PHILADELPHIE
Les officiers de marine en Amérique. — Réimpression des ouvrages anglais. — Livres américains. — Cours de justice. — Mauvaise administration judiciaire. — Société de Philadelphie. — Joseph Bonaparte.
L'hôtel des États-Unis que j'habitais étant le séjour favori des officiers de marine , j'eus l'occasion de faire connaissance avec plusieurs d'entr'eux j je n ai qu'à me Jouer de leur politesse à mon égard. W faux, whmk ^sa
ces républicains ont hérité d'une large part des connaissances maritimes de la vieille Angleterre; car il est impossible de rencontrer de meilleurs marins. J'ai souvent été à même de juger les officiers de marine pendant mon tour en Amérique; ce sont, en général, des hommes instruits, et remplis de prévenances envers les étrangers : chez eux , rien de cette fanfaronnade insupportable, si commune cbei tous leurs compatriotes. Et, dans la conversation , je les ai entendus parler de leurs succès, dans la dernière guerre, avec une modestie qui acheva de me donner d'eux la plus haute opinion.
Accompagné d'un de ces messieurs, je visitai l'arsenal , et me promenai sur le Pénsilvanla, vaisseau de guerre de 144 canons, le plus vaste qui existe, je crois , dans le monde entier. J'inspectai aussi la magnifique frégate le Raritan. Ces deux vaisseaux sont encore sur le chantier , mais on m'assura que deux mois suffiraient pour les mettre en état d'aller sur mer. Ils sont tout-à-fait à l'abri des injures du temps, chaque fente est soigneusement remplie de sel de mer, pour empêcher la pourriture. Les Américains ont beaucoup de confiance dans ce préservatif.
MM. Carey et Lea sont les premiers libraires de Philadelphie, et même de tonte l'Union. Ce sont des hommes actifs et entreprenans. Leur principale occupation consiste à réimprimer les ouvrages anglais, dont le mérite et la réputation leur en font espérer un débit considérable. Les publications originales sont rares en comparaison, quoiqu'on m'ait assuré que le nombre soit augmenté depuis plusieurs année».
, New-York et Philadelphie , sont V» V«V»
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ij impriment le phi* dans les Etats-Unis; j'y a marqué d'assez beaux caractères; maïs, en général, l'impression des ouvrages anglais est commune et mat soignée. On a bien lorl de s'imaginer que les livres sont à meilleur marché en Amérique qu'eu Angleterre. Si le droit de copier n'existait pas , et que les Anglais voulussent consentir à lire des ouvrages sur un papier détestable, et imprimés de la manière la plus grossière , ils les vendraient à un prix plus bas encore. Ainsi , nos éditions, pour lesquelles le droit de copie n'existe plus, sont de beaucoup supérieures à celles des Américains, et bien moins coûteuses.
Un étranger n'a pas Je droit de copier en Amérique, tandis qu'un Américain jouit de ce privilège en Angleterre. 11 en résulte qu'un auteur anglais ne tire aucun profit d'une publication nouvelle de son ouvrage en Amérique, et qu'un Américain, qui vend ses productions à un Anglais, eu recueille un bénéfice. Il n'y a donc pas de réciprocité. Il n'est pas facile de savoir pourquoi M. Washington -Irving, ou M. Cooper, jouissent de plus grands privilèges dans notre pays qu'on n'en accorde à M. Bulwer, ouà M. Théodore, aux Etats-Unis. Un vieux proverbe dit : « Ce qui ett bon pour l'un, est bon pour tous. « Ce qui est tout aussi applicable» l'administration du parlement qu'à celle d'une basse-cour. Il l'aut espérer que te sens de cet adage vulgaire n'échappera pas au gouvernement i et que, par un acte de justice, on privera en Angleterre les Américains du droit de copier, ce qui obligera ces derniers à adopter un système plus sage et plus lihé-
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paraissent en Angleterre, sont réimprimés en Amérique. Il paraît que l'avidité de ce pays pour ce genre de lecture rivalise avec la nôtre. Un grand nombre d'ouvrages de littérature anglaise sort aussi de la presse de Philadelphie , mais sous la forme la plus démocratique. Je me suis souvent amusé à observer la complète métamorphose d'un de ces beaux volumes de M. Murray. Un io-quarto de trois guinées devient, dans ta boutique d'un libraire américain , un in-douze de quinze sous. On dirait un grand seigneur qui a changé ses magnifiques vÈtemens contre les haillons d'un mendiant. C'est bien le même homme , mais il ne doit plus rien à sa toilette.
