MOI
-les eaux où il se précipite, forment un assemblage qui est le dernier degré du sublime d'horreur.
L'épitbète de fer à «Levai n'est plus applicable à la grande cataracte. Dans les changemens continuels occasionés par le frottement de la chute, sa forme est devenue, selon moi, demi -hexagone. Le corps volumineux de l'eau , au centre de celte figure, s'élance d'un seul trait comme un nappe d'un beau vert, et forme un admirable contraste avec le bouillonnement du bassin. H n'en est pas ainsi aux extrémités : l'eau se divise en petites parcelles qui s'élèvent comme des colonnes lumineuses , reflétant des couleurs idéales.
L'eau, dans le vaste réceptacle au-dessous, est tellement tourbillon née et mêlée avec l'air que rapporte la cascade (jusqu'àlaprolondeurpcut-etre de plusieurs centaines de pieds) , que les substances les plus légères pourraient seules y flotter. Bien n'est plus remarquable que la couleur de la surface; elle ressemble à de l'argent trituré sans aucun mélange, quoique ses particules soient très-rapprocbies; quand le» eaux sont éloignées à une grande distance, elles reprennent leur cours ordinaire , et cette violente commotion devient moins sensible.
Avant appris qu'on pouvait avancer à une distance considérable derrière la cascade, je résolus d'en faire l'essai. Je rassemblai toutes mes forces et me mis en route, lorsque loul-à-coup un tourbillon épais s'éleva et me força de m'arrêter; je fus repoussé trés-ioin , à moitié suffoqué, et presque aveuglé. Maïs le guide conseilla tle ne ça* me àtaoïta^w , et je lis un nouvel effort qui me vë™s&\w.a»")»î ontwv.Tî
Al* BTÀTfl-UMB. 195
enfin derrière la chute, obligé Je me soutenir sur un morceau de rocher large de deux pieds, de lutter contre un veut affreux qui s'élève du bassin et qui vous rejette quelquefois contre le rocher auquel on s'accroche. Ainsi notre conducteur s'étant placé audacieusement sur le bord même du précipice , se trouva refoulé à côté de nous par le vent.
Enfin ayant avancé à près de cinquante pas, le guide me dit d'arrêter, car il était impossible d'aller plus loin. Je commençais en effet à respirer avec peine , puis la tempête de vent et d'écume semblait me menacer d'un aveuglement complet. Je ne pus cependant me décider à quitter cet endroit sans le contempler une dernière fois; au-dessus de ma tête je voyais une rangée de rochers, derrière moi le penchant d'une montagne, et devant mes yeux la cascade. On aurait dit un rideau magnifique qui nous séparait du monde; je me sentais comme prisonnier, si toutefois l'idée d'un donjon est permise en ces lieux.
Le bruit de la grande cataracte n'est pas aussi extraordinaire qu'on pourrait s'y attendre ; on pourrait causer sur Je bord sans élever beaucoup la voix. Le son ressemble a celui du tonnerre lorsqu'il gronde avec force ; il est invariable j rien d'aigu ou d'éclatant ne vient blesser votre oreille; il ne se mêle à aucun autre son, et n'en absorbe aucun; les mugissemens d'un volcan ne sauraient le dominer; le gaxoui Ile ment des oiseaux n'en est pas troublé.
Tous les voyageurs cependant qui visitent te Niagara reviennent en se plaignant de ce que le bruit est moins fort que celui du Trenton ou du Cohocs. C'est n ne peut surpasser \e m
1i)6 I.F.S n«H ET LEE «ŒtllS
le Horse-Shoe , le venl le porte quelquefois à la d lance île quinze à vingt milles. On ne doit pas oublier que ce gros volume de son est engouffré dans une taverne profonde, entourée de trois côtés par des murs de rochers perpendiculaires. Il ne peut donc s'échapper de celle cavité , à travers du nuage épais dont elle est voilée, qu'une petite portion de bruit, .le fis tirer par curiosité un coup de fusil au-dessous de la table du rocher sur laquelle je m'étais placé pour écouler l'effet ; le bruit surpassait à peine celui d'une canonnière.
