LKS flOMMKS IM \Ol R
drait taire cesser. Heureuse la loi qui n'est que seulement embarrassée par ces amendements inutiles ! car il arrive souvent qu'une loi transformée de cette façon devient danj^ereuse.
Il serait bien insensé, celui qui voudrait décrier ou diminuer l'importance des fonctions de nos législatures provinciales. Elles doivent s'occuper d'intérêts les plus importants qui, comme les questions d'éducation, par exemple, dépassent en importance les sujets sur lesquels le parlement du Canada est appelé à légiférer. Mais qui niera, par exemple, que la loi d'Ontario sur l'instruction publique n'a pas souvent souffert des amendements qu'on lui a fait subir? Kt ce sont ces abus dont on s'est rendu coupable a l'égard de l'instruction publique et des licenses qui ont fait dire au Toro)ito Week, revue admirable : " Ces fautes de l'administration actuelle doivent rappeler " aux électeurs les faiblesses de la nature humaine, même dans son " meilleur état, et leur démontrer combien il est nécessaire d'imposer " un contrôle à l'orgueil, conséquence naturelle d'une trop grande " stabilité dans le pouvoir."
La gloire qui environne le front de M. Mowat, il la doit a lui-même, à son caractère et a sa bonté, et non à son entourage. Cet entourage est des plus mesquins ; qu'on ne se trompe pas sur la portée de mes paroles : je veux parler au point de vue matériel, et non des membres de son cabinet. Ceux-ci, certes, sont tous des hommes honorables et des preuves palpables de la sagesse du choix de M. Mowat. Cependant, on ne peut pas dire qu'il y ait, dans le gouvernement d'Ontario, des hommes extraordinairement remarquables. On peut dire des collègues de M. Mowat ce que l'on a fait observer du premier ministre lui-même, homme d'une habileté de nature a faire briller dans n'importe quel gouvernement : c'est qu'il est regrettable de voir des hommes de grand talent continuera travailler sur un théâtre aussi restreint. Cette remarque s'applique surtout à l'honorable C. F. Fraser, commissaire des travaux publics, dont la place devrait être dans la chambre des communes du Canada, et non dans le conseil exécutif d'Ontario. Mais la majorité des collègues de M. Mowat sont placés au niveau de leur talent et de leur savoir; ce sont des hommes infiniment respectables, chefs des départements pro\inciaux, et bien en état d'exécuter les ordres de leur chef illustre.
Après cette digression, je reviens a la question de l'entourage matériel de M. Mowat, pour dire encore une fois que cet homme
SIK OI.IXKK MOWAT '53
d'Elat illustre doit toute sa gloire j la splendeur de ses talents, et non à son domicile oflficiel. Kn parlant du triomphe de M. Blake sur Sandfield Macdonald, M. Ewan décrivait la chambre législative de Toronto comme une pièce eft'royablement laide. Tout cela est hideux, disgracieux, lézardé, petit, fané, usé : les chambres, les bureaux, les corridors, les édifices en générai, et en particulier les départements de la chambre d'assemblée. C'est ce qui frappe surtout un citoyen d'Ottawa, qni ne peut s'empêcher d'être frappé par la différence immense qu'il y a entre les édifices publics de la capitale fédérale et ceux de Toronto. Vraiment, après ce spectacle, l'œil se repose, ainsi que l'esprit, en voyant les édifices qui s'élèvent dans le Qiiccii's Park de Toronto, et en songeant que, dans un avenir rapproché, le gouvernement et l'assemblée législative d'Ontario seront logés selon, leur importance et leur dignité. C'est une preuve évidente de la valeur et de la grandeur intrinsèque de M. Mowat, qui se manifeste pour quiconque le voit à l'œuvre, en dépit de cet entourage si laid et si mesquin, grâce à la force de son caractère, a l'éminence de ses talents et à sa hauteur de vues. Le premier ministre d'Ontario ne tire aucun éclat de son extérieur ph\ sique. Quiconque l'appellerait un homme de manières disting^uées serait coupable d'une flatterie qui n'offenserait personne plus que .M. Mowat. J'ai un profond respect pour lui, et je suis certain que, si jamais il lit cet article, il ne m'en voudra pas de dire que son génie et ses vertus ne sont nullement mis en reliet par les traits de son visage et sa taille, que je me dispenserai de décrire ; au reste, il sont connus de tous. Mais ce que je désirerais décrire, si je le pouvais, c'est le charme, l'urbanité, l'amabilité de ses manières ; il est impossible de causer clix minutes a\ec lui sans être convaincu qu'on est en présence d'un i^oif/cnuin, ce qui \eut dire beaucoup plus que ne pense la frivolité d'un tas d'individus qui abusent de ce nom. Il n'y a personne dans la \ ie publique, sur ce continent, de plus patient, de plus courtois, de plus aimable en afiaires que M. Mowat, et très peu possèdent au môme degré que lui les qualités admirables que je \ iens d'enumt;rer. Qu'il serait avantageux pour eux-mêmes et pour un public qui souffre depuis longtemps, si certains personnages pleins de suflîsance, aujourd'hui dans la vie publique et qui n'ont jias la centième partie de sa \aleur, pouvaient l'imiter dans sa patience, sa sincérité et sa bonté !
