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OESBARATS 4 CIE, GRAVEURS ET IMPRIMEURS

Les Hommes du Jour. 4eme Série.

Nous sommes en 1867, au premier souffle de la Confédération canadienne. L'inquiétude n'a fait grâce à personne, car l'avenir d'un peuple va se jouer dans quelques jours devant les feux de la rampe électorale. Que sera cette Confédération ? Le Minotaure qui dévore les vierges, ou L'Ange qui veille sur les nations? Les chefs politiques ont sonné le clairon ; et le peuple, anxieux, n'a plus qu'à se jeter dans le tumulte d'une élection générale, unique d'intensité, d'incertitudes et de conséquences.

Montréal, qui avait été le foyer de la résistance anti-fédérale, était plus que jamais le centre de la bataille. Une forte partie de la jeunesse conservatrice venait, sous la conduite de L.-O. David, Ludger Labelle et Honoré Mercier, de laisser le vieux camp. Lanctôt avait affolé la population ouvrière par une campagne infernale ; et, cependant. Sir Georges Cartier, le véritable auteur de la Confédération, avait à se faire élire dans la cité de Montréal, qui ne lui avait donné que trente-sept voix de majorité en 1863.

C'était dans le plus fort énervement de cette confusion politique que Sir Georges Cartier convoqua, sur la rue Craig, la première assemblée populaire. Les forces des deux partis étaient enrégimentées. Lanctôt avait réussi, par ses magasins coopératifs, par l'incessante propagande d'un journal parfaitement bien fait : L' Union Nationale, par ses épouvantables mensonges et son démagogisme plus épouvantable encore, à enjôler presque toute la population ouvrière de Montréal. Ludger Labelle, l'ancien ami de Sir Georges, le type du conspirateur habile et fin, lui-même candidat d'opposition, avait, à son tour, provoqué la défaillance de plusieurs conservateurs, tandis que la vieille école libérale gardait tous se? partisans. Il ne restait donc à Cartier que la portion honnête, calme de la population, celle qui voit juste, juge bien, mais ne s'émeut jamais.

50 LKvS HOMMES DU JOUR

Du premier coup, il fut facile aux organisateurs du comité conservateur de constater, dans cette as^semblée, jusqu'à quel point l'élection de leur chef était compromise. Les huées, les cris indignés accueillirent Sir Georges, qui tenta vainement de se faire entendre. MM. Pominville, Betournay, C.-S. Rodier, J.-B. Beaudry, Iv. Beaudr}^ C.-A. Leblanc, Victor Hudon, c'est-à-dire les citoyens les plus éminents d'alors, ne furent pas plus heureux dans leurs tentatives. La foule excitée grondait comme si elle eût contenu dans ses flancs un volcan déjà allumé. Soudain la figure pâle d'un jeune imberbe se glisse dans l'embrasure occupée par Sir Georges. Est-ce de la magie? L'attention s'empare de l'assemblée, comme .si une force invisible venait d'enchaîner cette frénésie puissante. Puis une voix nette, vibrante, lance une note ou deux au-dessus du tumulte ; et voilà le monstre populaire dompté ! Ce jeune homme a pu prononcer quelques mots, une phrase, deux phrases : voilà qu'il parle, voilà qu'il s'enlève, voilà qu'une heure durant il fait aux hurleurs, qui maintenant l'applaudissent, l'éloge de celui qu'ils voulaient lapider.

Ce jeune homme s'appelait Joseph- Adolphe Chapleau. Il venait de se faire nommer, le matin même, par acclamation, député de Terrebonne, contre la volonté et les ordres de Cartier ; et c'est lui qui, le soir, sauvait le chef conservateur et, en brisant l'opposition aveugle qu'on avait décidé de lui faire, peut-être la Confédération. Car, lui ouvrir à ce moment les portes de la discussion loyale et franche, c'était lui donner la chance de ramener la foule égarée ; c'était faire renaître la confiance dans tous les autres comtés et dans toutes les provinces de la nouvelle Puissance.

Du reste, la réponse de M. Chapleau à Sir Georges, qui vint, après ce discours, le remercier avec effusion, renferme l'homme tout entier : — " Il n'y a pas de quoi, M. Cartier, ce n'est pas pour vous que je l'ai fait." Ce qui veut dire que j'ai à tracer le portait d'un homme tout de dévouement et de bonté spontanés, mais ferme, fier et cassant comme les preux du moyen âge ; incapable de résister à la prière du faible, mais aussi courageux que le lion contre l'aggression des forts. Ceux qui voudront bien connaître le caractère multiple de l'honorable M. Chapleau n'arriveront à la solution juste qu'avec cette clef. Il a toutes les faiblesses légitimes et éclairées

que le bon Dieu a mises au compte de la vertu, dans un coin du cœur humain ; il a toute l'indépendance d'un esprit puissant qui a la conscience de sa dignité et le respect de sa valeur. On peut avoir un grand talent, une éloquence fascinatrice, des qualités d'esprit exceptionnelles ; mais M. Chapleau, qui a tout cela, ne serait pas la brillante personnalité d'aujourd'hui, s'il ne possédait aussi cette qualité de tempérament qui l'a fait meneur d'hommes.

