AUX ÉTATS-UNIS D'AMÉBIQUE
TRE rHEMIEK,
Toytge à New-York. — A bord. — M. Burke. — Son-
Idybook. — Description. — Arrivée à Kew-Tork. — Première im pression. — La douane. — Enseignes. ■ — Taverne de Kiblo. — Dîner.
Je m'embarquai le 16 octobre , avec le capitaine Bonnet, sur New-York, paquebot américain qui partait pour la ville du même nom. It yavaitàbord vingt-siï passagers, et quoique tout lui disposé pour leur plus grande commodité, la chambre , comme on devait s'y attendre, était passablement encombrée.
Kociétése composait de quinze ou seiie Américinq ou six de mes compatriotes , trois ivt^lav»,. w et un Français Malgré cet aLuea&U^ bsft
it peu hétérogène, l.i plus parfaite harmonie régnait parmi nous. J'ai surtout à meloucr en particulier des attentions que me prodiguèrent tous mes compagnons Je voyage, au point que je sentis pour quelques-uns d'entre euiune telle amitié, que je voyais arriver avec peine le terme d'un voyage qui devait sans doute interrompre pendant long-temps nos relations d'intimité. Les tribulations d'un voyage de mer ont offert bien des sujets nui poètes et aux peintres. Considéré sous son rapport brillant, ce voyage est un emprisonnement ennuyeux et insupportable , pendant lequel le malheureux prisonnier passe des semaines et des mois dans l'atmosphère corrompue d'un réduit où l'on s'entasse , ou dans une espèce de cercueil qui lui sert de lit. Quelle situation pour un homme plein de vigueur et de santé ! Là viennent l'assiéger tous les maux les plus afiligean* de l'humanité, anéantissement du corps et de l'esprit, perturbation de toute notre pat
mpag.u-
d'accider
affreux qui bientôt
métamorphosent l'homme le plus favorisé de la nature en un objet de dégoût pour lui-même et les autres.
Tels sont les plaisirs qui attendent l'homme de terre que 9a mauvaise étoile pousse a parcourir les mers. Les marins sont un peu moins à plaindre. Habitués à la vie d'un vaisseau, ils sont exempts de quelquesunes de ces souffrances, et complètement endurcis à celles qui nous paraissent les plus désagréables. Cependant comme leur boîte de Pandore est encore amplement pourvue de maux, ceux qui en échappent ne sauraient l'épuiser; et je doute que l'enthousiasme du marin le plus ardent l'ait jamais fasciné au point dm changer en paradia cet horrible enter. teçtainiA
iUI ETATS-BUIS.
je dois avouer qu'à bord du New-York nous n'avi jamais eu à souffrir que des élémens. Les dispositif les plus commodes avaient été prises ; ou n'avait rien négligé pour contribuer au bien-élre des passagers , et nous avions pour capitaine un homme qui n'avait rien de cette rudesse et de cette violence qui caractérisent ordinairement le marin. Il est vrai que 11. Bonnet joignait à nue grande habileté dans son art une instruction très-étendue , et j'appris, non sans orgueil, qu il avait reçu son éducation maritime en Angleterre. Enfin le soin qu'il prenait de nous être agréable lui mérita la reconnaissance de tout le monde, et je suis beurras de déclarer que je lui dois bien des renseignemens importans sur le pays que je me disposais à visiter.
Il se trouvait parmi les passagers des gens dont l'originalité contribua à égayer la voyage. Le plus remarquable était r Birmingham retiré , et vivant dans l'ignorance de tout ce qui n'avait pas rapport à la perruque. Marié depuis peu à one jeune femme, il s'était embarqué, formant le projet romanesque d'aller s'établir dans quelque joli ermitage nu milieu des bois d'Amérique. Cette femme était passable; maiss'efforçant, sans!* douter, de diminuer le pouvoir de ses charmes, passa le temps de la traversée k saffublcr de per ques de toutes sortes et d« toutes couleurs , ce qui , à la vérité, escita l'étonnemenl plutôt que l'admiration des passagers. Les soupirs et les baisers amoureux de ce couple intéressant , quoique sanctiGés par le Oambesu de l'hymen, devinrent tellement insiçides pour ha autres , ipie /es femmes résolurent 4e «u
LES B01MF-K ET LES IHŒI'BS
indre. Une requête leur fut donc adressée : on le» ipplia de vouloir bien réserver leurs démonstrations de tendresse pour l'inliiniLé de leur cabane. Je citerai aussi maître Burke. plus connu sous le titre du Bosdus irlandais. Accompagné de son père et d un maître , demusiquelrHncais.il traversait l'atlantique pour aller exploiter son talent sur un nouveau théâtre. Quoique peu disposé à admirer ces génies précoces, qui pour la plupart sont prônés pendant un ou deui ans et deviennent ensuite des hommes très-ordinaires, je crois qu'il est impossible de ne pas regarder Burke comme un enfant prodigieux. Quoiqu'il peine âgé de onze ans, il était déjà lavant musicien et jouait du violon avec te goût et l'aplomb d'un premier talent. Il avait do plus une intelligence capable d'atteindre. aux sciences les plus abstraites. Son amabilité et ses prévenances le rendirent le favori de tout le monde. Quand à la fin du voyage, nous fûmes obligés de nous disperser , cet entant nous quitta , emportant avec lui les vœux que nous formions tous pour qu'il échappât aux séductions et aux dangers inséparables de la profession à laquelle il se vouait de si bonne heure. Partis de Liverpool à une heure, nous ne tardâmes pas à nous éloigner des côtes de Mersey. Le jour suivant, nous nous trouvâmes en face des rochers de Tuskar, et deux jours de marche nous mirent henreusement dans l'Atlantique; les imposantes montagnes des côtes de l'Irlande disparurent, et nous nous élançâmes dans ce vaste désert des mers. Pendant la première semaine , tout nous favorisa. Le vent, quoique modéré, était bon, et le New-Vork, renommé pour h célérité de sa niartlie , ïranuhissaitAé^fcteïaiittt
i toutes voiles déployées. Mais notre bonne >us abandonna dès le septième jour. Les Vents s'élevèrent avec violence ei nous devinrent contraires, et les progrès que nous limes dans la quinzaine suivante furent lents en comparaison de ceux des premiers jours. Le mal de mer s'empara d'une partie de notre société. Cet espoir d'un passage rapide, que nous avions fondé sur notre boubcur d" moment, s'évanouit, et il fallut bien , comme souvent dans la vie , renoncer à contre-cœur à nos plus chères espérances.
