SI
ensemble sur le continent européen , nous nou trouvions dans un autre monde; je laisse à penser tous les sentimens qui se réveillent dans une semblable rencontre. Lord Aylmer m'avait donné une lettre pour le colonel Cockburn, commandant de l'artillerie. Le colonel est un artiste distingué, plein de goût et de délicatesse, comprenant toutes les beautés de la nature; c'est dans sa compagnie que j'ai fait toutes mes excursions dans les environs. Nous allâmes d'abord aux chutes de Montmorency , à huit milles de fa ville. En sortant des portes on marche sur les bords du Saint-Charles, à travers un pays agréable, bien cultivé et entrecoupé de villages. C'était un dimanche, les habitans étaient dans leurs plus beaux atours, et la gaîté était sur tous les visages. Les hauteurs de Montmorency m'intéressèrent vivement : ce fut le premier champ de bataille où W'olfe et Montcalm se rencontrèrent. Wolfe perdit six cents hommes dans le combat, et fut obligé de se retirer. Lescbules sont fort belles, mais un moulin qu'on y a élevé, détruit tout leur filet; la vue en est cependant magnifique. L'eau tombe de deux cent quarante pieds de haut; elle n'est pas volumineuse , mais le bruit qu'elle fait , en descendant dans le bassin et les précipices qui la reçoivent, est noble et sublime. A cinq milles plus loin, on montre une curiosité géologique appelée les pas naturels (tbc nalural steps); ces pas semblent avoir été creusés par la pression de l'eau; ils sont si réguliers qu'on serait tenté de croire que l'art a aidé la nature.
Prés de la ville sont les plaines d'Abraham, champ de bttaïtte où Wolfe fut tftè. ¥\u*VJvo. tA\i,<K>s
il débarqua, et le sentier par lequel il conduisit ses Ironpes à la victoire. Elles s'ein parèrent des hauteurs; Montcalm sortit de suite de se» retranchemens de Beau fort, et vint à leur rencontre : deux heures suffirent pour anéantir le pouvoir de la France en Amérique.
Wolfe mourut jeune, et son nom a toujours quelque cho9e de mélancolique pour un creur Anglais. On peut cependant lui acriirder 1rs ijunlités d'un grand général. Sa première attaque fut une faute; le succès de la seconde ne fut dû qu'à la faiblesse de l'ennemi : en acceptant le comliat, Montcalm perdit tous ses avantages. S'il s'était retiré dans la ville, il eût été impossible de l'en chasser. L'hiver approchait; on était au 12 de septembre, l'assaut devenait impraticable.
Un monument a été élevé â ces braves ; c'est un obélisque dans le genre de ceux que l'on voit à Rome. On y a mis deux inscriptions latiues; eMes sont pleine» de prétention et de pédanlisme.
La citadelle a été renforcée et rebâtie ii grands frais: elle commande la ville et le port ; sa force est telle, qu'il est présumable qu'elle sera toujours vierge. Ceux qui s'en empareront pourront inscrire leur victoire su nombre des plus fameuses.
Le château de Saint-Louis sert maintenant de demeure au gouverneur; il s'élève sur la pointe d'un rocher, et, en regardant d'en bas, on croit à chaque instant qu'il va s'écrouler. L'architecture en est commune, rien de large , rien de grand.
tes autres édifices aççax\Àe»ïtc'i\\'ç<tewsî\e.tous à la .région. Les cotrtetr» ««AW&»-tob*»«w*>\* »\**ï
pas visités. I-i ca lliBilr.il u est une grosse masse de pierres sans ornemens. Dana l'intérieur on a rassemblé beaucoup Je tableau» que je n'ai pas eu le loisir d'examiner. Le grand autel est magnifique.
New-York et lu Canada sont des régions privilégiées pour les chutes d'eau ; j'en ai beaucoup vu, et il m'en restait encore beaucoup plus à voir. J'avoue que ma curiosilé pour les cataractes fut presque entièrement refroidie par les oeuf milles que jo fus obligé de l'aire pour aller admirer celle de la Chaudière; elle est au milieu d'u ne forci dont lesi'ciios ■semblent n'avoir jamais été réveillée par des voii humaines. Le fracas 'les eaux contraste ou-rviiii lii.si -iiichI. avec l'horreur silencieuse de ces lieux. Nous étions en juin, et les citants des oiseaux ne troublaient pas encore la pais profonde de ces bois, Que ces lutéls sont différentes de celles de la vieille jAugleterre ! La nature vivante se tait, la nature morte n'y fait entendre que la voix des grandes eaux. La Chaudière ressemble assez à la Tweed : les eaux lombeut de cent pieds de hauteur ; la meilleure position pour jouir de cette vue est celle qu'offre un quartier de rocher qui s'avance à cinquante pas dans ,1a rivière. L'eau du bassin, ou, comme on dit, du Pot, bout comme jamais enu n'a bouilli. Elle se précipite de roc en roc, au milieu du bruit et d'une vapeur blanchâtre , jusqu'à ce que se* Ilots aillent se perdre dan* le Saint-Laurent. C«tU scène est pittoresque et hautement attachante; le voyageur ne doit pas quitter Québec sans visiter la Chaudière.
Uien de plus mélancolique que le 13 L dans le onapheé Je village de Lot elle. C«srt.\*«^«. w
le cl
fugiés les derniers restes de la tribu des Haï *eau-de-vie et la poudre ont consommé leur œuvre de destruction; il n'y aplus que deux cents hommes de cette race , autrefois si noble et si brave. Ils ont adopté la religion et le langage des Canadiens. Ce village n une église j le pasteur vit avec ses «uni II es, et en est adoré; le christianisme est le seul bienfait que ces sauvages reçu de la civilisation. Dépouillés, ruinés, avilis elle dans ce monde , elle a cru devoir leur donner dédommagement dans l'autre. Ce bienfait , s'il était 'terait toutes les bénédictions des enfans de offert par des mains ensanglantées , il peut être oublié par eu» sans ingratitude.
Les corps législatifs ne siégeaient pas lors de mon passage au Canada ; je ne puis donc rien dire de l'état politique de ces peuples. H y a cependant un M. Fapineau, qui joue ici le râle d'O'Conneil ; c'est l'ennemi des gouverneurs et de tout ce qui s'appelle la domination anglaise. Que veulent-ils donc de plu»? ili ne paient aucun impôt. John Bull répand son argent parmi eui . comme on le voit pnr les travaui du cap Diamant et du canal Rideau , si utiles pour les deux provinces canadiennes! Que veulent-ils? le bas Canada ne «aurait se joindre aux Etats-Unis, et il est trop pauvre pour se suffire à lui-même. Otez-leur les capitaux anglais, et il ne leur restera plus que des villes sans richesses , et des ports sans marchands.
