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I. Les Confessions de Fréron, p

proches amers... On a en mains quelques-unes de ces lettres polies qu'on produira, s'il est nécessaire*. » Avec Dom Déforis, Boudet se montrait insolent et brutal et, ne condescendant pas jusqu'à correspondre directement avec lui, lui faisait écrire par son prote : « Nous ne voulons plus de vos drogues de productions ni de l'infamie de vos épreuves '. » Poussant plus loin que l'insolence, Ruault, le libraire de Mercier, allait jusqu'à l'incongruité et faisait publier VAvis suivant: «Le sieur Ruault, libraire, rue de La Harpe, à Paris, avertit le public qu'il offre au rabais les quatre meilleurs drames de M. Mercier... que, passé le mois d'avril prochain, il ne sera plus possible d'en trouver, parce qu'il est déterminé à faire un autre usage des 6000 exemplaires qui lui restent ^ »

On aimerait penser que ce furent là des faits isolés. Mais, quand on constate le dédain que les auteurs faméliques inspirent à Hardy — un bon homme, un modeste pourtant — on ne peut s'empêcher de croire que les libraires, en général, étaient disposés à traiter les gens de lettres sans nulle considération. D'autant que, fiers de leur aisance ou de leur fortune, une sorte d'infatuation professionnelle augmentait encore leur superbe.

Formant un corps, une communauté privilégiée, ils se persuadaient que, par là, ils occupaient un rang important et, comme à part, dans la société. Il est plaisant et significatif de voir avec quelle emphase ils parlaient, à

1. Dans une plainte que les Religieux adressèrent à M. de Boze, Directeur de la librairie. Mss. français, nouv. acq., 3346, fol. 201,

2. Mémoire pour Dom Déforis, à la Bibliothèque nationale, 4° Fm. SgiA.

3. Cité par Gh. Monselet dans les Oubliés et les Dédaignés, p. 47, Paris, 1876, d'après la Correspondance secrète, IV, 89.

Pellisson. 9

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l'occasion de leur corps de métier : « Qu'il est glorieux. . . pour moi, dit un d'eux, de me voir membre d'un corps qui n'a jamais eu que des objets grands, nobles et utiles I Religion, Etat, littérature, vous le savez, Messieurs, si l'imprimerie a cessé de servir à leur gloire. Les autres compagnies peuvent bien partager entre elles quelquesuns de ces avantages ; le corps typographique seul les réunit tousV »

Voltaire voudrait avoir un exemplaire de V Encyclopédie, à laquelle il a collaboré, gratuitement d'ailleurs. Mais, avec des gens aussi importants que les libraires, les choses ne vont pas sans formalités : « Il faut que les marchands, associés pour débiter nos pensées, tiennent un grand conseil dans lequel on décidera à la pluralité des voix s'il est convenable à leur république d'envoyer un exemplaire de leur Encyclopédie à un homme qui veut bien avoir la bonté de travailler pour eux. Briasson, le libraire, me mande qu'il attend le résultat de ce grand conseil^. »

Passe encore pour ce formalisme, qui est surtout mesquin. Mais rinfatuation professionnelle paraît intolérable quand elle provoque des impertinences comme celle du Prospectus de VEncyclopédie méthodique entreprise par Panckoucke et autres. Voltaire en cite le début : « Des libraires associés avaient projeté de refondre entièrement l'immense Dictionnaire de l'Encyclopédie et d'en faire un ouvrage nouveau. Mais on leur a représenté. . . » Et Voltaire ajoute : « Il manquait à cet édit la formule : car tel est notre bon plaisir. Vous avez enri-

1. Discours d'A.-M. Lottin, pour sa réception d'imprimeur (août 1752), Mss. français, 22109, ^°^- ^8.

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