LE TE
a me de
qu'à son retour que sir John Macdonald choisit, avec son assentiment, ses collègues du Bas-Canada. Dans la distribution des portefeuilles, celui de ministre de la milice échut à M. Masson qui, une année plus tard. passa à la présidence du conseil pour des raisons de santé. C’est à Montréal que fut complété le cabinet Macdonald. Dès qu'il fut connu dans !a ville que M. Masson en faisait partie, une grande démonstration s'organisa avec une spontanéité que l’on ne voit que lorsque celui qui en est l’objet provoque l’admiration et l'estime à un haut degré. Des centaines de personnes voulaient faire cortège au nouveau ministre qui rentrait à Terrebonne ; ce fut une vraie marche triomphaie, et elle dut s'arrêter plusieurs fois sur sa route pour se rendre au désir des populations anxieuses de voir et surtout d’entendre le ministre de la milice. A Saint-Vincent-de-Paul, M. Masson ft un discours rempli de déclarations importantes. C'était la première fois qu'un membre de l’administration Macdonald prenait la parole en public. On attendait de lui en quelque sorte un discoursprogramme. Après avoir donné au peuple l’assurance d’un remaniement du tarif douanier, M. Masson aborda un sujet délicat. Ceux qui furent mêlés au mouvement politique de 1878 se rappellent encore avec quelle rage les rouges et les bleus se sont livré bataille sur l'affaire Letellier. Il était impossible à M. Masson de la passer sous silence sans causer un grand désappointement ; la déclaratior äe M.
Masso:;, sans être très explicite, renfermait un engagement de nature à contenter ses amis, engagement qu’il a rempli à la lettre, mais au prix des plus grands ennuis qu’il ait eus dans sa carrière ministérielle.
On sait comment ils survinrent ; c’est de l’histoire contemporaine.
A la session de 1879, la chambre des communes prononça une condamnation de l'acte de M. Letellier, ce qui devait tout naturellement
entraîner la destitution de ce lieutenant-gouverneur. Deux mois plus tard, le parti conservateur demandait sa tête et, déjà impatient,
trouvait que le gouvernement apportait trop de sursis à l'exécution.
Il planait une espèce de mystère sur toute cette affaire. L'on
appréhendait de la résistance du côté de Rideau-Hall. C’est au milieu de ces incertitudes et de ces bruits rasssurants pour M. Letellier que sir John A. Macdonald vint annoncer à ses amis, le 3 avril, que
le gouverneur g: néral avait ‘refusé de signer l'ordre en conseil desti-
tuant M. Letellier et qu’il en avait référé en Angleterre pour obtenir
l'avis du ministre des colonies. On se figurerait difficilement, sans
è L. R. MASSON 363
en avoir été témoin, l’émoi que créa cette nouvelle dans le parti conservateur. La plupart des députés canadiens s’emballèrent pour de bon, d’aucuns allant jusqu’à accuser sir John et M. Masson de trahison, de connivence avec lord Lorne. Quelques hcures après la déclaration officielle, M. Ouimet se leva en chambre pendant une discussion sur le tarif et, commentant le refus de lord Lorne de signer, demanda si nous jouissions bien du gouvernement responsable. A quoi bon discuter le tarif, s’il peut prendre fantaisie au gouverneur général de l’expédier pour révision aux commis du bureau colonial ? Li position était des plus tendues chez les conservateurs, et les mécontents, réunis journellement à leur quartier général, la Aaïson Bleue, fulminaient leurs anathèmes bien plus à l’adresse des ministres qu’à celle de lord Lorne.
Comme c'était M. Masson qui avait pris, tout d’abord, l’engagement de régler la question selon le vœu de ses amis, c'était surtout sur lui que se concentrait l’animosité. il fit bravement tête à l'orage, rassurant les uns, remettant avec fermeté à leur place ceux que la passion emportait au-delà des limites des observations légitimes. Le temps vint bicntôt venger M. Masson des soupçons injustes que l’on cherchait à faire peser sur lui. Le 15 juillet de la même année, lord Lorne signait l'arrêté en conseil qui destituait M. Letellier, après avoir reçu ordre du ministre des colonies de suivre l’avis de ses ministres. Ce fut là l'épisode le plus désagréable de sa carrière ministérielle.