Quelle merveilleuse organisation ! . . . Prenez-le au repos, dans le calme du désœuvrement : il sera causeur charmant, intarissable, sans prétention, usant tout simplement de cette spirituelle inconscience qui vous mène de l'étonnement au ravissement à mesure qu'il passe du grave au léger, du rien du jour au "fait divers" sérieux, sans se douter qu'il jette à droite et à gauche l'esprit par poignées. Aiguillonnez-le un peu, suscitez une discussion, provoquez-le à l'appréciation d'un homme ou d'un événement, il vous promènera sans effort dans les sphères les plus élevées, comme s'il avait borné toute sa vie à l'étude des sciences ou de la philosophie. Kssayez d'un tournoi d'esprit, et vous comprendrez du coup ce que c'est qu'on désire exprimer sans le pouvoir quand on parle d'un homme qui a la riposte prompte et terrible.

Maintenant, si vous donnez de la pédale à ce grandiose instrument, si vous le prenez dans un moment d'intensité, à la chambre, sur le husting, ou bien au palais, alors que chez lui tout travaille, tout frémit, tout vibre, alors que les cent mille sensations du cerveau sont déchaînées, qu'un orage électrique se promène dans ce réseau de nerfs palpitants, et que le magnétisme coule de sa personne comme l'eau d'une éponge saturée, il ne vous arrivera pas souvent de rencontrer son semblable durant le cours de votre existence. Quant à moi, je n'en ai jamais vu un autre.

Ce serait de la flatterie ironique que de le représenter toujours éloquent, toujours plus élevé que les autres, toujours planant, toujours victorieux. Cette magnitude en permanence n'est pas l'état voulu de la créature humaine, et, s'il en était ainsi, le commerce de l'honorable M. Chapleau serait un commerce gênant et fatigant. L'éloquence n'est faite que pour les grandes circonstances.

Même à l'étranger, M. Chapleau a remporté de beaux succès d'éloquence. Un jour, à Bordeaux, en 1881, un riche négociant de

la ville lui avait donné un banquet. Cette nature d'artiste était encore tout imprégnée de T indéfinissable émotion du premier accueil fraternel sur le sol de la vieille France : il était peut-être le seul des nôtres qui eût jusqu'alors reçu un tel hommage. Ce qu'il y dit, je ne le sais plus ; mais ce que je sais, c'est que lorsqu'il reprit son siège, tous ces hommes endurcis de la finance, ces froids et riches négociants, ces millionnaires blasés, cherchaient en vain à dissimuler une larme que l'émotion avait fait jaillir, s' avouant, eux qui avaient entendu les grands orateurs français depuis Lacordaire jusqu'à Gambetta, vaincus pour la première fois par la parole d'un autre homme.

Jamais l'éloquence humaine ne dépassera probablement la sienne, à l'occasion de la Saint Jean-Baptiste de 1884, et tous les convives d'alors se rappellent le frémissement qui passa dans l'auditoire quand, l'œil inspiré, le front enveloppé d'une véritable auréole, la voix vibrante et émue, M. Chapleau prononça ce mémorable discours.

M. Chapleau a eu tant de succès oratoires qu'il est difficile d'évaluer les uns plutôt que les autres. Le public a entendu de lui des chefs-d'œuvre d'improvisation de deux minutes, aussi bien que des modèles d'une éloquence magistrale, qui tenaient, littéralement et sans image de rhétorique, ses auditeurs dans le ravissement. Je me rappelle dans quelle émerveillement il jeta un jour des financiers et politiciens importants des Etats de Vermont et de New- York, par un discours prononcé à Newport lors de l'inauguration du chemin de fer le South-Kastern. L'immense succès de son discours à Toronto, au banquet donné à Sir John A. Macdonald, en décembre 1884, est passé à l'état de légende dans Ontario.

Comme modèle d'éloquence parlementaire, je ne connais rien de plus empoignant que la péroraison de son grand discours sur la vente du chemin de fer du Nord, en 1882, dans l'Assemblée législative de Québec. Qui croirait qu'après un exposé de six à sept heures, il put conserver assez de verve et assez de vigueur pour tracer d'impromptu un tableau aussi parfaitement dessiné que celui qu'il y fait des aventuriers de la politique.

