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I. Mss. français

que grand crime et que je ne sois comdamnéau supplice de la lire. D'ailleurs ces Messieurs me font venir à propos de botte dans les articles les plus indifférents et où je ne soupçonnerais jamais qu'il fût question de moi. On m'a dit qu'à l'article Cependant, par exemple, il y avait deux traits, l'un contre Dieu, l'autre contre moi. Mais l'article 011 ils se sont le plus déchaînés sur mon compte, c'est l'article Critique : il y en a mille autres que je ne me rappelle pas, et mille autres que je n'ai pas lus.

Au reste. Monsieur, ce n'est point le mal qu'ils peuvent dire de moi, mais le mal qu'ils ont voulu et qu'ils veulent encore me faire, qui me les rend justement odieux. Vous savez vous-même. Monsieur, qu'ils se sont efforcés de m'ôter la protection du roi de Pologne, duc de Lorraine, de me faire chasser de l'Académie de Nancy, qu'ils ont écrit mille horreurs contre moi à la Cour de Lunéville, et qu'ils ont engagé M. de Tressan, qui était mon ami, à croire lui même cette lettre infâme que d'Alembert a fait imprimer. Au mois de septembre dernier, que le roi de Pologne était à Versailles, j'allai lui faire ma cour, et j'y trouvai M. de Tressan qui vint le premier à moi, m'embrassa et me demanda pardon devant M. de la Galaisière, M. Hulin et M. le marquis de Gonnac de cette lettre abominable ; il m'avoua qu'il avait été indignement trompé par ces Messieurs, et qu'il ne se pardonnerait jamais d'être entré dans les vues de leur ressentiment. Je vous cite. Monsieur, mes témoins qui sont existants et dignes de foi. Le roi de Pologne me donna, à l'occasion de ces viles manœuvres, la marque la plus glorieuse et la plus chère des bontés dont il m'honore. Il écrivit à une personne respectable qu'il avait déclaré à M. de Tressan à mon sujet, qu'il ne voulait point qu'on lui dît du mal de quelqu'un dont tout le

monde lui disait du bien. Ce sont ses propres paroles ; j'ai une copie de sa lettre. Ma détention à la Bastille est encore l'ouvrage de ces Messieurs. Il y a quatre ans que le roi de Prusse m'avait agréé pour être de son Académie de Berlin. Lorsque Diderot et d'Alembert le surent, ils signifièrent à M. de Maupertuis qu'ils renverraient leurs patentes, si j'étais reçu. Voilà, Monsieur, une partie de ce que je sais qu'ils ont fait contre moi ; ce que j'ignore est sans doute bien pis. Malgré les justes sujets que j'ai de ne les pas aimer, mon éloignement pour eux n'entre pour rien dans le compte purement littéraire que je rends de leurs ouvrages ; je tâche de n'écouter que les intérêts de la vérité et du goût. Ils ont beau écrivail- 1er, s'exalter réciproquement, faire les enthousiastes, mettre dans leur parti des femmes et des petits maîtres ; ils ne seront jamais que d'insolents médiocres. Je crois que je m'y connais un peu. Monsieur, je sais ce qu'ils valent, et je sens ce que je vaux. Qu'ils écrivent contre moi tant qu'ils voudront, je suis bien sûr qu'avec un seul trait je ferai plus de tort à leur petite existence littéraire qu'ils ne pourront me nuire avec des pages entières de V Encyclopédie. Ils le sentent eux-mêmes, et c'est parce que leur plume ne sert pas bien leur haine, qu'ils ont recours à d'autres moyens pour se venger. A cet égard, ils auront toujours l'avantage sur moi. J'ignore l'art des intrigues sourdes et des basses manœuvres. Je n'ai d'autre ambition que de travailler en homme de lettres avoué par le gouvernement, de vivre en bon citoyen, et de bien élever ma famille. Je respecte, dans ma conduite et dans mes écrits, la religion, les mœurs, l'État et mes supérieurs. Telle a été et telle sera toujours ma façon de penser et d'agir, quelque chose que puissent dire et faire mes ennemis.

Je suis avec un profond respect et une vive reconnaissance de toutes vos bontés, Monsieur

Votre très humble

et très obéissant

serviteur

Fhéron.

Ce 27 janvier 1768.

