Correspondance de Grimm, XIII, i
Malesherbes et Le Franc de Pompignan.
Après le discours qu'il prononça le lo mars 1760 a l'Académie française et où il prit les philosophes à partie, Le Franc de Pompignan fut harcelé par Voltaire, Morellet et autres, qui écrivirent les Quand, les Si, etc. Irrité, Le Franc de Pompignan présenta au Roi un Mémoire où il faisait sa propre apologie, puis voulut le faire imprimer. Il eut alors des difficultés avec Malesherbes. Celui-ci qui savait que Le Franc était bien vu à la cour du Dauphin écrivit à M. de La Vauguyon pour le prier de mettre sous les yeux de ce prince un précis de la conduite qu'il avait suivie, au cas où cela serait nécessaire. Il disait à la fin de sa lettre : « Je suppose. Monsieur, ce cas de nécessité ; car, si je ne suis point accusé auprès de M^'^le Dauphin, je vous prie instamment de supprimer le mémoire ; je ne cherche qu'à me justifier, et je n'ai point du tout le projet de me plaindre des torts que M. de Pompignan peut avoir eus vis-à-vis de moi, ni de diminuer la bonne opinion que M^"" le Dauphin peut avoir d'un homme qui, à beaucoup d'égards, en est très digne » (28 mai 1760). Evidemment cette affaire préoccupa fort Malesherbes. 11 y a jusqu'à trois rédactions différentes de son mémoire justificatif; la première est assez sommaire ; les autres sont de plus en plus développées. La première est
destinée au Dauphin ; la seconde à Saint-Florentin ; la dernière au chancelier. — C'est cette dernière que nous donnons ici.
Mémoire sur ce qui s'est passé au sujet de l'Apologie de M. de Pompignan.
Du 3o mai 1760.
M. de Pompignan me vint voir il y a dix ou douze jours ; il me dit qu'il venait se concerter avec moi sur les moyens de publier son Apologie.
Il me lut une lettre de M. de Saint-Florentin qui lui mande que le Roi lui permet de la faire imprimer. Il v^oulait aussi faire imprimer que c'était par cette permission immédiate que son Mémoire paraissait.
Sur tout cela je lui dis que la voie la plus ordinaire de publier l'approbation que le Roi donnait à un ouvrage était de le faire imprimer à l'Imprimerie royale et que, comme l'Imprimerie royale dépend précisément du même ministre qui lui avait déjà écrit et qui était instruit de la façon de penser du Roi sur cette affaire, c'était à lui seul qu'il devait s'adresser.
Quelques jours après M. de Pompignan revint et me dit que M. de Saint-Florentin ne voulait point que son Mémoire fût imprimé à l'Imprimerie royale et qu'il me demandait ce qu'il fallait faire pour qu'il le fût dans une imprimerie ordinaire.
Sur cela nous eûmes deux difficultés que voici :
D'abord je lui proposai un censeur. Il fut très offensé de cette proposition et me répéta sept ou huit fois que le Roi lui-même avait bien voulu approuver son ouvrage. Je lui répondis que la lettre de M. de Saint-Florentin ne le dispensait point de cette formalité :
i'' parce que cette lettre, n'étant adressée ni à M. le Chancelier ni à moi et la copie du Mémoire ne m'étant point envoyée par le ministre, je voyais bien que le Roi lui permettait d'imprimer un Mémoire, mais je ne voyais point si ce Mémoire était le même qu'il me montrait et s'il n'y avait rien d'ajouté ;
2" parce que M. de Saint-Florentin refusant de faire paraître l'ouvrage à l'Imprimerie royale qui dépend de lui, c'était dire très clairement à M. de Pompignan qu'on voulait qu'il suivît les formes ordinaires, en sorte que la lettre de M . de Saint-Florentin pouvait servir à ordonner au censeur d'approuver quand on se serait assuré que le manuscrit était conforme à ce qui avait été présenté au Roi, mais non pas à donner au public le livre dans une forme d'approbation extraordinaire ;
3" enfin, je dis très expressément à M. de Pompignan et je lui écrivis encore le lendemain dans une lettre dont j'ai gardé la minute et dont je ne crois pas qu'il ait la hardiesse de nier l'existence, je lui mandai, dis -je, par cette lettre que, quelque permission qu'on eût, le paraphe d'un censeur était nécessaire pour la décharge du libraire qui, suivant les règlements, ne peut imprimer qu'avec ce paraphe, et qui ne connaît que par cette voie que c'est sur tel manuscrit que porte la permission qui lui est accordée.
