A. PEETERS, LIBRAIRE; LEIPZIG
ALLOBMUNB MIBDBBLAHDISCIUl BUCHHAKDLW©.
Voyage à Baltimore cl à Washington. — Mail
:. — Traîneau américain. — Esclavage dam le Maryland. — Monument de la bataille. — Beauté des femmes. — Commerce de Baltimore. — Législature. — M. Carrai. — Changemeaa en Amérique. — Voyage à Washington. — Tableau du Capilole. — Washington. Perspective de Washington. — Les Représentons. —
— Salie du Sénat. — Amusemens de Washington. — Bal chez le ministre fronçai». — Présentation «u Président. — Dé pu talion dos Indiens. — Les enfans indiens.
— Les Indiens.
li dans lequel je voyageais était le plus n pût rencontrer. Le vent (nord-ouest) y pénétrait de tous côtés, et iwns jelart a\a ï«
; fine qui nous piquait comme des aiguille;.
Le chemin que nous avions à parcouru' se trouvait dans un pays plat et peu intéressant. Nous déjeunâmes dans un mauvais cabaret, et celui où nous descendîmes pour dîner ne valait guère mieux.: cependant les vivres y étaient abondans. Bientôt nous arrivâmes à Lancaster, ville assez marquante, et fameuse par sa manufacture de carabines. — Après une halte d'une heure, repartîmes dans une espèce de traîneau couvert, a forme de charrette; et, comme noua n'étions plus s voyageur», moi, mon domestique et un colporteur hongrois, nous nous enfooçàmes sans cérémonie dans la paille au fond de la charrette.
Je m'y trouvai fort à monaise.J'aïais passé la nuit précédente à écrire, et le sommeil ne tarda pas à s'era- 1 de moi. Le roulement bruyant de notre équisur le vaste pont de bots qui traverse la Susqueme tira cependant de mon assoupissement. Je me levai pour jouir de la vue du pays qui se dessinait à merveille au clair de la lune. Je voyais des rochers, des arbres magnifiques, une rivière glacée, et la pensée de rfyoming répandait un nouveau charme sur tous ces objets. Mais la rivière disparut bientôt, et, reprenant ma première position, je jouis de nouveau de ce bonheur que le sommeil accorde à l'homme, et <]tiî est en effet une trêve à tous nos maux.
Je ne puis dire pendant combien de temps dura ce bien-être, mais je sais qu'il me fut enlevé de la manière la plus désagréable. La charrette s'était arrêtée, et le monstre de colporteur , en se frayant un passage lion de celle machine , posa violemment sou gros loulier terré sur mon pauvre e&Vai&at. ï* oie oto*
il'abord écrasé sous la roue du charriot de Newcastle ou par le grand éléphant de la bourse d'Exeler. Mais quand je connus la vérité , je ne pus retenir , contre mon habitude, des jureraeus nll'reux, tant j'étais indigné de me voir converti en marche-pied pour ce
J'avoue qu'il y avait quelque chose de risible dans toute cette affaire. Se trouver ainsi étendu dans la paille au fond d'une charrette, à coté de son domestique et d'un marchand ambulant, doit paraître fort bizarre. Mais les voyages en Amérique nous donnent souvent de singuliers camarades de lit.
Je m'étais déjà aperçu qu'il était impossible de suivre dans ce pays les usages reçus vis-à-vis de ses domestiques, et qui sont inviolables en Angleterre. Ici, tous les voyageurs mangent à la môme table, ei le temps accordé pour les repas est si court que si Julin ne dîne pas avec son maître, il court le risque de rester à jeun. Au dîner, il trouvera toujours du jambon, de la dinde, un morceau de rôti ; et s'il ne peut faire un bon repas avec de tels matériaux , il est évident qu'il s'est trompé de route, et qu'il doit se borner à voyager de Va II Mail au Palais-Royal.
Nous laissâmes York le lendemain. J'étais bien persuadé que je ue pouvais rencontrer un plus mauvais équipage que celui que nous avions quitté la veille : cependant te proverbe eut encore raison , et nous tombâmes de Carybde eu Scytla. Notre traîneau paraissait avoir été l'ait exprès pour la circonstance. Il consistait en quatre planches grossières clouées en forme de boîte longue, drapé el recouvert m« 6m, i;n>t calicot: dan» l'intérieur , quelques n\a«cues toifir
qtt.
les formaient le siège de si* passagers, obligés ■ tenir presque debout sans aucun appui. Cet arrangement nie parut peu commode; mais la neige étant Terme et unie, nous roulâmes vile et sans secousse, et nous nous trouvâmes à Baltimore avant la nuit.
Avant de quitter Philadelphie, j'avais écrit à un de mes camarades de voyage de me retenir ici un appartement à l'hôtel iVIndian-Queen; en effet, tout était prêt pour me recevoir. Je puis dire que je n'ai jamais été plus commodément logé, eu Amérique, que dans cet hôtel- La cuisine, qui y est excellente, les soins attentifs d'un domestique nègre, me gâtaient et me faisaient craindre d'avance mes privations futures. Je savais déjà qu'aux États-Unis, un homme ne peut manifester de supériorité en aucun genre sans exciter le ridicule. Pour voyager en paix, il làul donc prendre les choses comme elles sont, et mettre tout amourpropre décote. On est souvent obligé de l'aire société avec des gens dont la présence nous humilie ; cependant il est très-rare qu'un homme bien élevé soit grossièrement traité: il ne peut exiger le respect, mais on le lui accorde; et, dans ce pays démocratique, l'homme comme il laut y est distingué comme partout.
