‹ Les hommes et les moeurs aux États-UnisChapitre 14 sur 31 · LES BOUM · texte numérisé non relu

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nions religieuses et politiques. Les Philadelphie! sont extrêmes dans aucun genre , et si sir un gouvernement, entre tous ceu* que j'ai étudiés dans les Etats-Unis, je donnerais la préférence à celui quï les régît.

Philadelphie pèclie par le manque de variété. L'œil se fatigue à la contempler, l'imagination en est absorbée; on donnerait tout au monde pour trouver l'occasion d'admirer on de blâmer; on se réjouirait à la vue de quelques misérables chaumières ; on ambitionnerait presque le séjour de ces obscurs et pittoresques cabinets qui plaisent tant aux. voyageurs sans nés, et dont on est si prodigue dans la vieille ville d'E

Le principe utilitairien s'observe jusque dans L nomenclature des rues. Les unes prennent le n des arbres, tels que vignes, cèdres, châtainiers, etc., selon leur direction ; celles de traverses se distinguent par des chiffres, de sorte qu'il est impossible à un étranger de s'égarer, puisque le nom de la rue indique sa position. Market Street (rue du marché], la plus fréquentée de la ville, s'étend d'une rivière à l'autre, c'est-â-dire , sur une longueur de plusieurs milles. Les rues sont presque toutes bordées de peupliers de Lombardie , sans que j'aie pu savoir pourquoi ; ces arbres ne procurant pas d'ombre et ne se faisant pas remarquer par leur beauté.

Malgré tous les avantages de l'hiliulelphie, je ne comptais pas y rester plus de huit jours,- je me disposais à partir lorsque la neige tomba si fort, que toutes les communication*! avec la ville furent interrompues. On resta tonte (tue semaines!

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■d; le» diligences du Sud furent aussi arrêtées pendant plusieurs jours. Il fallait avoir recours aux traîneaux, car les voitures étaient devenues inutiles à cause de l'épaisseur des neiges. 11 eût été absurde a un voyageur que rien ne pressait, de se mettre en roule dans un pareil moment, et je me décidai à retarder mou départ, jusqu'à ce que je lusse bien sûr de ne rencontrer aucun obstacle pour me rendre à Baltimore.

Pendant cet intervalle, je visitai le Pénitentiaire, situé à deux milles de la ville. Le traîneau n'ayant pu me déposer qu'à une assez grande distance du bâtiment, je n'y arrivai qu'avec beaucoup de difficulté. A ebaque instant, mon pietî rompait la glace légère qui s'était formée par dessus la neige, et j'enfonçais jusqu'aux épaules. Cependant j'en, vin» à mes fins. Le Pénitentiaire est un vasle bàtimeol carré, tour à chaque angle; ses murs renferment un espace de dix acres. Au milieu défaire, s'élève un observatoire, ou doivent aboutir sept corridors; trois seulement sont achevés ; les cellules sont placées de chaque côté de ces corridors; ou y communique par u ouverture carrée, qui s'ouvre à volonté au dehors. Chaque cellule a son œil de bœuf ^ et sa cour murée qui sert de promenade au prisonnier. On ne peut entrer dans ces chambres que par ces cours

Le système suivi dans cet établissement, n'a aucun rapport avec celui dont j'ai en Toccasioude parler. On n'y admet d'autre puni lion que celle de la prison solitaire.Le geûlier n'est investi d'aucun pouvoir. Aucun abusnepeut exister. Celte méthode, selo« n«Â,ft«.vVwV

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lé à un geôlier déchargé Je toute responsabilité, chef de rétablissement me parut uu homme m pi i de zélé et de bienveillance- 11 prenait plaisir à parler avec détails de l'effet que produisait le sys- 3 de punitions, quoiqu'il fût trop nouvellement loplé, pour qu'on pût en connaître les résultats. Dans l'origine, la punition consistait dans la prison isolée, sans aucun exercice; mais comme il était impossible de suivre celte rèj'le sans nuire ,i la saule des prisonniers cl sans affaiblir leurs forces morales, on y a renonce. Voici quels sont les usages reçus aujourd'hui :

Lorsqu'un criminel entre dans la prison, on le mène dans une chambre, les yeux bandé», et après lui avoir coupé les cheveux , et fait prendre un bain , ou le conduit à lu cellule qui lui est destinée, en observant toujours la même cérémonie. Par ce moyen , il les localités de la prison , et les chances de fuite deviennent presqu'impossildes. Chaque prisonnier est pourvu d'un lit île fer, d'un matelas, de deui couvertures et d'un oreiller. En outre, il possède s sa chambre un robinet et un pot d'airain, ce qui procure l'avantage du se désaltérer, lorsque cela lui est agréable. Les cellules août «chauffées par des tuyaux ; quoique le froid fût très-dur lorsque je les visitai, je trouvai la température très-douce.