Comme je voulais consacrer trois jours à la visite du Horse-Shoe, je longeai le fleuve pour suivre sa course au-delà des chutes. Le Niagara, peu après avoir quitté le lac Frié . se trouve divisé par une îl« de sept mille* de longueur. Plus bas, on rencontre une deuxième île moins considérable; le fleuve n'a plus à cet endroit que deux milles de largeur, et paraît aussi tranquille qu'un lac. La navigation cesse à l'hippcwa . trois milles iii-d<*Mis des chutes.
Tout en s'apercevanl déjà de la rapidité du courant, on est loin de pressentir l'agitation effroyable qui doit s'opérer bientôt. Plus bas , l'île de Goat divise le fleuve en ileux branches et le sépare des cataractes. C'est là que les cour-ans commencent à devenir plus rapide».
Il* sont vraiment dignes des cataractes où ils viennent se précipiter. Le fleuve s'élance avec impétuosité, couvrant les rochers et les lies de ses vagnos agitées. Celte commotion n'a lien qu'à trente pas de h t'hutcj mais le fleuve, avant de s'élancer dans J'abîme profond e.l \a\iorewi. , tcç\ewl son cours plein île calme et de roa'ye.&vè.
Je me dirigeai enfin vers la rive américaine. Si la chute du Horae-Shoe n'existait pas, la cascade américaine occuperait le premier rang dans le monde entier. Vue d'en bas, elle est magnifique : tout le volume des eaux se divise en écume qui se dessine sous toutes les formes, et offre le plus beau spectacle quand les rayons du soleil frappent dessus. Ce qui est défavorable à celte chute, c'est qu'elle ne présente qu'une ligne droite, puis au lieu de se perdre dans un abîme obscur, elle se jette seulement contre des fragmens de rochers et vient se perdre dans le lit de la rivière. En un mot, le voyageur qui a vu les eûtes du Canada, contemple ces objets avec indifférence.
Pour arrivera l'île de Goal, il faut traverser deux ponts; l'un d'eux me parut três-remarquable ; il est jeté sur un courant d'une rapidité effrayante et fait honneur â l'ingénieur qui a fourni ce plan. L'ile est couverte de bois , que le général Porter , son propriétaire , s'est plu à entrecouper d'allées , d'où l'on peut jouir des plus belles vues. Un autre pont, ou plutôt quelques mauvaises planches , conduisent le voyageur h un endroit qui se trouve justement au-dessus du grand abîme du Horse-Shoe. Si on a eu l'idée d'éprouver la force morale, rien de mieux. L'homme qui, placé sur celte fragile construction , peut regarder au-dessous sans trembler de tous ses membres, possède un courage héroïque. On ue peut s'empêcher de reculer d'effroi. Cependant l'œil ne saisit qu'une portion de la cascade, et la position n favorable à l'effet pittoresque.
Le pont Héchitsous vos pas, surtout ausevLn'iu.iA.t'h où il se trouve naturellement çiwfe ie *ra^otv-
198 LES HOXNES ET LIS HIVIUS
restai enriroD un quart-d'heure, et ne me retirai qi voyant approcher un monsieur, dont la tournure ai uonçaît an poids énorme.
Quand on se trouve près de ces cataractes , on ne peut songer à autre chose ; elles tous poursuivent dans vos méditations dn jour, dans vos rêves de la nuit. A peine avais-je déjeuné, que je prenais nn livre, et me dirigeais vers le Borse-Shoe , où je passais tout mon temps. Le courant ayant déposé, à un quart de mille au-dessus, nn grand nombre de gros arbres, j'en lis précipiter plusieurs successivement dans les flots, tandis que j'observais leur marche du haut de la table du rocher ; les uns étaient engloutis sous les vagues furieuses ; les autres, chassés avec violence contre les rochers, reparaissaient sur l'eau; et, ces géans des forêts, poussés lentement vers le bord du précipice, disparaissaient enfin pour toujours.