L'honorable M. Chapleau est né de parents canadiens- français. Son père, feu M. Pierre Chapleau, était l'un des types le plus admi-

rable de notre race. Grand de six pieds, bien fait, figure noble et imposante, il inspirait le respect autant par son caractère droit, son excessive honorabilité, sa scrupuleuse probité, que par sa belle tête. Privé d'instruction, entrepreneur-maçon de son métier, il n'eût pas été dépaysé dans une réunion d'élite, hommes du monde ou hommes d'étude. Pas n'est besoin de dire combien l'affection d'un tel enfant pour un tel père dut être ardente. Ecoutez-le d'ailleurs : voici un modèle d'éloquence, de cette éloquence du cœur qui impose l'émotion à l'auditoire comme au lecteur : —

"Je suis fier du peuple dont je sors et auquel je dois tout ce qui m'est précieux. Le brave et honnête homme dont je chéris la mémoire, qui m'a donné la vie et qui a été enlevé trop tôt aux affections de sa famille, a été pour moi un honorable représentant du travailleur canadien. J'ai déjà dit que le plus grand éloge qu'on pouvait faire de lui, c'est que, pendant sa vie, il s'est contenté de ce seul précepte et de cette simple règle de conduite : travailler, aimer et prier. De la modeste demeure de la famille où se trouvaient concentrés ses affections, son orgueil et ses espérances, il n'a aimé, il n'a connu que deux sentiers, pendant ses cinquante années de vie active: l'un qui conduisait à son travail et l'autre à l'église. Au bout du premier de ces deux chemins était la source d'oii coulaient le profit et le comfort pour la famille, au bout du second la fontaine d'encouragement et de gratitude dans le succès, de consolation et de force d'âme dans les moments d'adversité. On pourrait difficilement rêver une vie meilleure, une vie plus heureuse. C'est le plein accomplissement des devoirs d'humanité : l'observance de cette mystérieuse et admirable loi d'expiation et de réhabilitation de l'homme par le travail ; les joies, les bienfaits et les fruits de l'amour couronnés par la vénération et le culte du Tout-Puissant. Et je ne me trompe pas en disant que telle est la vie de la masse des saines et paisibles classes ouvrières de ce pays."

C'est en remontant vers son enfance, en ravivant de son souille filial, dans le vieux foyer domestique, les cendres toujours chaudes des pieux souvenirs, que M. Chapleau a été naturellement poussé vers l'étude de cette grande question ouvrière dont la solution fait le désespoir des gouvernements. Les démagogues trop ambitieux perdent pied en dépassant les bornes du sens commun ; les gouverne-

ments trop jaloux y perdent la tête en exagérant les besoins de la résistance. M. Chapleau s'est imposé à lui-même depuis longtemps la recherche de la solution, et il peut légitimement réclamer dans ce travail délicat, hérissé de difficultés, son incontestable part de succès. Il dut saisir le problème ouvrier comme le champion qui prend la balle au bond. Une vacance électorale se déclare à Montréal, c'est-à-dire dans le centre des intérêts industriels canadiens. Pendant que chacun cherche de son côté, parce qu'il faut continuer la tradition en produisant un candidat qui ait du renom, une position, de l'influence, M. Chapleau va frapper à la porte d'un ouvrier qu'il avait su juger du premier coup d'œil. Il ne s'occupe ni de l'opinion scandalisée, ni des hésitations qui viennent des meilleurs quartiers, ni de certaines révoltes justifiables ; il a vu loin, il sait où il va, et il fait élire un ouvrier dans Montréal.

On sait ce qu'il a accompli depuis pour faire avancer cette grande et sérieuse étude. Sans réclamer pour lui la paternité de la Commission du travail^ on peut dire, au moins, qu'il 3^ a été l'un des plus chauds collaborateurs et qu'il en a suivi tous les travaux avec une solicitude paternelle. De fait, c'est à lui que furent confiées, par ses collègues bas-canadiens, la direction de l'enquête pour la province de Québec, et plus tard, par le gouvernement, la co-ordination des volumineux documents fournis par toutes les parties de la confédération. Quelque temps après, l'Exposition universelle de Paris ouvre de nouveaux horizons à la question. Les colonies anglaises ne sont pas libres d'y participer officiellement ; mais le Secrétaire d'Etat prend sur lui de conseiller à l'un de ses anciens commissaires d'aller suivre les travaux de ce grand congrès du travail ; puis il fait, au retour de M. Helbronner, accepter par son gouvernement un rapport qui restera toujours utile et précieux pour les hommes publics de notre pa3^s. M. Chapleau a déjà, du reste, commencé à modifier la législation économique de manière à protéger la classe ouvrière sans effrayer ou menacer le capital. Mais sortons d'une digression qui est arrivé tout naturellement, pour rentrer dans le domaine de la biographie.

Madame Chapleau, la mère du Secrétaire d'Etat, était une femme remarquable, et nous croyons que le cas actuel confirme la donnée généralement acceptée que tous les hommes brillants ont ressemblé à

leur mère. Ce qu'elle a déployé de talent pour élever, de la manière admirable qu'elle l'a fait, avec de modestes ressources, sept enfants, tous d'une haute intelligence et qui tous ont fait leur cours d'études dans nos grandes maisons d'éducation, est chose à peine croyable.