Quoi qu'il en soit, cette difficulté sur le censeur a été terminée dès le lendemain et n'existait plus trois jours avant le voyage de M. de Pompignan à Saint-Hubert. Et voici quelle en fut la conclusion : M. de Pompignan m'envoya son manuscrit, je le lus, je l'envoyai au censeur qui l'approuva et le parapha; je le remis à M. de Pompignan et je lui mandai dans la même lettre, dont j'ai déjà parlé, que, s'il ne voulait pas absolument faire
278 LES HOMMES DE LETTRES AU XVIIl^ SIÈCLE
imprimer l'approbation, j'y consentais; j'eus cette complaisance qui ne tirait point à conséquence, parce que par là le Mémoire paraissait comme tout ce qui est permis tacitement. Je n'étais pas obligé à l'avoir par les raisons dites ci-dessus, mais, en un mot, je l'ai eue, et, dès lors, la difficulté de la nécessité de la censure n'existait plus quand M. de Pompignan a osé porter ses plaintes au Roi.
L'objet de la seconde difficulté qui a été la seule réelle est que, quand le Mémoire m'a été envoyé, j'ai vu que l'auteur avait mis dans le titre que le Roi l'avait lu et d'après cette lecture lui avait permis de l'imprimer.
Je lui ai dit que je voulais bien croire, puisqu'il m'en assurait, que le Roi consentait qu'on mît à la tête du Mémoire cette approbation respectable ; mais qu'il fallait pour cela que je susse si réellement S. M. trouvait bon d'être ainsi, en quelque façon, citée.
La lettre de M. de Saint-Florentin, quand elle m'aurait été écrite de la part du Roi, ne prouvait rien à cet égard, attendu que par cette lettre on ne permettait autre chose que d'imprimer le Mémoire tel qu'il a été présenté au Roi. Or il est très certain que cette approbation n'y était pas quand il a été présenté. Je pouvais ajouter que j'avais d'autant plus lieu de présumer que l'intention de M. de Saint-Florentin n'était pas de joindre au titre cette pompeuse apostille que ce même M. de Saint- Florentin avait jugé, avec raison, que ce Mémoire, ne concernant qu'une querelle particulière, ne méritait pas de paraître à l'Imprimerie royale et, à plus forte raison, on ne devait pas y faire mention de cette prétendue approbation du Roi lui-même qui était une faveur bien plus singulière que l'Imprimerie royale.
C'est aussi ce qui a été bien prouvé par la suite.
puisque, quand on s'est expliqué avec M. de Saint-Florentin et qu'il a vu l'apostille, il a été le premier à exiger qu'elle fût rejetée.
Enfin, j'avais d'autant plus lieu de croire que le Roi n'avait fait autre chose que de permettre à M. dePompignan d'imprimer son Mémoire comme les autres auteurs et suivant les formes ordinaires que la faveur qu'il demandait n'avait jamais été accordée, de ma connaissance, qu'à M. le maréchal d'Estrées. Or, de ce qu'une pareille permission avait été donnée par le Roi à un maréchal de France, général de ses armées et vainqueur de ses ennemis, il ne s'ensuivait pas nécessairement qu'on voulût faire intervenir l'autorité du Roi dans la même forme et avec la même authenticité dans les querelles de M. Le Franc de Pompignan.
Malgré tout cela, je ne pris point sur moi de supprimer l'apostille ; je me contentai de dire à l'auteur que je ne pouvais pas la passer à moins de savoir les intentions du Roi et que je prierais M. le Chancelier de prendre ses ordres. Je lui ajoutai qu'il serait bon aussi de s'informer en même temps si quelques passages de ce manuscrit où l'auteur se prévalait des bontés personnelles du Roi et de la Famille royale étaient exactement dans le Mémoire qu'il avait présenté au Roi, quoique cela fût assez indifférent, attendu que la présentation du Mémoire au Roi ne prouve point l'approbation de S. M.
M. de Pompignan revint me trouver, furieux de cette réponse, m'en fit des plaintes amères et prétendit que ceci était un retardement très fâcheux pour son ouvrage, que la Reine, disait-il, et M^"" le Dauphin attendaient avec la plus grande impatience.