La prétention des Américains en littérature marche de pair avec toutes leurs autres prétentions ; et cette importation continuelle de livres étrangers leur donne vis-à-vis d'eux-mêmes une réputation d'infériorité dont ils sont très-blessés. Plusieurs projets qui tendent à se débarrasser de cette dépendance in tel lectu elle sont main tenant sur le tapis. Lesuus proposent d'exclure tous les ouvrages anglais el de défendre leur réimpression , sous peine d'une amende considérable, u Les Américains, disent-ils, n'écriront jamais, tant qu'ils pourront se procurer des ouvrages étrangers à si bon compte. L'esprit de la nation est comprimé , il faut le protéger contre la concurrence du génie européen. Accordez à l'esprit le monopole de la place, traitez :omme s'il s'agissait d'une pièce de calicot ou d'une pièce de draps ; et n'obligez pas nos littérateurs à te mesurer avec des hommes qui ont sur eux tous les avantages possibles. • Ces messieurs \ew\en\. wAm ■e l'ignorance et la barbarie soienV saïWAioviYvfee* Ç&'
acte législatif. Mais tout étranger trouvera, | crois, ce projet inutile, tant que l'Amérique ne partagera pas plus la science qu'elle ne l'a lait jusqu'à présent.
Si te gouvernement n'a pas adopté ce plan , il n'en est pas moins observé en partie. On exige un droit de 30 pour cent sur les livres importés , ce qui est trèsnuisible sous tous les rapports. D'abord, les livres américains a exigent aucune protection, car la dépense Ue copie et de transport suffit, et au-delà, pour assurer aux libraires américains le remboursement de tous leurs frais. Quand un livre est recherché eu Amérique, au point d'exiger un publication nouvelle, tout l'effet que produit l'impôt est d'obliger ceux qui pourraient désirer de plus belles éditions, à en prendre d'inférieures. Cela n'arrive pas souvent, car, dans ce pays, aussitôt qu'on a lu un ouvrage, on le met de côté pour n'y plus songer ; à peine s'il obtient même la faveur d'une place dans une bibliothèque. C'est pourquoi les libraires préfèrent tous les formats les moins chers. L'effet nuisible de l'impôt se fait particulièrement sentir sur les ouvrages estimés, mais qui ne sont pas de nature à couvrir les frais de la réimpression. Dans ce cas, l'impôt n'est pas une protection, mais une taxe sur la science, ou, en d'autres mots, un encouragement à la propagation de l'igno-
Pendant mon séjour à Philadelphie, je fréquenta! souvent les cours de justice; jen'y remarquai rien de saillant. D'ailleurs , j'ai déjà décrit l'intérieur d'un tribunal. Le peuple, en Angleterre, enparlant d'une (\\ies Lion emfirouiHée, dit souvent : « Cela embarrasserait u
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cat de Philadelphie. • Cette idée est juste, car je ne connais pas d'hommes plus fins et plus instruits dans leur partie que ceux du barreau de cette ville.
te lois an glaises jouissent d'une grande considération en Amérique ; aussi , tous nos ouvrages qui traitent de ces matières , sont-ils imprimés ici , dès qu'ils paraissent. En effet, s'ils ne nous consultaient pas, rien n'égalerait la confusion de leurs cours de justice. Comment espérer trouver de l'harmonie cotre vingtquatre tribunaux , à moins qu'ils ne puissent se rallier à quelques principes généraux? Malgré leurs soins, les contradictions les plus étranges se font remarquer daus les décisions des différentes cours; et sans l'influence de la législation anglaise, les lois sur la propriété seraient envahies par une masse si forte de préjugés , qu'il deviendrait impossible de s'y reconnaître.
Le salaire modique des juges donne souvent lieu aux plaintes des membres du barreau, à Philadelphie, comme a New-York. Il est en effet si peu de chose en comparaison du revenu d'un avocat distingué , que les hommes de talent, pour la plupart, refusent de siéger au tribunal. Ainsi, pour économiser quelques milliers de dollars, le public consent à soumettre sa vie et ses biens à la décision déjuges très-peu éclairés.
Dans plusieurs autres États, In démocratie, m'at-on dit , est renversée par ses propres excès. Les appointemens des j liges y sont tellement diminués qu'ils ne peuvent accepter leur emploi, à moins de posséder une fortune indépendante, ce qui a répandu sur ces places une teinte d'aristocratie ; aussi sont-elles maintenant plu* recherchées que si elles clatenY. VTfcvVvcxa.-
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Tous les hommes de lois avec lesquels j'ai causé, sont convenus que rien n'est plus nuisible que cette multitude de lois diverses. Les statuts d'un Eut août annulés par les tribunaux d'un autre, toutes les fois qu'ils ne s'accordent pas avec l'opinion publique. H s'ensuit une faiblesse dans l'administrât ion des lois municipales, incompatible avec un bon gouvernement. Le code criminel est aussi très-imparfait ; et, par celle variété de juridictions, le crime peut rester impuni. Le coupable, qui parvient a s'échapper, ne peut être arrêté que sur la demande formelle du pouvoir exécutif de l'Etat dans lequel le crime s'est commis; avant que les procédures nécessaires aient suivi leur cours, le criminel peut s'échapper de nouveau, et il arrive souvent que la justice n'a pu faire valoir se»
Le manque d'uniformité dans l'administration est donc contraire à la morale publique et à la sécurité privée. Ce mal est causé parla subdivision politique de l'Union; et la jalousie qu'eicile le gouvernement fédéral empêchera toujours qu'on y remédie. Nous pouvons maintenant espérer, de la part des hommes d'Etat, une amélioration dans la législature, maîsrien de parlait.