On permet à l'homme qui arrive dans la prison de jouir, pendant quelque temps, du désœuvrement de aa solitude ; mais il ne tarde pas à demander la Bible c/ de l'ou vrage. Tous peuvent cWwVrVi mitai s^w\cmt

convient ; ceux qui ne savent rien faire, aonl forcés d'apprendre à s'occuper : la nourriture est saine et abondante. On diminue la ration à ceux qui refusent de travailler. Le nombre en est borné , et la majorité des prisonniers regardent la privation du travail comme la plus grande des punitions.

Enfin, voulant juger par moi-même de l'influence de la prison solitaire . je sollicitât la faveur de causer avec quelques-uns des prisonniers; on me l'accorda sans peine. On me conduisit à la cellule d'un cordonnier, convaincu de vol, et que je trouvai tranquillement assis à travailler; il répondit gahncnt à toutes mes questions. Quoique enfermé depuis dix-huit mois, ses turct's physiques et inielb.-eiiu'lles n'iiviiiciil nullement souffert. La conversation que j'eus ensuite avec deux autres prisonniers, me prouva plus que jamais que la prison solitaire, associée an travail, n'offre aucun de ces inconvénient que j'ai entendu blâmer si souvent. Le chef m'assura que, jusqu'à présent, ee système n'avait été nuisible uî à la santé, d'aucun prisonnier.

L'administration de celle prison est admirable; cependant elle est encore susceptible d'amélioration. Je ne trouve pas que le plan soit des mieux choisis. La facilité d'inspection doit toujours être ménagée, et je ne vois pas un endroit, dans cette prison , d'où le gardien puisse planer sur toutes les cellules d'exercice. L'observatoire central ne domine que les corridors; pourquoi anse! ne communique-ton pas avec les cellules par ces corridors, cela rendrait leur accès plus commode et plus prompt. Via autoe &fcSn&

m/* construction, c'est que les pr\sornv\ots '

entr'eux lorsqu'il» sont dan» leurs © II n'y a pas de chapelle dans l'établissement : ministre est obligé de célébrer l'office du dimanche au bout des corridors. On ouvre alors toutes les fenêtres des cellules, et sa voix se l'ait entendre des prisonniers les plus éloignés. J'appris avec grande surprise que, dans un pays aussi religieux que la Pensylvanic, la prière du malin et du soir n'était pas d'obligation dans ce lieu. Cependant il serait convenable que la journée ne fût ni commencée ni terminée sans implorer la miséricorde de Dieu sur d'aussi grands coupables. Ils assistent, il est vrai, à l'office tous les dimanches. Mais cela suffit-il pour contenter l'homme dont la philantropie se rattache aux espérances brillantes de la religion?

Au total, je suis porté à préférer le système de la solitude à celui des prisons d'Aubiirn et de Charles ton. Il abolit toute nécessité de correction. Quelles que soient les souffrances du prisonnier , il sait qu'elles ne •ont pas arbitraires. Il peut, dans sa solitude, se croire encore libre , car il subit la sentence de la loi ; mais il ne dépend pas des caprices de ceux qui l'entourent. Chaque prisonnier est un esclave à Charleston. Sa punition est illimitée , elle n'est mesurée que par la conscience du geôlier. Les avantages sont tous du côté de la prison solitaire. Non-seulement la société est délivrée de la présence d'un criminel, mai» ce dernier se trouve encore dans la position la plus favorable à sa conversion. Eloigné de toutes les se' duclions du monde , entouri' de- a conseils salutaires de h religion , obligé de réfléchir pour la première lots de sa vie, il est impossible (ni "i\ ue *Q\V cas âÀsçoi*. â

ns. Par l'autre sj-stemi

revenir à de meilleurs les passions du coupable sont dans linuelle. On les force à l'obéissance en usant de* marnes moyens qu'on emploie pour les bêtes. Les législateurs américains devraient se rappeler qu'il est plus facile de dégrader l'homme libre , que d'élever l'esclave.