Notre course de la journée se termina à York, où un bon souper et un lit commode nous firent oublier nos «il nui s et nos fatigues. En Amérique, les privations du voyageur ne s'étendent jamais jusqu'à la table. On y trouve partout des mets sains et abon- Mais j'ai souvent pensé que, si le diable se mêle quelque part de la cuisine , cela doit être aux Elatsles plais n'y sont jamais VTws» a
aox iTATg-nms. 9
on n'y prend aucun soin de h viande; on la porte directement de la boucherie à la broche. La prédilection nationale pour la graisse est inimaginable; c'est la substance de tous les plats: on n'y ajoute mémo quelquefois rien autre chose. Quoiqu'on en mette jusque dans le pain, on nous l'apporte encore au déjeuner nageant dans une matière gluante; malgré cela le voyageur, s'il n'est pas difficile, n'a vraiment pas le droit de se plaindre beaucoup.
J'étais maintenant dans un pays d'esclaves, et fort curieux de voir de près des hommes que mon imagination m'avait représentés comme les êtres les plus dégradés. Je m'attendais à découvrir en eux des marques de tristesse et de passions violentes, à les voir tous accablés par le travail , abrutis par l'ignorance et les coups de fouet; enfin semblables au monstre de Krankestein, n'ayant d'autres rapports avec les autres hommes que par la forme humaine et par les influences attachées à notre nature. Tous les domestiques de l'hôtel étaient esclaves, et leur service me faisait éprouver une sensation moitié agréable, moitié pénible. Pour la première fois de ma vie je rendis grâces à Dieu delà blancheur de ma peau.
liais ce n'était pas dans la classe domestique que je pouvais former une idée juste des particularités qui distinguent celte race. Jusqu'alors je n'avais jamais songé à l'esclavage sans me reporter de suite au travail des champs, à l'ardeur du soleil, au milieu d'un pays magnifique; je ne voyais dans l'hôtel que des domestiques et des servantes très-propres, remplissant leurs fonctions avec exactitude et ne ffiSXismsA. 'les ëerriteurs européens que par la ccm\ wv .
n'ai pu savoir p»r moi-même quels étaient .
>ns adoptés pour forcer ces malheureuses c relia l'obéissance- Celles «rec lesquelles j'ai causé s sont jamais plaintes Je leur sort. Mon domestique fut cependant témoin de plusieurs corrections à l'aide du manche à balai. Il me raconta aussi avec une éloquence toute particulière un autre fait cruel. Le maître ou la maîtresse de la maison, mécontent sans doute avec raison île Boo ts, jugea à propos de lui fendre le crâne à coup» de liache; je puis attester toute la vérité de cette dénonciation , car j'ai remarqué l'emplâtre qui couvrait la blessure. Mais ces tristes scènes n'ont jamais lieu dans les familles comme il faut ; elles sont incompatibles avec la douceur du caractère qui distingue les habilans de Baltimore.
Je ne crois pas que l'état d'eschvage puisse subsister eucorc long-temps dans leMaryland. Ses produits d'agriculture sont le blé et le tabac; le climat y est sain et tempéré : pourquoi ne pas y renoncer dés a présent? Une vieille habitude, un préjugé enraciné, contribuent plus que toute autre chose à perpétuer cet usage. 11 n'en est pas ainsi dans les états du Sud; le climat y est moins salutaire, et la culture du riz et du sucre exige le travail de l'esclave. Les propriétaires doivent y être opposés à l'émancipation, car, du moment où elle aurait lieu, ce terrain immense, aujourd'hui si productif, serait abandonné et ne rapporterait rien. Mais ces obstacles n'esistent pas dans le Maryland, ni même dans la Virginie. Le travail de l'esclave y serait au ssitûl remplacé par celui de l'homme libre, an grand profit du propriétaire et do l'avance- \t général de l'intelligence. VèW.-iûVwaiWWÇvft-
ena fait l'expérience avec leplus grand succès;
n Je l'esclavage y a produit un eifet magique, et semble avoir débarrassé la population d'un poids qui absorbait ses facultés; depuis lors, la Pensylvanie a surpassé tous ses compatriotes par ses progrès dans tous les genres.
Baltimore s'élève sur le Palapsco , petite rivière qui va se jeter dans la Chesapeake. I.a ville a beaucoup de rapport avec celte de Boston, quoique l'architecture des rues soit plus régulière. Le commerce à Baltimore est très-considérable, cependant ou n'y voit pas cette activité si remarquable à Boston et à New- York; c'est, je crois, le magasin de farine le mieus fourni de tout l'univers ; et les revenus de ses exportations sur cet article surpassent de beaucoup ceux de toutes les autres villes de l'Union. La religion catholique- romaine est celle qui domine; la cathédrale archiépiscopale est la plus belle de l'endroit; elle est bâtie en forme de croix , avec un dôme qui n'est malheureusement pas proportionné à la grandeur de ledilice. Elle renferme quelques tableaux médiocres dont plusieurs lurent envoyés par le roi de France. Au total, le bâtiment produit peu d'effet; l'intérieur pourrait être embelli au moyen de statues et d'autels, qui cacheraient la nudité de ces murs, qui ne sont ornés aujourd'hui que par un petit nombre do pilas- Baltimore réclame l'honneur d'avoir élevé la première un monument à Washington. Il consiste en une colonne de marbre blanc , placée sur un piédestal quadrangulaire; elle a cent vingt pieds de. WirteV wç- /wrtffimts/,ituecu/ossale ) qui,ilesonlïôue,»eto\i\e.ç'c*»-
de» regard* pleins de fierté sur tonte la ville, monument n'est pas encore achevé , mais le plan «impie et majestueux fait honneur au goût de la ville. Cette colonne , avec la Maine et le piédestal , s'élève à cent soixante pieds de hauteur.