Monsieur

Lambert a engagé mon censeur que je ne connais pas à vous écrire au sujet de la petite anecdote qui me concerne à la fin de mon extrait de l'Écossaise. C'est bien la moindre chose, Monsieur, que je réponde par une gaieté à un homme qui m'appelle fripon, coquin, impudent, dogue, etc., etc. Il est très certain et vous le savez mieux que personne. Monsieur, que ï Écossaise est de M. de Voltaire. M. d'Argental en convient publiquement. Au reste, je dînai hier avec MM. Capperonnier et l'abbé Boudot, tous deux censeurs royaux ; je leur lus mon article et tous deux ne purent concevoir que mon censeur me fît la moindre difficulté sur l'anecdote, ni sur aucun autre endroit de mon acticle. Je vous aurais, Monsieur, la plus grande obligation de lever cette difficulté qui retarde ma feuille depuis trois jours.

Je suis avec un profond respect et une vive reconnaissance de toutes vos bontés, etc.

Fréron.

Paris, i4 juin 1760.

Pellisson.

290 LES HOMMES DE LETTRES AU XYIIl" SIECLE

Lettre écrite par M. Fréron à M***, censeur de V Année littéraire, à Paris, 18 juillet 1760 [copie].

Vous avez vu sans doute, Monsieur, toutes les horreurs que Voltaire écrit et envoie contre moi à Paris. Si mon caractère me portait à répondre à des libelles par des libelles, j'en ferais tout aussi aisément et peut-être tout aussi bien que lui. Mais je vous proteste que je ne suis pas assez sensible à ses injures pour que la tête me tourne au point d'en écrire moi-même et de me faire mépriser de tous les honnêtes gens. Je vous prie seulement. Monsieur, de m'accorder un peu plus d'indulgence que par le passé pour quelques traits de pure plaisanterie qui pourront m'échapper dans mes feuilles sur ce fou de Voltaire. Je vous promets de ne me rien permettre d'odieux à son sujet, quoique la matière soit très ample ; et, si malgré mes intentions et ma promesse, je m'abandonnais sans y penser à quelque personnalité véritablement offensante, je vous prie en grâce de me la supprimer ; mais, si je ne fais que m'égayer sans que j'attaque sa probité qui est nulle, je vous prie aussi de me laisser jouir de ce plaisir.

Il est du droit des gens et de tous les citoyens de repousser les injures même par des injures, et cependant je renonce à ce droit ; je ne demande qu'à rire de temps en temps et à vous faire rire vous-même, si je le puis. C'est bien la moindre chose qu'on puisse m'accorder. Je sais que je pourrais répondre à Voltaire par des écrits à part et que j'aurais toutes les permissions du monde pour les faire paraître. Mais je vous supplie de considérer, Monsieur, que mon ouvrage me demande tout entier et que je n'ai pas le temps de faire quelque chose hors de mes feuilles. C'est mon territoire, mon champ de bataille ; trouvez bon que je m'y défende ; je vous en serai, Monsieur, infiniment obligé.

APPENDICES agi

Monsieur,

Si je disais dans mes feuilles que Voltaire et les Encyclopédistes sont des coquins, des fripons, des faquins et des scélérats (ce qu'il me serait très aisé de prouver) mon censeur, malgré les preuves, aurait raison de ne pas me permettre ces vérités. Mais, au torrent d'injures et d'atrocités dont on m'accable, je n'oppose qu'une pure plaisanterie, qu'une gaieté très innocente et le censeur que vous m'avez donné ne veut pas la passer 1 Dans quel siècle sommes-nous donc. Monsieur? Quoi 1 il sera permis à ce malheureux Voltaire de vomir la calomnie, il sera permis à cet infâme abbé de la Porte de me déchirer dans ses feuilles, il sera permis à ce tartuffe de Diderot, à ce bas flatteur de Grimm, d'aller au parterre de la comédie le jour de la i"* représentation de VÉcossaise exciter leur cabale et lui donner le signal de l'applaudissement ! Et je ne pourrai jeter sur mes vils ennemis un ridicule léger I Si je remuais le cloaque de leurs mœurs, mon censeur, encore une fois, pourrait m'arrêter. Mais je ne veux que rire de toutes ces abominations et faire rire le public, si je le puis, et mon censeur m'en empêchera ! J'ai recours à votre équité. Monsieur ; on imprime tous les jours à Paris cent horreurs ; je me flatte que vous voudrez bien me permettre un badinage. Le travail de mon Année littéraire ne me permet pas de faire de petites brochures détachées ; mon ouvrage m'occupe tout entier et ne me laisse point le temps de faire autre chose. Mes feuilles sont mon théâtre, mon champ de bataille ; c'est là oii j'attends mes ennemis et où je dois repousser leurs coups. Le d'Alembert est plus coquin que les autres, parce qu'il est plus adroit. Tout ce que j'ai mis dans ma feuille est exactement vrai; il