Tout ce qui tombe dans le gouffre est à jamai* perdu : des trois vaiaseaui qu'on y lança quelques années après la guerre , on ne trouva qu'un fragment d'un pied de longueur à Kingston , un mois après la descente (1). Le pays, autour du Niagara, est pittoresque et bien cultivé ; on y adopte , eu général , les usages anglais pour l'agriculture; tout a un sir de
(1) Avant de quitter le sujet des cataractes, je veux donner un avis utile aux voyageurs futurs, qui se dirigeront de ce côte. Tous, en général, viennent se loger à Manchester, et commencent par visiter la chute américaine et nie de Goal ; rien n'est plus mal imagint . La chute américaine est assez belle pour nuire s l'effet de la première impression 4« \Wwi-'àVie. Ss, conseillerai donc aux voyageurs , Ac àeiwiiie SJbotù. >i iftAMè,
propreté que je n'avais pas encore remarqué nus Etats-Unis. Les pnllissades sont bien entretenues, et les champs ne sont pas défigurés par de gros pieux à moitié pourris. Les J'ernies sont très-grandes, pour
Forsyth, (ont en se gardant de rien voir par les fenêtres 011 le balcon ; qu'ils se transportent de suile sur la télc du rocher ; puii je les engage à se diriger vers la cote canadienne, où ils pourront se placer de manière à dominer sur tout le passage ; ils feront bien d'aller jusqu'il Chippena , et de revenir en suivant le bord de la rivière , ce qui est très-possible avec un peu de persévérance. Le jour suivant, qu'ils descendent au lit delà rivière pour examiner la cataracte d'en bas. Apres avoir suivi celte marche , ils peuvent traverser du eAté de la chute américaine, et â mi-chemin de la rivière ils verront le plus beau spectacle qu'on puisse imaginer; car rien n'eBt comparable a cet amphithéâtre de cataractes dont ils se trouvent environnée.
Il est impossible d'indiquer au voyageur le temps qu il faut mettre à cette excursion. L'imagination a besoin de s'élever à la hauteur de ces objets sublimes. L'agitation est d'abord si grande, qu'on voit tout sans rien admirer. L'enthousiasme angmeulc de jour en jour ; il faut qu'il reste dans ces lieux aussi long- temps que dure celte exaltation. Il ne saurait mieux employer son temps : il amasse de mémorables souvenirs pour le reste de sa vie. Mais telle csl notre nature : l'intimité dégéoère bientôt en familiarité. On finirait par voir toute cette magnificence avec froideur. L'imaginatiou s'affaiblit a force d'être excitée. Aussitôt qu'on s'aperçoit de cette crise, il faut songer an dépari Le Niagara ne peut plus rien pour vous. De nouvelles visites ne serviraient qu'à effacer l'impression des premières , et l'on se trouverait a un mille dea rtii prendre la route opposée,
la plupart; plusieurs renfermant deux cents acres de terre , et procurent de l'aisance à leurs propriétaires. Je dînai avec l'un d'eux , et fus charmé de sa politesse et de ses manières aimables ; je n'en dirai pas autant des habitans de la province haute. Ils ont tous les défauts si communs chez les Américains, sans aucune énergie , dépourvus même de ce caractère entreprenant qui transforme le mauvais sujet en citoyen utile : ils sont indolens , obstinés , ignorans , grossiers , dépravés , sans loyauté et sans religion. Je parle seulement des anciens habitans qui doivent en partie leur origine à des déserteurs , des aventuriers , tous hommes sans principes et sans fortune. Depuis quelques années , le Canada est peuplé d'une foule d'officiers de marine,' des hommes riches emploient aussi des sommes considérables à la culture de ce pays fertile. Le gouvernement anglais Ta enrichi de travaux magnifiques et utiles; l'industrie est libre, les impôts sont presqu inconnus ; il est impossible que le Canada ne profite pas de tous ces brillans avantages, pour devenir un jour un pays très-riche.
CHAPITRB XX.