Quant à la province haute, le temps approche où elle se réunira aux Etals-Unis; tout mène à cette révolution. Les canaux, qui font communiquer les lacs canadiens avec ÏOïno «*■ ï^viisoïi , ^ttent vers ce ils arrivent çi«* atwmcrtV^enAaiV*.''».^
tut; ifs
Nouvelle-Orléaus , qu'à Québec. Le peuple est républicain eu politique, et anarchiste en morale. L'Angleterre perdra peu à celte réparation ; cependant nos hommes d'état doivent prévoir cet événement, et diriger leur politique en conséquence. Les concessions ne peuvent plus rien ici; le torrent roule, il ne saurait être arrêté. Est-il maintenant, opportun de jeter des millions en améliorations sur cette terre ingrate? ne vaudrait-il pas mieux laisser ces dépenses à la charge de la colonie elle-même?
Les Canadiens le savent; dés qu'une forte majorité du peuple se sera prononcée contre l'Angleterre, ils n'auront aucune difficulté à faire reconnaître leur indépendance. L'Angleterre pourrait sans doute les soumettre par la force des armes, mais elle ne le fera jamais ; elle leur dira adieu de grand cœur, et les abandonnera à leurs pnipri's lumières. Seront-ils plus heureux? c'est une question que le temps seul décidera.
Lorsque la Grandi' Hrrtagtie s'empara du bas Canada, elle commit une grande faute en n'ordonnant pas que l'anglais devînt la langue légale. Il en est résulté qu'après quatre-vingts ans de possession, ce peuple est encore français. L'influence de la littérature nationale n'a pu se faire sentir, et le peuple, quand il lit , ne choisit que des livres français ; les légistes français sont cités dane les tribunaux ; le français est parlé dans les rues ; les habits sont français , les préjugés français, les sympathies françaises. Trois générations ont passé snr ce pays . et il est encore qu'il était à l'époque de la conquête.
Une autre erreur fut la division du Canada ei\ Awxv province»; le» habitait* nont pu se ratte». V«ft'
A)' fini de dig
tince est loute française, l'autre n'est ni anglaise ni américaine; cette dernière, jouissant d'un meilleur climat et d'un sol plu» fertile, a pris, en population el en richesses, des accroissemens que sa rivale ne pouv.iil espérer. Toutes le» émigrations se sont dirigées vers la province haute; c'est d'elle que viennent tous les chargemens du commerce qui se fait par le Saint- Laurent; la province basse ne produit que quelque»
Les Canadiens français sont donc opposés ii I ou tes !S améliorations qui peuvent profiter aux autres; de nille collisions. II refusent les impôts nécessaires, s projets sont abandonnés , et le commerce de coure les Etats-Unis prend tin nouvel accroissent, et prépare l'événement dont je viens de
te gouverneur du Canada n'a pas une des tâches plus faciles : il a à combattre des hommes bornés et intéressés; à maintenir les privilèges de la couronne; à empêcher qu'une sage liberté ne dégénère enlicencedemocratique.il est assourdi par la clameur, assailli par les factions, forcé de prendre un parti, ou d offenser tout le monde. Ses embarras augmeiltenlils, il demande l'appui de son gouvernement, qui lui envoie en réponse uneli-llre de re mer ci mens et son rappel.
Telle a été l'histoire de plusieurs gouverneurs, cl bien d'autres auront sans doute le même sort. Mais ai quelqu'un a été calculé pour concilier les passions et itéréts de ces turbulentes populations , c'est lord Aylmer. Son caractère wwaAAe , ses minières pleii le dignité , son exnéf^ence i«* «S"
sens exquis et à une grande connaissance du monde , peuvent seuls calmer les esprits et ôter tous prétextes aux mécontens. Il n'y avait , à l'époque de mon passage dans le Canada , qu'une voix sur le gouverneur; la haute société et le peuple lui accordaient leurs suffrages.
Les maîtres d'école ont encore bien à faire dans ces provinces. Dans la basse classe , peu savent lire, et , parmi les gens riches , l'éducation est encore fort arriérée. Les femmes ressemblent aux Américaines , brillent et passent avec la même rapidité ; elles sont agréables et savent plaire , mais on les dit cruelles à Fégard de leurs inférieurs. Les Canadiens sont à Tépreuve des charmes du beau sexe, et un mariage dans la colonie est un événement aussi rare que l'apparition d'une comète.
CttAPIT&B «XI.
New- York. — Plattsburg. — Caldwell. — Chutes de FHudson. — Climat des États-Unis. — Sources. — Albaoy. — M. Weir. — Journaux américains. — » Licence de la presse. — Polémique. — État de la religion. — Méthodistes. — Le clergé. — Jugement. — Conclusion.
Jb laissai Québec avec regret: j'y avais trouvé une
honne société et un vieil ami. Mon voyage à Montréal
n'offrit rien de particulier , et je me disposai , après
y avoir passé quelque* jout* , V utararaKc %xxv Euts-
Vdîs.
J'avais à peine atteint Longue!], sur la rivière Saint- Laurent, que mini domestique s'aperçut qu'il me manquait un porta- mantea h ; il fallut aller le chercher, et moi, je me vis forcé d'attendre dans une misérable taverne. Ce contre-temps avait cependant son bon côté : il faisait une chaleur affreuse , et il était impossible de voyager sans en souffrir horriblement. Pour tuerie temps, je lus tous les journaux qui étaient dans la maison ; et ne trouvant pas an canapé pour me reposer , je me mis au lit. Mais ici nouveau tourment : des nuées de mouches obscurcissaient les appartement et couvraient leur victime avec une désespérante i mportunité. Tout repos étant impossible, je gagnai la salle à manger , où je ne vis sur la table que deux plats de grosses mouches à ventre bleu, ce qui n'était pas fait pour augmenter l'appétit. Une chambrière , armée d'un large éventail , faisait tous ses efforts pour écarter ces insectes pendant le repas. Mon domestique ne revint que dans la soirée; .je trouvai fort heureusement une voiture, et je m'échappai, en toute hâte, d'un lieu que désolait une plaie dont ou n'a pas eu d'idée depuis le régne de Pharaon.