On voit encore dans une des places de la ville une colonne triomphale, appelée le monument de la bataille, en honneur de l'attaque repoussée par Baltimore, dans la dernière guerre, et de ceux qui périrent dans la défense. Cette colonne, haute de cinquante pieds environ, est entourée de faisceaux romains, symbole de l'union; on l'a placée sur ua piédestal carré, d'où elle s'élève en pointe au milieu de quatre griffons ; le tout est surmonté d'une statue de la Victoire , ayant un aigle à ses côtés. La foule de petits détails dont on a surchargé ce monument eu détruit tout l'effet, et le défaut Je goût s'y fait tellement sentir, qu'on a peine à croire que cette production appartienne à la même époque qui a vu construire le bel édifice de Washington.
Dans une de mes premières visites à Baltimore, une dame me demanda si j'avais vu la colonne triomphale; sur ma réponse négative , elle commençait h en faire l'éloge le plus pompeux, lorsqu'elle se reprit tout-àcoup, et se confondit en excuses, pour avoir abordé un sujet qui devait exciter en moi , comme Anglais, une sensation pénible, puisqu'elle me rappelait la défaite de mes compatriotes. Je l'assurai que ses regrets étaient inutiles, que je verrais le monument sans que mou amour-propre en souffrît le moins du monde. .ftaîs tout ce que je pus dire à ce sujet ne prodi aucun effet sur ma belle ajnérwÙDfe,
jto^w
aux ii.rs ims. 13
reot plus vives que jamais ; voyant qu'il lui était s j'eusse l'air d'un homme humilié, je renonçai à vouloir prouver le contraire. Si je ne me trompe pas sur le compte de John Bull , je crois qu'il n'est pas aussi sensible que les Américains veulent Lien se l'imaginer j et l'idée qu'un Anglais gémit encore sur la déroute de Baltimore, est tant soit peu burlesque.
Cette ville est célèbre pour son hospitalité et la beauté des femmes; cette réputation est justement méritée, car je n'ai jamais vu, dans tous les États- Unis , de plus jolies figures qu'à Baltimore ; et cet intérêt sordide dans les affaires , y est moins fort que partout ailleurs. Le commerce n'exclut pas les plaisirs de la vie sociale dans les réunions. La conv IÎod est agréable et légère, et on traite rarement, à lalilc , d'intérêts commerciaux.
Les Baltimoriens n'ont de prétention dans aucu genre , et les connaissances littéraires sont moins rt pandues qu'à Philadelphie et à Boston. Cepenihi l'observateur le plus fin ne peut faire, à ce sujet, que des remarques inexactes. Mais je puis assurer que les souvenirs qui me restent de Baltimore sont des plus agréables, et que je conserve pour plusieurs d habitant une très-grande estime.
J'ai déjà dit que tes femmes de Baltimore étaient remarquables par leurs charmes extérieurs. Elles n sont pas grandes, mais elles sont élancées et km cieuses; leurs traits sont en général délicats et réguliers; elles sont moins dépourvues que les ai Américaines Je cet embonpoint proportionne &wç\&«i\ titurhe peut-être trop de valeur , à cause ic sa
Eu général , l.i figure d'une Américaine, qui n'est pas de In première jeunesse, offre un assemblage d angles el Je lignes droites peu gracieuses ; les os grossissent, et, devenant saillans, n'ajoutent rien aux charmes de la personne; il eu résulte un état de maigreur fort désagréable à l'œil du poète. Mais l'homme plus âgé considère ees objets avec plus de philosophie; et je pense que s'il était possible de rassembler les élemeos dispersés qui forment la beauté , pour en apprécier la valeur, les femmes , aux Etats-Unis, auraient moins de droit à se plaindre que celles des
J'ai entendu dire que , depuis vingt ans , le commerce avait beaucoup diminué à Baltimore. A l'époque de cette longue guerre qui agita toute l'Europe, les Américains traitaient, pour ainsi dire, avec le monde entier. Avant que leur drapeau n'eût à braver les combats , on le voyait flotter sur toutes les mers et dans tons les ports. Les richesses affluaient chez eux île toutes pari*. Pcmblnbln a l'avocat de la fable, tandis que chaque partie belligérante recevait une coquille sous la forme de victoires el de bulletins extraordinaires, ce peuple prudent et sage trouvait moyen de rester possesseur de l'huître. Mais enfin, les Etats-Unis renoncèrent aux nombreux avantages de la neutralité. La proclamation de guerre de M. Madison fut le signal de la perte de Baltimore, la cessation des hostilités en Europe ayant laissé aux autres na. lions la liberté de profiler de leurs avautagi reh par rapport au commerce ; le port est comp; tivemenl désert, ses quais ne wnfc ç\\ foule affairée , comme au \io«
naiatn-
,ara-
itIX MiTS-OMS. 15
lorsqu'il plaisait aux peuples européens des'ciilr'égor- Ijer , parce que les uns vivaient d'un côlé des Pyrénées, et que les autres étaient séparés par le Rhin.
Les bons citoyens de Baltimore déplorent vivement la pain qui existe entre leurs frères d'Europe ; et j'ai entendu porter le toast suivant avec enthousiasme : « En honneur d'une guerre sanglante en Europe, i Le progrès générai Ai: l'intelligence est sans aucun doute contraire aux. souhaits de ces pliilantropes répuliliiiiiii-- lis regrettent plus encore de ne pouvoir obtenir ce qu'ils appellent avec empLase le nerf de la guerre. Si le peuple des Etats-Unis, pour Je plaisir de voir réaliser des vœux qui tourne raie rit a son profit, veut faire les premiers frais , l'état actuel des choses lui offre de nombreuses chances de succès. Une note , un mot de Metternich , ou de Talleyraad , fera l'affaire; et les scènes avec lesquelles nous sommes déjà familiers, ae représente roui depuis Moscou jusqu'à Madrid. Il est à craindre même que, sans le secours libéral de l'Amérique , ses désirs ne soient satisfaits ; mais si les richesses doivent provenir d'une telle source , elles ne sauraient- être mieux placées qu'entre les mains de Ballimoriens, si renommés par leurs scies de charité cl d'hospitalité.