C'est à Sainte-Thérèse, le 9 novembre 1840, que naquit Joseph- Adolphe Chapleau. Il commença son cours au collège Masson, à Terrebonne, et après sa rhétorique, il entra dans les affaires à Montréal. Mais évidemment un sentiment intime le travaillait, puisque, quelque temps après, on le retrouve faisant sa philosophie au collège de Saint- Hyacinthe. Le passage de M. Chapleau à Saint-Hyacinthe peut être considéré comme la plus grande fortune de sa vie, car il s'y trouva durant les belles années d'enseignement de l'abbé Desaulniers, et il a puisé chez ce grand philosophe, chez ce prodigieux interprète de Saint Thomas, les saines notions qui ont fait la base de sa carrière, et cette science certaine qui donne tant d'autorité et d'irréfutable bon sens à sa parole. M. Chapleau, tout le monde le sait, est un profond catholique. Il ne manque jamais une occasion d'affirmer sa foi, et, dans la chambre des communes, dans les banquets les plus essentiellement anglais et protestants, il a rendu hommage à l'Eglise catholique et au clergé canadien, avec une éloquence qui portera encore des fruits longtemps après qu'il aura quitté cette scène mortelle.

En 1861 M. Chapleau était admis au barreau. Il entra dans la société légale Moreau & Ouimet, et, plus tard, dans la société Mousseau, Chapleau et Archambault, puis dans la société Carter, Church et Chapleau, et enfin dans celle de Chapleau, Hall, Nicolls et Brown. Ajoutons, en passant, comme curieuse coïncidence, que Thon. M. Mercier, maintenant premier ministre de la province de Québec, fit une partie de son droit sous lui.

Le 25 novembre 1874, il épousa M"^ Marie-Louise King, la fille remarquablement intelligente et distinguée du Colonel King, de Sherbrooke, et qui contribue tant à ajouter de l'éclat à la renommée de son mari.

Il fut élu, pour la première fois, en 1867, à la chambre locale, dans le comté de Terrebonne, qu'il a toujours représenté depuis et où il est inexpugnable. Il fut nommé conseil de la Reine en 1873, commandeur de l'Ordre de Saint Grégoire en 1881, etcommandeiir de

la Légion d'honneur en 1882. Il est professeur de droit international à l'Université Laval, qui lui a conféré le degré de docteur en droit.

M. Chapleau entra dans le cabinet Ouimet, comme solliciteur général, le 27 février 1873, et en sortit le 8 septembre 1874, lors de la démission volontaire de ce cabinet. Le 27 janvier 1876, il entra dans le cabinet de Boucherville comme secrétaire provincial, position qu'il occupa jusqu'au coup d'état Letellier. Après les élections provinciales du mois de mai 1878, il devint le chef du parti conservateur à Québec, et, le 30 octobre 1879, après avoir renversé le gouvernement Joly, il était appelé par le lieutenant-gouverneur, l'honorable M. Robitaille, à former un cabinet dans lequel il occupa le portefeuille des chemins de fer et des travaux publics. Il donna sa démission le 29 juillet 1882, pour être remplacé par l'honorable J.-A. Mousseau pendant que lui-même succédait à ce dernier, à Ottawa, comme secrétaire d'Etat. Le 4 juillet 1884, i^ était envoyé à la Colombie- Anglaise comme président de la commission royale chargée d'étudier la question de l'immigration chinoise. Il a publié un rapport des plus remarquables à ce sujet et ses suggestions, adoptées par le gouvernement, ont mis fin à la crise qui menaçait d'amener de graves complications dans la Colombie. Il y a quelques années, il établit l'Imprimerie nationale d'Ottawa, une œuvre d'une immense importance et que son influence seule a fait réussir.

L'honorable M. Chapleau a été cruellement éprouvé par la maladie, et il serait probablement allé dans le monde d'oii l'on ne revient plus s'il n'avait pas abandonné la conduite du parti provincial en 1882. Après son entrée dans le cabinet d'Ottawa, il lui fut loisible de passer l'été et l'automne en Europe, puis l'hiver dans la sud de la Californie. Comme sa mère, l'un de ses frères et l'une de ses sœurs étaient morts de la consomption, le même sort le menaçait alors ; et ce n'est qu'à force de précautions qu'il a franchi l'époque critique, sans qu'il lui reste aujourd'hui la moindre trace de son ancien malaise, ni même la moindre menace pour l'avenir.

On peut dire sans crainte qu'il y a aujourd'hui peu de personalités plus en vue, plus estimées, plus admirées que M. Chapleau dans la Puissance du Canada. Il ne saurait en être autrement d'un homme de son talent, qui est dans la politique militante depuis 1859, c'est-à-dire depuis trente-deux ans ; qui fait partie de la députation

nationale depuis vingt- trois ans ; qui a été membre de différents cabinets depuis quatorze ans ; qui a, pour bien dire, à lui seul renversé le gouvernement Joly et qui a été le premier ministre de la province de Québec.

