‹ Les hommes du jour [microforme] (volume 2)Chapitre 2 sur 6 · L. KR. MASSON · texte numérisé non relu

L. KR. MASSON

des études sérieuses, il remit à quelques années son entrée dans la vie publique. Comme rien n'aide autant à comprendre et À aimer les institutions de son pays que l'étude des institutions étrangères, grâce aux comparaisons qui surgissent naturellement, M. Masson entreprit, en compagnie de l'abbé Desaulniers, un voyage à travers l’Europe. Quel avantage ne dut-il pas retirer de la vie en commun avec ce savant, ce philosophe, cet éducateur comme notre pays en a si peu produit st qui a laissé son empreinte sur l'intelligence de tant de ieunes gens, aujourd’hui au premier rang de la magistrature et de la politique ! La France, l'Italie, l'Espagne plongent tour à tour nos voyageurs dans l'admiration. C'était un véritable bonheur pour le plus jeune des deux d’entendre son compagnon faire revivre l’histoire, en face des monuments témoins de ses grandes ou terribles scènes, évoquer les souvenirs de Charles Ier à Whitehall, de Louis XIV à Versailles et aux Tuileries, et de Philippe II à l'Escurial.

C'était un ' oyage d'agrément autant que d’étude ; M. Masson prenait des nctes partout et sur tout. Nous ne connaissons que des fragments de sa relation du pays du Cid publiés dans la Revue Canadienne de 1866 à 1871. Cette échappée de vues sur son carnet nous fait regretter que M. Masson ait gardé pour lui-même le reste de ses observations. Le lecteur partagera nos regrets lorsqu'il aura lu les quelques lignes que nous citons de son Voyage en Espagne, le premier qui ait été écrit par un Canadien-Français.

M. Masson, après avoir jeté un coup d’œil d'ensemble sur Madrid, arrive aux arènes, au théâtre des combats de taureaux :

‘‘ Les arènes n'ont absolument rien de remarquable: c’est un vaste cirque permanent, entouré de gradins à peu près comme les amphithéâtres anciens, et pouvant contenir près de 13.000 personnes.

‘ Là se livrent ces fameux combats de taureaux, reste de coutumes barbares introduites en Espagne par les Romains, les combats des arènes, Comme pour leurs devanciers, le cri: panem et circenses est plus qu’une passion ; c’est une nécessité : le roi sur son trône, le mendiant dans sa cahute, l’homme le plus dur, le plus cruel, et la jeune senora sortant de la pension, en éprouvent un besoin également irrésistible, et regardent cette boucherie, non-seuic=2nt sans frémir, mais, au contraire, avec les marques de la plus vive satisfaction. Les femmes y sont les premières à donner le signal des applaudissements,

en agitant leurs petits mouchoirs parfumés, et des chœurs de hurlements leur répondent.

‘“ Les portes s'ouvrent enfin, et te foule inbatisnte se précipite, se presse, s'écrase pour obtenir les meilleures places et dévore des yeux la loge d’où doit venir le signal du combat. Une main gantée et parfumée a enfin donné le signal de la lutte sanglante ; une petite porte s'ouvre et un taureau furieux, aux cornes courtes, mais effilées, bondit dans l'arène.

‘{ La lumière, les applaudissements et les cris le surprennent et linquiètent ; mais cet arrêt, cette hésitation ne sont que momentansés: il a bientôt choisi son adversaire, sa victime.

‘“ Un picador, monté sur une vieille haridelle, semble vouloir narguer le taureau de sa lance. L’animal accepte le défi, se fouette les flancs de sa longue queue, laboure la terre de ses cornes et se précipite ; le plus souvent, le cavalier: et sa monture sont roulés dans la poussière. (C’est alors qu'il faut toute l'adresse, le sang-froid et l'agilité des Canderilleros pour dégager le malheureux picador, et détourner l'attention du taureau furieux s’acharnant à sa victime et fouillant de ses cornes dans les entrailles du malheureux cheval.

‘ Le taureau a bientôt éventré deux ou trois chevaux. Alors commencent les hurlements de joie et les trépignements à faire peur. ‘“ Bravo... Bravo toro |” crie-t-on de toutes parts. Mais le malheureux picador a peut-être la jambe broyée sous le curps de son cheval éventré ; il va peut-être subir le même sort. ...... Qui pense à cela ? Il faudra en envoyer un autre, comme on fournira un autre taureau lorsque celui-ci sera mort.

‘ Les Espagnols exigent beaucoup d’honnêteté de la part de leurs toréadors ; si l’un deux osait attaquer le taureau déloyalement, c'està-dire par derrière ou par surprise, il serait certain, d'abord d’être accablé de sifflets, puis lapidé s’il osait se montrer dans les rues de longtemps ; il lui vaut presque autant se faire de suite casser un bras ou une jambe, courir même le risque de se faire enfiler par les cornes du taureau.

‘ Les accidents ne sont pas très fréquents ; cependant, par mesure de précaution, un chapelain et un chirurgien sont toujours prêts avec tous les instruments et bandages nécessaires.

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