L. Pilgrim
R. S. Woodward, Gilbert, Russel,
Winchell, E. Andrews, Emerson,
géologues américains . .
Hicks, géologue américain .
Sarauw, préhistorien danois .
De Geer, géologue suédois .
Gosse, préhistorien suisse .
Nuesch, — - . . . .
Forel, — . . . . .
encore beaucoup trop, mais il y a progrès. L’analyse, dans laquelle je ne saurais entrer ici, des procédés de calcul ayant fourni les évaluations les plus faibles, montre que ces procédés, celui d’Arcelin et Ferry par exemple, sont entachés d’erreur. Si nous ne prenons,
LA CHRONOLOGIE
comme limites extrêmes, que les chiffres 8.000 et 24.000, l’écart n’est plus que de 1 à 3. Nous nous rapprochons d’une concordance qui doit nous inspirer confiance. Et si nous remarquons que la plupart des évaluations, basées pourtant sur l’étude de phénomènes très divers, oscillent entre 8.000 et 15.000, c’est-à-dire dans le rapport de 1 à 2, nous sommes portés à accorder une certaine créance à des dates qui sont maintenant tout à fait du même ordre de grandeur.
Ces chiffres seraient certainement plus voisins encore les uns des autres s’ils s’appliquaient vraiment à la même durée, ce qui n’est pas, car le sens de l’expression temps post-glaciaires varie notablement suivant les auteurs qui l’emploient et suivant les pays.
Si l’accord est ici beaucoup moins imparfait que pour la durée de l’époque glaciaire ou de la totalité des temps quaternaires, c’est d’abord qu’il s’agit d’un laps de temps beaucoup plus court; ensuite que les phénomènes que nous avons à étudier sont plus près de nous, que leurs effets sont mieux conservés, plus exactement appréciables ; enfin que ces phénomènes sont plus semblables aux phénomènes actuels, qui ont servi de termes de comparaison.
DURÉE DES TEMPS Une des méthodes les plus ingé-
POST- GLACIAIRES. nieuses et les plus satisfaisantes, qu’il
serait trop long d’exposer ici, est celle qui a permis au Suédois De Geer (1) de mesurer la vitesse de retrait du dernier grand glacier Scandinave. Si l’on rapproche les données publiées par ce géologue des résultats obtenus , d’un côté par Sarauw , Kjellmark et autres savants européens et, d’un autre côté, par divers géologues américains, on arrive à un accord fort satisfaisant. J’estime qu’on peut évaluer à 10.000 ans l’extrême fin du régime glaciaire dans nos pays, le départ du Renne, le début de la formation des tourbières superficielles et les premiers apports des civilisations néolithiques.
La rondeur même du chiffre que je propose montre qu’il ne représente à mes yeux qu’une approximation. Je le crois d’ailleurs plutôt modéré qu’excessif. Il est le seul que je puisse présenter.
(1) Geer (G. de), A Geochronology of thelastl2 000 years ( Congrès géolog. intern . de Stockholm, 1910, p. 241).
IMMENSE DURÉE DE Je n'aurai pas la hardiesse, en effet,
L’ERE QUATERNAIRE. de supputer la durée des époques
archéologiques ou géologiques plus anciennes, étant malheureusement convaincu que les évaluations proposées ne reposent jusqu’à présent sur aucune base solide, mais j’ai hâte d’ajouter que tout concourt à nous donner l’impression qu’un immense laps de temps sépare notre époque de celle de nos origines.
Laissons de côté l’aspect archéologique de la question pour n’envisager que les faits physiques et biologiques. Depuis la fin des temps pléistocènes des géologues, ou de l’âge du Renne des préhistoriens, c’est-à-dire depuis 10,000 ans environ, le travail géologique effectué dans notre pays est inappréciable. Ceci peut nous servir de point de départ.