On peut appeler Philadelphie , le Bath des États- Unis. Les Américains, qui ont réalisé une fortune, viennent, pour la plupart, y fixer leur séjour. L'amour de l'argent y est plus modéré ; tout s'y fait avec plus de calme. Le peuple s'occupe de ses affaires avec moins d'impétuosité que partout ailleurs. 11 est vrai que. la p/usgrande partie dela\ille ta trouve engloufie dans A'ew-York, où le cVitunp e*v Vcawaswî ^»-
Vaste pour les spécula lions brillantes. A Philadelphie. le commerce est inférieur à celui Je Boston; mais i! l'emporte , pour l'opulence , sur toutes les autres villes de l'Union. C'est la capitale par excellence, c'esl le grand trésor où viennent puiser toutes les branches de l'industrie. Il est du lion ton d'être savant à Philadelphie; les jeunes personnes même déploient un savoir qui paraîtrait effrayant dans tout autre pays. Je me souviens qu'à un dîner, une belle républicaine me fit part de ses connaissances sur la composition de l'atmosphère, m'a ss tirant qu'elle voyait le moment où l'oii gène remplacerait le Champagne, et où les jeunes gens et les femmes se noieraient dans le gaz. Alors le mot vulgaire de sou serait remplacé par celui de ti-op plein. Ce qui serait beaucoup plus harmonieux à l'oreille, et ces vîolens stimulans , tels que l'alcool et le tabac , seraient dédaignés sous toutes leurs formes.
Il n'y a pas de ville en Amérique, où le système d'exclusion soit plus strictement ohservéqu'à Philadelphie. L'admission d'un parvenu dans un cercle aristocratique est chose difficile. Il faut avoir, pour réussir, l'autorisation générale de la Sainte- Alliance, qui existe entre les membres de celte société; les droits y sont examinés et pesés; les manières, !> fortune, le goût, les habitudes, scrupuleu seine nt étudiées; et comme les juges sont sévères, les chances sont en général peu lavorables aux vœux -du prétendant. Un des membres proposa, dans une sociélé où je me trouvais, d'égayer la tristesse de la ville, en donnant quelques bals publics. Le projet, après avoir été l'objet d'une longue discussion, fut mis i\ecôv.é',cav i»erait dans h ville plusieurs famittes assex tvamft
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riche* surgissent comme de* champignon*; le* Fottuaes se font et se défont dan* nne seule spéculation. Un homme se conche sans le son , et se réveille, le lendemain , possesseur de millions de dollars, il n'y a pas à New-York de corps de capitalistes influent ; et cette ligne défensive qui se forme généralement entre des hommes lié* par les mêmes intérêts et la même position sociale, devient beaucoup moins forte qu'à Philadelphie.
Le commerce , dans cette dernière ville, est plus borné; mais les affaires s'y traitent avec des maisons anciennesqui jouissent d'une telle confiance, qu'il est impossible aui nouveaux élablissemens de soutenir la concurrence. Les grands spéculateurs se réfugient à New- York ; et Philadelphie se trouve délivrée de cette agitation perpétuelle, si contraire à la bonne intelligence de la société.
Je fus assez heureux pour rencontrer en société le comte de Survilliers , plus connu sous le nom de Joseph Itonaparte. 11 est propriétaire d'un château ; sa bienveillance et sa grande simplili ont mérité l'estime générale du pays. Il vient MOtiveut 3 J'iiiladelpliie , où \\ ïréfçwnl* lieaueoup la WMrtrf. Je Je vis plusieurs (ois sans ave 4u\\\s* t^^
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ce fut un ex-roi ; enfin , on me proposa un jour de présenter à lui, ce que je refusai; ayant déjà parlé de lui dans mon ouvrage, avec justice, ou autrement, je pensai qu'il n'était pas délicat de me faire connaître.
Joseph Bonaparte est de grandeur moyenne, mais três-gras. Ses traits ont beaucoup de rapport avec ceux de Napoléon ; l'ensemble de sa physionomie est toute différente. Je reconnus un jour Louis Bonaparte, au théâtre de Florence, à cause de sa ressemblance avec l'empereur ; il m'eût été impossible de deviner aussi juste pour Joseph. Rien n'annonce en lui de grands moyens. Son ceil est terne, ses manières dépourvues de cette grâce et de cette dignité que nous regardons, gens du vulgaire, comme attachés au titre de prince. Joseph n'était pas né roi, il est vrai; il semble même avoir été poussé au trône comme pour servir de plastron politique, aux dépens de ses goûts et de sa capacité pour régner. J'ai appris qu'il parlait sans réserve de son règne court et agité; il attribue la plus grande partie de ses malheurs à la jalousie et aux intrigues de ses maréchaux ambitieux , sur lesquels il n'avait aucun pouvoir. 11 reconnaît son impopularité, mais il veut qu'on ajoute foi aux projets qu'il formait pour le bonheur du peuple.
Je finirai mon chapitre par une anecdote qui a rapport à l'embonpoint de Joseph. 11 faisait très-chaud dans l'appartement; l'ex-roi le sentait mieux que perenfin, il tira son mouchoir de sa poche, et essuya son large front découronné, avec la violence d'un homme plus habitué à porter la broche que le
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