Enfin il me proposa un expédient auquel je consentis : ce fut de lui rendre son manuscrit qu'il allait, disait-il,
280 LES HOMMES DE LETTRES AU XVni* SIÈCLE
envoyer tout à l'heure par un exprès à Saint-Hubert pour avoir des ordres précis du Roi, qui comprendraient non seulement le Mémoire mais l'apostille qu'il voulait joindre au titre.
On médit que M. de Pompignan n'était pas convenu avec M. de Saint-Florentin que ce fût pour prendre les ordres du Roi que le Mémoire lui eût été rendu ; mais je doute qu'il ose le nier formellement ; car, en lui envoyant le manuscrit, je lui écrivis une lettre dans laquelle je lui marquais que je souhaitais qu'il obtînt sur cela les ordres qu'il attendait de Saint-Hubert.
M. de Pompignan ne fera pas accroire qu'il ait perdu les lettres qu'il a reçues de moi dans le courant de cette affaire ; il n'a qu'à produire celle-là, s'il l'ose.
Pour rentrer dans le récit des faits, je renvoyai ce Mémoire avec la lettre dont je viens de parler et M. de Pompignan, au lieu de l'envoyer à Saint-Hubert, le porta à Prault, libraire, en lui disant de l'imprimer sans s'embarrasser d'autre permission, attendu qu'il se disait porteur d'un ordre du Roi qui était cette même lettre de M. de Saint-Florentin qu'il m'avait montrée dès le commencement.
Le motif de sa conduite est aisé à deviner ; il avait fait une apologie et il voulait qu'il fût dit que le Roi avait en quelque façon partagé son ressentiment. Pour cela, il avait demandé de présenter un Mémoire au Roi, ce qui est une grâce très aisée à obtenir. Le Roi ne refuse d'entendre personne, et encore moins un homme d'une famille distinguée dans la magistrature, qui a été Premier Président d'une Cour supérieure, dont le frère est évêque et joue un rôle considérable dans le Clergé, et qui lui-même est connu pour d'assez grands talents pour la littérature.
Ensuite il avait voulu faire imprimer ce Mémoire et il en avait demandé la permission qui n'était pas encore difficile à obtenir, puisqu'on ne peut jamais empêcher, avec justice, un homme offensé de se justifier, s'il le peut, et que M. de Pompignan était certainement très violemment offensé par les brochures anonymes.
Or, de ces deux permissions si simples, il voulait faire une approbation donnée par le Roi lui-même en connaissance de cause à son Apologie. C'est pour cela qu'il fallait une forme singulière dans la permission qui lui serait accordée et, n'ayant pu obtenir l'Imprimerie royale, il voulait y suppléer par l'apostille qu'il prétendait joindre à son titre.
Je lui faisais sur cela une difficulté. Il sentait bien que, quand M. le Chancelier ou M. de Saint-Florentin ou quelque autre ministre serait instruit de ce qui y avait donné lieu, on ne lui accorderait pas la grâce qu'il demandait ; c'est pour cela qu'il m'avait trompé en me faisant croire qu'il allait demander un ordre et qu'au lieu de cela, il voulait faire imprimer avec une fausse permission.
C'était le mardi au soir que je lui avais rendu son Mémoire et le jeudi matin, à 8 heures 1/2, je fus averti que l'impression était commencée et serait finie à deux heures. J'allai au Palais à neuf et j'y devais rester jusqu'à midi; je passai chez Prault moi-même. Je vérifiai le fait. Je lus l'apostille déjà imprimée et elle était conçue en ces termes : Le manuscrit de ce Mémoire a été présenté au Roi qui a bien voulu le lire lui-même et qui a trouvé bon que l'auteur le fît imprimer.
On me montra aussi une page d'écriture de la main de Fauteur, qui ne faisait pas partie de ce qui avait été présenté au Roi, mais qu'il avait jugé à propos d'y ajouter.
282 LES HOMMES DE LETTRES AU XVIIl® SIECLE
Cette addition ne porte sur rien d'important ; nous l'avons même passée par la suite dans une conversation que M. de Saint-Florentin et moi nous avons eue à ce sujet; mais cela sert encore à prouver Pinfidélité de M. de Pompignan.
