‹ Les Hommes du jourChapitre 30 sur 46 · WM. CORNELIUS VAN HORXE · texte numérisé non relu

WM. CORNELIUS VAN HORXE

la locomotive, il s'écria : " Ça ! c'est le chant de mort du sauvage ! "

Avant le temps fixé par le parlement, le chemin était terminé. On avait réalisé le rêve glorieux d'un chemin de fer transcontinental canadien et, ds ce jour-là jusqu'à celui-ci, la compagnie a continué de fonctionner, ne rencontrant que des succès dans ses opérations, jusqu'à ce que, maintenant, ses bras vont s'étendant de Montréal vers l'est jusqu'aux rivages de l'Europe et vers l'ouest jusqu'aux grèves de corail des Indes, enserrant les deux tiers de la surface du globe et révélant à l'imagination ravie un avenir qui dépasse autant les prévisions que les triomphes et les gloires de la civilisation.

L'âme de cette merveilleuse organisation, l'homme dont l'esprit anime son activité et impose un caractère parfait de fonctionnement dans toutes ses ramifications, de qui l'on peut dire que, même dans ses rêves, il s'occupe d'agrandir encore la merveilleuse destinée de son œuvre, c'est M. Van Horne, qui, de pauvre enfant sans protecteur, s'est élevé à l'éminente position qvril occupe par la seule force de son génie. Quand lord Mount-Stephens ab;mdonna la présidence de la compagnie, M. Van Horne fut élu à sa place et il a continué, depuis, à remplir les fonctions de président et de gérant général.

Quel portrait ferai-je de lui ? Sachant parfaitement combien il a en horreur ce qu'il appelle "notice nécrologique avant la mort," je sens combien délicate est ma tâche. La définition qu'il a donnée de lui-même: "un homme d'aff"aircs tout d'une pièce," et que j'ai déjà citée, est assez exacte dans un sens, mais elle manque de ce développement requis dans une étude biographique. Homme d'affaires, il l'est certainement ; mais il domine les autres hommes d'affaires autant que le Mont-Blanc s"élève au-dessus des autres pics des Alpes de moindre grandeur. " Autant qu'il m'en souvienne, ma vie n'offre rien autre chose," me disait-il un jour, " qu'un travail ardu."

Ceci nous donne la clef de ses succès. Un grand philosophe a dit que le génie n'est autre chose qu'une grande force de travail, et M. Van Horne est une démonstration vivante de la vérité de cette assertion. Ce fut par le travail, honnêtement et fidèlement accompli, qu'il mérita ses premières distinctions. Ne ressemblant pas à ces jeunes gens qui caressent de grandes ;'.:7ibitions, mais oublient que ce n'est que par un labeur constant et une attention assidue aux devoirs a remplir qu'on arrive à tout ce qui mérite d'être acquis ici-bas, il sut se rendre digne d'avancement par un travail des plus consciencieux. Ij

faut, naturellement, lui tenir compte aussi de ses aptitudes naturelles ; mais, comme John Stuart Mill, il nie l'idce de supériorité personnelle innée, et croit que tout homme doué de qualités ordinaires peut aussi bien réussir, à condition qu'il en prenne la peine. Une semblable modestie se remarque souvent chez les i^rands hommes, car, ainsi que Hazlit en a fait l'obserxation, il n'y eut jamais de g'rands hommes qui se crussent grands. Si, pourtant, comme l'a dit Mercier, le grand homme est celui qui ne perd jamais son cœur d'enfant, alors voilà l'homme dont la carrière nous paraît dig'ne d'être dénommée g'rande.

Les affaires relatives aux voies ferrées sont cependant celles qui mettent en activité les facultés les plus puissantes de l'application aux affaires qui concernent chacun et sont comprises de tous. En vérité, l'on peut dire que les transactions d'affaires, les plaisirs, le bien-être et même le confort de chacun dépendent aujourd'hui beaucoup de la sagfesse qui préside à la direction des chemins de fer. Ceux-ci sont entrés si intimement dans notre vie de chaque iour, que les gfens ne cessent de penser de combien ils leur sont redevables. Mais là où ils réalisent bien cette vérité, c'est lorsque quelque grand désastre vient arrêter le courant ordinaire du trafic. A côté du labeur constant que nécessite la direction de ce vaste courant du trafic, les gérants de chemins de fer doivent se tenir en tout temps prêts à la guerre. C'est a dessein que je me sers du mot : guerre ; car la compétition entre eux, c'est la guerre, et souvent la guerre à coups de couteau. En même temps, il leur faut être sur leurs gardes contre les fraudes de toutes sortes, au-dedans et au-dehors. Aussi la loi a-t-elle dû composer tout un nouveau code à cause de tant de réseaux de voies ferrées différentes.

Quand un chemin de fer fonctionne depuis longtemps, tous les détails de son organisation sont concentrés dans un système précis, et il est comparativement facile à un homme d'expérience dans la direction des chemins de fer d'en assumer la gérance. Bien différente était la condition du chemin de fer du Pacifique Canadien, quand M. Van Horne en prit la direction générale.

Il avait à déterminer la route à suivre pour une partie considérable de la voie, à en surveiller la construction, à en organiser tous les départements, à choisir les hommes qui en prendraient la direction, en un mot à en créer toute l'organisation et à la mettre en mouvement. La manière dont il accomplit cette tâche herculéenne et le succès

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