Le prisonnier de Philadelphie , en rentrant dans le monde, n'a pas à craindre d'être reconnu s'il est resté long-temps enfermé. La maladie ou la potence l'ont délivré de la plupart de ses complices, et dans un pays comme les États-Unis , il n'a besoin que de son industrie pour se créer une existence. Mais le coupable qui a été retenu dans les maisons de Cliarleston et d'Auburn, sera toujours un homme flétri. Il est connu d'un millier d'individus ; l'histoire de sa vie passée le suivra partout.

Ou ne peut trop louer les Américains pour leur eële â rechercher tout ce c[ui peut améliorer le sort des prisonniers. Il faut avouer qu'ils l'emportent jusqu'à présent sur toutes les autres nations de l'Europe. Les progrès de perfectionnement, diins nos vieux établissemens , ne peuvent être que lents s difficultés qu'il faudrait surmonter, et qui sont immenses dans ce pays. Oue les Américains poursuivent donc ce qu'ils ont commencé , ils auront plus de droits à la reconnaissance de leurs compatriotes, que s'ils excellaient dans les arts, ou s'ils se couvraient de gloire.

De tous les collèges américains qui se trouvent hors des limites de la Nouvel le- Angleterre , ceVii ie Vene est te plus remarquable. Une éecAeàeTOcAft-

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Personne , dan* cet établissement , ne peut un cours d'études spécial ; quels que soient leurs projets pour l'avenir , tous sont obligés de suivre la même route. Il y a des branches sur lesquelles on lait bien <f insister , comme étant nécessaires au développement de l'intelligence ; mais je trouve absurde de forcer tous les élèves à se casser la tète sur les mathématiques, la chimie et la philosophie. En Amérique, où le temps consacré à l'éducation est si court, pourquoi en dépenser une partie à l'étude des sciences qui ne peuvent que médiocrement contribuer aux progrés de l'esprit. A tout effleurer, c'est vouloir ne rien savoir à fond. Aussi les savans sont-ils beaucoup plus rare» en Amérique que dans tous les autres pays , où le» hommes , en général , mettent toute leur ambition à exceller dans un genre. Au reste, ce plan est tout'à-fait en harmonie arec l'état actuel de l'intelli- """»*# en Amérique. Je citeta\ , v° w ^ ^ tSM!t ***

AUX ÉT*M-«KW. 311

preuve, un extrait du rapport fait par les commis sairea sur cette université Je Pensylvanïe. Ces messieurs assurent : * que l'objet du cours est île donner aux élèves une connaissance profonde et critique des classiques, des notions étendues sur les différentes branches de mathématiques , de philosophie naturelle . de chimie, liées â toutes les sciences comprises dans la sphère de la philosophie morale, de la logique, de la rhétorique, de la métaphysique, des preuves du christianisme ; ce cours d'instruction remplira l'espace de quatre ans.

Si les commissaires en avaient annoncé quarante , on aurait encore pu douter de la réalisation de leurs promesses. Personne n'aurai tosé, eu Europe, proposer un pareil règlement , dans la crainte de «c couvrir de ridicule; mais en Amérique, les commissaires ne promettaient rien de plus qu'ils ne pouvaient tenir. Un jeune homme passe ici pour avoir uue connaissance profonde des classiques, lorsqu'il peut (aire la construction d'un passage de César ou de Virgile; et, avec le secours du dictionnaire, expliquer par hasard unirait de Xi-nophon ou d'Anacréou, ainsi de suite pour toutes les autres branches si ieuiiliques. En mathématiques , on exige à peine de l'élève qu'il ellleuré les ouvrages de La Grange ou de La Place , et en nié. ta physique , qu'il lise ceux de Kant ou de Cousin.

Ainsi, ce qu'on appellerait dans tout autre pays un charlatanisme impudent, est regardé ici comme le langage de lu vérité. Les mêmes mots expriment un sens différent , selon la position des hommes sur le globe; mais la cause en est trop claire cour t\.te\w.conaue. Qu'il aie soit donc permis i\e ïaîïe spAwpss

313 t-ES HOMMES ET LES WBUBS

observations sur cette intéressa nie question , savoir jusqu'à quel point les habitudes sociales et les institution» inlluent, dans les Etats-Unis, sur les progresse la philosophie et de la haute littérature.

