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LE CARDINAL TASCHEREAU

Il y a dans chaque pays des familles privilégiées qui semblent destinées à marcher toujours à la tête de la société.

Cette constance des honneurs s'attachant à un nom n'est pas le produit du hasard ; elle s'explique par une véritable mission que la Providence impose ^i certaines familles, comme à certains indi\ idus, et elle se justifie par la perpétuation du talent et de l'honneur.

Telle est la famille de Son Eminence le cardinal Taschereau, l'une des plus anciennes et des plus haut placées de notre pays.

Le chef de cette famille, au Canada, a été Thomas Jacques Taschereau, oriijinaire de Touraine, qui vint s'établir ici au commencement du dix-huitième siècle, et qui obtint, en i73<i. la concession d'une seigneurie sur les bords de la rivière Chaudière.

R!n 1728, il avait épousé, à Québec, Marie Fleury-d'Eschambault, petite-fille de Jolliel, découvreur du Mississippi.

II 'mourut en 1749, laissant huit enfants qui, à l'exception de

Gabriel-Elzéar, moururent sans postérité ou retournèrent en France.

Ce dernier eut quatre enfants, dont le plus jeune, Jean Thomas,

épousa Marie Panet, tille de l'honorable M. Jean .Antoine Panet,

premier président de la chambre d'assemblée du Canada.

Jean Thomas fut nommé juge, et, après avoir fait honneur au banc judiciaire pendant plusieurs années, il mourut du choléra en 1832.'

Ses deux iils ont ajouté à son nom un éclat dont il n'a pu jouir. L'un est l'honorable Jean Thomas Taschereau, juge en retraite Je la cour suprême, et l'autre est le sujet de cette escjuisse.

Le cardinal Hlzéar .Alexandre Taschereau est né à Sainte-Mariede-la-Beauce, au manoir seigneurial de la famille, le 17 février, 1820. Dès l'âge de huit ans, il entrait au petit séminaire de Québec. .\

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seize ans, après les plus brillants succès, il avait terminé son cours classique, et il partait pour l'iùirope en compai^nic de M. l'abbé Holmes.

C'est à Rome qu'il entra dans l'état ecclésiastique, quand il n'avait encore que dix-sept ans.

On devine quels sentiments un séjour assez prolongée dans la ville des papes dut inspirer au jeune lc\ite, et quels liens puissants se formèrent dès lors entre la sainte Eglise et ce ccfur jeune, pur et plein d'aspirations élevées.

L'illustre abbé Dom Guéranger était alors à Rome et travaillait au rétablissement de l'ordre des Bénédictins en France. Le jeune Taschereau fit sa connaissance, et il voulut entrer dans le nouvel ordre, qui convenait si bien à son goût naturel pour la \ie monastique et pour l'étude.

.Mais Dieu lui réservait d'autres destinées dans sa patrie. M. l'abbé Holmes lui lit ajourner son pieux dessein et le ramena à sa famille, afin qu'il pût la consulter à ce sujet. Les a\is de ses parents et de ses directeurs modifièrent ses projets : il entra au séminaire de Québec ; mais la \ ie qu'il y mena fut bien celle d''.in bénédictin.

Ses études théologiques n'y furent pas moins brillantes que ses études classiques, et, le 10 septembre, icSqj, il fut ordonné prêtre.

A dater de cette époque, sa vie a été de plus en plus intimement liée ;i l'histoire du séminaire de Québec. Ce fut pour lui la maison paternelle, et nul ne poLirrait mieux que lui nous parler de cette famille dont il a été successivement le fils et le père.

Aussi ne sommes-nous pas étonné d'apprendre par son biographe, Mgr. Têtu, qu'il a écrit une longue histoire du séminaire de Québec, encore inédite. Pieux travail, qu'a dû inspirer im double amour, filial et paternel.

Jusqu'à son élévation sur le siège archiépiscopal de Québec, en 1871, il ne s'est jamais éloigné de son cher séminaire que temporairement et pour des raisons graves : — la première fois, pour aller soigner les émigrés irlandais, malades du typhus, à la Grosse-Isle, où il prit la fiève et faillit mourir ; la seconde fois, pour aller étudier le droit canonique à Rome, d où il re\ int avec le diplôme de docteur.

.Au séminaire, il a enseigné tour à tour la rhétorique, la philosophie, le dogme, la morale et le droit canonique. Ceux qui ont été

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