Je pris l'épreuve de ce qui était déjà imprimé de la feuille manuscrite; j'ordonnai au libraire de rompre la planche ; je ne fis pas plus d'éclat que cela. J'allai au Palais et, de là, j'écrivis à M. de Saint-Florentin ce qui s'était passé.
M. de Pompignan alla sur-le-champ à Saint-Hubert demander justice. On m'a assuré qu'il a été admis à porter ses plaintes au Roi. Il mit en fait qu'on l'empêchait d'imprimer le Mémoire que le Roi lui avait permis, ne faisant point mention de cette apostille qui était tout l'objet de la difFiculté, et qui n'avait jamais été permise, et ne disant point qu'on ne l'avait jamais empêché de rien et qu'on s'était contenté de lui dire d'obtenir des ordres précis sur ce qu'il prétendait lui avoir été permis.
Il avança ensuite qu'on lui avait dit que ce que le Roi avait lu et approuvé devait être encore soumis à un censeur : équivoque qu'il ne pouvait pas faire de bonne foi, puisque les motifs de la nécessité de la censure et du paraphe lui avaient été dits et écrits dans les termes les plus clairs et que, d'ailleurs, cette difficulté de la censure n'avait plus d'objet comme je l'ai expliqué plus haut.
Il trouva le moyen de me commettre non seulement avec M. de Saint-Florentin, mais avec tous les secrétaires d'Etat, en prétendant que je ne voulais pas reconnaître des ordres du Roi qui m'étaient signifiés par eux, pendant qu'il savait que toute la difficulté avait roulé sur
ce que son apostille n'était point comprise dans la lettre du Ministre. Enfin, il se plaignit de ce qu'on avait fait la saisie avec un éclat offensant pour un homme comme lui : plate imputation, à laquelle je ne me donnerai pas la peine de répondre.
M. de Saint-Florentin qui n'avait pas reçu ma lettre, parce qu'elle lui avait été gardée chez lui pour son arrivée à Paris, n'était point en garde contre ces fausses allégations.
On jugea la question de droit, ou plutôt on parut porté à la juger contre moi sans m'entendre : on voulut bien aussi croire M. de Pompignan sur les faits, quoique certainement la prévention dût être pour moi, puisque j'étais dans cette affaire l'homme public contre un particulier et que, peut-être, j'avais encore d'autres titres pour qu'on suspendît au moins son jugement entre nous deux.
Les ministres qui se trouvèrent à Saint -Hubert eurent la complaisance pour M. de Pompignan de croire, sur parole, que ce n'était plus son affaire, mais la leur propre, puisque je m'opposais à un ordre signé d'un ministre, et M. de Saint-Florentin m'écrivit le lendemain qu'il avait été chargé de voir M. le Chancelier, de s'en éclaircir avec lui et lui marquer la surprise où le roi avait été de ma conduite.
Il est vrai que cet éclaircissement n'a pas été même jusqu'à M. le chancelier; car M. de Saint-Florentin, en arrivant à Paris, y trouva ma lettre et, peu de temps après, il vit cette feuille d'épreuve que j'avais saisie. Elle lui fut montrée par un parent proche de M. de Pompignan, à qui je n'avais fait aucune difficulté de la confier. M. de Saint-Florentin fut frappé comme moi du ridicule dont aurait été l'apostille et en exigea la suppression, et
î84 LES HOMMES DE LETTRES AU XVm** SIÈCLE
il fut très surpris quand il sut que c'était sur cela seul qu'avait roulé toute l'affaire. Aussi, quand je le vis, j'eus •encore plus de lieu de me louer de sa justice et de sa politesse, que j'avais pu me plaindre auparavant de sa précipitation. Et après tout, malgré tout ce que j'ai dit, il faut avouer que, quand un homme avance des faits et les soutient au Roi même et à ses ministres avec autant de sécurité que M. de Pompignan, il est bien difficile de se figurer qu'ils sont absolument faux.
Le seul reproche que m'ait fait M. de Saint-Florentin a été de ne pas Favoir averti plus tôt, ce qui aurait prévenu le malentendu. Mais je lui ai fait connaître que je ne l'avais pas pu, parce que, dans le commencement, M. de Pompignan s'étant adressé à lui pour l'Imprimerie royale l'affaire ne me regardait pas ; que, quand M. de Pompignan est revenu à moi, nous avons discuté l'affaire par deux ou trois lettres et autant de conversations dans l'espace de moins de 2 4 heures, et que, depuis, M. de Pompignan m'ayant fait accroire qu'il allait écrire à Saint-Hubert pour obtenir des ordres, je n'avais pas voulu le prévenir par attention pour lui et pour qu'on ne crût pas que je cherchais à le traverser. Ainsi je n'avais pas pu écrire à M. de Saint-Florentin avant le moment où je lui ai écrit.
