Les Hommes et Les Idees
On raconte qu'un membre de la Consliluanle demanda les Lois de Minos à la Bibliothèque nationale. C'était faire preuve de connaissances fort élémentaires en bibliographie, mais c'était afllrmer l'hellénisme.
Le Dictionnaire de l'Académie ne donne le mot hellénisme que dans son acception grammatical (% connne gallicisme ou lalinisme. Pour l'histoire, ce terme prend un sens plus large : riiellénisme
1. C. Pa parrigopoulos, Hts/oire de la CivilUation hellénique; J.-G. Droysen, Geschichte des Hellenismus, ^* édiUon ; D. Bikelas. Les Grecs au Moyen âge; George Cox, A gênerai history of Greece from the earliest period to the présent tiine.
Les diverses études réunies sous le titre : Les Hommes et les Idées ont paru diins le Journal des Débats.
est synonyme de génie grec, et il représente J 'action de la langue, de la civilisation et de l'esprit des Hellènes sur les peuples étrangers. Thucydide dit que les Amphilochiens « ont été hellénisés en apprenant la langue grecque ». Les Septante, parlant de l'introduction de l'esprit grec en Palestine, concluent en ces termes : « Les Grecs ont hellénisé le pays. » Libanius mentionne des « Barbares hellénisés ». De nos jours, M. Egger a consacré la véritable acception du mot en donnant pour titre : V Hellénisme en France, à la réunion de ses solides et éloquentes leçons sur l'influence des études grecques dans le développement de la littérature française.
Après avoir eu son suprême éclat aux temps qui virent Périclès, Sophocle, Phidias, Platon et Aristote, l'hellénisme entra dans une période de tranformalions, de décadences et de renaissances successives. Aux derniers siècles de l'ère antique, le génie grée semble épuisé ; mais l'esprit grec a partout pénétré. Le foyer de lumière qui s'est allumé à Athènes se consume peu à peu, mais ses rayons vont éclairer le monde. Ainsi les soleils éteints laissent longtemps leur clarté dans le ciel*
l'hELLÉiNISME
On a appelé Ja Germanie : Officina gentium, fabrique de nations. La Grèce peut prétendre au titre d'école des nations. Comme la race germanique, d'ailleurs, la race grecque est essentiellement émigrante. Avant l'époque historique, un grand nombre d'Hellènes, chassés par l'invasion dorienne, fondèrent des colonies dans les îles et sur le littoral de l'Asie Mineure. Du huitième au septième siècle, on constate de nouvelles émigrations sur les côtes de la Méditerranée, de l'Adriatique et du Pont-Euxin, en Sicile, dans l'Italie méridionale, en Gaule, en Ibérie, en Cyrénaïque, en Libye, <în lUyrie, chez les Thraces, chez les Scythes. Avec Alexandre, l'émigration se fait invasion et se jette sur l'Orient. L'armée macédonienne était d'abord peu nombreuse; mais, durant la longue expédition d'Asie, elle s'augmenta sans cesse par des renforts venus de Grèce. Au partage de l'empire d'Alexandre, les mercenaires grecs allèrent en Egypte avec Ptolémée, en Syrie avec Laomédon, en Phrygie avec Antigone ; et, à la suite des soldats, d'autres Hellènes, marchands, industriels, artistes, venaient chercher fortune. La plupart des villes s'administraient selon le régime hellénique. En Egypte, au temps des Ptolémées,
rarméè et le gouvernement appartenaient aux Grecs, Tous les actes publics étaient rédigés en grec; les contrats, même' écrits en égyptien, devaient être ratifiés en grec. La religion hellénique avait son culte en Egypte, où Ton cherchait à assimiler les dieux grecs aux divinités égyptiennes. Dans le Sérapeïon, on adorait Sérapis et Zeus Hadès.
Au ni^ siècle avant Jésus-Christ, Alexandrie devient une nouvelle Athènes, avec ses grammairiens et ses savants, conmie Zénodote, Eratosthène, Aratus, ses poètes comme Théocrite, Callimaque, Apollonius de Rhodes. Plus tard, les Alexandrins, Aminonius, Plotin, Porphyre, continuent et renouvellent la philosophie grecque. Au déclin de lecole d'Alexandrie, elle renaît avec Proclus dans Técole d'Athènes. Ces deux écoles abolies par Justinien, leur doctrine ne périt point. On la retrouve en Orient dans les écoles d'Athènes rétablies par les empereurs de la dynastie macédonienne, et en Occident, en plein moyen âge, luttant sous le nom de néoplatonisme contre une autre forme de l'esprit grec, le pérîpatétisme, qui, après avoir fécondé la civilisation arabe, avait créé la scolastique de l'Université de Paris.
En Syrie, les Séleucides introduisent la religion des Grecs. On érige à Antiochc la statue d'Athènè. Dans les arts, dans la langue, ^ans les institu-