2 règlement de la question du Pacifique, où il eut le plaisir de voir triompher le projet qu’il avait défendu lorsqu'il était un des chefs de l'opposition, ct le remaniement du tarif ne lui donnèrent que le travail et les fatigues qu'entraînent les mesures ordinaires. En 1882, la maladie qui minait sa constitution depuis plusieurs années s’étant aggravée, les médecins lui conseillèrent, hâtivement, il nous semble, de se reposer. Il se décida à remettre sa démission à sir Jon A. Macdonald. De profonds et sincères regrets suivirent M. Masson dans sa retraite ; on sentait une force utile perdue pour le pays, une intelligence condamnée au repos alors qu’elle était dans toute sa vigueur, L'’inactivité pèse, dit-on, à ceux qui ont une fois exercé le pouvoir. Nous ne croyons pas, cependant, que les angoisses qui tourmentent les hommes d'action mis en disponibilité aient eu prise sur M. Masson. Son amour de l'étude devait l’en préserver. II retourna à son cabinet de travail et, lorsque la maladie lui en laissait
le loisir, il mettait la main à son Ærstoire des Bourgeois du Nord-Ouest. Si quelque chose pouvait nous offrir une compensation à sa retraite, ce serait ce superbe ouvrage si fortement écrit. Quiconque voudra étudier l’histoire primitive du Manitoba et de nos immenses Territoires devra puiser à cette source que M. Masson a ouverte au public. Personne n’a si bien expliqué la fondation et l’organisation de cette puissante Compagnie du Nord-Ouest, qui tint une si grande place à Montréal durant les vingt premières années de notre siècle. C'est dans ces pages que l’on voit se dessiner les caractères de ces bourgeois du Nord-Ouest, ou des Vor-Westers, comme les Anglais les appelaient, hommes de haute iatelligence, âpres au gain, au caractère énergique, ne reculant devant aucun obstacle. Il faut les voir à l'œuvre au Nord-Ouest, empruntant les mœurs des aventuriers, des chercheurs d'or de tous pays, et, partant, sans scrupules, puis grands seigneurs, à Montréal, une fois leur fortune faite. Les Mackenzie, les Frobisher, les McTavish revivent dans ce livre avec leur physionomie si originale, si spéciale. On aperçoit aussi, à côté des bourgeois, leurs précieux auxiliaires, les voyageurs canadiens-français, le corps de l’entreprise, si leurs patrons en étaient l’âme. On se prend à regretter l'immense dépense de forces mises par les nôtres au service des bourgeois et qui leur rapportaient si peu ; toujours à la peine, ils n'étaient jamais au partage des grands bénéfices.
En faisant l’historique de la découverte du Nord-Ouest, en nous faisant parcourir ces solitudes à la suite de La Verandrye, il établit ce fait généralement inconnu que les missionnaires, compagnons du hardi découvreur, avaient fondé des colonies prospères dans cette région éloignée. Elles disparurent à l’arrivée des Anglais dans le pays. En parcourant ces contrées, les bourgeois et les trappeurs trouvèrent les ruines de ces établissements, dent le scuvenir était encore frais dans la mémoire des Indiens au commencement de notre siècle.
Il n’y a guère d'hommes parmi nous plus versés que M. Masson dans l’histoire générale du pays; nul n’en saisit mieux que lui les grandes lignes, n’en a pénétré plus avant la philosophie. Ce goût qui le portait vers les études sérieuses l’a poussé naturellement à réunir autour de lui une bibliothèque canadienne, remplie de raretés. I n’y a à Montréal que l'honorable juge Baby et M. l'abbé Verreault, et M. Cyrilie Tessier à Québec, dont les collections puissent soutenir
© QT QT QT