Il a fait beaucoup de bien dans ces hideuses bâtisses du parlement
154 '-I^^ HOMMHS ni' jOTK
à Toronto. 11 faudrait beaucoup plus que l'espace consacré à cettebiog"raphie pour énumerer toutes les excellentes mesures que le premier ministre a fait adopter par l'assemblée législative. 11 suffira de mentionner l'introduction du vote au scrutin secret dans les élections politiques et municipales, cette admirable législation des chemins de fer, son règlement si sage de cette question ardente du fonds d'emprunt municipal. Voilà autant de preuves des bienfaits de sa sage administration. Il ne faut pas oublier la refonte des statuts, œuvre immense, très nécessaire. Les talents du petit premier ministre ont brillé avec éclat devant le comité judiciaire du Conseil privé de l'empire. 11 faudrait être d'un esprit très étroit et très léger pour ne pas reconnaître la grandeur de l'esprit légal qui, au point de vue de M. Mowat. a revendiqué les droits provinciaux dans la question des frontières, celles des rivières et cours d'eaux, et des licenses. Il ne faut pas oublier non plus que le premier ministre d'Ontario a cueilli ses lauriers dans ces différents démêlés en luttant contre tout le pou- \oir, le prestige et les ressources du gouvernement du Canada.
Rarement un gouvernement a dû autant au prestige de son chef que celui d'Ontario. Si l'administration réformiste est restée aussi longtemps au pouvoir à Toronto, elle le doit, sans aucun doute, dans une large mesure, à l'influence du premier ministre ; et un rédacteur d'un des journaux de Toronto ne nous disait que l'absolue vérité, quand il écrixait ce qui suit, après la dernière victoire du gouvernement Mowat-Fraser aux élections générales de iSqo :
" Pour nous résumer," disait-il, "le triomphe du gouvernement " pent être considéré comme la récompense de sa bonne conduite et " de sa bonne administration, et aussi, dans une largue mesure, il est " dû à la valeur personnelle du premier ministre. De nos jours, alors " que les scandales politiques sont si communs, l'honnêteté officielle " si rare, ce n'est pas un mince éloge que de dire d'un cabinet que, " après plusieurs années de pouvoir, il est impossible de faire peser " sur lui des accusations de corruption dans la région du pouvoir.'
Comme orateur, on ne peut pas le faire entrer en ligne de comparaison avec Blake, Laurier, Chapleau ou Thompson, Sa voix, sa taille, son tempérament sont contre lui, et il n'a pas de prétentions de ce côté-là. 11 ne vise pas a la réputation d'orateur. Mais ce qu'il dit est toujours marqué au coin de la logique, du bon sens et de la force. Comme dcbatcr, il est inférieur a MM. Fraser. Ross ou Mère-
siK (.ii.i\r;R MowAT 155
dith ; mais, grâce à sa position, à son caractrère et a son prestig^e, il est toujours écouté religieusement, comme le mcrite intrinsèque et l'excellence de ses idées l'exigent. M. Mowat a élevé la voix dans bien des endroits et dans différentes positions. Pendant deux ans, il a été membre du conseil de ville de Toronto. 11 ne faut pas l'éloquence d'un Cicéron pour parler dans les conseils municipaux, et il est inutile de s'étendre spécialement sur cette phase de la carrière de notre homme éminent. Mais, là comme ailleurs, ses excellentes qualités, qui font la base de sa grandeur, se rmanifestérent d'une façon évidente : il brilla autant sur ce théâtre restreint que, depuis, dans l'assemblée provinciale. M. Mowat a été aussi président de l'institut canadien de Toronto ; pendant vingt ans, il a occupé la même position dans l'alliance évangélique d'Ontario.