Curieux de voir par moi-inèuie comment se traitent les affaires de la législature, je me disposai à un; transporter à Anapolis , le siège du gouvernement. où les deux chambres étaient alors assemblées; i amis do Baltimore me détournèrent de mon projet. Ils m'assurèrent que rien, ô Auapolis , penserait des ennuis du voyage; OJOB Vm WÙwaç '/ Mfliinûea. tes chemins encore \»\», ■ '
18 LEJ BOUMS SI LES MŒmS
repré-seniaiu étaient loin d'être instruits et bien vés. J'avoue que cela stimulait encore plus ma curiosité, et j'aurais sans doute persisté dans mon dessein, si une lettre d'an ami à Washington ne m'avait pas informé que, si je ne me rendais pas de suite au siège du gouvernement général , je manquerais l'occasion d'assister au moment le plus intéressant du congrès. Je partis de suite pour Washington uant congé de mes amis de Baltimore, que je me sais un plaisir de revoir avant de continuer
s le sud.
Pendant mon séjour à Baltimore d'être présenté à M. Carrol, le den ces braves qui signèrent l'iudépendai H. Carrol, âgé de 95 ans , jouit eucoi et prend plaisir à fréquenter la toujours la conversation par
eus l'honneur survivant de ace de leur pays.
■e de ses facultés, été dont il anime foule d'anecdotes
Rien ue me parut pli
d'entendre ce vieux patriote causer des camarades de sa jeunesse, tels que Jay , Adams , Jefferson et Hamilloa , et peindre ces positions difficiles et orageuses, qu'il avait traversées avec tant de gloire. Baltimore, qui renferme aujourd'hui 80,000 habita») ressemblait, dans sa jeunesse, à un petit bourg de pêcheurs., et contenait une douzaine de maisons; mais ces métamorphoses se sont opérées avec une égale npJdW dans toutes les villes de l'Union. Les Américains, il y a un peu plus de cinquante ans, n'étaient qu'une poignée de colons, petits marchands d'esclaves et de Inhac. La mère-patrie tirait d'eui tout ce qu'elle pouvait , hue accordant \e mo'ms çossMe. Tft<ivs,ea iche, ëcouoraisîiut c\ie* tA\e \ft» çoV«w,ea o.'
pouvait , franche
prisons, elle contribua à l'accroissement rapide de leur population , et fit passer, sur les plantations du Bfiirylantl et de la Virginie , certains messieurs et certaines dames d'une conduite peu édifiante. Pour mettre le comble à ses soins maternels, elle intervint dans les affaires de cette contrée , se réservant tous les moyens de s'enrichir à ses dépens; et pour couronner l'œuvre , y expédia force lords John , avec la mission de remplir leurs bourses vides , et de contenir la belle humeur du peuple, par de beaux discours , do bonnes prisons , et des forces militaires.
M. Carrol se souvient de tout cela; mais il a vécu assez pour jouir du changement qui s'est fait depuis. Les colonies ont disparu , et, sur leurs débris, s'est élevée une confédération puissante d'Etats libres , comptant une population de douze millions d'habitans sur un territoire fertile et vaste, marchant en seconde ligne pour la marine et le commerce avec la nation dont elle se vante de descendre. 11 voit ses compatriotes aussi heureux qu'ils peuvent l'être suus les institutions de la plus grande des républiques! Il voit des régions entières, autrefois le repaire des panthères et des Indiens, couvertes de maisons appartenant à des hommes civilisés et chrétiens. Ces Heures majestueux, sur lesquels de misérables barques faisaient difficilement un voyage par an, sont maintenant sillonnées par d'immenses bateaux à vapeur, chargés de riches marchandises. Il a vu, dans l'intérieur du pays, des lacs que le voyageur audacieux osait seul approcher, communiquant avec l'Océan, au moyen de naux. Enfin, la vie de M. Carrol s' est éfc«Afeft\«o<ihat les années /es plus fécondes en i-j
18 lilS H0J1MES ET LFS TOLflS
son pays; et ce vénérable patriole, après a témoin de transitions aussi e>: Ira ordinaires, après avoir vu descendre dans le tombeau tous ses camarades de gloire, peut bien se décider à les rejoindre sans regrets, jouissant jusqu'au dernier moment de rattachement de sa famille et du respect de ses concitoyens (1). Dans celle dernière quinzaine, le temps avait été très-mauvais; la neige, le dégel , rendaient l'accomplissement de mon voyage à Washington très-difficile. Mais les périls sout toujours plus grands eu imagination qu'en réalité, et nous parcourûmes nos quarante milles avec moins de secousses et d'accidens que je ne m'y serais attendu. Je regardais par la fenêtre de la voiture, d'un air sombre, les champs couverts île ueige, lorsqu'un des voyageurs me demanda comment je trouvais Washington. « Je vous je dirai qnand je l'aurai vu ■> , lui répondis -je. — « Mais il y a plus d'un q ua rl-if 1 heure que vous y êtes » , reprit mon compagnon. Ce qui était vrai. Mais je n'avais encore distingué que deux pauvres chaumières très- éloignées l'une de l'autre. Bientôt, noua arrivâmes au eapitole, et, tournant autour de la hauteur sur laquelle iU 'élèii. 1 , nous arrivâmes rapidement sur l'avenue de Pensylvanie, rue principale de la vil le. Les maisons se voyaient de ce côté en plus grand nombre, et de distance eu distance on apercevait ce qu'on appelle dans le pays un bloc de bâtiment, ou, en d'autres termes, une rangée de boutiques et de a
{}) M. Carrol es! mort depuis mon retour en Angleterre. Lorsque la nouvelle en fut connue ô" 1 Naa\ïm^.Mi,les iri- JiuDaux vaquèrent par respeclpour ce o*ntt<w vsçïMïm.»*-
ap-
réla devant l'hôtel Gadoby, où je me procurai u parlement avec assez de peine.