Il a amassé sur sa tête autant de haines qu'il a cimenté d'amitiés ou conquis de dévouements politiques. Il a pris part à tous les grands événements, figuré dans toutes les grandes circonstances, mis la main à tous les mouvements, inauguré mille réformes. Le récit de ses succès au barreau semble être tiré d'un conte de fées. Juges et jurés devenaient le jouet de son éloquence comme une cire molle entre les doigts du modeleur. Quand la jeunesse conservatrice se rebella contre Sir Georges Cartier en 1865, ce fut lui qui enraya ce mouvement dangereux, en se prononçant courageusement pour la Confédération. Si Chapleau avait donné dans le mouvement, toute la jeune génération de l'époque serait aujourd'hui libérale. C'est son attitude dans l'Assemblée législative qui détermina l'abolition du double mandat. C'est lui qui a renoué les relations entre la France et le Canada en plaçant un emprunt public sur le marché de Paris, en introduisant le Crédit-foncier franco-canadien au Canada et en fondant le commissariat-général du Canada en France. Avant la création du Crédit-foncier, la propriété grevée avait à payer 7 et 8 p. 100 d'intérêt. Le taux de l'intérêt tomba immédiatement à 6 ; il est maintenant de 5^^, non seulement pour la province de Québec, mais pour tout le Canada ; car cette institution, maintenant puissante, possède l'existence officielle dans les autres provinces, dans chacune desquelles elle a des millions de placés.

C'est lui qui a réalisé pour la province de Québec huit millions de piastres en vendant le chemin de fer du Nord. Cet acte, qui lui a valu tant d'injures, sera peut-être son plus grand titre de gloire, car il est de notoriété publique aujourd'hui que la compagnie du Pacifique, qui l'a acquis, serait disposée a perdre quelques millions sur le prix d'achat si elle pouvait trouver un preneur. Il suffit de lire les rapports qu'il publia alors comme ministre des chemins de fer, pour voir qu'il avait clairement prévu la construction du Canada- Atlantique et la ligne de Smith' s Falls du Pacifique, deux chemins rivaux qui réduisent l'ancien Q. M. O. et O. à une valeur relativement insignifiante.

C'est M. Chapleau qui, lors du grand tournoi politique de Sainte- Croix, en 1875, fut la cause du triomphe des conservateurs, en inspirant aux électeurs, par le grand succès qu'il y remporta, la confiance la plus absolue dans le résultat de la lutte générale. Quand il mit sur le programme de son gouvernement, en 1879, l'encouragement de la fabrication du beurre et du fromage, l'opposition accueillit sa déclaration par un grand éclat de rire. Pendant que ses adversaires s'évertuaient à n'y découvrir qu'une occasion de persiflage, M. Chapleau voyait d'assez loin pour savoir qu'il dotait la province de Québec d'une des plus puissantes industries quelle aura jamais.

Il n'est donc pas étonnant qu'un homme, qui a mis si uniformément et si constamment à la disposition de son pays le bénéfice de ses précieuses qualités, soit aujourd'hui l'idole du peuple. Il a remporté des succès inouis, tels que le revirement d'une paroisse par un simple discours, comme à Saint-Guillaume en 1877, ce qui entraîna la défaite de l'honorable M. Laurier dans Arthabaska ; et le peuple reste fasciné par ces résultats qui tiennent de la légende.

Il a été le champion des chemins de fer en ce pays, et c'est sa parole éloquente qui a fini par faire ressusciter dans les chambres provinciales l'ancien subside au chemin de fer du Nord et par en obtenir un pour le chemin de colonisation du Nord, point de départ de cette féconde politique des voies ferrées.

Il s'est mis, du reste, à contribution dans ces entreprises financièrement hasardeuses ; et il peut se vanter d'avoir amené directement la construction de cinq lignes de voies ferrées, savoir les Laurentides, le Pontiac et la continuation du chemin du Saint-Jérôme, par son concours actif et persistant, et les chemins de Saint-Eustache et Joliette, par sa protection officielle et personnelle.