Le chemin pour se rendre à Chambly est exécrable. Je passai In nuit dans ce village, et de là je me dirigeai vers Saint- John's en suivant la rivière Sorell qui, à cet endroit , n'a pas plus d'un mille de largeur. Un iteam-boat partait heureusement pour White-Hall , à l'extrémité sud du lac Champlain , et en dix minutes je fusa bord. Depuis Saiul-Johns la rivière va en s'élargissaut jusqu'à l'île aux Noix, port assez fort, occupé par une garnison anglaise : c'est là où. l'on <\<a\\.V<t \*. Canada pour entrer dans le
e iftk'ÎAaft»^'™
Le lac Champlain pri-scnte une étendue de cent
quarante milles de long , sur à peu près cinq ou su
■le large. Des vallées onduleuses l'entourent ; quel*
ques-unes n'ont jamais été cultivées, Ce fut le théâtre
3 plusieurs événement remarquables dans l'histoire
colonies. Ou Toit encore les traces des forts de
mnderago et de Crown-Point. Nous passâmes à
lallsbnrg. où se livra le malheureux combat naval
Icl814. Je servais alors dans Jescolonies, et j'eus plu-
;s occasion de m'entretenir avec le commodore
mes-Yac, de celte affaire si honteuse pour la mé-
e de sir George Prévost (1).
Le jour suivant j'abandonnai le bateau à vapeur, n'étant procuré un chariot pour transporter mes e côtoyai les montagnes du lac George. Ces
aile fut donné. sirMinly brigade, s'adressait! h
(1) Lorsque l'ordre de la ri , qui commandait m George Prévost , lui dît : — ■
• vous ayez donné l'ordre de se retirer devant ce misé-
■ rablc corps de milices indisciplinées? Je m'engage, avec - un bataillon , h les chasser en dix minutes de leurs po- » siiions. Pour Dieu, épargnez celte home à l'armée, à •■ vous, à nous tous; révoque* un ordre qui termine la
• gloire des armes anglaises. » Sir George se contenta de répondre;— « J'ai donné l'ordre, il faut qn'il soit
■ exécuté. » — Ajoutons ici que ce Tort était fait avec de la boue, qu'il n'y avait, pour le défendre, que trois mille hommes de milice, et que les Anglais battaient en retraite avec une armée de dix mille hommes , composée de meilleures troupes. Ils firent une grande perle en bagages et
;r George arriva peu de I' après son rappel , rt \u\ Ms» 'a^ çvocVn taiint la c
muttiU.
sites sont célèbres; je ne les trouvai pas au-dessous de leur grande réputation. Le lac George est de trenleeix milles de longueur . mais sa largeur est rarement de plus de cinq milles, sa forme est celle du Wendermere; les acctdens de la nature y sont plus hardis , plus tranchés. Le pays environnant est en général dans l'état primitif, et les montagnes sont couvertes de forets. Dans ce lac , on rencontre plusieurs îles ; une seule paraît être liabiu-o ; quelque*!! cultures rares, une chaumière en bois, jettent quelquefois de la va* riclé dans ce magnifique paysage.
Le bateau à vapeur que je repris pour continuer ma route était un peu vieux et avançait péniblement. l'our la première fois de ma vie je fus heureux de celle lenteilr; j'aimais à reposer mes idées sur ces délicieuses scènes, à charger mon imagination de nouvelles images, et à dévorer des objets que mes yeux ne devaient effleurer qu'une seule fois. Nous débarquâmes à Caldwell, petit village à l'extrémité and du lac. L'auberge étant fort bonne, et n'ayant rien à faire , je visitai les environs. A un mille de distance , on trouve les restes d'un bastion anglais , appelé le fort William Henry. Il fut bat! enl7S5 par sirWilliam Johnson, et attaqué la mOtnc année par les Français, sous la conduite du baron Dieskau. Ils lurent repoussés avec perte et le général resta sur le champ de bataille. L'année suivante, M. de Montcalm en fit le siège avec dix mille hommes. Le colonel fflunro se défendit vaillamment, mais se vit a la lin forcé de capituler. Toute sa garnison fut traîtreusement mas s sauvages attachés à L'armée Vt&vrçnu
Le lendemain je partis pour les eaux deSarratoga,
le Cheitenham des Etats-Unis. La route traverse
un paj'i varié et assez bien cultivé. Nous étions h
la fin de juin; les blés étaient mûrs, et infime on
l'ait déjà frit la moisson dans plusieurs endroit». La
t belle, et les épi» les plus riches que
e jamais vus.
i chutes de l'Hudson , que j'ai voulu visiter eii passant , ne peuvent exciter que faiblement l'admiration du voyageur qui arrive de Niagara et du bas Canada ; cependant elles sont assez remarquables , et si l'imagination pouvait écarter le nombreux moulins ar ces eaux et se reporter aux temps les panlbercs et les daims venaient s'y die en recevrait une bien plus vive ime large cascade est sans doute un aecit fort pittoresque; mais lorsque les objets qni tourent n'offrent aucun rapport avec l'effet grandiose qu'elle produit, l'œil trompé se détourne, ot dédaigne ce qu'il aurait admiré. Ici la nature I été i dire gâtée , et c'est aux dépens de mille is que l'esprit mercantile a obtenu d'utiles con- 3. H y a des hommes qui sont satisfaits dès qu'ils t tomber une cascade d'une hauteur calculée, invemiml quelques machines. Les discordances du paysage les occupent peu : pour sans sublimité, et fart n'est jas vulgaire. Leurs yeux ne voient pas les beautés de détail , ils mesurent les rivières et les montagnes à e comme de la toile ou du drap. Que Dieu les béiel Ce sont iVwMinfa*» A £<ïù\u citoyens, Ils ont un tacl patïail ï
cket, et ne sentent la beauté d'un paysage que lorsqu'il brille sur un vase Je porcelaine. Ils voyageront nu loin pour visiter une chute d'eau, pour voir un lion : si l'une l'ait mouvoir un moulin, et si l'autre fait tourner une broche : quelle bonne fortune pour leuradmirationl
Sarratoga est comme toutes les villes où l'on prend les eaux. On y retrouve cet aîr de gaîté et de prétention qu'affecte un dandy endîmanciié. C'est ponr ainsi dire un village d'hôtels. L'établissement est sur une vaste échelle , et l'auberge dans laquelle je me logeai pouvait recevoir deux cents voyageurs.
