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LES PRIMATES ACTUELS ET LES SINGES

Avant d’entrer dans le vif de notre sujet, une nouvelle étude préalable s’impose. Nous ne pourrons bien comprendre et apprécier les caractères morphologiques de nos plus lointains ancêtres qu’après avoir acquis quelques notions zoologiques sur l’ensemble des Primates et après avoir passé en revue les découvertes relatives aux Singes fossiles.

LES PRIMATES ACTUELS

Le terme Primates , « les premiers », les premiers des Mammifères, a été créé par Linné qui disait aussi : Anthropomorphes .

Les Primates comprennent des animaux d’aspects assez divers, mais se distinguant tous des autres Mammifères par la réunion des caractères suivants : une grande boîte cérébrale, contenant un cerveau très développé ; des membres antérieurs adaptés à la préhension et terminés par des mains à ongles plats ; une dentition omnivore ; deux mamelles pectorales.

CLASSIFICATION Cette définition s’appliquant à l’Hom-

DES PRIMATES. me comme à tous les autres Primates,

la classification du groupe a été particulièrement discutée. Quelques naturalistes, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, de Qnatrefages (1), ont voulu établir pour notre espèce un règne à part, à cause de la supériorité de son intelligence et de sa « religiosité ». Mais pour classer les animaux, on ne se

U) 9 u atr ef a g es (A. de), L’espèce humaine. Paris, 1876. — Introduction à l’étude des races humaines, 1887.

base pas sur leurs caractères intellectuels. Pourquoi changer de méthode en arrivant à l’Homme? Linné, Lamarck l’avaient parfaitement compris. Darwin, après avoir fait observer qu’on trouverait sous ce rapport, dans la classe des Insectes (entre une Fourmi et un Insecte parasite par exemple), des différences bien plus grandes qu’entre l’Homme et les Singes, a eu raison d’ajouter : « Si l’Homme n’avait pas été son propre classificateur, il n’eût jamais songé à fonder un ordre séparé pour s'y placer » (1).

Buffon désignait les Hommes sous le nom de Bimanes et les Singes sous le nom de Quadrumanes. Cuvier a repris ces expressions (2) Linné faisait entrer, dans le genre Homo , l’Homme et les grands Singes sans queue, les Anthropoïdes : Il y avait Tü/omo sapiens , avec ses variétés férus , eu opœus , asiaticus, etc. , mais il y avait aussi Y Homo sylvestris , ou Orang, Y Homo troglodytes , ou Chimpanzé.

Cuvier sépara complètement l’Homme (Bimane) des Singes (Quadrumanes) et, parmi ces derniers, il distingua un groupe inférieur sous le nom de Lémuriens. Nous pouvons admettre aujourd’hui encore la classification générale suivante (3) :

Bimanes. Bras plus courts que les j HOMINIENS.

jambes. Très grand Primates très perfeci cerveau. ) tionnés.

PRIMATES. [ Orbites complètement ) SINGES ou SIMIENS.

fermées ; bras plus ; Primates confirmés et longs que les jambes. ) diversifiés.

Orbites incomplètement LÉMURIENS,

fermées ; bras plus > Primates encore peu cacourts que les jambes. ^ ractérisés (primitifs).

lémuriens. Les Lémuriens, qu’on appelle aussi

Prosimiens, ou Faux-Singes, ou Singes à museau de Renard, n’ont en effet ni la vivacité ni l’intelligence des vrais Singes .

(1) Darwin (Ch.), La descendance de l’Homme, I, p. 205.

(2) Elles ont été critiquées, et non sans raison, car, anatomiquement , les extrémités inférieures des Singes sont des pieds, tout comme les extrémités inférieures des Hommes. Mais Cuvier le savait aussi bien qu’Huxley ou Broca. C’est donc plutôt un sens physiologique qu’il attribuait aux termes bimane et quadrumane. Cette réserve faite, on peut, je crois, continuer à les employer sans inconvénient, surtout dans un ouvrage comme celui-ci.

