‹ Les hommes du jour [microforme]Chapitre 5 sur 5 · PR · texte numérisé non relu

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LE CARDINAL TASCHEREZU 141

les intérêts religieux, sociaux et même purement matériels de ses enfants.

Tantôt sa parole leur enseigne la vraie doctrine sur l:s rapports de l'Eglise avec l'État, et les prémunit contre les erreurs de l’incré dulité et du libéralisme. Tantôt elle s'élève contre l’intempérance, le luxe, l'émigration aux États-Unis, la corruption électorale, les luttes acrimonieuses et les dissentions intestines. Elle prèche la conciliation et la paix, l’union des prêtres entre eux et avec leurs évêques. ,

Un jour, elle dénonce les sociétés secrètes, la franc-maçonnerie et toutes les organisations occultes qui ruinent la liberté du travail et suscitent la haine entre patrons et ouvriers. Un autre jour, elle enseigne aux électeurs leurs devoirs pendant les élections, définit les droits et le rôle du clergé, expose les besoins du moment, dissipe les obscurités, éclaircit les doutes, et trace même aux députés des règles conformes à l’enseignement de l'Eglise et aux véritables intérêts du peuple.

Quand une loi inique est votée, quand une sentence judiciaire blesse les droits et la liberté de l'Eglise, sa voix s'élève encore et réclame justice. Quand un journal attaque la religion ou méprise ses ministres, quand une compagnie dramatique joue des pièces obscènes, elle se fait entendre de nouveau pour condamner et proscrire.

En même temps, un patriotisme éclairé inspire et stimule son zèle apostolique ; et il ne donne pas seulement ses soins à la propagation de la foi, mais il encourage, recommande et favorise par tous Îles moyens à sa disposition la colonisation de son pays et l'expansion de sa race.

J'ai été particulièrement heureux, en feuilletant le cinquième volume de la collection des Mandements des Evêques de Québec, d'y trouver une circulaire privée au clergé, relative à la colonisation de la province de Manitoba.

Quand j'ai visité cette province, en septembre, 1889, j'ai regretté profondément que nos compatriotes, au lieu d'émigrer aux Etats- Unis, ne se fussent pas dirigés vers l'Ouest canadien et ne se fussent pas emparés de ces magnifiques et fertiles contrées. Cela me semblait un malheur au point de vue national, et je me demandais si nos évêques avaient jamais fait quelque tentative pour établir ce courant d'émigration vers l'Ouest. J'ignorais ou j'avais oublié cette patrioti-

que circulaire qui remonte à vingt ans, (23 octobre, 1871), et qui contient un éloquent appel aux Canadiens, signé par tous nos évêques, y compris l'archevêque actuel de Saint-Boniface.

Après avoir déploré en termes émus la tendance de nos compatriotes à déserter le foyer domestique et la terre natale pour aller demander à la prospérité de nos voisins un bien-être qu'il semble pourtant possible de trouver ici, nos évêques prient le clergé de s'efforcer de les retenir dans les différentes provinces de la confédération, et ils ajoutent :

‘ Notre jeune pays n'est pas renfermé dans des limites assez étroites pour qu'il soit nécessaire de l’abandonner. Plus que jamais, d'immenses étendues de terrain s'offrent à notre population dans les limites mêmes de la patrie. L’acquisition du Nord-Ouest, la création de la province de Manitoba offrent un avantage réel à ceux qui naiment pas le défrichement des terrains boisés et qui pourtant voudraient s'éloigner de la paroisse qu'ils habitent. Il n'est pas nécessaire de passer la frontière canadienne pour trouver les riches prairies de l'Ouest.

‘{ Par cette émigration d’un genre nouveau, nos compatriotes ne se sépareront pas de nous ; ils resteront Canadiens, soumis à nos institutions religieuses et civiles, dans un milieu où leur foi ne sera pas exposée, où, au contraire, ils aideront à faire luire ce divin flambeau au milieu des vastes déserts de l'Ouest, qui n’ont été découverts par nos pères que dans une pensée toute de foi.”

Hélas ! Cet appel national, où percent des vues prophétiques, est malheureusement resté sans écho ; et Manitoba, qui aurait pu devenir une province française, est aujourd'hui une province d'où le français est proscrit !

Nous croyons que, dans cette lettre collective, c’est notre archevêque qui tenait la plume, et nous l’en félicitons. En même temps, il nous fait plaisir d'y trouver la preuve qu'on à calomnié Mer. l'archevêque de Saint-Boniface, quand on l’a représenté comme opposé à l'émigration vers l'Ouest. En 1871, il n'y avait encore qu’une espérance lointaine de la construction du chemin de fer du Pacifique, que plusieurs regardaient même comme un rêve impossible, et cependant, (on le voit ar cette circulaire), Mgr. Taché travaillait dès lors à attirer nos compatriotes au Manitoba.

Si l’espace réservé à ce travail n’était pas limité, nous pourrions

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citer encore bien des pages intéressantes des œuvres pastorales de

notre illustre prélat. On y trouverait de précieux enseignements sur diverses questions politiques et sociales, sur le rôle du clergé dans les élections, sur les mariages mixtes et sur l'éducation.

C’est une heureuse idée qu'on a eue de publier cette collection d'œuvres des évêques de Québec. Nos futurs historiens y devront e source pure ; et, quand Son Eminence entrera

on pourra détacher de ces volumes de nouveaux fleu-

puiser comme dans un .dans l’histoire, ,rons pour former sa couronne.

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