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Fig. 1. — Pierres de foudre, figurées par Mercati dans sa Metallothecci.
tâtions correctes d’objets ou de monuments antiques, car si I on connaissait déjà des haches ou des armes de pierre, qu’on appelait des céraunies (du grec yspauvéc, yspa jviov, tonnerre), on ignorait leur origine ou leur signification réelles. On les regardait comme produites ou lancées par la foudre et on leur attribuait des vertus extraordinaires (fig. 1).
Ces idées primitives se sont répandues partout ; elles ont persisté jusqu’à nos jours, avec de légères variantes, dans les superstitions populaires de presque tous les pays (1).
C’est pourtant à l’étude raisonnée de ces antiques objets, c’est à
(1) Cartailhac (É.), L’âge de pierre dans les souvenirs et superstitions populaires.
HISTORIQUE
l’archéologie que nous devons les premières données positives, concrètes, sur la haute antiquité de l’Homme (1).
2e phase. A la Renaissance, la curiosité scien-
DU XVIe AU XVIIIe tifique se réveille en reprenant avec la
SIÈCLES. nature un contact perdu depuis les Grecs .
Deux grands artistes, Léonard de Vinci et Bernard Palissy, énoncent sur les fossiles des idées justes. Cependant divers auteurs, Agricola (1558), Gesner (1565), etc., décrivent ou figurent des haches polies et des pointes de flèches en pierre, mais simplement au titre de curiosités. Us considèrent encore ces objets, avec tant d’autres « fossiles », comme des jeux de la nature. Ils en donnent des explications plus ou moins bizarres. MERCATI ET LA A la fin du XVIe siècle, Michel Mer-
VRAIE NATURE DES cati, dont les écrits ne furent publiés
CÉRAUNIES qu’en 1717, plus d’un siècle après sa mort
(1593), proclame, sinon découvre, la véritable nature des céraunies : « La plupart des hommes, dit-il, croient que les céraunies sont produites par la foudre.
Ceux qui étudient l’histoire estiment qu’elles ont été détachées par un choc violent de silex très durs, et avant que le fer soit en usage, pour les folies de la guerre. Car les plus anciens hommes n’ont eu pour couteaux que des éclats de silex ». Et il cite, à ce propos, les vers de Lucrèce (2).
Boetius de Boot, de son côté, en 1636, avait repoussé les opinions vulgaires, quitte « à passer pour un fou ».
Mais il pensait qu’il s’agissait d’instruments de fer transformés en pierre par le temps.
(1) Voir, pour toute la première partie de cet historique : Hamy (E.-T.), Précis de Paléontologie humaine. Paris, 1870. — • Id., Matériaux pour servir à l’Histoire de l’archéologie préhistorique ( R vue archéologique , 1906). - — - Evans (Sir John), The ancient stone implements. 2e éd., Londres, 1897. - — Cartailhac (É.), La France préhistorique. Paris, 1889. — Reinach (S.), Description raisonnée du Musée de Saint- Germain-en-Laye, I. Paris, 1889.
(2) Mercati (M. ), Metallotheca , opus posthumum. Rome, 1717, p. 243. - — Voir à ce sujet : Vayson, Les précurseurs de la préhistoire (L’A, XXXI, p. 357).
Fig. 2. — - Portrait de Mercati. Réduction d’une gravure de la Metalloiheca .
Aldrovande en 1648, Hassus en 1714, A. de Jussieu en 1723, le Jésuite Lafitau en 1724, Mahudel en 1730, comparant les vieilles armes de pierre de nos pays aux armes de pierre des sauvages modernes, notamment des Américains, inaugurèrent une excellente méthode de travail basée sur l’ethnographie comparée en même temps qu’ils donnaient le « coup de grâce au préjugé des céraunies ».
SUCCESSION D’AGES En 1750, Eccard, après avoir fouillé
PRÉHISTORIQUES. de vieilles sépultures allemandes, établit
une succession de divers âges préhistoriques. En 1758, un magistrat érudit, Goguet, publia sur «l’Origine des lois » un ouvrage très documenté, fondamental; il y proclamait
qu’à un âge de la pierre avaient succédé un âge du cuivre et du
bronze, puis un âge du fer.