(3) Voir pour l’histoire de la classification des Primates : Topinard (P.), L’homme dans la Nature. Paris, 1891. — Gregory (W. K.), The orders of Maminals. New- York, 1910.

Quadru- ] mânes. \

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Fig. 35. — Un représentant des Lémuriens et de chaque grand groupe des Singes.

En haut, à gauche, un Lémurien, le Maki Vari ( Lemur varias), d’après A. Grandi dier.

En haut, à droite, un Ouistiti ( Hapaîe jacchus).

En bas, à gauche, un Platyrrhinien ou Cébien de l’Amérique du Sud ( Cebus capucinus) d’après Elliot.

En bas, à droite, un Catarrhinien d’Afrique, le Cercopithèque de Brazza ( Cerco . pithecus Brazzai), d’après un échantillon du Muséum.

Au centre, un Anthropomorphe, le Chimpanzé ( Troglodytes niger), d’après un individu des collections du Muséum,

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Leur figure est poilue au lieu d être glabre. Leur crâne se distingue facilement de celui des Singes : le trou occipital est placé en arrière comme chez les autres Mammifères ; les orbites sont écartées, obliques, dirigées latéralement ; elles communiquent avec la fosse temporale ; le trou lacrymal s’ouvre en avant des orbites. Le cerveau des Lémuriens, relativement simple, ne recouvre pas le cervelet. Leurs incisives inférieures sont couchées en avant, proclives. Ils ont de grandes jambes et de petits bras ; ils sont encore peu quadrumanes ; ils mènent une existence surtout arboricole.

Autrefois répandus en Amérique et en Europe, on ne les trouve plus aujourd’hui qu’en Afrique (Galagos) , en Indo-Malaisie (Loris, Tarsiers ) et principalement à Madagascar (Makis, IncLris), qui compte les neuf dixièmes des espèces et où le groupe était représenté naguère par de curieuses formes géantes, telles que Megaladapis.

SIMIENS. Les SlNG.ES, ou Simiens, constituent

une série très graduée, depuis les formes humbles et inférieures, comme les Ouistitis, jusqu’aux formes puissantes et les plus voisines de nousr, les Anthropomorphes. Mais ils ont un certain nombre de caractères anatomiques communs. Leur boîte cérébrale est très développée par rapport à leur face qui s’est raccourcie. Le cerveau, débordant sur le cervelet et le recouvrant, est divisé en lobes par des scissures ; il présente de belles circonvolutions. Le trou occipital s’ouvre sous le crâne. Les orbites, dirigées en avant, en façade, sont closes par un os planum et ne communiquent plus avec la fosse temporale ; le canal lacrymal s’ouvre dans ces orbites. Les dents sont disposées en série continue ; les incisives inférieures sont dressées comme leurs voisines, non proclives. Les membres antérieurs sont plus longs que les membres postérieurs. L’avant-bras, doué de mouvements de pronation et de supination, est devenu un appareil parfait de préhension.

Les Singes ont des physionomies expressives ; leur intelligence est supérieure à celle des autres Mammifères. Ils ont des passions vives ; on a dit, avec raison, qu’ils reflètent l’Humanité dans ce qu’elle a d’inférieur. Ils habitent les climats chauds ou tempérés ; ils vivent sur les arbres ou dans les rochers, se nourrissant de fruits, de bourgeons, d’œufs, d’inseçtes,

On peut classer les Singes de la manière suivante (1) :

32 dents (2 prémolaires).

Cloison nasale étroite (narines rapprochées).

CA.TARRHINIENS, oui Pas de queue

Singes de l’Ancien I

Monde.

Fig.

Queue plus ou moins longue.

co

en

[Cloison nasale large [(narines éloignées).

PLATYRRHINIENS , ou Singes du No u veau Monde,

36 dents (3 prémolaires).

32 dents. Doigts avec griffes.

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