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Ce fait d’armes,—-et c'est un des rlus beaux de la campagne du Nord-Ouest, —est narré ainsi dans une dépêche anglaise :
‘* Les quelques hommes de l'infanterie à cheval qui étaient avec nous passèrent les premiers ; puis vinrent les soldats de l'infanterie légère de Winnipeg. Le canon, protégé par une escorte fournie par la gendarmerie à cheval du Nord-Ouest, venait après.
‘Il était suivi par le 65ème de Montréal. Les éclaireurs avaient déjà fait rapport que la route était très mauvaise et qu’il fallait au moins deux jours de marche pour traverser les onze milles de marais.
‘Ils ne s'étaient pas trompés.
‘C'était un spectacle extraordinaire que de voir les six chevaux remorquer littéralement la pièce d'artillerie dans cette boue liquide. Par endroits, le sol était tellement tremblant, qu'il fallait se jeter à la tête des bêtes pour les guider. Non-seulement les montures avaient leurs cavaliers, mais elles avaient aussi de lourds harnais. Le poids qu’elles traînaient dépassait 3,500 livres. Une secousse se donnait : les chevaux s’élançaient dans le marécage, et, d'un coup, faisaient faire au canon deux ou trois fois sa longueur; puis ils s’arrêtaient pour souffler. Alors il y avait danger pour la pièce: elle s’enfonçait ; elle pouvait disparaître dans la boue. Le commandement était vivement donné :
‘“{ Whip on! Fouettez !
‘Et en avant repartaient les chevaux affolés. Les conducteurs criaient, les bêtes tiraient, la pièce d’artillerie avançait, et, au milieu des hourrahs et des bravos des soldats, on finissait par l’asseoir en terre ferme.
‘ Pourtant, à un moment donné, on désespéra de sauver ce canon. Il y avait au moins un quart de mille de marais qui s’étendait devant les troupes. Au beau milieu, les chevaux s’abättaient, Les bras des conducteurs étaient las de fouetter, les bêtes s'étaient couchées. pour mourir. L'ordre fut alors donné de démonter le canon. Il fut hissé dans un fourgon du train des équipages. Des cordes furent assujetties aux timons, et les soldats du 65ème, s’attelant bravement à la file, enlevèrent prestement la pièce d'artillerie, en chantant:
‘6 En roulant ma houle” ,. . .
‘ Cet acte de force virile était accompli par ces petits Canadiens- Français après des jours et des jours de marches forcées.”
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JOSEPH ALDRIC OUIMET ‘ 199
Voilà comment les soldats du 65ème de Montréal ont gagné leur surnom d’ ‘“Alligators,” Bravo !
et c’est un confrère anglais qui nous le dit.
Pendant le cours de sa carrière parlementaire, le député de Laval a pris part aux discussions les plus importantes.
Entre autres questions législatives, M. Ouimet a traité la dualité de la représentation, l'acte des pénitenciers, les lois de faillite, l’acte de la Cour Suprême, la milice. En 1874, il s’est prononcé énergiquement pour le pardon de Riel, et, l’année suivante, il revenait à la charge et se prononçait de nouveau en faveur de l’amnistie complète. Il a particulièrement pris part aux débats sur le bill déterminant le taux de l'intérêt, sur la loi des compagnies d'assurances, sur les chartes des chemins de fer du Canada Central, du Pacifique Canadien, du chemin de fer de la Rive Nord, de Saint-Martin à Québec. Il s’est beaucoup occupé des lois suivantes : ‘ Charte de la société de Construction du Dominion,” ‘‘ Charte de la compagnie de Prêt et d'Hypothèque de la Cité,” ‘Charte du Silver Mining Company,” ‘Charte constituant la compagnie des Poudres de l’Acadie.”
Excellent debater, il s’est occupé des mines de charbon, de l'industrie du sucre de betteraves, du Crédit Foncier du Canada, de l’acte de tempérance, des différents traités de commerce, de la police, des ports et des rivières, des subventions aux chemins de fer, du bill relatif aux voituriers par terre, des billets promissoires et lettres de change, de la solde des miliciens, du creusage du chenal du Saint-Laurent, du réajustement des subsides aux provinces, des lois criminelles en ce qui concerne la séduction et les maisons de jeu et de débauche, des octrois de terres à donner aux chemins de fer du Nord-Ouest, de la coupe du bois aux Buttes des Cyprès, du bassin de radoub de Québec.