Il n'était guère plus de (rois heures lorsque nous arrivâmes, et je sortis pour attendre l'heure du dîner. Le Capilole, situé sur une hauteur, consiste en une façade avec des ailes. Pour cacher, mn-t-on dit. les traces de la fumée de la conflagration de 1814, on a imaginé de le blanchir, ce qui est une grande faute : car cette
couleur sombre, loin di peut-être été favorable tant, si incompatible ta grandeur de cettt rendent imposante, n
bâtiment, lui aurait
diminuant cet aspect écla-
Lvec les beautés d'architecture.
construction et sa position la
les défauts y s
breui. Il manque d'abord de simplicité et d'un caractère bien déterminé. Les différentes parties de l'édifice sont belles, mai» je n'y vois pas celte harmonie que j'aimerais à y trouver : semblable à un volume de morceaux choisis, il renferme une foule de choses remarquables sans rien de ce qui est nécessaire pour faire valoir le tout. L'effet de la principale façade de l'ouest est détruit par les ailes qui sont trop en arrière; ce qui est pis encore, c'est que la partie centrale est beaucoup trop saillante. Le vestibule forme une vaste salle qui occupe tout le milieu du bâtiment et se trouve éclairée par le dôme. Cet appartement spacieux est orné de quatre tableaux peints par le colonel Trumbult, homme distingué comme patriote et comme artiste. Iljoiia un grand rôle dans la révolution , et fut chargé depuis , par le gouvernement, de représenter sur la toile ces triomphes auxquels il avait contribué par son épée. Il a cboUiçout t$ la soumission de Bnrgoyne, cotte Ae \ûï\A.w*vi ,
la déclaration Je Tin dépendance , et la démission Washington après la giterre. Comme objet* d'art, i es! impossible de complimenter le colonel sur ses tableaux. Mais comment traiter de pareils sujets? Dans la déclaration de l'indépendance, il fallait représenter une réunion de gros fermiers revêtus , il est vrai , de leurs pins beaux habits , coiffés de leurs perruques, lançant des regards étonnés tels que l'exigeait la solennité de la circonstance. Les uns sont assis, d'autres debout devant une table couverte d'un grand parchemin griffonné; d'autres, rangés sur des lianes , attendent avec une patience exemplaire l'accomplissement de cette imposante cérémonie. Le Titien n'aurait même pu se tirer avec honneur d'un pareil sujet, car il n'admet aucune action , aucune émotion vive; et quelle immense étendue de toile consacrée aux habits, gilets et culottes, à cette rangée de jambes mal tournées, sans un morceau de draperies pour les dissimuler!
Les autres tableaux sont plus heureusement dessinés, quoique les sujets ne soient guère plus Faciles à traiter. L'arliste a cru patriotique de donner à Burgoyne un air poltron , ce qui me paraît un défaut de conception. Il a été mieux inspiré pour "Washington. Ses traits sont calmes et majestueux , et l'idée qu'il s donne de ce héros remplit pleinement Piflkagi' . L'intérêt augmente en peusant que le colonel a dû retracer un portrait fidèle de ce grand homme ■c lequel il avait été lié autrefois.
Arrivé à la rotonde, je demandai le chemin de la Cambre des représentans, et jeme trouvai au bas d'un escalier étroit qui menait duecVemwft a \a ^Atr*
c étrangers- J'entrai ensuite dans un beau salon en forme de demi-cercle, autour duquel te trouvait une rangée de colonnes irrégulières , avec un entablement de marbre blanc magnifiquement décoré. La tribune de l'orateur s'élève au milieu; sept paysages parlant du centre viennent aboutir à la circonférence. Les pupitres et les sièges des membres sont placés en rangées circulaires. Derrière la tribune, est une galerie avec une cheminée a chaque bout, meublée de canapés et de siégea , où sont admis les étrangers auxquels le président accorde une entrée.
Les débals étaient Ircs-animés lorsque j'arrivai ; j'écoulai attentivement, car c'était la première fois que je trouvais l'occasion de juger de l'éloquence de» Américains. La séance fut levée à cinq heures, et je retournai à lli.' i. ! .
Le soir, j'accompagnai un membre du congrès dont je connaissais la famille depuis mon séjour à Baltimore , à un hal donné par nue dame de sa connaissance. Je vis une réunion nombreuse entassée dans un salon étroit; car les maisons à Washington sont en général très-petites. Je fus présenté pendant la soirée à une foule de personnes de distinction ; et après une conversation soutenue de quatre heures qui exigeait beaucoup de frais d'imagination, je nie sentis passablement fatigué , et je me bâtai de regagner mon lit.
La capitale de l'Union fédérale s'élève sur une pointe de terre formée par uu embranchement du Potoroac, a cent vingt milles environ de la mer. On y a joint un espace de terrain de dix milles c
s letlhtrkt de Colombie, \i\até mh»\»
direction immédiate du congrès, afin d'assurer Findépendance du gouvernement général. Les Américains auraient été en contradiction avec eux-mêmes, si le* dimensions du plan de leur future métropole n'avaient pas été gigantesques. Un parallélogramme de près de cinq milles de long sur plus de deux le large fut distiné à être garni de rues, de places, d'avenues j et les préparatifs qu'ils se plaisaient à faire pour l'agrandissement de leur ville étaient tels , que Londres en comparaison ne serait plus qu'un village. Enfin , rien ne pourrait être plus magnifique que Washington sur le papier, et rien n'est plus misérable que la réalité.