292 LES HOMMES DE LETTRES AU XVIIl" SIECLE

attendait aux Tuileries avec impatience des nouvelles de l'Écossaise ; tout Paris, en quelque sorte, a vu ce manège. Enfin, Monsieur, je trouverai très extraordinaire qu^on ne me permette pas ma Relation, et je croirai qu'il y a un parti pris de me laisser couvrir d'opprobre et de m'empêcher de jeter à la face de mes vils ennemis la boue dont ils veulent me couvrir. Mais je perds cette idée, dès que je pense à votre équité. Monsieur, et, si dans cette lettre il m'est échappé quelque chose qui puisse vous déplaire, je vous en demande pardon d'avance. Mon intention certainement n'est pas de manquer à un homme que je respecte et que j'aime, très indépendamment de sa place. Je suis, etc.

Fréron.

3i juillet 1760.

Monsieur,

J'ai fait toutes les corrections que vous avez exigées et que M. Marin m'a indiquées de votre part; et c'est bien à regret que j'ai supprimé les noms propres. Ce sont ces noms propres qui font la moitié des noires plaisanteries de Voltaire ; si Ton avait ôté les noms propres des satires de Boileau, elles auraient perdu la moitié de leur sel. Voltaire le sait bien, et moi aussi ; mais vous ne j ugez pas à propos. Monsieur, de me les permettre; j'obéis. J'ai mis Hautesse au lieu de Majesté, Empereur à la place de Roi ; ainsi il n'y a plus d'allusion à faire. Il y a une pièce des Italiens, intitulée Arlequin, Empereur de la lune ; Empereur de la philosophie revient au même. J'ai ôté tout ce qui concernait M. le lieutenant de police ; il n'y a, Monsieur, que Te Voltarium que j'ai laissé. Vous craignez, m'a dit M. Marin, que

les prêtres ne se formalisent et ne pensent qu'on a voulu tourner en dérision le Te Deum. Je vous assure, Monsieur, que cette idée est bien loin de moi. D'ailleurs, j'ai lu cet article à des évêques et à des prêtres de Saint-Sulpice. Je leur ai exprès demandé s'ils ne trouvaient rien à reprendre à Te Voltarium et tous m'ont répondu que c'était une très innocente plaisanterie. Ainsi, Monsieur, je vous prie en grâce de me la passer. Tout mon article n'est fait que pour amener cette chute, et je suis perdu si vous me la retranchez. Je vous supplie. Monsieur, de m'accorder cette grâce. Ce n'est point une supposition en l'air, quand j'ai l'honneur de vous dire que j'ai lu le Te Voltarium à des évêques ; rien de plus certain et de plus vrai. J'aurai l'honneur de vous les nommer, lorsque j'aurai celui de vous voir; ils n'en ont fait que rire. Il y a, dans les Œuvres de Vadé, imprimées avec approbation et privilège du Roi, une chanson sur M. de Lowendal qui commence :

Stila qu'a pincé Bergopsom Est un vrai moule à Te Deum

Il y a là du ridicule sur le Te Deum et il n'y en a point dans mon article. Il est indécent de mettre le Te Deum dans une chanson des halles.

J'ai ôté tous les noms propres excepté celui de la Morl... Pour celui-là, Monsieur, j'espère que vous voudrez bien le laisser; il mérite cette distinction.

Je vous envoie, Monsieur, la première épreuve que vous aviez hier et que vous m'avez fait demander ; j'y joins l'épreuve corrigée.

Je suis, etc.

Fréron.

Paris, ce i' août 1760.

Je VOUS supplie, Monsieur, de me faire un mot de réponse afin qu'on puisse tirer la feuille.

Mon censeur a dit qu'il aurait passé le Te Voltarium. M. Gapperonnier et M. Marin m'ont dit la même chose.