Dans l'été la société y alllne de toutes les parties de l'Union; c'est le rendez-vous de la mode et des gens du bel air : le fait est que le climat est tellement malsain dans les villes qui bordent l'Atlantique depuis New-Tork jusqu'à la Nouvelle-Orléans, que les liabit ans sont obligés demigrer en masse, pendant plusieurs mois, vers des températures moins ennemies. Tout le monde se précipite vers le nord : les uns traversent les mers, d'autres restent à Niagara ou dans le Cauada , mais le plus grand nombre se rassemble à Sarratoga.
Puisque j'ai parlé du climat, je dois dire que c'est un des points sur lesquels les Américains montrent le plus d'injustice. Ils se complaisent dans l'idée qu'ils habitent une terre promise , et que depuis le Saint- Laurent jusqu'au Kumaipi] le soleil est plus brillant, les brises plus salutaires et le sol plus fertile que dans toutes les autres régions. Itieu de mieux ; mais ne prétendent pas imposer la même admiratioi éirangera! Jugeant d'après ma proçte «vpAvsaut ., V
ris jiBÛi en Angleterre. A Xev-Yari.
* lot beau pendant à peu pré* de» ii ii~h i il devint tellement nébuleux et tempétoen? i n , qiir pendant mon séjour du» cette vaV, le ntra que tri*- rarement. A PhiUdeJpfcïe, le Janvier à mari , la terre fut toujours couverte dr , el à Baltimore, nous eûmes le même tempe I.« neige ne se Tondît pas pendant tout mon séjour i Washington, cl les chemins étaient vraiment diffinilw f-n traversant les Alleghanys, je Tua plus henrem , et je voyageai son» uu ciel superbe jusqu'à U NouvrlIf-'Jrléan». Dans celte ville, sur quître junrnées, H y en a au moins trois où le temps est couvert, où l'atmosphère étouiTe. Dans mon voyage de la Mobill I Cfatllaftoli , le tt'mps , quoique tris-chaud , fui Mptscbat fort beau; mais à mon arrivée dans cette ville, le thermomètre baissa de 20 degrés , et, sous le SB» du l.ititudc, au mois de mai , tous les foyers de l'hôtel étaient entourés. A mon retour à New-York, loul le monde portait encore le manteau , el le froid ftaH •■itriWnn'nt vif. On ne trouva .In |irinli'mps dans une saison où , en Angleterre , rnmpngne est couverte de verdure. Cependant, d l<<i dirais» jours de mai , la chaleur de vint excessive \ Pin l.i'r-, \f. thermomètre marquait de 84 à 93". A ■Vu-lork, en juillet, rtïaWa mwi cVaWï » souhait rri« nkmandm, rt/iOT*\*>TÏA-^mSftfe^»
easive.
un soleil plu» ardent, que le jour de mon départ pour l'Angleterre. Dans les Etats du nord et du centre {car il ne faut pas parler des provinces du sud) , le thermomètre monte tous les ans a plus de cent degrés. On éprouve dans le même pays l'été de la Jamaïque et l'hiver de la Russie. De telles vicissitudes atmosphériques influent nécessairement sur les forças physiques de l'homme, et si vous calculez l'effet de toutes les exhalaisons marécageuses qui infectent une grande partie de l'Union , les ravages des liqueurs fortes et du tabac, vous comprendrez facilement l'état de rachitisme des populations américaines. Je n'ai jamais rencontré de ces paysans pleins de santé et de vigueur qui, à chaque instant, frappent la vue en Angleterre. Dans plusieurs parties de l'Etat de New-York, la population fait peine avoir; elle n'est guère supérieure à celle des Marais -Pou tin s et de la campagne de Rome. Quand l'automne arrive, les fièvres tierces l'accompagnent avec autant de régularité que les autres fruits delà saison. Partout où je m'arrêtais, je trouvais des malades dans chaque maison; et certes, il était inutile de faire ces recherches : l'aspect des mères désolées et des en fan s maigres et défaits parlait assez haut.
Il semblerait sans doute ridicule de comparer un pareil climat â celui de l'Angleterre, et cependant rien n'est plus ordinaire que d'entendre un Américain s'écrier : « Que notre pays doit vous paraître agréable après les brouillards et les pluies de votre Angleterre! — Quel ciel préférez- vous, celui d'Italie ou le nôtre?" — Ma réponse déplut sans doute, car elL-. ;nal d'une longue discussion (ntAéosâio'^op*
L'iill prétendît qu'il avait été trois mois t terre , et que la pluie n'avait jamais cessé de tomber ; l'autre, que, pendant neuf mois de séjour, il avait eu le même désagrément. Je n'avais plus rien à répondre. Mais ce ton de [riomphe n'est plus lenable pendant les jours , les semaines , les mois où le temps ne peut plus être défendu. Alors commencent des apologies sans fia : on vous dit que le voyageur qui passe n'a pas le droit de juger; qu'avant son arrivée, le ciel était serein et l'atmosphère brillante; qu'il vicut tout juste dans une série malheureuse ; que de mémoire d'homme, on n'avait vu autant de pluie, autant de neige { que le printemps ne s'était jamais montre aussi paresseux; que jamais on n'avait eu une température aussi capricieuse. Eu un mot, les lois do la nature itélé changées à votre arrivée, et vous avez bouleversé, d'un seul regard, le cours ordinaire des sai-
Ceci n'est qu'un badinage, mais j'ai dû le rapporr pour l'aire ressortir un des caractères particuliers dû peuple américain, qui loue sans mesure et sans raison tout ce qui touche à la contrée qu'il habite. Ce n'est pas assez pour plaire , de trouver le pays agréa- " "e et les habitans aimables , de louer la fertilité de
sagesse et la dignité des ai que l'admiration s'élance dans les gana deviennent de légers zéphij
renneutles teintes de l'azur le plus
les fournaises de l'été se changent en douces haleines
i/iii viennent réchauffer délicieusement l'atmosphère.
A Saraloga , toule\a ■soctfcvfeïwie.&iD.sttw. immense
" n; après U repiO«Wmw^<«A.fcMw
, il faut ei
, que les oura- , que les nuagei s brillant, e
balcons, et les femmes s'occupent à lire, travaillent à l'aiguille, ou fout sortir «les lianes d'une mauvaise ipltfll tes sons les plus discordons. 11 y a tous les jours un bal dans un des hôtels; c'est là que des danseurs, qui semblent avoir étudié dans des séminaires de Quakers, sautent et font des cabrioles au milieu des nalses et des quadrilles. Le matin , chacun va boire aux sources minérales; il y en a plusieurs dont les propriétés sent différentes. J'ai bu à toutes ces fontaines; elles n'offrent rien de désagréable au goût, et sont légèrement effervescente». La source du Concret jouit de la plus grande réputation; on y a bâti une jolie fontaine; des enfaus présentent l'eau au* buveurs. Cette eau est mise en bouteilles et vendue dans tous les Etats-Unis; elle rappelle assez l'eau de Seltz.