Après la guerre révolutionnaire , la population, depuis l'esclave jusqu'au planteur , marchait par degrés vers la civilisation. Elle partit d'assez bas, mais ne monta pas assez haut. La majorité des blancs , surtout dans les États du Nord, n'était pas dépourvue de toute éducation ; car dans un pays où la misère ne pénétre pas , tous peuvent se procurer nue instruction élémentaire ; riches et pauvres étaient égaux sur ce point. La nécessité du travail étant imposée à tout le monde, personne ne se livre à l'étude de connaissances étrangères à ses affaires. La littérature doit offrir peu d'inlrn'l au cultivateur de tabac et d'indigo, atl marchand de bois et autres de sou espèce. Jamais l'Amérique n'a produit ce qu'on appelle un savant, et tous ses ouvrages réunis ne suffiraient pas pour former un écolier.

11 existe en effet des collèges dans plusieurs Etats ; mais ce sont tout au plus des pensions mal dirigées. Quand même leurs prétentions s'élèveraient plus haut, quel est le savant étranger qui voulût abandonner ses universités , pour celle de ïale ou de Harvard? D'ailleurs les Américains n'ont nulle envie d'attirer chez eux nos hommes instruits. 11 est impossible que la science sait en grande faveur auprès d'une société telle que je viens de lu dépeindre. Elever l'esprit , étendre les connaissances , purifier le //nul, tant cela n'est rien à ses yeux; le mérite de l'éiJncaiioii n'est apprécié que. iTaptfes \es i

pl'elle rend dans les affaires et dans la vie commune, Lorsqu'elle est partagée par une nation entière ,

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perpétuer l'ignorance , a, tari pour les États-Unis unedessourci coudes de grandeur nationale. Elle ne s< celte erreur, que par une génération nouvelle, délivrée de tous ces préjugés qui pèsent encore sur l'intelligence des Américains les plus éclairés.

L'éducation du clergé diffère peu de celle des laïques, la science tliéoiciji'irjuc étant nulle, ainsi que les moyens de l'acquérir. Je pense qu'il eût été difficile de trouver dans les Kbits-Unis une seule édition des l'ères de l'église. Le protestantisme, il est vrai, s'inquiète peu de l'obéissance à l'autorité, surtout lorsqu'il se combine avec les idées démocratiques. Pasteurs et troupeau font peu de cas de l'autorité primitive, et chacun cherche à tirer des Saintes-Ecritures

naissances, Expliquer la Bible dans la langue nationale, exposer ses doctrines ;i la satisfaction d'un auditoire non moins ignorant que lui , c'est tout ce qu'on exige du clergé. Jusqu'à présent, il n'y a qu'un seul collège qui ait songé à l'éducation cléricale ; cependant plusieurs sectes ont fondé des académies de théologie, où leurs ministres peuvent acquérir les connaissances nécessaires pour l'exercice de leur» fonctions (1).

(I) L'almanacii américain de 1831 contient un tableau de tous les établie meus théologiques des Êlals-UnU, le nombre du leurs élève* et des volumes contenus 4»«sAe* (. tes é/ères sont au nombre île six cco>. cwi- Ift.

Jeflerson, malgré ses défauts, connaissait toute l'ignorance de ses compatriotes. Voyant que les semences de l'instruction étaient répandues partout sans rapporter de fruits , il voulut essayer de remédier à ce mal , et fonda, dans son pays natal , une université dont il s'occupa avec zèle jusqu'à sa mort. Jefferson savait que les Etats - Unis , forcés d'avoir recours aux nations étrangères pour se procurer des ouvrages de science , se plaçaient vis-à-vis d'elles dans un rang inférieur. Quoique le commerce de l'esprit repose sur des principes plus libéraux et exige moins de retour , c'est vivre de charité que de recevoir toujours , sans jamais rien donner ; c'est vouloir passer pour ineptes dans la grande famille des peuples.

