A.-M. Bertrand, 7 juin
LES HOMMES DE LETTRES ET LES LIBRAIRES l3l
chi les libraires, et vous voyez qu'ils n'en sont pas plus modestes ^ »
Pour modifier de pareilles mœurs quel recours avaient les gens de lettresPjiul autre qu'en eux-mêmes. L'autorité, les règlements ne pouvaient rien en pareille matière. C'était aux écrivains qu'il appartenait de défendre leur dignité. A mesure que leur situation devenait moins précaire, que, sur d'autres points, ils remportaient les avantages que nous avons rappelés, il y a apparence qu'ils surent prendre, pour se faire respecter, l'attitude et le langage qui convenaient. Diderot, en tout cas, leur donna le ton. Panckoucke, étant venu chez lui, se montra assez peu poli. Le philosophe le mena alors vers la porte et lui dit : « Monsieur Panckouke, en quelque lieu du monde que ce soit, dans la rue, dans l'église, en mauvais lieu, à qui que ce soit, il faut toujours parler honnêtement ; mais cela est bien plus nécessaire encore quand on parle à un homme qui n'est pas plus endurant que moi, et qu'on lui parle chez lui. Allez au diable. . . vous et votre ouvrage ^ ; je n'y veux point travailler. Vous me donneriez 20000 louis, et je pourrais expédier votre besogne en un clin d'oeil, je n'en ferais rien. Ayez pour agréable de sortir d'ici et de me laisser en repos'. »