Parmi les malades, beaucoup se plaignaient de la dyspepsie ( dyspep lia), mal trop commun dans ce pays. Les femmes exposaient sans façon leurs petites souffrances. Une d'elles , qui était , il est vrai , mariée et déjà d'un âge raisonnable , assurait publiquement qu'elle avait éprouvé le plus grand bien des massages que rni avait faits un apothicaire sur l'estomac. Le bruit s'en répandit , et le guérisseur devint si célèbre, qu'il fut obligé de prendre de» aides pour pouvoir suffire au» estomacs qui réclamaient ses soins. Après le «tejeuner, on se rendait en foule sur les bords d'un lac, à trois milles de distance, pour se livrer aux plaisirs de la p^che. On a bâti dans cet endroit une plate-forme pour la commodité des pécheurs; que de lignes à l'eau! et quelle bonne fortune çant via 4<es.- <r tel que JfallhewsT que de cm «V Ae'yiw. 8«n«
fi
e femme on d'un -vieux monsieur tirant de l'eau i poisson de la plu* petite espèce! Deux on trois les étaient occupés à amorcer les hameçons ; il il pas UD seul coup de filet pendant tout mon
peut passer quelques jours agréables à Saratoga, mais bientôt la monotonie de l'existence rend cette ville insupportable. Je la quittai donc pour aller à Ballston-Spa , à sept milles plus loin. Les hôtels sont cxcellens dans ce lieu; mais, depuis quelques années, les eaux ont perdu de leur célébrité, et sont presque abandonnées. Près de mon auberge se trouvait la maison qu'occupa le généra] Moreau ; c'est de là qu'il partit pour aller rejoindre l'armée des alliés , et compromettre sa gloire eu combattant contre son paya. .Si Saratoga était ennuyeux, Ba liston était stupide; rien à voir, rien à toire, à moins d'aller promener son oisiveté dans les bois voisins, sur les bords du Kayaderoseras dont le paysage est très-pittoresque. Il
avait peu de monde à l'hôtel; deux jours me suffirent ce lieu, et je partis pour Albany.
i trouve encore à Albany des tenanciers féodaux; ce sont , je pense , les seuls qui soient encore dans les Etats-Unis. A l'époque du premier établissement fait pur les Hollandais dans l'Etat de New-York , un homme, nommé Tan Ransellner, obtint des hauts et purssans seigneurs la concession du terrain sur lequel on a bàli Albany, et celle des terres environnantes, sur une étendue de vinrpVquntre milles, mesure de Hollande, l'resqtie tout ce domaine a été cédé moyennant des baux perçéVvie\aftX.ïé»tï>icAt\tjuB les privi-
» seigne\msu*, \e» ^"W*^** **"'** TO
ir les moulins , etc., elc. Le propriétaire parle encore le litre Je protecteur (patron); c'est un des plus ri eue» citoyens Je l'Union. Sa famille est traitée avec une sorte de respect et Je distinction qu'un siècle encore ne pourra détruire. Elle est pourtant l'objet d'une certaine jalousie qui l'éloigné de tous les emplois civils.
Pour la dernière fois, je m'embarquai sur la magnifique rivière d'Hudson ; je retournais àNew-York, où j'avais laissé quelques amis; le pliiisir de les revoir était bien diminué par l'idée que j'allais les quitter pour toujours. Fendant mon absence, l'aspect de la ville avait un peu changé, un soleil trop brûlant avait lait fuir la gaîté et le luxe, les affaires seules restaient. Chaleur étouffante pendant le jour, chaleur étouffante pendant la soirée. Les théâtres étaient ouverts, mais comment y aller lorsque le thermomètre marquait 90"? Il y avait un vauxhall et un excellent café français, où l'on se réfugiait pour prendre des glaces et les autres rafraichissemens de la saison. Plusieurs de mes amis étaient restés à New- York , ou dans les campagnes Jes environs; je trouvais Jonc encore des portes hospitalières; peu de gaîté, mais beaucoup de société.
C'est alors que je fis la connaissance d'un jeune peintre, qui occupera un jour un rang parmi les artistes. Il se nomme M. Weir; comme Harding, il est plein de talent et d'enthousiasme. 11 a passé plusieurs années en Italie, et en a rapporté un goût l'orme par l'étude des pbisgrands chefs-d'œuvre, et une puissance d'exécution vraiment rare, et digne de tous les cucoura/rentens que h génie cb.erc\«p.s\ «wteiA. toiwb-
Tai aiJmîré plusieurs de ses onvrages qui porleut le le cachet de la belle nature ; mai» j'ai été surtout frappé de son tableau représentant un Grec mourant. 11 yient d'être blessé dans la bataille, et se» membres l'ont péniblement porté aux pieds de sa maîtresse. Son sang s'épuise , sa figure a déjà les pâleurs de la mort ; sa tête repose sur une de ses mains, mais on voit, par la disposition des muscles relâchés, que la mort est là; il l'en occupe peu : sans abattement, sans espoir, sou agonie est comme celle de* grandes infortunes, sans convulsions; il n'y il que les demi -malheurs qui puissent faire pleurer. Cette composition est pleine d'harmonie. Dne tours'éltive, surmontée d'un drapeau; à «es pieds, Ton voit plusieurs palmiers ; dans le lointain, les créneaux d'une ville, et enfin, an fond de soleil couchant qui répand sur toute cette scène une teinte de profonde mélancolie. Les croquis de M. Weir sont peut-être encore plus parfaits que ses tableaux peints ; j'en possède un que je garde précieusement, et qui a obtenu les suffrages des meilleurs juges.
