LES HOMMES DS JOUR
faisait élire dans l'une des nouvelles divisions, M. McCarthy se présenta dans Simcoe Nord. Son adversaire, M. Charles Drury, qui vient d’être appelé à faire partie du cabinet Mowat, était alors un prédicateur de l'endroit, bon orateur, auquel les succès n'avaient pas manqué. I! fut battu par 250 voix de majorité. Et enfin, à la dernière élection générale, la lutte d'autrefois fut reprise par M. H. H. Cook qui, dans des circonstances exceptionnelles, fut défait par 296 voix.
Telles sont, en peu de mots, les campagnes électorales qu'a soutenues le champion actuel des ‘Droits Egaux.”” Quel que soit le parti auquel appartienne le lecteur, quels que soient ses principes, peut-il ne pas admirer cette ténacité d'idée, cette énergie de caractère et cette inébranlable confiance dans le succès futur, dont est empreinte, dès le début, la carrière politique de M. D’Alton McCarthy? Le seul fait que l’adversité et la défaite ne font que donner une impulsion nouvelle aux efforts personnels d’un homme et un stimulant à sa noble ambition est la meilleure preuve que l’on puisse donner de ses véritables qualités.
Elu député aux Communes, jouissant au barreau d’une solide réputation, M. McCarthy occupait, en 1876, une position qui faisait
prévoir un avenir brillant. Pendant les treize années suivantes, il a fait de grands progrès dans l'estime de son parti et la faveur populaire. Bien qu'il ne consacrât pas tout son temps à la politique et que l'exercice de sa profession en absorbât peut-être la plus grande partie, il a cependant réussi à faire accepter ses vues dans la législation de cette époque. En 1883, M. McCarthy a présenté un projet de loi pour la création d’une cour de commissaires de chemins de fer pour le Canada, visant à donner au gouvernement un contrôle plus immédiat sur les chemins de fer. Cette mesure, qu'il proposait pour la quatrième fois, a été rejetée par le comité ; mais elle n'en a pas moins provoqué de chaudes discussions et un intérét considérable dans le pays, et plusieurs de ses dispositions ont été introduites plus tard dans un projet de loi du gouvernement.
Dans le cours de la même session, M. McCarthy, selon les désirs d’un comité du gouvernement, dont il était le président, sinon nominal, du moins réel, proposa la fameuse mesure réglant le trafic des spiritueux, à laquelle il avait été fait allusion dans le discours du Trône et que l’on désigne généralement, depuis, sous le nom d’Acte McCarthv. Plusieurs de ses clauses, basées sur la première législation ds
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l'Australie, furent introduites dans le projet de loi d'Ontario connu sous le nom d’Acfe Crook. Les propositions passèrent devant les Chambres et prirent force de loi ; maïs ce ne fut pas sans soulever de grandes discussions et une violente opposition de la part du gouvernement d'Ontario, qui trouvait que l’on diminuait trop ses pouvoirs. Tout le monde connait la fin de cette affaire : l’acte fut soumis à l'appréciation du comité judiciaire du Conseil privé, et désavoué comme empiétant sur les droits du gouvernement provincial.
En 1884, M. D'Alton McCarthy fut nommé président du Comité Exécutif de l’Union Libérale-Conservatrice d’ Ontario. Pendant les cinq années qu'il conserva ce poste, il s’acquit l'approbation de tous, et vit la confiance en sa puissance politique aller toujours en augmentant.
Aux élections de 1887, la grande question était celle de Riel, cet homme qui avait poussé à la révolte les malheureux Métis du Nord- Ouest, qui avait fait tous ses efforts pour soulever les Indiens ignorants et irascibles, qui agissait avec un sang-froid et une précision si singuliers dans la campagne contre nos braves volontaires, qui portait toute la responsabilité du carnage qui avait eu lieu ; de cet homme, enfin, que ses crimes ont conduit à l'échafaud de Régina. Mais pourquoi redire cette vieille histoire ? Personne n’ignore l'extrême violence de la tempête que la province de Québec fit éclater sur les ministres du gouvernement fédéral.
Les adversaires du parti conservateur profitèrent de l’occasion pour déverser leur indignation sur les chefs du pouvoir exécutif et, quoique les ministres canadiens-français Langevin, Chapleau et Caron fussent
restés fidèles à leur drapeau et à leurs convictions, nous savons la
perte temporaire que ce cri leur infligea. M. McCarthy ouvrit la campagne avec vigueur dans Ontario et prononça à Barrie un des discours les plus remarquables du temps. Il y esquissa, peut-être sans arrière-pensée, les principes dont parait découler sa politique d'aujourd'hui, principes qui ont éloigné de lui beaucoup de membres du parti conservateur, dont il a été pendant si longtemps un des chefs éminents et hororés.