10 août 1760.

Je crois. Monsieur, que Fréron se fera plus de tort qu'à personne, en parlant de V Écossaise ; d'autant plus que ce qu'il en dit n'est pas trop bon. Cependant il n'est pas juste de lui interdire sur cela la critique littéraire.

Ce qu'il dit à la fin de M. d'Alembert et de M. de Voltaire n'est plus littéraire. Mais, quant à M. de Voltaire, ce serait trop blesser la loi du talion que de ne pas permettre à M. Wasp de lui rétorquer quelques personnalités. Pour M. d'Alembert, je ne connais point d'ouvrage dans lequel il ait attaqué personnellement M. Fréron; ainsi j'ai rayé l'article qui le regarde. Ce n'est pas que cet article fasse grand mal. Mais il faut suivre une règle, quoique nous nous en soyons un peu. écartés dans la [mot illisible] de la bataille, parce que dans ce moment là le pauvre Fréron était dans une crise qui exigeait quelque indulgence.

Au reste, sur cette matière plus que sur toute autre quoi capita, tôt census (sic). Je vous dis mon avis sur une affaire, parce que vous le désirez pour votre décharge ; j'y suis d'ailleurs très faiblement attaché.

Malesherbes.

[Rien n'indique le destinataire de cette lettre.]

Monsieur,

Vous m'avez donné un censeur qui me désole et je vous supplie de m'en donner un autre qui soit plus raisonnable. Il est bien triste pour moi d'être joué par Voltaire dans une comédie et sur le théâtre de la nation, et de ne pouvoir plaisanter à son sujet. 11 me semble, Monsieur, que c'est le droit des gens, et surtout des gens de lettres. J'ai l'honneur de vous envoyer. Monsieur, l'article que le censeur a rayé, article qui certainement vous paraîtra très innocent, et que tous les censeurs du monde approuveraient. Je joins à mes épreuves la brochure qui a été imprimée à Paris et de laquelle j'ai tiré mon article. Je vous prie en grâce. Monsieur, de m' accorder la satisfaction de voir paraître cet article, qui n'est qu'une plaisanterie, comme vous en jugerez vous-même. Si je disais que Voltaire est ce qu'il est, un malheureux, un scélérat, mon censeur aurait raison de ne pas me passer ces vérités que je ne me permettrai jamais. Mais c'est bien la moindre chose que je puisse plaisanter M le Comte de Tournay, après que M. de Voltaire m'a si indignement traité dans ses libelles et dans sa comédie. Je vous supplie, Monsieur, d'ordonner à mon censeur d'être plus indulgent. Au reste, cette querelle ne durera pas ; je commence à m'en lasser moimême. Lambert attend après ses épreuves et je vous supplie, Monsieur, de me les envoyer le plus tôt qu'il vous sera possible. La feuille est retardée de huit jours par les difficultés du censeur ; j'attends de vous. Monsieur, plus d'indulgence.

Je suis, etc.

Fréron.

Paris, ce 20 août 1760.

Projet de traité entre d'Anville et les libraires Desaint, Saillant et Durand.

Nous soussignés sommes convenus de ce qui suit : moi, sieur d'Anville, de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, cède et transporte pour toujours aux sieurs Desaint et Saillant et Durand, libraires à Paris, un manuscrit de ma composition intitulé Notice de la Gaule qui pourra former un volume in-4 avec une carte, et ce aux conditions suivantes :

i" Les dits sieurs s'engagent d'en commencer l'impression en mars prochain et de la finir dans le courant de l'année prochaine ;

2° ils me payeront pour mes honoraires la somme de I 200 livres en quatre payements égaux, dont le i®' le I" août 1760, le 2* le i" novembre 1760, le 3* le i" février 1761, le 4* le i*"" mai 1761 ;

3" ils me remettront gratuitement cinquante exemplaires dont une douzaine brochés et le reste en feuilles, non compris l'exemplaire des bonnes feuilles ;

4** ils me payeront pour le papier, impression et enluminure de la carte six sols par exemplaire et je leur en fournirai à ce prix 760 exemplaires dont 700 pour les exemplaires qu'ils comptent mettre en vente et cinquante pour les exemplaires qu'ils s'engagent à me remettre gratuitement ; et le prix des dites cartes me sera

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