‹ Les Hommes du jourChapitre 29 sur 46 · WM. CORNELIUS VAN HORNIÎ · texte numérisé non relu

WM. CORNELIUS VAN HORNIÎ

ment dans le voisinage de "Dean Inlet." Mais le tracé de la voie ferrée si loin au nord, à l'époque dont je traite, ne convenait pas à la population de la Colombie Britannique. Pour eux, placés qu'ils étaient à l'extcémité sud de la province, principalement sur l'île Vancouver et près de l'embouchure de la rivière Fraser, ce chemin paraissait avoir aussi peu de valeur que s'il eût conduit à la lune. M. Mackenzie arrêta donc son choix sur la route qui traversait les plaines au passage de la Tête-Jaune et, de là, en bas de la vallée de la rivière Fraser, à Barrard Jnlet. Le gouvernement Macdonald n'avait tenté d'apporter aucun changement à cette route.

Telle était la situation, quand M. Van Horne prit en mains la direction du chemin de fer du Pacifique Canadien.

Un coup d'oeil sur la carte montrera que la route mentionnée décrivait une immense courbe, qui entraînait, non-seulement d'énormes frais de construction, mais aussi une longueur inutile de montée à travers les montagnes. La voie par les plaines au nord de la Saskatchewan entraînerait aussi plus de frais de construction, à cause des vallées nombreuses et profondes qu'il lui faudrait traverser. .Afin d'éviter ces obstacles et ces désavantages, M. Van Horne fit appel à toute son énergie pour trouver un passage, si la chose était possible, plus au sud à travers les montagnes.

En ce temps-h\, il y avait une grande poussée de spéculateurs et de chercheurs de terrains dans le territoire, tous désireux d'établir des droits de réclamation d''établissement aux endroits qui leur paraissaient devoir être le site de villes futures sur le parcours du chemin. M. Van Horne, dans ses courses à travers les prairies, suivant la mode primitive du pays, avait souvent été ennuyé par les rassemblements que formaient ces gens-là. On rapporte qu'un jour qu'il avait été plus assommé que d'habitude par ini quémandeur acharné qui voulait savoir '" où passerait le chemin " et "quand les ingénieurs feraient le tracé de la voie," il leur répondit : " La trace de mon hiickbord sera celle de la ligne du chemin de fer. Surveillez ça, vous autres ! "

Cette anecdote peint l'homme. M. Mackenzie, avec la prudence naturelle à l'Ecossais et le flair des responsabilités si sérieuses qu il encourait, était anxieux d'avoir une exploration faite aussi complète que possible de toute la voie, même une exploration avec des instruments. Mais M. \"an Ih^rne, avec l'ifil d'un constructeur de che

mins de fer parfaitement au fait de sa besogne et un esprit d'observation qui pouvait embrasser d'un coup d'œil tout le panorama d'un pays a\ ec tous ses détails topographiques et les possibilités d'y consstruire un chemin de fer, choisit la meilleure route a\ec im infaillible instinct. Le résultat de la recherche d'un passage à travers les montagnes Rocheuses, qui couperait court à l'immense courbe mentionnée plus haut, fut la découverte d'une voie très praticable par le passage du Cheval-Qui-Rue. Le changement fut décidé et annoncé au parlement par sir Charles Tupper dans la session de i88j.

En conséquence, on poussa la construction du chemin de fer et son complètement avec une énergie et une rapidité qui émerveillèrent le monde. On n'avait jamais rien vu de pareil auparavant, même aux Etats-L'nis, celte terre des entreprises gigantesques. Les obstacles formidables dont j'ai parlé ci-dessus disparurent, comme les épouvantails des contes fantastiques, devant la poussée irrésistible du chemin de fer, dérigée par la volonté indomptable de l'homme dans le brillant esprit de qui le mot insuccès n'existait point.

Le chemin était encore loin d'être complété, quand la rébellion éclata sur la Saskatchewan, en 1885. C'est alors que les capacités de M. Van Horne et de ses subordonnés furent le plus sévèrement mises à l'épreuve. Sans préparation pour faire face à cet événement imprévu, il leur fallut pourvoir au transport des troupes et des provisions pendant la saison la plus difficile de l'année, alors que survenait la débâcle des glaces, sur un chemin construit par tronçons et à travers un pavs dont la majeure partie pouvait être appelée une solitude peuplée de bêtes fauves. L'expédition à la rivière Rouge commandée par le général Wolseley fut un pique-nique d'été en comparaison de celle de la Saskatchewan. Mais M. Van Horne était à la hauteur de la situation ; il était une image vivante de l'idée de Milton :

" Le zèle ni le devoir ne sont lents ; " Mais quelquefois la hardiesse ne sert à rien."

Lui conduisit les troupes et leurs munitions à destination, et la renommée que le chemin de fer acquit par sa manière de faire le service qu'on en attendait lui éleva un piédestal dans l'estime du monde, qui célébra sa gloire et la réputation de ses directeurs.

L'histoire subséquente des progrès du chemin mérite une place dans les contes féeriques de la science. Lorsque Pied-de-Corbeau, chef des Pieds-Xoirs, entouré de ses braves, entendit le sifflement de

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