‘ À mon avis, dit-il, ce n'est pas la religion qui fait le fond de cette question : c'est plutôt une haine de race. Il n'y a pas, et l’histoire le prouve, de sentiment plus fort que cette haine d'une race contre une autre. Les Français d'aujourd'hui, dans la province de Québec, ne
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sont-ils pas plus Français que lorsqu'ils ont été vaincus par Woife dans les plaines d'Abraham? Les voyons-nous se mêler à nous, s’unir à nous par le mariage, essayer de notre littérature ou étudier nos lois? Non : chez eux, tout se fait selon le mode français, et, bien que nous admirions parmi eux des citoyens aussi estimables dans leur vie privée que remarquables comme hommes politiques, je dis qu’ils constituent un danger sérieux pour notre Confédération.”
Il n’est pas étonnant qu'un tel langage, dans un discours dont les termes, d’ailleurs, avaient été pesés avec soin, ait produit une forte sensation et servi peut-être de base au mouvement avec lequel, dernièrement, M. McCarthy a été complètement identifié.
L'orateur, dans cette occasion, s'éloigna de la politique générale du parti conservateur, qui a toujours concentré ses efforts à cimenter toutes les races et toutes les croyances dans un même sentiment de support pour l’union du Dominion ; cependant, il approuva hautement la conduite assumée par le gouvernement au cours de la crise récente de Québec et s’éleva contre les violences de langage et les récriminations dont l'exécution de Riel servait de prétexte :
‘ Nous savons que Sir John a reçu pétition sur pétition demandant le pardon de Riel, menaçant le gouvernement, s’il ne l’accordait pas, de lui retirer le support des Canadiens-Français, tandis que la province d'Ontario n'a envoyé qu’une seule pétition, réclamant l'exécution. Mais Sir John a été inébranlable. Il a déclaré que si le criminel, après avoir eu un procès équitable, après en avoir appelé d’un tribunal à l’autre jusqu'à ce qu'il eût épuisé toutes les arguties de la loi, après avoir été examiné sur les facultés mentales pour voir s’il était encore dans les mêmes conditions qu'auparavant, était jugé responsable d:s crimes pour lesquels il avait été condamné, la loi devait avoir son cours ; et, pour ma part, je crois que beaucoup de mes compatriotes libéraux sortiront des rangs de leur propre parti, pardonneront à Sir John une multitude de fautes dont il le croient coupable et le soutiendront pour ce seul fait.”
Cette déclaration fut suivie de la mémorable agitation de 1889, de l'indignation contre le bill des Jésuites et son ridicule préambule, de la prise de possession de chef du mouvement par M. McCarthy, et du support qu’il donna, à la Chambre des Communes, à la motion du colonel O’Brien. Les scènes dramatiques sont rares à la Chambre ; mais tous ceux qui se rappellent l'excitation publique à cette époque
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et les sentiments que soulève toujours une question de race ou de religion ne manqueront pas de remarquer quels éléments d'un drame politique présentait ce combat de 13 députés contre 188. La tempête a passé, le gouvernement a été soutenu avec plus de vigueur qu’on ne pouvait le présumer, et M. D'Alton McCarthy, qui s’est officiellement séparé du parti conservateur, a cependant continué à lui donner un support sincère pour tout ce qui n’a pas rapport à la nouvelle ligne de corduite qu'il s’est tracée. L'association des partisans des ‘‘ Droits Egaux ” a été formée, et celui qui en est le chef réel, quoiqu'il ne porte jamais ce titre, a pris une part plus ou moins active à l'agitation qu’elle a soulevée.
Le 22 janvier, 1890, M. McCarthy fit encore un pas dans le sentier qu’il s'était tracé et déposa un projet pour l’amendement de l'acte du Nord-Ouest et l'abolition des deux langues dans les Territoires. Son premier discours a été tellement répandu qu'il est inutile d’en donner l'analyse. D'un côté, on taxe ce discours d'une injuste violence et d'une bigoterie protestante excessive ; de l’autre côté,:on le considère comme l'expression des vrais principes de la liberté civile et religieuse. L'orateur et sa mesure soulèvent le plus violent antagonisme et les débats les plus amers. Le résultat prévu, non sans appréhension, dès le début, fut un compromis que Sir John Thompson formula dans un amendement du gouvernement. Cet amendement, qui accordait à l’Assemblée du Nord-Ouest, après sa prochaine élection générale, le pouvoir de régler elle-mème sa procédure comm cela lui paraîtrait convenable, fut adopté par g9 voix de majorité. La Gestion en cit encore là. Mais il arrive encore comme un murmure élc né de nouvelles attaques sur le même sujet, et nous entendons ü temps en temps l'écho de ce fameux discours que prononça le député de Simcoe à Stayner le 12 juillet, 1889: ‘* Voici le temps où le scrutin va décider cette importante question devant le peuple, et, s'il n'apporte pas le remède à notre génération, la génération qui nous suivra le demandera
aux baïonnettes.”
