‹ Les hommes de révolution Aguinaldo et les PhilippinsChapitre 1 sur 33 · Les hommes de révolution Aguinaldo et les Philippins · texte numérisé non relu

Les hommes de révolution Aguinaldo et les Philippins

Le livre substantiel et vivant de Turot vient bien à son heure. Au moment même où l'opinion américaine est appelée à régler la destinée des Philippines, il est bon qu'en tous pays la conscience publique soit informée exactement du magnifique effort d'indépendance du peuple Philippin. A coup sûr la passion impériahste et la puissance des intérêts capitahstes aux Etats-Unis ne céderont pas au vœu de la conscience humaine éclairée en tous les pays par les sincères amis de la paix et du droit. Pourtant il y a aujourd'hui une solidarité morale des peuples ; et, d'un pays à l'autre, il y a d'inévitables répercussions d'opinion et de sentiment. Il n'est point paradoxal de dire que les Philippins vaincus seront mieux traités si tous les pays civihsés connaissent et admirent leur héroïque combat pour la hberté.

Turot a étudié ce drame dans les documents r

VIII PnÉFAGE

et de plus il est allé aux Philippines mêmes, pendant la lutte. Un frémissement de sympathie immédiate et de douloureuse colère se mêlent à son récit.

Et comment n'être pas ému par ce drame, par cette terrible déception d'un peuple qui semble trouver une nouvelle et définitive sujétion dans son eflfort même vers la liberté? Depuis des siècles ces populations intelligentes et fières^» gui ont bien des traits d'analogie avec le Japon, étaient placées sous la domination étouffante des moines et des généraux espagnols. Epiées dans le mouvement le plus secret de leurs pensées, détournées systématiquement par leurs éducateurs de la science exacte et vivante et égarées en des subtilités théologiques, leurs maîtres espéraient user leur inquiétude d'esprit; soumises à un régime perpétuel d'inquisition, de torture et de terreur, dépouillées par des fonctionnaires prévaricateurs de presque tout le fruit de leur travail, elles n'ont cessé, surtout depuis un siècle, de manifester par des soulèvements héroïques Ténergie de leur vie intérieure. Les jeunes gens les plus aisés allaient en Europe ou dans ces grands ports chinois où déjà la pensée européenne a pénétré, et ils revenaient aux Philippines avec le désir pas-

Page 1