L'affaire s'est terminée comme elle aurait dû commencer, c'est-à-dire que l'apostille a été supprimée et que M. de Saint-Florentin m'a écrit une lettre par laquelle il m'a assuré que le Roi trouvait bon que le Mémoire fût imprimé et m'a envoyé avec cette lettre la copie du Mémoire que j'ai fait approuver et parapher pour satisfaire à la règle et pour la sûreté du libraire, et en même temps pour empêcher que M. de Pompignan n'ajoutât rien, si ce n'est cette addition dont j'ai déjà
parlé et que M. de Saint-Florentin et moi nous sommes convenus de lui passer, et que j'ai fait aussi parapher.
Pour ce qui me regarde, je ne doute aucunement que M. de Saint-Florentin ne m'ait pleinement justifié dans l'esprit du Roi, et ce serait lui faire tort, que de prier M. le Chancelier d'en parler au Roi; je le supplie de garder ce mémoire pour lui seul, à moins que le Roi ne lui en parle le premier.
Je ne demande point non plus justice des fausses imputations de M. de Pompignan. Celle qu'on en pourrait faire serait trop désagréable pour les personnes à qui il appartient, entre autres pour MM. les évêques de Grenoble et du Puy que j'ai vus dans cette affaire et dont j'ai infiniment à me louer \
D'ailleurs le public est dans une telle disposition sur le pauvre M. de Pompignan que je crains qu'il ne m'en fasse une justice plus sévère que celle qu'aurait pu faire le gouvernement.
Tout ce que je voudrais, c'est qu'en pareille occasion
I. Dans le Mémoire rédigé par Malesherbes pour un destinataire qui n'est pas désigné, mais qui paraît être M. de Saint- Florentin^ on lit le passage que voici :
« Pendant que M. de Pompignan était à Saint-Hubert, M. l'évoque de Grenoble, son oncle, et M. l'évêque du Puy, son frère, avaient pris un parti bien plus sensé. Us vinrent me voir et me proposer d'arranger cette affaire ; et elle n'aurait pas été bien difficile à arranger, si j'avais eu plus tôt affaire à des gens aussi raisonnables. Je ne crains pas d'invoquer leur témoignage à eux-mêmes : ils n'ont sûrement trouvé en moi ni humeur ni injustice. Mais je ne pus faire autre chose que de persister à demander que M. de Saint-Florentin me mandât que le Roi approuvait l'apostille qui n'était point comprise dans l'ancienne lettre de ce ministre. En conséquence ces deux prélats convinrent d'en parler le lendemain vendredi à M. de Saint-Florentin avec qui ils devaient se trouver. »
286 LES HOMMES DE LETTRES AU XYIIl** SIECLE
on voulût bien ne pas déférer si promptemént aux plaintes des auteurs. Cela me serait d'autant plus important qu'il n'est point rare que les gens de lettres les plus recommandables par leurs talents soient susceptibles d'écarts très singuliers et il serait fâcheux d'être souvent exposé à de semblables scènes * .
Lettres inédites de Fréron.
Il y a à la Bibliothèque nationale (Mss. fiançais, 22 191) une série de lettres relatives aux démêlés de Fréron avec les Encyclopédistes et avec Voltaire, lors de la publication et des représentations de VÉcossaise. Nous en transcrivons ici quelques-unes. Gomme on pourra le voir, Fréron était alors singulièrement animé contre ses adversaires ; et, partant, il était naturel que, pour prévenir quelque éclat, le Directeur de la librairie le fît surveiller de près et tenir en bride. Ces lettres montrent, d'autre part, que, si Fréron regimbait contre la censure, il ne croyait pourtant pas avoir à se plaindre des procédés de Malesherbes à son égard.
Monsieur,
Il m'est impossible de vous envoyer la liste des ouvrages encyclopédiques où je suis directement ou indirectement attaqué. Je n'ai jamais lu toute V Encyclopédie ni ne la lirai jamais, à moins que je ne commette quel-