Cependant il n'était pas au pouvoir de Jefferson de surmonter les obstacles qui s'opposaient à ses vues. Dans un pays où les richesses font la seule distinction, les hommes n'auront jamais de désirs que pour elles. II existe en Angleterre différens genres d'aristocratie qui se corrigent mutuellement , et qui, en ouvrant à l'ambition des carrières nouvelles , stimulent davantage le zèle , et donnent plus d'étendue aux connaissances. Les idées, en Amérique, étant concentrées dans

quante-sept, les bibliothèques possèdent quarante-trois mille quatre cent cinquante volumes. Celle du collège royal en renferme huit mille ; c'est la plus considérable. A New-Harapton il n'y a que cent volumes , et quatorze élèves. Sept de ces établissemens n'ont aucune bibliothèque , c'est l'inspiration qui doit faire les frais de l'éduca • tion. Jusqu'en 1808, il n'y avait aux États-Unis aucun séminaire. On en a fondé un celte année , uxi autre ea 1812 , mais tous les autres sont d'une orîçuie ^YM^vfewaA*.

r seule aristocratie , sont d'autant plus fortes : réunissent vers le même but. Jelï'erson échoua donc dans son projet.

On me répondra sans doute que cet étal de choses durit je viens de parler, n'est que provisoire , que la population devenant plus nombreuse, les affaires commerciales seront moins lucratives , à mesure qu'elles prendront un nouvel essor, et qu'alors l'étude des sciences sera plus en laveur. Je désire qu'il en soit ainsi. Rien dans la général iun actuelle n'anuonee le plus léger tymptàine. dt goût ou d'amour pour les sciences. J'ai au eouiraire aoqnis la certitude que les enl'ans sont bien inférieurs à leurs pères. Je n'hésite pas à prononcer que les jeunes Américains riches , comparés à leurs aïeux, sont moins instruits , moins généreux , et beaucoup inoins aimables dans leurs manières.

En Angleterre , chaque génération nouvelle se montre supérieure à celle qui l'a précédée, chaque nouveau corps de lcgi?-l:ili urs te l'ail remarquer par le progrès de ses lumières. Tout ce qui distingue les nations a pris aussi une extension nouvelle depuis trente ans. La marche de l'esprit humain, loin de rétrograder, n'a l'ait qu'avancer; no aujourd'hui degéans, il est vrai, mais la stalue colossale du peuple n'est-elle pas une compensation? Nous comptons un pouce déplus que nos pures, et nous jouissons de la perspective d'être encore sur-

pass

S'il en est ainsi en Amérique, je me suis Irompé dans mes observations. Je n'entrevois ça» e*iM«eVi possiliililr qu'elle réponde dfl lwUJ**BDÇ* OpsàflP

lumières sur le monde. L'instruction élémentaire a marché de pair avec l'accroissement de la population, mais si on dirige les jeunes gens vers le pied de la montagne des sciences, on néglige les moyens d'arriver au sommet. Il n'y a rien aujourd'hui dans les Etats-Unis qui soit digne du nom de bibliothèque. Un Américain pourrait donc étudier tous les livres qu'il possède dans son pays, et n'en être pas moins ignorant aux yeux des Européens et surtout des Allemands* Gomment se fait-il qu'une aussi grande nation consente à vivre dans un état d'ignorance aussi humiliant ? N'y a-t-il pas des bibliothèques à vendre en Europe ? Ne pourrait-on pas faire venir des milliers d'ouvrages? Est-ce la pauvreté ou l'ignorance de leur valeur qui empêche les Américains d'en faire Tachât (1)? Je serais heureux de pouvoir m'arrêter à la première idée.

Ce préjugé qui existe avec tant de force contre le droit d'aînesse , est encore très-nuisible à l'avancement national. Car il met obstacle à l'accroissement des richesses individuelles , et à la formation d'une classe d'hommes qui encouragerait les arts et les sciences. Il n'est pas probable que ces obstacles disparaissent

(1) La valeur des ouvrages importés d'Europe en 1829 , s'élève à dix mille huit cent vingt-neuf dollars, et je suis convaincu qu'une foule de livres nouveaux était comprise dans cette petite somme. L'Amérique semble résolue à se passer des trésors de la science. On a peine à croire que la seconde nation maritime du monde ne possède pas encore un seul observatoire pour l'astronomie, et qu'elle se repose sur les calculs de la France et de V Angleterre oour diriger **« vaisseaux sur mer.

I sous un gouvernement ici qutiliM, 7" bMtfdHll à ce sujet quelque* observation».