Voyage à Québec. — A York. — Lac des Mille-Iles. — Les Rapides. — Le Saint-Laurent et le Mississipi. — Montréal. — Gouvens. — Québec. — Ville basse. — Chutes de Montmorency. «—Monument élevé à Wolfe et à Montcalm. — Lorette. — Destinées du Canada. — Le gouvernement. — Difficultés qui Pentovrent.
Anàs ayoir passé une semaine à Niagara , et considéré ses merveilles sous tous les aspects et à toutes les heures du jour et de la nuit, je me remis en route. A peu de àiëtance des chutes , en «e &fty»nx ^h*x%
le fort Saint-Georges, on rencontre un gouffre remarquable, que j'ai visité. Il est occasions par un quartier de rocher qui s'élance à angle droit dans le milieu de la rivière. Le courant le frappe avec une violence effrayante; Peau prend la couleur du plomb fondu, tourne, retourne et se précipite avec fracas loin de cet obstacle. Le peuple du voisinage assure que rien ne saurait échapper à ce monstre aquatique. Les bateaux sont brisés , les mariniers engloutis sans qu'il soit possible de leur prêter secours , ou bien l'embarcation est tourbillonnée avec une telle rapidité, que les hommes qui la montent perdent haleine et meurent étouffés; telle est la seule alternative qui attend le navigateur imprudent.
Le fort Saint-Georges est une position militaire à l'embouchure de la rivière; bâti originairement en terre, il est maintenant en ruines; c'est bien vu, car on est toujours à même de refaire de tels ouvrages qui coûteraient tant à entretenir. Sur la rive américaine, se trouve le fort Niagara, qui, quoique bâti en pierres , n'a pas l'air plus redoutable que son rival. Celui-ci est gardé par un détachement du 79 e régiment, et je ne saurais dire le plaisir que j'ai éprouvé en voyant flotter dans ces contrées lointaines le pavillon anglais. Je ne fus plus comme un étranger sur la terre , et je me surpris , faisant les honneurs du pays à plusieurs Américains qui m'accompagnaient ; j'étais comme chez moi.
Tous les jours , il part du fort Saint-Georges un bateau à vapeur pour le haut Canada ; jamais je n'ai voyagé dans un bàt\mfcTk\.\>Va& commode. Il était commandé par un offictat àeVmwvww^V^v
AUX ét*ts-l>kis. 203
solde , la propreté et l'ordre que l'on voyait partout , contrastaient fortement avec ce que j'avais observé sur les vaisseaux américains les plus renommés. Nous partîmes à mitli, et, à cinq heures, nous avions traversé le lac Ontario et nous débarquions à York. Il l'ut impossible tie ne pas perdre souvent les eûtes de vue, mais ce que j'en ai pu apercevoir est suffisant pour me convaincre que les rivages île l'Ontario sont plats et d'un aspect monotone.
York présente peu d'intéré L au voyageur; cette ville, bâtie dans un pays plat et marécageux, contient cinq mille babilans. Elle fut prise une ou deux lois par les Américains pendant la guerre, et n'olire effectivement aucun moyen de défense ; aucun point n'est convenable pour l'érection des batteries, et celles qui existent maintenant ne peuvent servir que faiblement en cas d'attaque. Il y a cependant assez de prospérité dans ce lieu, et le terrain propre à bâtir se vend à un pris fort élevé. Cbose étonnante! presque toutes les maisons sont en brique, et celle qui sert au gouvernement est en bois. Il y a à York un collège qui semble dirigé d'après les meilleures principes. Les édifices publics sont ce qu'ils doivent être, simples et solides. £n traversant une rue , je lus sur une boutique une affiche qui annonçait qu'on y trouverait dei glaces-, le temps était chaud; j'entrai, et quel l'ut mon étonnement lorsque je me crus transporté chez Grange ou chez Tortoni.