Des adversaires à la recherche d'arguments l'ont représenté comme un esprit inquiet, ambitieux, et ont voulu le faire passer pour un intrigant. Rien n'est plus faux. Quand, en 1875, il n'avait qu'un mot à dire pour renverser le cabinet de Boucherville, dont il avait pourtant eu à se plaindre, il lui donna un appui si ferme et si vigoureux que la crise fut évitée. Il refusa, en 1880, d'entrer dans le gouvernement d'Ottawa parce qu'il ne croyait pas avoir complété la reconstitution du parti conservateur local dans le province de Que-

bec. Kn 1884, quand le gouvernement d'Ottawa semblait déterminé à refuser à la province de Québec ses justes réclamations, relativement à la dette contractée pour la construction du chemin de fer du Nord, presque toute la députation de cette province au parlement fédéral le pria de se mettre à sa tête pour forcer la main du gouvernement. Il n'avait qu'un mot à dire pour tenir (du moins les probabilités autorisent cette affirmation) la destinée du cabinet entre ses mains ; mais il resta d'une loyauté à toute épreuve envers Sir John, sachant que justice finirait par être rendue, sans violence. Sa loyauté et l'excellence de son jugement politique se sont également affirmées en 1879, quand le marquis de Lorne refusa de sanctionner la destitution de l'honorable M. Letellier de Saint-Just. Les conservateurs canadiens-français étaient presque unanimes à accuser le gouvernement de Sir John de faiblesse, et dans une assemblée de protestation tenue à Montréal par les conservateurs les plus influents, l'honorable M. Chapleau fut seul, contre la foule excitée de ses amis, à combattre la violente tactique qu'ils voulaient adopter.

Lors de l'exécution de Riel, M. Chapleau aurait pu devenir le roi de la province de Québec. Les chefs libéraux s'unirent aux députés conservateurs pour le supplier de se mettre à leur tête. Il n'y a aucun doute que son action n'eût entraîné la chute du gouvernement d'alors, et qu'il ne fût revenu au pouvoir avec une puissance immense. On peut s'en former une idée par la force inattendue que ce seul incident a donnée tout à coup à l'honorable M. Mercier. Qu'est-ce que cette arme n'eût pas été entre les mains d'un homme dont le prestige était déjà si solidement établi ? Pour tous les hommes sensés, M. Chapleau a fait preuve, en cette circonstance, d'un courage et d'un abnégation que le désintéressement le plus pur ne saurait surpasser.

A l'heure qu'il est, il est généralement admis que ses talents et ses services n'ont pas reçu l'occasion de donner tout le rendement possible ; puisqu'il est inouï qu'un ministre soit resté huit années simple secrétaire d'Etat, c'est-à-dire avec un portefeuille qui ne possède pas de patronage. Dans notre système constitutionnel, le patronage est aussi nécessaire à la popularité que l'air est essentiel aux poumons. Généralement un ministre est aimé selon les services ou les faveurs qu'il peut distribuer. Il n'y a pas de doute que

6o LES HOMMEvS DU JOUR

M. Chapleau a dû, comme les autres, éprouver quelquefois les curieuses nécessités de la politique, et, cependant, personne ne l'a jamais entendu murmurer. Le fait est qu'il ne s'est jamais occupé de savoir si son rôle dans le gouvernement était une quantité négligeable ou un facteur essentiel. Le devoir politique l'entraîne comme le pôle attire l'aimant. On l'a vu se jeter dans la mêlée toujours avec la même fougue et le même emportement, gagnant des élections qu'on croyait impossibles, à Montréal-Est, à Richelieu, à Napierreville, et Dieu sait si M. Chapleau est homme d'élections. C'est là que se révèle cette combinaison de facultés où il y a de tout, puissance de travail, fécondité de l'esprit, fermeté et vSouplesse, talent de fascination, activité incessante, nature de fer qui s'amuse à travers les nuits blanches, les orages, le froid, les routes rocailleuses, les dangers, comme l'alcyon dans la tempête; et, avec cela, la rapidité des décisions, la mémoire des détails plus importante encore que la conception de l'ensemble. En 1878, il paya de sa personne dans dix-huit comtés, qui furent gagnés. En 188 1, comme premier ministre, il fit le tour de la province, alla dans chaque circonscription, remua les masses par son éloquence et les retint par son talent d'organisation, si bien qu'il remporta tous les comtés où il avait passé, c'est-à-dire 53 sièges sur 65. Aux élections fédérales de 1887, il eut un moment d'hésitation en face de l'impuissance dans laquelle il se trouvait, et qui lui faisait entrevoir le sort de la bataille sous le jour le plus sombre ; et l'on peut voir quel immense prestige il exerçait sur le parti conservateur, qui se trouva par là même paralysé. Le jour où il entra dans la salle de l'Association conservatrice, à Montréal, ce furent un cri frénétique, des transports qui durèrent tout le temps de l'élection. De ce moment, pas un conservateur n'eut plus le moindre doute sur le succès, et, de fait, M. Chapleau reprit tous les comtés perdus six mois auparavant dans les élections provinciales. A cette longue énumération de brillantes et solides qualités, nous devons en ajouter une, non moins importante, mais qu'on sera surpris de trouver dans cette nature d'artiste, car cette dernière spécialité est toute de prose et de terre-à-terre. M. Chapleau est homme d'affaires. Il parlera opérations financières comme un économiste, banque comme un caissier, petites épargnes comme un simple rentier, exploitation de chemins de fer comme un président ; et

J. A. CHAPLEAU Ol

tout cela, non pas sur théories et par visions, mais de la façon la plus pratiquement orthodoxe, minutieuse et prévoyante. Aussi la Banque d'épargne, placée si haut dans le monde de la finance, n'a rien perdu pour se l'être adjoint comme directeur, pas plus que les banquiers français ne trouvent qu'ils ont fait une mauvaise aifaire lorsqu'ils l'ont nommé président canadien du Crédit-foncier.