Les fondateurs de cette ville s'imaginèrent quelle s'enrichirait par un commerce considérable avec les étrangers : cet espoir ne s'est pas réalisé. Washington ne fait aucun genre de négoce; elle ne compte maintenant que sur les avantages résultant des dépenses qu'entraîne la présence d'un grand corps diplomatique et du gouvernement général.
Bien des années se sont écoulées depuis la fondation de Washington, elle prend seulement aujourd'hui les airs d'une grande ville. Cependant il n'est pas facile de découvrir quelque chose de cette belle régularité déployée dans les plans de ses fondateurs. Au lieu de commencer une aussi immense entreprise par le point central, il eût été plus sage de songer d'abord aux extrémités, et de bâtir dans l'intérieur en partant de la circonférence. Aussi n'y a-t-il pas de ville dans le monde où les distances soient plus grandes , et où ïï soit plus difficile de voir souvent ses amis. Ce qui frappe le plus àanft'^ràÀiigKa&., <^%t le
manque d'ordre et île solidité. Les maisons sont di persées par groupes, trois dans un quartier , une demi-douzaine dans un autre. A chaque instant notre pitié est excitée à la vue de quelque misérable habitation, ou d'une place solitaire, aussi triste qu'une vieille fille qui déplore son sort.
Il n'y a rien de sordide à Washington , mais on ne peut lui donner de plus beau litre que celui de respectable. La rue principale qui se nomme l'avenue de Pensilvania, et s'étend depuis le Capitole jusqu'au palais du président, a un mille et demi de distance; à côté de ces édifices se trouvent les administrations publiques, édifices construits en brique, sans aucun ornement. Les maisons des minisires étrangers et de presque tous les membres du cabinet sont aussi dans ce quartier, ce qui lui donne à juste titre le nom du quartier de la Cour.
lie premier jour de mon arrivée, après avoir en- »oyé mes lettres, je retournai au Capitol» où je passai une matinée trés-inléressantc ni sénatet dans la chambre des représentans. Les présidens de ces corps (auxquels j'eus l'honneur d'être présenté) m'accordèrent le droit d'entrée dans l'intérieur, ce qui me procura la jouissance, pendant mon séjour à Washington, de suivre les débats sans être dérangé comme on l'est toujours dans la galerie.
J'ai déjà dépeint la salle des représentons, je veux maintenant l'aire quelques observations sur les membres. Le coup d'ceil était loin de répondre à l'idée que je m'étais J'orinéc d'une assemblée législative. Beaucoup de ces messieurs rempliiseuA., t\ c*\. wav , fonctions avec toute la uignîlé cpi'oxi a AswX
d'attendre d'un sénateur , mais les autres me frappèrent au-delà de ce que je puis dire , par leur mauvaise tournure et la grossièreté de leurs manières. Il est impossible de voir ces hommes sans être bien persuadé que le rang qu'ils occupent dans la société n'est dû ni à leur éducation ni à leurs habitudes.
Chaque membre est muni d'un pupitre. La plupart emploient le temps de la séance à écrire leurs lettres ou à lire les gazettes. Le décorum le plus strict est observé pendant lés débats. On ne permet aucune interruption , le sourire même est banni de toutes les lèvres , et il est très-rare que l'autorité du président soit nécessaire pour rétablir l'ordre. Cependant les passions violentes, excitées par l'opposition, et la haine personnelle ont donné quelquefois lieu, dans cette assemblée , à des scènes dont on n'a jamais encore vu d'exemple. Les débats cependant, quoique souvent orageux, deviennent rarement violens jusqu'à l'excès, la majorité de la chambre est assez puissante pour les retenir dans de justes bornes.
La chambre du sénat est beaucoup plus petite que celle des représentans , mais elle est très-élégamment ornée. Elle forme aussi le demi-cercle, les pupitres y sont placés de distance en distance pour les membres qui sont assis la tête découverte. La chaire du président est au milieu ; la charge de ce fonctionnaire m'a tônt l'air d'une sinécure , au moins quand les débats sont calmes ; et pendant tout le temps que j'y ai assisté, le président n'interposa jamais son autorité. La physionomie de l'assemblée est grave et digne. Les sénateurs sont choisis parmi \e& homme* les çlus éclairés des divers états» Le ton &e% è\%c.uwwv% % §&\s>^»&
A.BX KTITSL'MS. 25
haut que dans l'autre chambre. Les questions y sont traitées avec plus de philosophie et de noblesse. Le cercle de l'argumentation s'élargit, celui de la dispute ae resserre. Les membres du sénat se livrent moins à celte déclamation pompeuse et ampoulée, qui annonce toujours dans l'orateur un manque de goût et de jugement.
Washington est certainement la ville la plus gaie des États-Unis. On peut la regarder aussi comme le paradis des cochers de fiacres (1). Si ces messieurs ne s'enrichissent pas, ils peuvent s'en prendre à leurs extravagances, car les voitures sout indispensables depuis le moment du dîner jusqu'à cinq heures du matin, tant les distances sont grandes! A Washington, comme dans l'ancien monde, on trouve qu'il est nécessaire d'èlre aimable, chacun veut l'être, et les plaisirs de la société sont généralement appréciés. Je nanti encore rien vu de semblable dans les autres villes des Étals-Unis.