J'avais passé un jour à York; je pris encore passage sur le bateau à vapeur, appelé la tirandc-Bretaynt et je me dirigeai vers Pfescott, à l'extrémité nord au lac. A'ou» lùme* un grand ^euV-, «
ique des plus grand», dansa d'une manière fart désagréable; les vague* s'élevaient avec Fnreor , Ttaa était Mené; point de terre en vire; on pouvait se croire snr l'Océan. Le vaisseau s'arrêta quelques heures à Kingston, qui, certainement, méritait mi eut que New- York , d'être la capitale de cette province. Sa situation est heureuse, à l'abri d'un cotip de main, et ses forts dominent pleinement ta ville et la rade. Il y a sur les chantiers deux vaisseaux de 74 en construction; la paii eu a fait arrêter les travaui. Pendant la guerre , Kingston doit être considéré comme nn port de la plus grande importance. Sa rivale, Sackett, ne lui est comparable eu rien. La manière dont la guerre a été conduite dans ces parages, prouve toute l'ignorance du gouvernement anglais. Il envoyait des frégates, taillées et prêtes k être montées, dans un pays couvert dit meilleur bois de construction qu'on puisse trouver; et avec les seuls froii de ces expéditions, on aurait pu bàlïr sur place ces mêmes vaisseau*. Le ministère de la marine élaît soigneux surtout d'expédier des pièces à eau, de peur qu'on en manquât , et cela, lorsqu'il suffit de puiser dan* le lac, pour eu trouver de la meilleure qualité. Pour couronner son œuvre , il envoya des appareils propres à distiller l'eau salée!
Ayant passé Kingston, nous entrâmes dans le Saint- Laurent , et le paysage devint magnifique. Vers le soir, nous étions dans cette partie de la rivière appelée les Mitle-Ilta; le soleil se couchait, la scène était sublime. Ces îles sont de toutes grandeurs; les unes
ont quelques pieds carvfe*, finfttc». »wfe d'étendue;
elle» devraient tire Y© ife\WK àeWsMiWan» *\ ^V
paix. Jamais on n'a exactement fixé leur nombre; on croit cependant qu'il s'élève à Jeux mille. Noire voyage aboutit à une misérable petite ville appelée Pretcolt, où noua dûmes souper, coucher et déjeuner. Je tus assez heureux pour y rencontrer un détachement du 71° régiment, qui se disposait à descendre le Saint-Laurent sur les bateaux de Montréal. Les officiers m'engagèrent obligeamment à mejoindreà eux, et je me rendis avec empressement à une proposition qui m'était aussi agréable. Le détachement était de cinquante hommes et trois officiers; quatre bateaux devaient nous conduire. Celui destiné aux officiers fut couvert d'un tendelet, et, par un judicieux arrangement des bagages , chacun trouva le moyen de s'asseoir. Nous partîmes à dix heures du matin; les bateliers étaient tous du lins Canada « et parlaient difficilement l'anglais. Il est impossible de rencontrer des gens d'une plus grande gaîté : leurs chants et leurs rires ne cessèrent que sur l'ordre du patron, à l'approche des rapides.
Les rapides du Sa in t.- Laurent peuvent être comptées parmi les accidens naturels les plus sublimes; elles •ont occasionées par uu resserrement des bords de la rivière, qui se précipite alors au milieu des îles et des rochers pour aller retrouver son lit. Sa fureur est horrible : les silïlemens sont affreux; malheur à ceux dont les nerfs sont trop délicats. En jetant les yeux sur ces eaux bouillonnantes, ces cou ran s qui se heurtent, ces gouffres qui s'eut r'ouvrent, il est impossible de croire qu'une barque puisse passer sans se briser , et il faut l'avouer , ces dangers ne sont évités que par le çLlotc ie plat habile et le plus attentif ; uae V\gne. Afc xjYa*,
ren
i;er p.r liie
pan Min
ie ligne tle moins, décide delavleou
; eea péri) leux parages , le
bord, le patron est au gouvernail , et chaque marin
jii poste. 'fou s les TOUT sont lixés sur le pilote dont
ordres ont rarement besoin d'être exprimés par
îles tiiolsj son regard est deviné et obéi à l'instant.