L'honorable M. Chapleau a le talent de combiner l'agréable avec l'utile. Mais quoiqu'il ne repousse jamais l'occasion de prendre un légitime délassement, il est un des hommes les plus travaillants du pays. Après les longues heures de son bureau, où il est très assidu, après les séances fatigantes du Conseil privé, il passe les veillées et les nuits à travailler chez lui. Pas un homme ne tourne une lettre comme lui, tant au point de vue du style, qui est toujours parfait et élégant, qu'au point de vue de la verve et de l'esprit, qui y abondent. Il possède la faculté qu'avait Sir Georges Cartier de connaître à peu près tous les chefs conservateurs des villes et des paroisses, et de se rappeler les petits incidents ou les petites ambitions qui les concernent personnellement. Il ne perd jamais une occasion d'y faire allusion, et, selon le moment et les possibilités, de rencontrer les vues des intéressés.

Une autre qualité fort admirée chez lui est l'absence de toute rancune. Il a donné assez de coups dans sa vie pour n'être pas surpris d'en recevoir en retour. Il a été quelquefois abandonné, trahi par des amis, menacé par d'autres, trompé, joué, insulté. Il supporte ces revers et ces douleurs avec dignité ; mais il ne laisse jamais passer une chance d'opérer un rapprochement quand les circonstances le rendent honorable. Aussi ses amis le reconnaissent bien. Il peut les malmener, les rudoyer, leur refuser les services demandés même d'une manière indue, les négliger, les chagriner peut-être par des remarques trop vives ; mais la première minute de mauvaise humeur passée, il ne peuvent s'empêcher de lui dire qu'ils l'aiment trop pour lui en vouloir. Cette indulgence remonte à sa sincérité dont personne ne doute. On sait que s'il pêche, ce n'est que par excès de franchise ; et en réalité ce petit péché est une très grande qualité essentielle à un meneur d'hommes. C'est pour tout cela que M. Chapleau peut se glorifier d'avoir un entourage d'élite, fidèle, dévoué, solide et remarquablement intelligent.

L'honorable M. Chapleau est un tacticien parlementaire hors ligne. Du temps qu'il avait la responsabilité du parti conservateur à Québec, jamais un adversaire n'a pu lui tenir tête, pas même un homme de la force de l'honorable M. Irvine, dont je ne puis oublier le mot spirituel, lorsque M. Chapleau quitta la chambre de Québec en 1882 : — " Du moment que Chapleau s'en va, je ne vois plus ce que j'ai à faire ici." Le fait est que durant sa lutte contre le gouvernement Joly et comme premier ministre à Québec, il a déployé les plus puissantes qualités de l'homme d'État. Il a été actif, ferme, prévoyant, plein de ressources dans l'attaque comme pour la défense, et son dossier y est resté inattaquable. Il poussait les affaires avec force, parce qu'il comprenait vite et voyait juste. Un mot suffisait pour le mettre au courant d'un projet, d'une enterprise ou d'une dispute, et il tranchait immédiatement avec un coup d'oeil qui lui a mérité de ne pas avoir laissé une faute administrative derrière lui. Ses partisans l'adoraient ; et cependant il ne les flattait jamais, car il a toujours détesté les cajoleries ; et quoi qu'il fût parfois obsédé de suppliques, il n'eut jamais de faiblesses même pour ceux qu'il aimait le mieux. Il savait refuser sans blesser.

Singulier mélange de contradictions apparentes ! Cet homme, si bon dans les choses essentielles, a quelquefois, dans le commerce de la vie, des rudesses enfantines. Sur une discussion indifierente, dans ces mille bagatelles de la conversation usuelle, il aura, pour son meilleur compagnon de table, de promenade ou de causerie, des mots coupants comme un taillant. Affaire de plaisanterie dont il ne s'apercevra même pas, car, l'instant d'après, le propos le plus personnellement aimable enlèvera complètement ce feu du rasoir. Le fait est qu'il épuiserait toutes les ressources de son bon cœur pour consoler un partisan froissé, pour rassurer un timide, pour soutenir un ami qui a besoin de sympathie et d'encouragement, pour éviter une peine ou un ennui à l'un des siens. Si on lui dispute les cinq centins auxquels il a droit, il réclamera avec la solennité et l'acharnement d'un avare auquel on enlèverait mille dollars. Parcimonie alors, nous direz- vous ! Vous n'y êtes pas ; droiture d'esprit. Il insiste parce qu'il a droit. Il veut la justice dans toute son étendue pour lui comme pour les autres ; mais soyez sûr que vous recevrez de lui la même mesure qu'il vous applique, si elle n'est pas du

