Archives nationales, F
coûtait, au temps de Colbert, que 7 000 livres par an, savoir : « environ 6 4oo livres en jetons d'argent, 3oo livres pour une messe qui y est chantée en musique, le jour de la Saint Louis, et 3oo livres qui sont mises entre les mains du trésorier pour les fournitures de bois et bougies et transcriptions de cahiers* ». Plus tard, elle ne saurait avoir coûté beaucoup plus, car jamais elle ne fut dotée de pensions comme les deux autres compagnies. C'est seulement en 17^2 que le secrétaire perpétuel reçut un honoraire de i 200 livres qui, en 1785, fut porté par Galonné à mille écus.
Les pensions littéraires, en dehors des pensions académiques, relevaient de la Maison du Roi. Rechercher à quoi elles se montèrent, année par année, serait un travail assez long, si tant est même qu'il soit possible et que les pièces de comptabilité se retrouvent toutes aux Archives nationales. Mais, à défaut de renseignements précis et complets, nous disposons d'une indication qui peut suffire, croyons-nous, pour apprécier dans quelle mesure Louis XV et Louis XVI accordèrent des encouragements pécuniaires aux gens de lettres. — Ce n'est assurément pas sous Louis XVI que le chiffre des pensions fut restreint : il y en avait (militaires et civiles) pour 9800000 livres en 1758, pour 10 000 000 en 1764, et — en 1789 — pour 29 954000^. Les gens de lettres, à vrai dire, peuvent avoir eu petite part à cette grosse augmentation ; mais il y a pourtant apparence qu'ils en profitèrent peu ou prou. Or, en dé-
1. Extrait d'un mémoire cité dans les Registres de l'Académie française, Paris, 1906, t. I, p. 5o.
2. D'après Arnould, Histoire générale des finances de la France, Paris, 1806.
pouillant le Tableau alphabétique des personnes qui ont obtenu des grâces soit annuelles, soit une fois payées du ci-devant roi depuis z/// jusquen 1788^^ et aussi le Supplément historique et essentiel à l'état nominatif des pensions sur le Trésor royal ^j nous avons pu nous convaincre que les sommes affectées annuellement aux (pensions littéraires se sont tenues entre 80000 et / 100 000 francs. Sans crainte de se tromper beaucoup, 'on peut croire que, pendant tout le xvin' siècle, ce fut un maximum que Ton ne dépassa jamais.
Il convient aussi de ne pas oublier que parfois ces pensions n'étaient que nominales : elles étaient accordées, mais non servies; c'étaient des pensions sur le papier, des pensions en principe : « vous savez, écrit Voltaire à Duclos, que j'avais autrefois une pension ; je l'avais oubliée depuis douze ans"* ». Ce qui veut dire qu'on n'avait rien fait pour la lui rappeler. Le trésor royal se fermait pour les pensionnaires lorsque « les fonds avaient été divertis », et, comme le remarque M. d'Avenel, « les fonds étaient souvent divertis sous l'ancien régime, en temps de guerre ou d'embarras financiers* ». Même, quand les paiements ne cessaient pas tout à fait, ils étaient irréguliers : les titulaires de pensions connaissaient fréquemment des années de quinze mois et plus. En outre, il leur fallait subir des