En mai, 1890, l'Assemblée Législative d'Ontario fut dissoute, et un mouvement considérable fut fait par les Æqual Righters à propos des progrès de l’enseignement du français dans certaines écoles et dans certaines sections de la province et de la protection que le gouvernement Mowat accordait À cet enseignement. M. Charleton, M.P., et le Principal Caven oublièrent leurs déclarations antérieures, du moment
que les répéter aurait constitué une attaque contre leurs allies politiques ; mais M. McCarthy, conséquent comme toujours, reprit la lutte pour ce qu’il croyait être un principe de justice. Il prononça plusieurs discours remarquables, entre autres ceux qu'il fit pour appuyer les candidatures de MM Bell et Armour et qui lui valurent des réceptions enthousiastes.
Le 2 juin, le chef ‘xal Righter nrit occasion de répondre à l'accusation qu'on avait portée contre lui d’être l’allié secret de Sir John A. Macdonald depuis l’origine de cette agitation :
‘ Je déclare ici, dit-il, en face de cette grande assemblée, et je le déclare sans crainte de contradiction, que, depuis le vote sur la question des Jésuites, je n'ai jamais parlé de politique à Sir John et que Sir// John ne m'en a jamais parlé. Nous sommes des amis personnels, et je me flatte que le jour n'est pas encore venu, au Canada, où les hommes doivent s’interdire toutes relations d'amitié à cause de leurs divergerices politiques.”
L'orateur expliqua alors la position qu'il avait assumée sur la question des écoles séparézs d'Ontario dans des termes dont la clarté prévient tout malentendu :
‘ Avec la législation actuelle au sujet des écoles séparées, il n’y a qu'une chose à faire : c’est ie rapporter toutes les clauses adoptées depuis la Confédération. Empêchons que les taxes payées par ies protestants aillent aux écoles séparées. Voyons à ce que l'inspecteur des éccles visite ces dernières aussi bien que les écoles publiques. Et, avant tout, insistons pour que les livres d’écoies non religieux, mais d'enseignement, soient approuvés par le Bureau de l'Education. Nous voulons qu’on enseigne assez de l’histoire vraie de l'Angleterre pour que nos enfants 29prennent à avoir quelque admiration pour la mère-patrie."”
Coupée par des applaudissements frénétiques, cette harangue ne manqua pas de soulever la majorité de l'assemblée, mais ne réussit pas à donner la victoire aux amis de McCarthy.
Dans beaucoup d'autres questions, le député de Simcoe a pris une Vosition vigoureuse et digne de remarque. Le résultat des fameuses résolutions de 1884, au sujet du gouvernement autonome de l'Irlande, fut peut-être dû à sa sagacité politique. Bien que désireux de voir l'Irlande grande et prospère, il dissuada les Communes de faire un acte qui serait une intervention directe dans la politique intérieure de .”
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Dans les questions autres que celles de race ou de religion, dont il a assumé la direction, M. McCarthy a toujours défendu les principes conservateurs et surtout la politique britannique et commerciale de son parti. Ils’est, d’ailleurs, exprimé là-dessus l'an dernier : ‘‘ Je suis, je veux rester, et j'espère mourir conservateur.”
Le nom de M. D'’Alton McCarthy est indissolublement lié à un autre mouvement, pour lequel les hommes de toutes races et de toutes
croyances dans le Dominion doivent avoir de la sympathie, un mouve-
ment qui a rencontré l'approbation assez générale et qui prendra peutêtre, avec le temps, une importance considérable dans la politique du pays, un mouvement dont la nature est essentiellement patriotique et élevée: nous voulons parler du travail commencé en vue d’une union plus étroite entre la mère-patrie et les grandes et petites possessions coloniales de l’Angleterre. A Londres, en 1884, M. McCarthy a pris part à la formation de la ligue de la Fédération Impériale, et lorsque, deux ans plus tard, la branche canadienne fut organisée à Montréal, il en accepta la présidence, et fut réélu tous les ans, à l’unanimité, jusqu’en février 1891, époque à laquelle il céda sa place à Sir Léonard Tilley. Voici un passage d’un de ses discours qui montre sous leur vrai
jour les vues du chef canadien de la ligue : ‘* On ne peut pas, disait-il,
répéter trop souvent que, dans le projet de la Fédération Impériale, personne n'a jamais eu en vue de faire abandonner aux colonies les libertés constitutionnelles dont elles jouissent ; mais la défense commune de l'Empire est une question à laquelle sont interessées, non-seulement la mère-patrie, mais encore chaque colonie, à laquelle doit contribuer, &n toute justice et équité, chaque colonie dans la mesure de ses forces. Un grand pays comme le Canada,—cela ne fait de doute pour personne, — doit, avant longtemps, d'une manière ou d’une autre, assumer toutes lès charges de cette existence nationale qu’il a atteinte aujourd’hui.”
‘ Bien que ce ne soit pas, à mon avis, indispensable à la Fédération impériale, il existe un projet qui, s’il était adopté, ferait faire un grand pas à ce mouvement et rendrait plus facile et plus simole l’objet qu'il a en vue: ce serait l'adoption d'une politique qui établirait, entre l'Angleterre et ses possessions, et entre les colonies elles-mêmes, des relations de commerce plus intimes et plus avantageuses que celles qui
existent actuellement.”