Les dépôts correspondant à l’époque immédiatement antérieure, c’est-à-dire à l'âge du Renne, offrent déjà une épaisseur notable. Il ne s’agit pas seulement des apports humains qui ont pu s’effectuer avec une grande rapidité ; j’ai surtout en vue les couches stériles dues à l’activité des agents atmosphériques ; elles alternent souvent avec les foyers et correspondent à de longues périodes d’inoccupa-’ tion des grottes ou abris. Je crois qu’on peut, sans craindre de se tromper, attribuer à cette période une durée égale sinon supérieure à celle qui nous en sépare.
Or, ces dépôts de l’âge du Renne, malgré leur importance relative, qui nous frappe dans un chantier de fouilles, ne jouent, en réalité, qu’un rôle insignifiant dans le modelé topographique de nos contrées. Les ossements qu’ils renferment sont à peine fossilisés; ils n’appartiennent guère qu’à des animaux ou à des Hommes tout à fait semblables à leurs représentants actuels. En remontant au Moustiérien, nous constatons des changements autrement importants. Tout témoigne d’une topographie différente, modelée par des agents physiques dont les traces imposantes se voient partout : démolition des régions montagneuses, accumulation de dépôts morainiques sur des milliers de kilomètres carrés, dernières phases du creusement des vallées et formation des terrasses inférieures d’alluvions ; puissants dépôts de limons sur les surfaces continentales et d’argiles à ossements dans les excavations souterraines; variations des lignes du rivage maritime, manifestations volcaniques multipliées, etc.
LA CHRONOLOGIE
Ces phénomènes physiques s’accompagnent de changements appréciables dans la faune, notamment de la disparition de plusieurs espèces de grands Mammifères, dont les ossements sont plus fossilisés que ceux de l’âge du Renne. L’Homme, au moins dans nos régions, appartient à une espèce différente de Y Homo sapiens. Qui peut se flatter de se faire une idée précise de la durée correspondant à cette époque? Mais comment se refuser à lui accorder un nombre imposant de millénaires?
Nous sommes pourtant encore très éloignés du moment où la présence de l'Homme dans nos pays est constatée d’une façon indiscutable.
Cet Homme, du très vieux Paléolithique, a vécu dans un milieu physique et biologique tout autre que son successeur. La topographie et même la géographie des époques acheuléenne et chelléenne témoignent de changements ultérieurs d’une ampleur et d’une durée formidables. Les mers et les continents n’ont pas encore exactement leur configuration actuelle ; les Iles Britanniques tiennent au continent, l’Europe et l’Afrique sont reliées par des ponts terrestres. Le creusement des vallées actuelles, qui est surtout l’œuvre de la fin des temps pliocènes, n’est pourtant pas terminé. C’est l’époque des terrasses moyennes de la Seine, de la Somme, de la Garonne, etc. Des centaines de cratères, aujourd’hui démantelés, illuminent encore notre Massif central. Les formations géologiques de cette époque constituent des terrains dont la vieillesse est encore rendue manifeste par l’altération de leurs éléments.
La nature organisée nous offre des spectacles non moins différents. L’Europe est peuplée de Mammifères asiatiques ou africains. Beaucoup de ces animaux sont éteints depuis longtemps. D’autres se sont transformés et leur évolution n’a pu s’effectuer qu’avec une très grande lenteur. Les industries humaines de ces temps reculés offrent partout sensiblement les mêmes caractères. Les rares débris ostéologiques des fabricants de ce primitif outillage nous révèlent des types très différents des types actuels. Tout se perd maintenant dans la brume des lointains. La seule notion chronologique que nous puissions tirer de ces spectacles est celle d’une durée immense ; le vertige de l’incommensurable commence à nous gagner î
Dès lors, si aucun des chiffres proposés pour la durée des temps quaternaires et pour l’antiquité de l’Homme chelléen ne saurait satisfaire notre besoin de précision, aucun ne saurait nous surprendre et encore moins nous effrayer.
Et nous ne sommes qu’à l’aurore des temps quaternaires. Si, poursuivant notre course vertigineuse, nouspénétrions dansi’ère tertiaire, à la recherche des véritables origines de l’Humanité, ce ne serait plus par centaines, mais par milliers de millénaires que nous devrions compter !