trois mois de prison, en 1868, il n'eut pas de repos, après sa sortie de prison, qu'il n'ait reconstitué sur de nouvelles bases l'association que venait de dissoudre cette condamnation. Sous sa vive impulsion, les Chambres syndicales s'organisèrent et formèrent une masse d'associations ouvrières qui furent groupées plus tard sous le nom de Ff dération.
Ouvrier relieur, Varlin travailla chez Lenègre et chez KaufTmann, où il essayait déjà d'organiser des grèves. Il n'y a pas eu, en effet, de plus actif agitateur que Yarlin, qui fomenta des grèves dans toute la France, et dont la plus fameuse, celle du Creuzot, a été certainement la grande œuvre. Ses débuis datent du Congrès de Genève (1866).
Il figura aussi au Congrès de Bâie comme délégué des corporations ouvrières, et reçut après l'organisation de la chambre fédérale (1869), dont le siège fut installé place de la Corderie-du-Temp'e, le titre de secrétaire correspondant de la fédération. C'était un poste auquel son activité et son intelligence le rendaient vraiment apte, et sa nombreuse correspondance, saisie lors du troisième procès de rinternationale, montra bien qu'il ne considérait pas ces fonctions comme une sinécure et que l'association lui dut sa rapide extension.
Sa propagande s'étendit à Lille et auCreuzot, où il se rendit en personne, à Rouen, à Marseille, à Lyon, villes avec lesquelles il entretint la plus active correspondance. C'est lui qui empêcha l'Internationale de se désorganiser après le jugement qui la frappa en 1868; elle continua à vivre, à fonctionner comme par le passé, en empruntant différents