Les ascldsni sont rares, et le danger tout juste ce
qu'il faut pour exciter légèrement le voyageur ; il cou-
naît sa position , il sait que tout dépend du patron ;
mais il sait aussi que les chances de salut l'emportent;
la crainte d'être broyé sur un rocher tient sou ini.igi-
nation en suspens, mais n'est pas assez forte pour y
.jeter l'épouvante.
Feu d'heures après avoir quitté Prescolt, noue rencontrâmes la première rapide ; elle se nomme le my Saut, elle a neuf milles Je longueur; cette disc fut franchie dans vingt minutes ; l'oiseau n'est plus agile que la barque. Au Big Pitch lo danger devient imminent; c'est là que la rivière se sedeux branches , et il laut que la pente suit bien Ibrte, car l'eau frappe les rochers avec une telle violence qu'il s'en élève des colonnes de vapnur humide. Hais c'est surtout au moment de la réunion li-j-i ilem hraé formés par l'île que les périls redoublent ; le poète peut bien se répandre en descriptions pompeuses à la vue d'une charge de cavalerie ; mats qui pourrait rendre les effroyables charges d'un Ueuvc furieux qui vous poursuit? Cette réunion des deux bras se fait au milieu de nuages d'eau , avec uu bruit pareil à celui delà foudre. Le fleuve bout comme une chautliêre,et(ieol.v ouvTeie\.oVk»ï.î>\i':si-.o mille poudres il/retiïproauVl«çaï\a\aVLeVMÀ\.\'î4^<;™^« Ml .A.-
aux émt«-«nu. S07
n'est que lentement que cette agitation cesse et que le fleuve reprend son cours ordinaire.
En franchissant ce pénible détroit, la li.irque fut
nous eu le temps de nous essuyer les yeux , que le Big I'ileli était passé.
Nous couchâmes dans un petit village dont j'ai oublié le nom. Nos hommes, qui avaient travaillé pendant tout le jour, ue songèrent pas à prendre du repos , et comme de vrais canadiens allèrent danser avec les JL-«iies filles, jusqu'au moment de recommencer le voyage. Ils revinrent tous ivres, le patron excepté ; maïs à la vue (les rapides, tes marins reprirent leur calme et leur sang-froid.
Nous voguions alors à travers le lac Saint-François ; il n'y avait pas un souflle de vent, et le courant n aidait peu. Ce lac a trente milles de longueur sur dix de large ; à l'extrémité on reueontre le village de Saint-Régis , limite du territoire des Etats-Unis.
Un lit une halle au coteau du lue pour déjeuner . Ir.inehir ensuite une rapide ;ivee !.] vé incité d'un trait. Quelques canaux fouilles pour multiplier le:
nidations entre ces provinces , donnent aussi la facilité d'éviter le passage dont je viens de parler. Les rives du Saint-Laurent sont entrecoupées de cultures, trop rares , il est vrai , pour uuire à l'effet du paysage. Je place le Saint-Laurent à la tèle des plus beaux fleuves du monde. Sa physionomie n'est jamais ennuyeuse et monotone, elle change à chaque pas.
Quel contraste entre ce fleuve et le Mïssissipi ! Celui-ci toujours plat et sans accident ; l'autre offrant le i-haiigemcos les plus var'u», VhwSl 4wTSâaai\i.*^ <s&-
908 lu >o
grise el bourbeuse , celle du Saint- Laurent est cl comme un cristal. Le premier commence comme a ruisseau, el Tient tomber grand fleuve dans l'Océan; le second n'a pas d'enfance ; il eat, comme Adam , parfait en venant au monde. Le courant do Mississipi est doux et égal ; celui du Saint-Laurent, rapide et majestueux . Let vicissitudes des saisons influent sur le volume du Mississipi ; chaque année ii rompt ses dignes et se répand dans les plaines voisines; rien n'augmente le Saint -Laurent ; il eat toujours le mime el se ressent à peine des pluies et des neiges; ce dernier fleuve se joint en traversant une multitude de lac» ; le premier n'eu rencontre pas dans son cours. Le Saint- Laurent, entouré de belles forêts et de montagnes pittoresques, finit noblement à la mer en formant une lar|;e baie. Le Mississipi vomit honteusement ses eaux dans le golfe Mexicain à travers un delta ibrmé par des depuis vaseux.