Lorsque nous disons d'un {jouvei'iiemetii qu'il '>»l populaire, ou tout autrement, nous voulons dire qu'il se laisse plus ou moins influencer par l'opinion cl In sentiment général de ceux qui s'y soumettent. Un a0B> vernenient tout-à fait populaire est obligé de suivre la route (fue lui trace l'intelligence du peuple. M m- peut ni avancer ni reculer; il faut qu'il soit, pour ainsi dire, le reflet de la force et de la fai Messe de l'esprit général; qu'il soit non-seulement le représentant de ses qualités et de ses vertus , mais en mf-nie temps de ses erreurs , de ses folies , de ses passions et même de ses préjugés.

Ou ne peut s'attendre à aucune indépendance do la part d'un gouvernement semblable; ce n'estque lorsqu'il s'élève »ur des bases plus solides ifaeetOe* de h faveur populaire, qu'il peut agir sans ftre influencé parles préjugés nation au i.

Se Ion* les gouverneraens représentatifs , celui des Etats-Unis est regardé comme le meilleur. Cependant 11 n'agit que par la volonté d'un seul maître, qui est le peuple. Quelles que soient deae DM sur la situa lion actuelle ou future de l'Union Américaine, nous ne pourrions, sans Wi« . attribuer uue influence quelconque à un gonnruc un ni qui ne rerail d'impulsion que de la volouté populaire.

L'Américain de talent n'a d'autre moyeu pour sitiifaîre son ambition politique, que de Mol haute» places données par le gouverne meut fédéral ,

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premières , mais aucune ne s'obtient sans la faveur populaire. Aussi les connaissances qui ne sont pas appréciés par cette grande masse, ou qui sont au-dessus de sa capacité, deviennent-elles parfaitement inutiles, car elles ne procurent ni gloire, ni récompenses. Je dirai plus, le talent est non-seulement peu avantageux à l'homme qui aspire au pouvoir, mais il apporte encore un obstacle à sa nomination. Le peuple , souverain en Amérique , ne tolère que le mérite dont il reconnaît Futilité immédiate; il ne permet pas celui dont la supériorité ne relève que l'esprit. C'est pourquoi il en veut surtout à la littérature. Égalité pour tous dans l'éducation, s'écrie le peuple de toutes parts, et il anéantirait volontiers dans les autres les talens auxquels il ne peut parvenir.

D'un autre côté , le peuple est bien aise de rencontrer un chirurgien habile , ou un savant médecin , car il profite de leur science. Il respecte un mécanicieningénieur; le théâtre est vaste pour le chimiste et l'ingénieur. Mais les brillans succès de la littérature ne sont à ses yeux que l'apanage de l'aristocratie, et ne peuvent s'obtenir selon lui qu'aux dépens de l'estime de l'homme moins instruit. J'ai moi-même entendu parler de la science avec un dédain qui ne fait pas honneur au pays. Jele répète, le peuple des États- Unis est le moins avancé de tous. Peut-être est- il naturel qu'on ne recherche pas les talens dont on n'admet pas encore la k nécessité. Je suis loin de prétendre que les hommes d'État en Amérique ne soient pas capables de répondre aux exigences de leur patr/e; mais si le but principal àe% \u&\\Vx\\\o\\* &taùrâ&

est d'en cou rager le développement îles facultés, si la science est un pouvoir, si l'a II ramollissement des préjugés, plus noble encore que la liberté physique, doit exister, je crains qu'il ne se trouve pas dans les Etals- Unis d'hommes capables de fonder un [gouvernement semblable. Je ne veut pas non plus que la science et la littérature doivent tous leurs succès à un système d'encouragement, cela ue réussit pas toujours. Mais je trouve qu'un gouvernement doit, par sa constitution même , proléger le talent et l'aider à parvenir au plus haut degré. L'administration qui ue songe, en matière d'intelligence, qu'aux besoins, prouve une grande faiblesse. Il faut aussi que les hommes aient la vue bien courlepour vouloir imposer des limites aux progrès de l'esprit. Personne ne peut désirer faire partie d'une société où les qualités brillantes de l'esprit ne sauraient exciter la plus légère admiration.

Je ne saurais prédire à quelle époque l'influence qui a retardé jusqu'à présent l'avancement des Américains sera détruite, et remplacée par uue autre plus favorable. On trouve certainement dans les Etats-Unis des hommes de talent et très-capables de rendre des services à leurs compatriotes. Mais quant à ces sciences dont tout le mérite résiJe dans la supériorité de l'esprit, il faut avouer que personne, en Amérique n'en sait apprécier la valeur.

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