Je n'ai pas encore parlé de la presse américaine; tont anglais ne peut s'empêcher d'être frappé de l'infériorité des journaux de ce pays. Pour mieux les juger, j'en ai lu dans toutes les parties de l'Union, et je puis dire que, sous le rapport du talent, ils sont nuls; et que, sous celui de la virulence, ils excitent le dégoût et le mépris , non-seulement pour ceux qui tes écrivent , mais encore pour ceux qui leur prêtent l'appui de leur fortune. Quelle opinion peut-on avoir d'un peuple où les hommes publics sont exposés a toutes les accusations Ahjyw* 4e \i v/cuua et du gibet, où la guerre no\V>Ju\we \î t* iJ*»» «a wç\*. V
In raison, aux principes reconnus , mais une provocation des passions les plus viles et les plus basses , une mêlée où l'on se sert indisli ne terne nt et sans scrupule Je tous les moyens et Je toutes les armes. Certes, je le dis avec peine , les écrivains anglais sortent bien souvent des bornes, mais leur violence est de la modération , leur liberté de la retenue , et leurs atrocités des vertus , lorsqu'on les compare au système brutal et féroce suivi dans les Etats-Unis. En Angleterre, on ne supporte pas une simple insinuation contre l'honneur personnel; la moindre chose qui ne serait pas relevée , suffirait pour troubler la tranquillité et détruire la réputation d'un homme public. En Amérique , il faut des attaques plus fortes ; on épuise le vocabulaire du crime; il n'y a rien de trop violent quand il s'agit d'attaquer un adversaire. Il ne suffit pas de faire connaître ses principes, les actes de sa vîe politique , la pureté des motifs qui la dirigent j mais on l'accuse de vol, d'incendie, on fait connaître les lien*, les circonstances des crimes. Souvent, un candidat pour le congrès, ou pour la présidence, est accusé d'avoir coupé les bourses , enlevé des cuillers d'argent, ou fait des gentillesses de cette nature. J'en ai maintenant deux exemples sous les yeux : un membre du congres vient d'être dénoncé à ses concitoyens , comme ayant brisé an secrétaire pour enlever certains effets et des billets de banque. Un autre est accusé de s'être enrichi aux dépens dupuldio , en faisant passer les francs pour des pièces de vingt-cinq sous. Je veux bien croire que de telles imputations obtiennent peu de crédit , et qu'elles sont çfes<\uc ïowjours exagérées et «ouvert taus«6\«i*\\ «**«*■■>'*■
s n'étaient pas crues psi' quelques personnes, i ie les imprimerait pas. En jetant de la boue, les ê< espèrent qu'il en restera toujours quelque tr s coups sont inévitables, et l'innocence est s rotectïon. Celui qui a été l'objet Je la calomnie ci nve toujours les effets, et l'intégrité attaquée ne se jamais que sur des bases bieu fragiles. La cone publique est la pierre de touche de l'honneur ; t celui qui est appelé à braver les soupçons peut être resqne certain d'une disgrâce. Tous ces vices procauses qu'il s'est pas hors de propos 'expliquer : les papiers- nouvel! es sont à si bas pri» is les Etats-Unis, qu'ils sont mis à la portée des s plus pauvres , dont ils deviennent les salai. Il faut donc parler un langage qui soit compris r des hommes qui , n'étant occupés que de gagner e qu'il faut pour satisfaire leurs besoins physiques, l'attachent aucune importance, ni au bon goût, nia l'élè- 'un style châtié. Avec dp tels lecteurs, les mor- ■» plus viol en s sont les meilleurs; les mots tienrnl lieu d'argumens , et le premier imbécile qui parit à rassembler des souscripteurs et à se procurer e imprimerie, se proclame éditeur, et peut avoir «grands succès. Fort heureusement, il n'en est pat itde même en Angleterre : les gazettes sont à u prii élevé ; elles ont besoin , pour réussir , de l'apii de la richesse et du savoir, et cependant elles «e ;pandent assez pour donner au* classes inférieures s informations qui leur sont nécessaires; mais elles :s puisent alorsdansdes sources plus pures. J«ne sais mbien de temps ce\a, iaveia «MMift-, mais les conséience« graves qui rè»u\\*tïa,\eo\ù*.\».SiB
r les papiers publics, feront qu'avant Je l'accorder', le chancelier de l'échiquier y réfléchira mûrement. Il doit toujours avoir devant les yeux qu'aucune loi quelconque ne saurait prévenir les dangers d'une mauvaise presse. Otez les droits, et de suite vous aurez deux genres de journaux ; les uns pour les riehes éclairés, les autres pour les pauvres iguorans. L'Angleterre, comme l'Amérique, sera inondée d'écrits méprisables sous le rapport du talent, mais d'un effet qui n'en sera pas moins terrible. L'influence des hommes éclairés , la seule efficace , sera perdue, la morale et le savoir diminueront; et qu'on se souvienne surtout que, celle taxe une Ibis abandonnée, il deviendra à tout jamais impossible de la rétablir. Je n'entends pas parler ici des droits sur les journaux d'annonces ; ces droits sont évidemment impolitiques, et il est i désirer qu'on les abolisse dans l'intérêt tin commerce, dès que les besoins du gouvernement pourront lo permettre.
La polémique des hommes d'état n'est pas plus modérée que celle des journalistes; ils se servent des mêmes armes. Lorsque la discorde allume ses torches dans le cabinet de Washington, elle brûle avec une fureur sans exemple. Le cabinet de Jackson , il y u peu de jours, éclata comme u ne bombe , et le pays se trouva sans ministres. Cette catastrophe arriva sans aucune cause extérieure. Tous ces messieurs étaient allés au congrès comme à l'ordinaire, et personne n'aurait pu prévoir quelle devait être la durée de ce ministère ; mais malheureusement tous ces hommes d'état étaient mariés , et leurs femmes se AisçioSaàMA. pendant leur absence; il s'agissait lïuwe VwA* ie. **
9, et le général Jackson ne se trouvai) t pas a) labile négociateur pourpacifier les partie», cm t devoir renvoyer son ministère et se choisir un cabinet qui fût moins soumis aux influence* conjugale*. Alors commencèrent les récriminations; grande correspondance par la voie des journaux entre le major Eaton, secrétaire au département de la guerre, et M. Ingbam, chargé du trésor. Les secrets de la vie privée parurent nu grand jour; on se jeta à la lé te les épithètca les plus grossières, les accusations les plus graves; les femmes elles-mêmes ne furent pas respectées. Aujourd'hui encore tous les journaux retentissent des lettres Oe M. Cravyford, ex-membre du cabinet, contre le vice-président, M. Calhoun, et toujours avec le même esprit et la même violence. Le fait est que dans toutes les discussions on ne peut en appeler qu'à un seul tribunal, celui du peuple, et du peuple le plus bas. H faut que l'ambition s'appuie sur la majorité, et dès-lors elle ue s'inquiète plus ni des gens éel.iiré*, ni des hommes honorables; elle professe alors des principes en rapport avec l'intelligence des classes les plus grossières et les plus ignorantes; elle preud leur langage, épouse leurs opinions et leurs goûts, et s'abaisse pour régner, sans jamais pouvoir prendre l'attitude noble el fière de l'indépendance.