Il a joué un rôle important comme membre ministériel, et, quand les hasards de la guerre l'ont forcé à combattre dans les rangs de l'opposition, son rôle a été aussi marquant.
Dès 1879, M. Ouimet était désigné par l'opinion comme un futur ministre. Cependant les événements politiques n'ont pas permis son entrée dans le cabinet avant le mois de novembre dernier. Il faut admettre que la région de Montréal a été injustement privée d'un portefeuille depuis la retraite de l'honorable M. Masson, qui fut remplacé, en 1880, par sir Adolphe Caron. Il #st possible que cet état de
choses se fût prolongé encore, si les amis de M. Ouimet n'avaient profité de la retraite de sir Hector Langevin pour faire valoir ses droits. Ceux qui connaissent le dessous des cartes dans la partie qui s’est jouée À Ottawa depuis la mort de sir John A. Macdonald savent que le député de Laval a conduit sa barque avec une grande habileté. Quelquesuns pourront parler d’égoisme : d’autres leur répondront qu’en politique l’égoïsme est de bonne guerre. Dans ‘us les cas, nous sommes dans un temps où le succès fait oublier bien des petites misères, et M. Cuimet a réussi. Le voilà ministre, —ministre des Travaux Publics, — à la tête d’un service où le patronage se chiffre par millions. Sans vouloir prédire en quoi que ce soit, l’auteur est bien sûr que, si M. Ouimet fait des fautes, ce ne seront pas des fautes de prudence, de patriotisme ou de droiture de caractère. Ce n’est pas lui qui se compromettrait en donnant un reçu pour des fonds politiques; il a un passé inattaquable à ce point de vue: il y tient, et il le gardera.
M. Guimet est un lutteur de Ausfings : il a pris pari à un grand nombre d'élections partielles. Orateur populaire, connaissant le peuple à fond, sa parole est simple, claire : son raisonnement apporte une grande force de conviction.
La fortune, la clientèle l’ont favorisé. Malgré la politique et tout le temps que cette capricieuse exige, le bureau de M. Ouimet est resté un des plus importants de Montréal.
Au milieu de ses nombreux travaux, il a trouvé le temps d’accepier la direction de la banque d'Epargne et du Crédit Foncier Franco- Canadien. Il est à la tête de cette première institution depuis 1876 ; en 1886, il devenait directeur du Crédit Foncier.
Ces chances, ces succès, il les doit à son esprit conciliateur.
Le 30 juillet, 1874, l'honorable M. Ouimet épousait mademoiselle Thérèse LaRocque. Il a une famille charmante, élevée par la plus tendre, et je dirais la plus sainte des mères, si je n'avais pas eu le chagrin de voir mourir la mienne entre mes bras, après quarante-cinq ans de vie douce, agréable, intelligente, passée en tête-à-tête, ou en correspondance avec elle, quand j'étais à l'étranger.
Les ambitions Ae l’ancien colonel du 65ème ne dépassent pas le bonhcur domestique. Il a raison. L'assise de sa maison est ainsi faite avec la véritable pierre philosophale que cherchent vainement nos gens ‘‘ fin-de-siècle.”
Je suis heureux d'écrire ces lignes dans la belle publication de mon
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ami Taché. J'ai toujours cru que le plus grand bonheur de l’homme de lettres était de plaire à ceux qui lui font l'honneur de le lire. En ne leur disant que cles choses vraies, réconfortantes, qui peuvent leur servir d'exemples, i! ne fait que son devoir.
Cette mission, je la remplis de tout cœur en signant ces lignes. Elles ne constituent pas, il est vrai, une biographie, telle que le comiporte le sens du mot ; mais elles contribueront À donner à l’histoire de nouveaux renseignements, et je les offre ici de tout cœur.