LES HOMMES DU JGUR
serions curieux de savoir si ceux mêmes qui lui reprochent d’aimer trop la paix ne lui reprocheraient pas de l'avoir troublée.
Quoi qu'il en soit, le cardinal Taschereau a connu tous les mécontentements que soulèvent toujours les débats irritants, et il a fait la cruelle expérience de cette parole de saint Jean Chrysostôme : “L'évêque est exposé aux langues de tous.” Il a été ardemment critiqué, accusé, calomnié. A une certaine époque, qui n'est pas encore bien éloignée, ses adversaires ont mêrne répandu le bruit qu'il appartenait à la franc-maçonnerie, et je me souviens d’avoir rencontré à Rome, en 1834, un journaliste catholique qui en paraissait convaincu.
Grâce à Dieu, personne n’est tenté aujourd'hui d'ajouter foi à cette sotte calomnie,
Il est permis à ses adversaires de croire que, dans certaines circonstances difficiles, notre éminent prélat a pu se tromper, #wmanum est errare ; et je suis moi-même de ceux qui ont cru que certaines luttes auraient pu être conduites autrement. Peut-être aussi aurait-il pu, avec plus de souplesse et d'attraction sympathique dans Îles rapports sociaux, aplanir certaines difficultés et prévenir des débats regrettables. Mais on ne saurait avoir toutes les qualités, et le tempérament n'est pas toujours un instrument docile de la volonté.
Dans tous les cas, nous sommes convaincu qu'il a toujours cru agir pour le plus grand bien de son Église, et que, dans tous ses combats, il n'a jamais connu d'autre mot d'ordre que celui-ci : ‘© Pro Deo et patrià.”
Ce mot d'ordre, il l’a, un jour, développé en citant les paroles du célèbre docteur Brownson, qui a dit: ‘‘ Pro patriâ quia pro Deo, et pro Deo quia pro patriä.” Toute sa carrière épiscopale a été le commentaire de ces belles paroles.
On ne saurait nier au cardinal Taschereau les plus remarquables qualités de l'esprit et du cœur. Son jugement est droit et apprécie
toutes choses avec calme et modération. De persévérantes études.
ont développé ses éminentes facultés et lui ont donné la science.
Convaincu que l’évêque doit être la lumière de son église, il à tou-.
jours aimé les livres. et l'étude absorbe encore une large part de son temps.
A sa droiture d'intelligence vient s'ajouter un esprit de justice bien équilibré.
Il sait allier la charité au zèle apostolique, et, quand il se décide:
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à censurer, il le fait avec mesure et modération. En même temps, toutes les œuvres utiles et qui peuvent servir la religion et la patrie peuvent compter sur son CONCOUrs. Quand sa présence est requise pour rehausser l'éclat d'une démonstration, soit religieuse, soit patriotique, il se met toujours à la disposition des organisateur:, et il se prodigue avec un dévouement et une activité qui étonnent dans un homme de son âge. :
I n'est pas un orateur ; mais il parle avec simplicité et correction, et jamaïs pour ne rien dire.
Il écrit avec une rare pureté, sans recherche, sans viser à l'effet, mais avec goût et avec une connaissance parfaite de sa langue. Plusieurs de ses mandements et de ses lettres pastorales sont extrèmement remarquables. Le style en est clair, précis, correct, propre à ce genre de littérature, et révèle, en même temps, le docteur nourri des saintes écritures.
Mais ce qui fait la force des hommes d'Eglise, c'est la vertu; et, si les hommes d'État voulaient bien essayer d'acquérir cette force-là, ils se convaincraient bientôt qu'elle pourrait s'ippléer à l'intrigue et mênic à l'argent.
On ne se fait pas, dans le monde, une idée exacte de ce pouvoir souverain que la vertu exerce. Mais le saint roi David, qui avait une grande expérience de la vie et une profonde connaissance des choses divines et humaines, paraît avoir mesuré toute la puissance de la vertu ; et il chanté cette puissance dans un psaume admirable :
« Quis ascendet in montem Domini? Qui gravira la montagne du Seigneur ?*’ se demande-t-il. Et il répond: ‘*Zrnocens mantbus et mundo corde, celui dont les mains sont innocentes et dont le cœur est pur.” Et, plus loin, le saint prophète ajoute : ‘* Telle est la génération de ceux qui cherchent le Seigneur Dieu. . . . . ;
‘“ Élevez vos portes, Ô princes ; et vous, élevez-vous, portes éternelles, et le Roi de gloire entrera: Afollite portas, principes, veséras, et elevamini, portæ æternales : et introibit Rex gloriæ.”
Mais les portes éternelles ne s’ouvrent pas sans que les titres de ce Roi de gloire soient proclamés ; et c'est la voix des célestes phalanges, sans doute, qui interroge :
‘+ Quis est iste Rex gloriæ ? Quel est ce Roi de gloire * ”
Et d'autres répondent : ‘ Dominus fortis el potens, Dominus po-
re rt mr em rm an mener eme éme
tens in prælio. C'est le Seigneur fort et puissant, le Seigneur puissant dans la bataille. Élevez vos portes, Ô princes ; élevez-vous, portes éternelles, et le Roi de gloire entrera.”
Mais les portes éternelles ne s'ouvrent pas encore, et la voix interrogatrice reprend :
‘€ Quis estiiste Rex glorie ? Quel est ce Roi de gloire?’ La voix semble dire qu'il ne suffit pas d’être le Seigneur fort ‘et puissant, et qu'il lui faut un autre titre pour que les portes éternelles s'élèvent devant lui.
Alors la voix mystérieuse répond :
‘* Le Roi de gloire, c’est le Seigneur même des vertus, Dominus virtutum, ipse est Rex gloriæ !”
La vertu! Voilà donc le vrai titre de gloire, le titre qui commande l'admiration et auquel rien ne résiste, ie mot tout-puissant devant lequel toutes les portes doivent s'ouvrir!
C'est le titre principal de notre vénéré archevèque ; c'est ce.ui qui lui a apporté la gloire et les honneurs, et qui lui a mérité les plus hautes dignités.
[11 Le portrait que nous venons d'esquisser ne serait pas complet,
si nous ne consacrions pas encore quelques pages aux œuvres pastorales de notre éminent prélat. Elles forment une collection considérable, et sont, en quelque sorte, l’histoire documentaire de vingt années d’épiscopat. Nous avons sous les veux les deux forts volumes in-8 qui les contiennent, et l'on se ferait difficilement une idée de la variété et du nombre des sujets qui y sont traités.
Il en est plusieurs qui ne touchent qu'à la rubrique, aux règles disciplinaires et à l’administration des églises et des fabriques: Mais un grand nombre abordent des questions d'un intérêt beaucoup plus général, et pourraient être lues avec profit par les laïques, aussi bien que par les prêtres.
Le zèle du pasteur ne s'exerce pas uniquement dans les œuvres de pi té qu'il faut éablir, organiser 2t maintenir, dans les institutions de charité et les maisons d'éducation qu'il convient de fonder et de soutenir. Il ne s'arrête pas seulement aux fêtes à célébrer, aux anniversaires à commémorer, aux bulles et encycliques à promulguer. L'œil vigilant du père et du chef spirituel embrasse tous
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