Cette classification fut plus tard solidement établie et développée par les archéologues danois, Thomsen, Worsaae.
Ainsi, la science balbutiante du XVIIIe siècle arrivait aux mêmes conceptions que les poètes ou les philosophes de l’antiquité; mais ces conceptions s’appuyaient maintenant sur l'observation de faits matériels. Pourtant, si l’on savait que les civilisations historiques ont été précédées par des périodes incultes ou de grossière sauvagerie, on n’avait aucun soupçon de la haute antiquité de ces temps primitifs. Il fallait d’abord accommoder les théories aux exigences de la chronologie biblique. L’idée nouvelle, d’une Humanité commençant dans le dénuement, paraissait incompatible avec la notion de perfection physique et morale du paradis terrestre. De là des discussions passionnées, de véritables luttes qui nous paraissent aujourd’hui naïves ou ridicules, surtout quand on songe, comme l’a dit Cartailhac, que les opinions les plus extrêmes sur la date de la création de l’Homme ne variaient pas de plus de 1 500 ans.
Buffon, qui a eu le premier le sentiment de l’immense durée des temps géologiques, tout en cherchant à interpréter « sainement »
les Ecritures, connaissait bien les pierres « que l’on a crues tombées des nues et formées par le tonnerre et qui, néanmoins, ne sont que les premiers monuments de l’art de l’Homme dans Tétât de pure nature ». Mais pour lui, l’époque de l’Homme n’est que la
septième et dernière de ses « Epoques de la Nature », bien postérieure à la cinquième époque caractérisée par les Eléphants, les
HISTORIQUE
3e PHASE. L’HOMME REMONTE A UNE ÉPOQUE GÉOLOGIQUE ANTÉRIEURE A L’ÉPOQUE ACTUELLE.
Rhinocéros, les Hippopotames dont on trouve les restes dans le sol superficiel (1).
Avec le XIXe siècle, l’histoire naturelle prend un vif essor. Il appartient à des sciences nouvelles, la géologie et la paléontologie, de faire la lumière sur la haute antiquité de l’Homme. Jusqu’alors, en effet, il n’avait été question que d’objets ne remontant pas au delà des temps géologiques actuels, d’objets que nous appelons aujourd’hui néolithiques. Les observations vont porter maintenant sur des instruments de pierre beaucoup plus anciens, trouvés dans le sein même de terrains datant d’une époque géologique antérieure à l’époque moderne et marquée par la présence de restes d’animaux qui ne vivent plus aujourd’hui.
Dès 1715, Conyers, pharmacien et antiquaire de Londres, avait trouvé près de cette ville, dans les graviers d’une ancienne rivière, et au voisinage d’un squelette d’éléphant, un silex travaillé dans la forme dite aujourd’hui de Saint- Acheul. Bagford, ami de Conyers, émit l’hypothèse que le silex était une arme ayant servi à un Breton pour tuer l’éléphant amené par les Romains sous le règne de l’empereur Claude.
JOHN FRERE. En 1797, un autre Anglais, John
Frere, fit une découverte analogue à Hoxne, dans le Suffolk. Il recueillit des silex taillés, à quatre mètres de profondeur, dans un terrain renfermant des ossements de grands animaux éteints (fig. 3). Il sut donner de sa trouvaille une interprétation bien plus exacte que celle de Bagford en déclarant qu’elle devait se rapporter « à une période certainement très reculée, bien plus lointaine que le monde actuel ». Cette observation si judicieuse, presque géniale, passa inaperçue. Elle ne fut remise en lumière par John Evans qu’après les mémorables luttes de Boucher de Perthes dont John Frere doit être considéré comme le précurseur (2).
(1) Buffon, Epoques de la Nature. Paris, 1778.
(2) Evans (Sir John), /oc. cit ., p. 573. La relation de John Frere se trouve dans Archœologici, XIII, 1800, p. 204.
XIXe SIÈCLE.