Il est difficile, dans un pays aussi divise de principes et d'opinions, de se faire une idée juste et générale delà religion, et un étranger ne saurait garantir la précision de ses observations à cet égard. Je n'ai donc que peu de choses à dire sur ce point , et je le ferai dans le moins ift moV* \jos*4s\e. Tau» les voyageurs ont parlé de u
assemblées religieuses en plein vent, de ces camp meetings, où le fanatisme le dispute à l'ignorance. Ils ont cl 1 1 la vérité, mais je n'ai pas cherché à être témoin île ces dégradations humaines, je ne le désirais pas. Rien de plus aisé que de déverser le ridicule sur ces cultes si déraisonnables et si contraires à. la vraie piété. Mais cependant il ne faut jamais perdre de vue que , dans un peuple aussi disséminé , la régularité des rites devient une chose impossible. Si , par un moyen quelconque, on peut parvenir a. exercer sur ces hommes nne influence forte et permanente, la société ne pourrait qu'y gagner. Quant on a à choisir entre le fanatisme et l'abandon moral, le choii ne peut être douteux. Au milieu d'une société libre, les folies du fanatisme sont sans danger. Les dissidences produisent peu d'effets sinistres; l'homme sans religion ne reconnaît d'autre frein que les lois humaines; la prison et la potence deviennent les seules garanties des intérêts privés. L'opinion publique et le code pénal ayant peu d'action, la religion, quelle qu'elle soit, en imposant son frein , est une sûreté de plus pour In société, et les camp meetings sont dans ce sens un
tnlile
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s méthodistes ont acquis une grande influence presque tous les Etats de l'Union. Les prédica-
teurs de celle secte sont en général parfaitement bien choisis, bien calculés pour remplir leurs fonctions avec succès. Ils sont identifiés avec les habitudes, les sentimens, les préjugés de ceux à qui ils s'adressent. Ils se mêlent au peuple , surprennent les secrets de famille, et leur pouvoir s'accroît d'autant. CeaV dtfc* 911e ht religion se mêle avec lotit, w«\w*«»«**
.es femmes chantent
s mélodies irlandais!
pieux remplacent des airs profanes. Les parties cabaret commencent et finissent par des prière prie avant de fumer un cigare, avant même de ilre une prise de la bac. Tout ceci peut paraître ridicule au premier abord , mais te sentiment de dévotion, l'amour, l'espérance, la charité, le désir de conformer sa conduite à celle de l'être le plus parfait, de lui rendre grâce de ses moindres faveurs, «ont île» idées fondées en religion , et si nous les trouvons défigurées par la superstition et l'ignorance, nous ne devons pas confondre l'or avec la boue , et refuser de reconnaître les bons effets que de tels senti me os produisent sur la société. Dans les grandes villes on ne s'aperçoit pas du défaut Je religion ; il y a autant d'églises qu'en Angleterre; les habitudes du peuple morales et décentes; ou oublie rarement" vances pieuses , et le vice rend hommage à la vi en en prenant les dehors- Le clergé, dans les ville» instruit et montre autant de zèle et de piété que les autres pays. Si l'on peut regardi d'un esprit religieux , les encouragemens donnés écoles dominicales {Sunday schaote), au» sociétés ques, leshabilans des Ktals du nord ne laissent à désirer sur ce point. Cesétahlissemcns, tontes porlîons gardées, sont aussi ilorissans qu'en Angleterre. Dans les hautes classes, on ne trouve aucune jalousie, aucune antipathie dogmatique, et ces mêmes hommes, si violens, si intolérans , quand il s'agit d'orient on de politique , s*>rA- ta*A.-&»l çaisibles dans If s matières religieuses. ^■o« 4w """"
la société se divise en mille coteries Je forme et île couleur» différente». Dans uu village qui possède à peine asseï il'habîtans pour remplir une église et payer un ministre, il faut que les dîssidens se passent des cérémonies du culte ou s'entendent les uns avec les autres, pour se faire mutuellement des concessions qui amènent un culte quelconque, modifié de telle manière que personne ne puisse s'en plaindre. Ces arrangemens entraînent daos des argumens sans (in, des disputes interminables. Le Socinien veut bien marcher avec l'Arien , mais il refuse tout contact avec le défenseur de la Trinité. Le Calviniste cousent à reconnaître le libre arbitre, pourvu qu'on admette le* décrets absolus et indépendans. L'Anabaptiste fera bien le sacrifice de quelques dogmes , mais à la condition expresse que le baptême sera administré aux adultes, et ainsi des autres. Maïs qui peut se charger d'accorder tant de doctrines qui se repoussent! Il s'ensuit que l'une des secte» triomphe pour quelque temps; les jalousies s'allument, et une petite église (an opposition eburch) s'élève en opposition avec la première du village. L'harmonie n'en est pas mieux rétablie pour cela; les chaires retentissent des récriminations, des accusations des ministres opposans ; les journaux prennent couleur des deux eûtes, et la polémique prend toute l'amertume, sinon tout le talent d'argumentateurs plus habiles. Dans les Etats de la Nouvelle- Angleterre et de l'Ouest, l'opinion publique cxij;e la pratique de la religion; elloaété, pour ainsi dire, héréditaire et transmise d'âge eu âge, depuis les Pérès Véluriiis, jusqu'à la génération présente. Mais elle 8e m,<mlte.a.\ïv>iVTss.«sïïi. fceaucoup plus de d'iscvétwo, <ç\a-ç«\»^ ■£**»-**' ■
li dit que, dans les grandes villes, le clergé possédait tout le ta voir et les vertus néoestaires pour instruire leurs concitoyens. Hait les ministres des campagnes, avec lesquels j'ai eu souvent occasion de d'entretenir, sont tous Ban* littérature et d'une ignorance presqu' incroyable dans les matières théologiques. Plusieurs changent de principes comme on change de vêtement : l'un d'eux me disait qu'il avait été d'abord Calviniste, puis Anabaptiste, puis Universalise et enfin Unitairïen. Tout ceci lai l ressortir l'immense avantage d'avoir une église dominante, et on le sent bien plus encore lorsqu'on a visité le* Etats-Unis. En Angleterre, chaque année, on voit sortir des univef sites des hommes instruits qui vont remplir les fonctions cléricales dans tont le royatune. L'opinion religieuse y puise une certaine stabilité , et ceux-là même qui sont hors de l'église conservent dit leurs pasteurs une idée relevée, qui ne peut être que profitable à la communauté. La lumière de l'église dominante pénètre dans les chapelles des dissident; elle exerce une sorte de surveillance morale qui, sans qu'où puisse s'en apercevoir , met un frein aux extravagances religieuses. La religion est un de ces articles qu'on ne devrait pas abandonner aux caprices des de- ■uondeiirs. Moins on en veut, plus elle est nécessaire, et un gouvernement doit veiller aux besoins spirituels comme aux nécessités matérielles des peuples. Je ne veus pas ici m'é tendre sur cette question ; mais cenxlà sont vraiment des ignorant ou des hommes de mauvaise loi, qui prétendent trouver dans l'état de h religion aux EtatsAinw, wv»r^»^v™ 1 '™ A * , ** r « r&tàliaunseftt d'une «^m« Awamax*».