double. Après avoir reconquis les deniers en dispute, il jettera les louis à mains pleines pour n'importe quel propos qui ne sera pas une extravagance ou une sottise ; car, là comme ailleurs, il est large avec jugement et discernement. Voici une élection ; les fonds n'arrivent pas, il n'attend guère. La banque est là, il met vSon crédit à contribution et il part pour la guerre, quitte à se rembourser ou à tout perdre, selon le cas. Les trois quarts du temps, ces avances lui partent de la mémoire, et il n'y a rien de plus curieux que les surprises de banque qu'il éprouve un jour où il se trouve '' soustiré " sans s'y attendre.

Il ne refuse jamais le secours que lui demande une de ses connaissances réellement dans le besoin ; sa fidélité aux amis embrasse tous les genres d'attention ; aide pécuniaire, protection ministérielle et bons égards dans le malheur. De toutes ses qualités, c'est peutêtre l'amitié qui brille en lui avec le plus d'éclat. Il n'oublie jamais, ne délaisse jamais, ne dédaigne jamais. Les camarades de jeunesse qui n'ont pu le suivre dans son vol, retrouvent toujours en lui l'ancien et affable ami. Il les pouSvSe, les encourage et, tout en protégeant son rang et sa dignité, il ne leur retire pas cette familiarité des anciens jours, si précieUvSe pour eux. Ceux de son entourage plus immédiat ont toutes les raisons du monde d'avoir une foi absolue dans son dévouement. Il est pour tout et en tout à la disposition de tous, dans la mesure des choses faisables. Ce n'est pas lui qui vSe tournera contre un ami un jour d'orage. Plus le nuage sera noir et lourd, plus l'impopularité semblera suivre le malheureux, et plus il entrera gaillardement dans la lice pour combattre le duel de son ami et lui reconquérir son bon nom. C'est ce côté chevaleresque de son caractère qui le poussa d'une manière irrésistible à aller défendre Lépine et Lagimodière à Winnipeg.

Au physique, M. Chapleau offre des traits frappants. Il entrerait dans une salle remplie d'inconnus que tout le monde se retournerait pour examiner ce type remarquable. Il a ce je ne sais quoi qui ne ressemble à personne. Ce n'est pas un regard ordinaire, ce n'est pas une tête vulgaire, ce n'est pas une expression qui s'oublie. L'œil offre un indicible mélange de cette douceur inséparable des tons bleus et de cette pénétration qui y fait miroiter comme une pointe métallique. Il n'y a pas à dire, c'est le regard des intelli-

gences privilégiées. La lèvre est mince et d'un dessin d'autant plus parfait qu'il nous semble toujours y voir voltiger un trait d'esprit. Le nez romain, le nez des caractères mâles ; teint pâle, encadré dans une puissante chevelure, noire jadis, maintenant blanche. Le poème est là dans la combinaison de la chevelure et du front, un front sculpté par le ciseau d'un grand maître qui avait besoin de donner un frontispice roj^al à une pensée si magistrale. Dans un mouvement d'éloquence, il est inutile d'essayer à analyser cette physionomie. Il y passe des jeux de lumière, des éclairs qui chatoient comme les rayons de l'aurore boréale sur le fond du ciel gris.

Qu'on dise ou qu'on ne dise pas que j'ai touché au dithyrambe, peu m'importe ; je me sais dans les limites de la vérité. S'il n'était pas difficile de croire aux traits de cette grande personnalité, c'est qu'ils ne seraient pas extraordinaires. Ce qui précède est une photographie ; elle restera telle dans l'histoire.

Mon Dieu ! le temps ne cherche qu'à passer sans se faire sentir de nous. Le Chapleau de 1891 est tellement encore le Chapleau de 1860 qu'il nous semble toujours que ce personnage sans prétention est le jeune homme que nous avons tous connu. On ne songe pas au passé, tant nous avons fort à faire avec le présent. Mais c'est quand on est obligé, comme moi en ce moment, de fureter dans les vieux événements, de faire la revue de trente années bien remplies, qu'on reste confondu devant l'ensemble ! Moi qui ai passé mon existence avec lui, je n'ai peut-être jamais découvert tout ce qu'il était qu'aujourd'hui même où l'on m'a forcé d'y penser. Nous subissons le charme sans nous rendre compte qu'un charme existe. On se laisse aller à l'amitié, au commerce ordinaire du monde, et l'on croit que c'est tout ; que cette amitié, que cette confiance, que ces besoins d'encouragements mutuels passent tout simplement à travers la vie comme l'eau qui coule dans la rivière. Mais il arrive un moment où les réalités s'affirment. Je vous en soumets une très belle, très consolante et très indiscutable.

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