La raison en est toute simple. Les devoirs de la législature amènent dans cette ville une foule de magistrats, dont toute la matinée se passe au Capitole, el qui, sans les délastement des dîners et des bals, ne
(I) Pendant la première semaine de mon séjour à Washington, je dépensai trente dollars en voilures; je convins alors avec un cocher de lui en donner vingt, pour l'avoir a ma disposition depuis cinq heures du soir jusqu'au lendemain a la pointe du jour. Le premier jour de m tion j'eus le malheur d'aller! quatre soirées différentes . et mon phaéton exigea cinq dollars de plus ;j'«Ui Iww "" récrier contre cette marque de mauvaise ïoi ,\lîaBsx\>wii r la course se paie trois dollars,
pourraient supporter l'ennui de leurs longues soirées. Les gens oisifs sont les plus aimables. Ils n'ont autre chose à faire que chercher à plaire j ils s'en occupent exclusivement. Les avocats et les marchands ont la tête trop remplie d affaires sérieuses pour songer aux manières gracieuses et polies qui font le charme de la société. L'expérience a prouvé qu'il est impossible d'être à la fois homme du monde et grand négociant. Que celui qui a du talent choisisse donc le moyen de briller soit au barreau, dans la chaire, dans les finances , dans le sénat ou dans les salons. Mais s'il aspire aux honneurs d'un double triomphe, il ne réussira dans aucune partie.
A Washington on est aussi oisif qu'il le faut pour être aimable. Les affaires du congrès ne pèsent à aucun de ses membres. Le séjour qu'ils font dans cette ville pendant l'hiver est regardé comme le passetemps le plus agréable. Beaucoup de ces magistrats amènent leurs familles , afin de les présenter à une société qu'ils rencontreraient difficilement ailleurs ; d'autres préfèrent venir seuls , soit par goût , soit par économie.
Peu de familles font de Washington leur séjour habituel, ce qui ne donne pas à cette ville l'apparence de la métropole d'une grande nation. Les membres du congrès demeurent tous ensemble dans de petites maisons bourgeoises qui m'ont paru mal tenues et incommodes. Ceux qui sont accompagnés de leurs familles se logent dans les hôtels ou dans des maisons particulières. Rien n'est plus étonnant que de voiries réunions de WasYimgtoii *. <œ\te Coule pressée dans un salon tout au pVua $tbxi& wm^^ ^rç^o*-
*L<1 ÉTATS-UMUS. 37
. Dans ces occasions ou souffre moins de la leur que des odeurs qui s'exhalent, et qui rendent l'atmospliiirt' si épouse, qu'on respire difficilement.
l'en dir jours après mon arrivée, j'eus l'occasion ili voir d'un seul coup d'oeil toute la société de Washington. Le ministre français arrivait d'Europe el Jeûnait un l'ai nplt-ndiile, événement qui n'était pas sans importance i Washington. La maison du ministre, quoique va$li*.[><>in iitàpeinc contenir la. Coule tlnmense qui s'y était portée; tous les membres des légations étrangères étaientprésens, comme on doit bien le penser, et le contraste qu'ils formaient avec le reste delà société était la chose la plus curieusequ 'il est possible de voir. Il paraît qu'une invitation générale avait été faite aux membres du congrès , car plusieurs d'entre eux n'auraient certainement pas été admis âce bal , sï on s'était borné à faire un choix. On en vit se présenter dans leurs costumes du matin, d'autres avec leurs bas de laine et des habits sortant évidemment des mains de quelque tailleur sauvage, et dont l'aspect grotesque, an milieu Je celte pompe, excitait un sourire moqueur. On m'apprit que ces hommes, dont je viens de parler, appartenaient presque tous aux Etats de l'Ouest, et que je pourrais voir se pavaner dans les salons des femmes du même pays, tout aussi uniques dans leur genre- Mais la société en général était fort bien composée, et l'ensemble de celle réunion offrait un grand intérêt au voyageur qui eberebe à connaître les moeurs et les usages du pays qu'il parcourt. Cette circonstance me procura en môme temps l'avantage devoir àeçvfeaisA Somme» dont les noms m'étaient déjaïor\ cavvœav, *.
après avoir pris ma part du souper, je rentrai che* moi très-satisfait de ma soirée.
M. Wanghan, ministre anglais, étant indisposé, eutla bonté de prier H. Van Buren , le secrétaire d'état, de me présenter au président. Il fut convenu que nous irions le trouver le lendemain à deux heures. Je fus très-exact au rendez-vous, car je n'aurais pas osé manquer à la politesse envers des hommes aussi remarquables. La maison du président est belle, un portique de quatre colonnes orne la façade ; elle est bâtie de pierres , mais ses murs sont blanchis comme ceux du Capitole. La salle d'entrée est spacieuse , mais on nous reçut dans un appartement très-simplement meublé.
Le président était assis sur un grand fauteuil ; il se leva quand nous entrâmes, et lorsque mon nom fut annoncé , il me tendit amicalement la main , me priant de m'asseoir à côté de lui ; M. Van Buren partit et la conversation se prolongea pendant une demi-heure.
Le général Jackson est grand et bien fait ; quoiqu'il ait atteint les limites de la vie humaine, aucun signe de décrépitude ne se fait remarquer en lui ; sa chevelure , presque blanche , est épaisse et semble un peu hérissée sur le haut de sa tête; son front n'est pas d'une hauteur remarquable ; sa tête , semblable à celle de Walter Scott, se rétrécit à mesure qu'elle approche de la région des idées. La physionomie du général Jackson est prévenante, ses traits, quoique fortement caractérisés , ne sont pas durs ; 1 âge n'a pas encore éteint la finesse et la vivacité de ses yeux. Les manières du président sont aimables ; il comprend toute J 'importance de ses fonctions et les remplit avec dignité ; tes marques extérieures de déîét^TWic cç\ A \&àas»fe
ne passent pas les bornes imposées par la société ordinaire. Le luxe îles princes ne brille pas autour de lui, mais le critique le plus sévère ne saurait trouver rien eu lui de l'homme grossier et vulgaire.