• Ce qui est plus important à noter, c'est que le premier ministre d'Ontario a été l'un des pères de la confédération. Il a pris part a la conférence de Québec, en 1864. Mais, de même que Shakespeare jette dans l'ombre tous les autres grands dramaturges de son siècle, de même la gloire de Sir John dans Tœuxre de l'établissement de la nou\ . Ile puissance a éclipsé le mérite, quelque éminent qu'il tût, de tous ses autres collaborateurs. M. Mowat vivra dans l'histoire comme chef d'une province ; Sir John appartient à l'axenir comme chef de la confédération. L'un est d'argent ; l'autre, d'or. L'un est la lune ; l'autre, le soleil. L'un fait la gloire d'une province ; l'autre, la gloire d'une nation. Et la Providence les a bénis tous les deux, comme chefs de leurs centres respectifs, avec une surabondance de succès et d'honneurs dépassant ce que pouxait espérer la plus grande ambition.
M. Mowat s'est essayé dans l'art d'écrire, et sa dernière œuvre a pour titre : Evidences of Christian ih\ espèce d'homélie presbytérienne, comme on la appelée, non sans à-propos. C'est un discours qu'il a prononcé jadis devant une société évangéliste à WoodstocU, et il 1 a publié à la demande de cette société. Je ne crois pas que la gloire de M. Mowat reçoive un nouvel éclat de cette publication ; ce qu'il y a de plus agréable dans cette œuvre, c'est la preuve que .NL Mowat est un chrétien sincère et est fier de faire connaître sa foi. A part cela, les Evidences of C/irisiitiui/v n'ont pas un mérite extraordinaire. Rien d'original dans ce discours, rien qui n'ait été dit maintes et maintes fois avec autant d'éloquence, à l'église et ailleurs, par des hommes
Ï56 I-ES HO.MMKS OL" JOLK
•qui étaient les cjj^aux du premier ministre d'Ontario. L'n i^rand défaut dans ce discours, qui a la prétention de fournir des preuves du christianisme, et qui énumére les différentes relit^ions, consiste dans l'omission complète du nom de réi,''lise catholique qui, seule, a conservé pendant seize siècles la preuve du christianisme. C'est pourquoi il me semble qu'il n'est pas plus juste de publier " les preuves du christianisme " sans mentionner le nom de la grande église chrétienne, ■qu'il ne le serait de publier une critique de Macbeth sans mentionner \e nom de l'usurpateur de la couronne de Duncan.
M. Mowat a été bien plus heureux dans sa \ie de famille que dans sa carrière d'auteur. Il a épouse, en 1846, Miss Jane Ewart, hlle •cadette de feu John Ewart, de Toronto. Des six enfants nés de ce mariage, cinq survi\ ent, deux fils et trois filles. Madame Mowat •est une femme de grand mérite et une chrétienne sincère. Elle a •trouvé le bonheur dans sa longue carrière de déxouement à son mari et à ses enfants.
Quand j'ai commencé cette étude, il y a quelques jours, .Sir John A. Macdonald, touché par le doigt de Dieu, achevait, à Earnscliffe, sa longue carrière de gloire. Maintenant il repose en paix au milieu des plus grands honneurs. Dans un jour ou deux, tout ce qui est mortel du premier ministre du Canada descendra dans la tombe ; non-seulement ses parents et ses amis personnels les plus chers, mais ■ses adversaires politiques, qui peu\-ent se vanter d'avoir de la magna- •nimité et de pouvoir oublier les luttes de la politique, l'accompagneront jusqu'à sa dernière demeure. Il y aura sur le bord de cette fosse ■peu d'amis plus sincères, peu d'adversaires plus honorables, peu d'hommes plus grands et meilleurs, et certainement aucun homme ■d'Etat plus heureux qu'Olixer Mowat, auquel nous faisons du fond du cœur le souhait : (u/ nutltos (innos.