Nous étions â cinq cents milles, du côté de l'est , des bancs de Ncnribundland, lorsque, le viii^l- troisième .jour, un vent favorable vint ranimer nos esprits. C'est alors que le New-York nous prouva incontestablement qu'il n'était pas au-dessous de s grande renommée. Nous parcourûmes quinze cents milles les sii jours suivons, et dans la soirée du vingthuitième, nous avions passé le Sandy-Hook, qui forme l'entrée de la baie de New-York. Là de nouveaux contre-temps nous attendaient encore. Presque au port, les progrès dp notre navigation furent arrêtés pendant quatre jours par un épais brouillard. Ces quatre jours sont les plus mortels que j'aie jamais passés. Le soleil, la lune, les étoiles, la terre, l'Océau, tout avait disparu souscette vapeur impénétrable; et le vaisseau ne pouvait se mouvoir en sûreté qu'eu avant continuellement recours à la sonde. L'air que nous respirions semblait un élément plus lourd; nous noua sentions comme subitement frappés d'aveuglement; on aurait dit rjue noirs nous retrouvions Aan* trectoaf qui remplissait l'espace avant la création Au
monde. L'effet que ce brouillard produisît sur n était vraiment remarquable. La gaîté disparut; on devint triste et morosej la conversation languit, et cette mutuelle indulgence que noua avions eue jusqu'alors les uns pour les autres s'affaiblit d'une manière sensible. Nous étions au bout de notre patience lorsqu'il s'opéra un changement favorable. Dans la matinée du 17 novembre, le brouillard s'entrouvrit tout à -coup comme un rideau , et nous permit de contempler avec ravissement les côtes du New-Jersey. Vers le soir, nous reçûmes la visite du pilote et de plusieurs bateaux envoyés par les directeurs des gazettes de New- York, empressés de recueillir les nouvelles. Rien n'était plus divertissant que de voir l'avidité avec laquelle les visiteurs et les voyageurs s'interrogeaient mutuellement. Des questions sana nombre furent échangées sur la politique, les marchandises , les chargemens , les consignations , le fret , les banqueroutes, le blé, le coton, les constitutions, etc. ; et quoique dans cette occasion, comme toujours, l'intérêt personnel se manifestât de part et d'autre, cependant j'étais frappé du désir que chacun témoignait de se rendre utile l'un à l'autre. Tous semblaient prendre plaisir à s'étendre sur les détails les plus profitables aux questionneurs. Ici rien de ce laconisme taciturne et bizarre qui distingue les Anglais dans ce genre de communication. Personne cependant ne sembla prendre la peine de donner une intelligence complète des faits, ni de resserrer ses communications dans des limites telles qu'il pût s'assurer en retour des renseignemens dignes de sa curiosité. Nous passâmes Samly-lloot de nuit, et en wro»
AUX ÉTATS-tnns'. 10
;nant le matin sur le pont, nous fûmes témoins de * plu* belle perspective qu'on puisse imaginer. Nous étions dans les passes. D'un côté, nous apercevions Long-Iiland; de l'autre, Staten-island , pays gracieusement ondulé ; des montagnes couvertes de bois entrecoupés de villages et de chaumières ; puis , au loin, Hew-York «'élevant majestueusement dans sou île, au milieu d'une forêt de mais.
Tels sont les traits qui nous frappèrent le plus en arrivant. Jamais une matinée plus belle ne brilla dans les cieux. Des flots de lumière éclairaient ce magnifique paysage, et nous éblouissaient d'autant plus que nous sortions de cet épais brouillard. Cependant je trouve que la ville de New-York , vue de la haie , n'a rien de remarquable ; mais elle ne contribue pas moins à embellir les lieux qui l'entourent. La ville . bâtie à l'extrémité sud de l'île, s'élargit à mesure qu'elle s'éloigne du triangle. Elle s'étend le long des bords de Hludson et de la rivière de l'Est aussi loin que l'œil peut l'atteindre. Sur la droite se découvrent les hauteurs de Brook-Lyn , qui forment une partie de Long- Jrland; à gauche , les rivages boisés du New-Jersey bornent la vue. Quels que soient les défauts et les beautés pittoresques de New-York, il est impossible de rencontrer une ville mieux située pour le commerce. Ses communications avec l'Océan ne sont interrompues.'! aucune époque de l'année, et cette belle rivière navigable, qui, en parcourant un espace de deux cents milles, baigne l'intérieur du pays déjà fertile, lui offre encore des avantages naturels peu ordinaires. New-York u'a pas encore atteint la supériorité iv Va.-