L'impression qu'ils font sur le voyageur est aussi très- différente. L'un est grand et magnifique, l'autre terrible et sublime. L'un réjouit, l'autre écrase l'imagination. Nous passâmes ensuite les rapides du Cidre, et les cascades, qui offrent encore plus de danger que celles que j'ai déjà décrites, mais présentent à peu prés le même caractère; j'en épargne donc la description an lecteur ; qu'il lui suffise de savoir que notre course se termina à la Chine, village à neuf milles de Montréal. L'auberge était passable ; il faut pourtant avouer que les hôtels canadiens sont inférieurs à ceux des Etatsl'nîs, quoiqu'on y soit bien plus rançonné. Ici point de zèle, point iY«\>Yiy,caï.ce\ iawiW*. Etats-Unis on peut «'habituer a Y'twWKfetw** , i
choqué par des manières insolentes. On espère beaucoup d'un pays soumis comme le Canada à ta domination anglaise , mais les espérances sont bien trompées.
Le jour suivant je me rendis à Montréal; l'aspect de cette ville me surprit agréablement. Bile est bàlie sur une ile de trente milles de long , à peu de distance de la montagne qui lui a donné son nom. Toutes les maisons sont en pierres de taille; cette propreté, celte solidité qui régnent partout, enchantent l'œil d'un observateur qui vient de parcourir les villes américaines. C'est l'usage à Montréal de couvrir les maisons avec du fer blanc , ce qui fait qu'en regardant la ville des hauteurs qui l'environnent, on croît apercevoir partout des glaces brillantes et polies. Dans la ville supérieure, il y a quelques belles rues; les édifices publics sont dans un bon style, simples, solides, et sans prétention. Les faubourgs sont embellis par plusieurs malsons de plaisance charmantes et parfaitement entretenues. Les babitans sont hospitaliers; les gens riches savent parfaitement allier l'élégance et le eomfort.
La population de Montréal est de trente presque tous les magistrats sont Anglais:
babitans sont en général des Français. Leur costume a quelque chose de primitif et de partîculi les Espagnols, ils portent une ceinture rouge, une veste bleue ou brune, et des souliers qui se rapprochent beaucoup des mocassins indiens. Les natifs de Montréal et de Québec ne distinguent par la couleur bonnet qu'ils portent. Les uns ont des bonnets bit les autres des bonnets rouges.
La religion catholique est la
e t'ait booDeiir â l'esprit et au bon goiit îles L
>. Ole eit l.iiif- m
e bleuâtre.
sa conuruction , devoir survivre à toutes les églises des Elats-Lnis. L'architecture en est gothique; In seule chose qui m'ait paru peu convenable, c'est le défaut d'oriieinens . qu'il faut «ans doute attribuer au manque de londs. On' pourrait également critiquer la manière dont le jour y est distribué.
Il y a plusieurs couven» à Montréal ; j'en ai visité nu, ayant pour guide un des plus riches nê(jocians du pays. Le* édifices sont commodes et spacieux; vingl- <|Uatre religieuses et une mère supérieure forment le chapitre. Le» revenus , qui sout considérables, sout tous consacrés à des œuvres do elinrilo ; et j'ai vu là quelques orphelins qui sout élevés à leurs frais. Elles Mit aussi l'un dé un hôpital pour les aliénés, mais j'ai refusé de visiter cet établissement. J'ai aperçu plii.Mr.ms dei bonnes sceurs, pSles et défaites, marchant à pas lents et saus faire de bruit, comme si elles reui plissais ut encore leur ministère auprès du lit des malades. Leur costume est particulier; il consiste e robe de drap léger, une coruette en mousseline, un capuchon uoir, une sorte d'éeharpe blanche, le rosaire et le crucifix d'usage. Mon c ont pa gnou
e raconta mille traits qui augmentaient encore ['intérêt qu'inspirait celte pieuse institution. Je ne puis, me dit-il, porter les yeux sur cet établissement saus éprouver les plus vifs senlimens de reconnaissance. Il y a trente-cinq ans que j'arrivai dans cette ville, (■(liant, pauvre et sans appui; pas un ami au monde à qui je pusse in mtaesseï -, ce» a.^ifcsu.vni arrivée je lom-
i malade, ne nuU.\a.wVç
a twâfo* ,\\.ut ns* «*x\.