Ma conversation avec ce personnage distingué roula principalement sur la politique de l'Europe. Tous les yeux étaient alors tournés vers la Pologne , ses torts, ses souffrances, ses chances de succès dans sa lutte inégale avec l'autocrate ; ce sujet nous conduisit à parler de la situation générale de l'Europe, des progrès de l'intelligence . de la durée probable de la paix* Rien de tout cela ne pouvait donner au général l'occasion de développer des idées nouvelles; mais ses observations annonçaient une sagesse et une droiture peu communes chei les hommes d'étal européens. Je quittai le président, rempli de respect pour ses qualités morales et la supériorité de son esprit.
Il y avait dans l'hôtel une députation d'Indiens , envoyée par les tribus les plus éloignés (les Mnemonies , je croîs ). Le gouvernement payait les frais de leur séjour â Washington. Kilo était composée de cinq ou six hommes, dont la beauté ne pouvait pas être appréciée par un Européen. Mais leurs formes athlétiques et leurs pbysjonomies sauvages devaient plaire à ceux qui courent après le pittoresque; leurs figures et leurs fronts sont barbouillés de rouge, et mes belles lectrices trouveront comme moi que celle couleur, qui sied si bien sur les joues, doit perdre tout son effet lorsqu'on l'étalé sur le front et sur " Leurs cheveux, toute leur personne est i d'une substance onctueuse qui répand nue odeur ç . Tout le monde connaît les sigaea ««as
tiques de l'Indien. La tête ronde et aplatie vers le sommet , les cheveux foncés , l'œil épars , mais non pas à fleur de tête , les os des joues saillans , le nez court, les narines ouvertes, la bouche grande , les lèvres épaisses et rarement fermées , et la coupe de la figure formant toujours un large ovale.
Ceux qui faisaient partie de la députation étaient au-dessous de la taille moyenne , et ne cherchaient pas à embellir leur personne par la toilette. Les uns portaient simplement une couverture agrafée par devant , mais leurs cheveux étaient ornés de plumes. Les deux femmes qui se trouvaient avec eux étaient très-laides , courtes et grosses, et dépourvues de cette expression grave et intelligente qui distingue les hommes.
Us avaient aussi amené avec eux plusieurs en fan s , et je priai le domestique de les engager à venir me rendre visite. En effet, il entra un soir dans ma chambre avec deux de ces petits Indiens , un garçon et une fille qui paraissait avoir douze ans. Son costume consistait en une espèce de robe imprimée, sans manches, montant jusqu'au col, des mocassins de peau de daim , comme tous les Indiens en portent , le tout couvert d'une couverture, avec laquelle elle trouvait moyen de se draper avec grâce; à chaque oreille, pendait un grand anneau d'argent ; un morceau de ruban bleu , attaché sur le haut de la tête , dont les bouts retombaient de côté , la coiffait assez bien.
Le garçon promettait de devenir beau et robuste; il me parut avoir deux ou trois ans de moins que la fille. Il portait aussi la eo\xverVvire ^ à la manière de Benjamin, mais la robe était reiwgta&fefe ^«x \vev\«5û\x
dont les pans descendaient presque jusqu'à ses talons;
on voyait qu il n avait pi donnait I.i tournure la pli ne parlaient anglais , m; par son compagnon.
Ayant sur ma table ur en versai à chacun un ve
t été fait pour lui , ce qui lui . burlesque. Ni l'un ni l'autre
s la fille so laissait conduire
a la blu de
e bouteille de ckret, je leur rre, mais ce vin ne fut pas de I. Ils mangeront des amandes, des raisins et des noix, sans y prendre beaucoup de plaisii offris alors des cigares, qu'ils acceptèrent a la jeune lille , surtout , s'en servit avec «me admirable. Pour remplacer le claret, je sayer d'une liqueur plus forte ; je pris sur i toilette une bouleille d'eau de Cologne, qu'ils avalèrent en entier, sans effort, et sans paraître étonnés delà force de ce liquide.
Pendant la demi-heure qu'ils restèrent avec moi, ils conservèrent ce sérieux que les Indiens regardent comme inséparable de la vraie dignité. lïien ne parut exciter leur surprise; cependant, ils partirent d'un éclat de rire, en apercevant leur figure dans la glace. Je ne les entendis pas proférer une seule parole; maïs lorsque je donnai un dollar à la fille, lui expliquant, par signe», que la moitié était pour son frère, elle me comprit de suite, et, par un geste, promit de suivre mes intentions. Enfin, ils se levèrent pour prendre congé; el me donnant une poignée de main, ils quittèrent la chambre, avec cette grâce barbare, qui convient à des enfant) du désert.
Avant de laisser les Indiens, dont les habitudes s: vages excitèrent en moi mille réflexions originales, parlerai d'une circonstance, rujide\a\lït\TOioÂïY*"iA-
tation du poète. Je vis, un matin, mes amis les diplomates se promenant , comme à l'ordinaire , dans la galerie de l'hôtel; mais hélas! dans quel accoutrement! le président, leur père à tous, avait, au moment de leur départ, fait cadeau, à chaque député, d'un habit neuf de drap bleu, avec le collet et les paremens écarlates ; mais la coupe était semblable à celle des habits d'un cocher ; les femmes portaient un manteau de la même étoffe et delà même couleur , et mes deux petits amis, dont la tournure sauvage me plaisait tant, étaient affublés d'une livrée verte, telle qu'Aazlitt les dépeint, lorsqu'elles ont contribué à l'éclat des réunions de Barry et de Comwall. Enfin, au lieu de chefs indiens, je voyais des êtres qui me rappelaient des valets d'antichambre; cependant, ces pauvres gens semblaient fiers de leur brillant costume, et se pavanaient encore avec tant de majesté, que cette ridicule métamorphose pouvait plutôt ennoblir la livrée , que rabaisser des hommes qui n'avaient jamais souffert l'humiliation de la domesticité.