AIX i.TÀTS-l'NlS. 3-11
J'ai fini ma tâche. Je crains in té ri cure ment qu'on ait pris dans mon ouvrage une idée peu favorable du caractère politique et moral des Américains. J'en suis taché, mais je ne puis l'empêcher. Certes , si l'opinion dépendait de la volonté, il n'en serait pas ainsi. Je retourne en Angleterre avec un sentiment profond de reconnaissance pour l'hospitalité généreuse que j'ai reçue dans toutes les parties de l'Union, et aucune considération particulière ne m'empêchera de taire des vœux, pour que mes sinistres prévisions ne se réalisent jamais, et pour que les Etats-Unis présentent au monde un vrai modèle de liberté et de pros-
Que les Américains qui visitent l'Angleterre parlent avec la même liberté que moi des institutions qui la gouvernent. C'est pour le bien des peuples qu'on met au jour leurs plaies et leurs vices. Un exposé franc et loyal cesse d'être une injure et devient une ehose utile et profitable; et lorsqu'un écrivain parle de l'état de la société, il doit s'exprimer sans ménagemens, sans équivoques, sans cacher sous des couleurs trompeuses la cause qu'il défend. La vérité veut qu'on se batte pour elle corps à corps ; ses champions peuvent recevoir des blessures, elle est sûre de triompher un jour.
Le JO de juillet, je m'embarquai pour Liverpool sur le vaisseau le Birmingham, et le 1 2 du mois d'août, j'avais foulé le sol de la vieille Angleterre.
TABLE
CHAPIT&B XII.
Voyage à Baltimore et à Washington. — Manière de vivre. — Traîneau américain. — Esclavage dans le Maryland. — Monument de la bataille. — Beauté des femmes* — Commerce de Baltimore. — Législature. — M. Car roi. — Changemens en Amérique. — Yoyage à
• Washington. — Tableau du Capitole. — Washington.
• Perspective de Washington. — Les Représentai. —
— Salle du Sénat. — Amusemens de Washington. —Bal chez le ministre français. — Présentation au Président. — Députationdes Indiens. — Les enfans indiens.
— Les Indiens. T,a
Constitution d'Amérique. — Le Sénat. — Défauts de la Constitution. — Comparaison avec l'Angleterre. — Division de ta législature. — Pouvoir du Président. - Cabinet. —Rotation d'emplois. — Les ministres ex des emplois-
Washington. — importance de l'éloquence. — Influence des gazettes en Amérique, — Moyen d'acquérir l'éloquence orale. — Longs discours au congrès. — Style des oratenrs du congrès. — Manque d'organisation. — Réclamations de M. MonroK.— Réclamations du com-
Emodore Dccalur. —Débats sur les réclamations.— Débats au congrès. — Eloquence îles Américains. — Eloquence de congrès. — M. Randolph. — M. Trislrsra Rurgess. — Discours de M. Durgess. — Talent du congrès. — Législateurs américains. — Discussion dans le Sénat. — Gouvernement purement électif. — Dépendance de la législature — Burke. — Élection du Président. — Message du gouverneur Clinton. — Registre annuel de l'Amérique. — Inconvcniens d'une magistrature supri" élective.
Cour suprême. — Juridiction de la cour suprême. — Magistrats de Washington. — Visite au Président. — Réception du Président. —Observations. —Esclavage dans Washington. — Légèreté des Américains. — Portraits des chefs indiens.— H, CoXWm. - M. Livingston. — M. Webster. — W.'N™ tVm«™.
'hue Ivi,
Voyage a la Nouvel le -Orléans. — HagerstoTOn. — Montagne sauvage.— Route nationale.— Médecin de Virginie. — L'Ohio. — Cincinnati. — Mislress Trollope. — Dîner dans un bateau à vapeur. — Habitudes des passagers. — Louisvillc. — M. Clay. — Les Kentucltians. —Départ da Louisville.|— Réunion de l'Ohm et du Mississipi. — Paysage du Mississipi. — Société du bateau A Tapeur. — Navigation sur le Mississipi. — Changemens progressifs. — Transition rapide du climat. 05
Nouvelle-Orléans. — Ëlat des rues. — Physionomie de la ville. — Législature. —Théâtres. — Églises. — Prêtres catholiques. — Fièvre jaune. — Manière d'enterrer. — Vente des esclaves à l'encan. — Esclavage. — Résultats de l'esclavage. — Pensées sur l'esclavage. — Conséquences de son abolition. — Manière de cultiver le sucre. — Delta du Mississipi. — Formation déterre. 122
Lac Pontcbartrain — Pas cagoula. —Vers luisant. — [loulanger écossais. — Les opinions du boulanger. — Avis du boulanger aux émigrés. — Départ de la Mobile. — Cours de justice, — Arrivée àMontgomery. — Entrée dans le pays Creek- — Progrès à travers la forêt. — Chaumière indienne. — Tournure des Indiens. — Réfugiés américains. — Polygamie. — Jeu de balle des Indiens. — Manque de discipline. — Géorgie. — Caractère de* Géorgiens, — Augusta. — Charleston. — Description de Charleston. — Climat de Cb,Mlet&<tti. — Population. — Arrivée à New-\otV.
WcM-Pouu. — Hyrie-Park. — Village des Tremhteu Seranondes Trerableura. — Chants et dîmes. — L< time. — Les chute* de Trenton. — Voyage sur le m — Jptnina Wilion. — Chute de Geneaéc. — Le chemin de Bid ge. — Histoire du Mormonïsrao. — Queensloo, — Arriiïe au Niagara. — Première impression des chutes, — ■ Forme de la grande chute. — Arrivée derrière la cascade. — Brait dp la cataracte. — Les mm» — L'île du Goal. — Le Bassin. — Caractère des lu