plus qu'à mourir «le faim. La providence me conduisit dans celte maison où je fus nourri, soigné pendant «ne longue maladie, et pourvu de tout, jusqu'il cp qu'il me fût possible de gagner ma vie par mon travail. J'ai proapérci depuis, je suis riche, et jamais je ne passe devant la demeure de ces charitables religieuses sans les combler de bénédictions.
Lord et lady Ayimer étaient à Montréal, et leur présence avait répandu partout le bonheur. Je passai une semaine dans cette ville, et je m'embarquai ensuite pour Québec, sur un de ces magnifiques bateaui à vapeur qui voyagant «ht le S.ursl-Laurenl; dans vingt heures je fis les cent quatre-vingts milles qui séparent les deux villes.
En approchant de Québec, le paysage devient plus agreste et plus montsgneui; les cultures ne s'étendent pas à plus d'un mille de la rivière, et les Canadiens conduisent leur agriculture J'après les principes Isa plus erronés. Ce peuple est aimable et doux ; il a (ironie avec courage les malheurs de la vie, et jouit avec transport des plaisirs qu'elle offre. Quelle différence avec l'habitant des Etals-Unis? L'un , ennemi de toute innovation , vit comme ses pères, heureux de ses institutions , plein d'amour de la patrie ; l'autre , spéculateur actif, change de soleil selon son intérêt , et n'est bien que là où il peut foire prospérer ses écus. Le Canadien est plus intéressant, l'Américain plus utile.
Québec porte au front la marque de sa noblesse. Ce n'est plus une cilé vulgaire livrée à la maltôle; ses lours s'élèvent orgueilleuses comme de» paladins prêts à la défense; assise au milieu du plus beau p^WUff • Je» fauteurs oui (entourent sont OWM*rt*t** ** te**
rau* fort» et de l'imprenable citadelle dn Cap-Diatnanl ; dans le fond, on voit la rivière qui t'échappe d'une forêt de pins et se courre de suite de mille vaisseau*. L'île d'Orléans est au milieu de son lit; un immense rideau de hautes montagnes borne l'horizon, et forme l'encadrement d'un tableau qui peut être égalé, mais qui ne saurait jamais être surpassé.
Tant que j'ai été sur ce baleau, Québec apparaissait à mon imagination environné de toutesses gloires; mais le premier aspect de la cité basse commença à me désenchanter. Elle «'étend an bord d'an précipice, les rues sont malpropres et étroites, les trotloirs, si on peut les nommer ainsi , sont à peine siiTllsans pour les piétons. Le commerce habite celle partie de la ville; c'est là que se trouve la bourse, la douane et les banques. La pompe militaire est réservée tout entière pour la ville hante. One petite ruelle y conduit par un chemin à travers la montagne; on remonte bientôt la cour, le camp, le château Saint- Louis nàtî sur un roc, et entouré de formidables remparts. Ici , aucun signe mercantile ne s'offre aui regards, le clairon résonne, les soldats encombrent les rues, les sentinelles longent les remparts, et la bruyante gaité des jeune* officiers éclate de tous côtés.
Les quinze joursque j'ai passés â Québec, sont pour moi pleins de souvenirs charmans; les officiers du 32-- régiment m'admirent à leur table, et je les prie de recevoir ici tous mes remercimens pour l'agrément qu'ils ont répandu sur mon séjour dans leur ville. Je rencontrai parmi e»t «awXWSSiKwx avec trui j'avais servi dans le même corçs- to ™»» Wvsb»vb»»sw.