PEINTRES-VERRIERS
Au XIII e siècle, tous les efforts de l'art de peindre se portèrent sur les vitraux; les sujets religieux, les histoires bibliques, les allégories chrétiennes, les légendes des saints furent particulièrement traités par les artistes. Cependant, on voit aussi sur les vitraux des scènes militaires, des portraits, des tableaux représentant les différents ouvriers du moyen-âge et leurs ateliers de travail. On remarque, a Chartres, un tisserand, des corroyeurs, des laboureurs, des changeurs, un boucher, des pelletiers, un charron, un orfèvre, etc. À cette époque on se contentait d'un simple trait pour indiquer les figures : puis on forma des hachures qui leur donnèrent du relief : la cathédrale de Chartres, avec celles de Bourges et de Sens, possède les plus curieux monuments de ce genre. Sur un des vitraux du chœur est peint le nom de Ballardus: Cicognara parle d'un abbé qui fit réparer son église en 4549, par un nommé Baila rdus ; on lit de plus dans une inscription : Doctâ que manu Bailardi. Il y a tout lieu de croire que ces mentions se rapportent au même artiste, qui appartenait sans doute au pays Chartrain.
Nous trouvons ensuite le nom de Clément, né a Chartres, qui travailla, vers le règne de Philippe-le-Hardi, aux vitraux du pourtour du chœur de la cathédrale de Rouen; on lit dans une de ces verrières : Clemens Vitrarius cornutensis.
Au XVI e siècle, la peinture sur verre, a Orléans, comme dans les autres provinces, s'éleva à un haut degré de perfection, et fut en grande faveur. Les peintres-verriers étaient exempts de tailles, d'aides, du guet, de garde-poste, etc.
Il est probable qu'a une époque où des verriers français allaient peindre à Rome les vitraux du Vatican, l'Orléanais eut une riche part dans ce mouvement artistique ; mais il est difficile de réunir des renseignements précis sur l'histoire des verriers de cette province. Nous trouvons cependant dans les manuscrits le nom de Robert Pinaigrier, de Chartres, qui, en 1527 et 1550, peignit les
vitraux de l'église de Saint-Hilaire, de celte ville, dont une partie fut copiée pour le charnier de Saint-Etienne-du-Mont, a Paris.
Chenesson (Antoine), peintre-verrier, né à Orléans vers 4440, fut employé principalement, par le cardinal Georges d'Amboise, a la décoration du château de Gaillon, aux vitraux duquel il travailla avec Jean Barbe, de Rouen.
Il ût aussi des vitres pour Sainte-Croix et Saint-Aignan, et il est probable qu'il fut employé aux châteaux d'Amboise, Chenonceaux et Chaumont. M. Vergnaud-Romagnési possède de lui un vitrail de Saint-Jacques, représentant un Calvaire avec le Christ en croix, les deux saintes femmes et une vue en perspective de Jérusalem, ainsi que six médaillons oblongs, bien dessinés, de couleurs vives et bien conservées, provenant de Chenonceaux. Ces vitraux présentent une analogie frappante avec ceux que Ton connait de Gaillon.
Jean de Cornet, né d'une famille ancienne à Orléans, et dont le vrai nom était Jean de Renty, vivait vers 1570, du temps de Robert de Palissy, dans les écrits duquel on remarque ce passage :
« J'en ai connu un (peintre-verrier), nommé Jean de Connet; « parce qu'il avait V haleine punaise , toute la peinture qu'il faisait sur « le verre ne pouvait tenir aucunement, combien qu'il fût savant en « cet art. » „
On lui attribua plusieurs ouvrages, entre autres un Saint-Nicolas provenant des vitraux des Jacobins d'Orléans. Dans les vitraux placés à Sainte-Croix, il a fait des fleurs, des arabesques au-dessous desquels est cette inscription :
Qui te cuide immortel estre
Par mort seras depesché
Et combien que tu soye grant prêtre
Ung autre aura ton evesché.
Nous avons remarqué, du même artiste, deux figures de femme ; au bas de la première est cette sentence :
Ny la navire avec un ancre, Ny la vie avec une espérance Ne se doibvent arrester.
au bas de l'autre on lit:
Nous devons espérer toute chose Kt de nulle se désespérer.
Ces vitraux, bien dessinés, mais de mauvaises couleurs, confirment l'opinion de Bernard de Palissy.
Courut (François), né à Orléans, peignit plus tard, dans l'église des Grands-Carmes, un vitrail qui était placé au-dessus du maîtreautel; il représentait un crucifix de la hauteur d'un homme debout; de chaque côté un ange sortant d'un nuage d'azur ; les portraits du roi Henri IV et de Marie de Médicis au naturel, en habits royaux, parsemés de fleurs de lis , tels qu'ils sont peints sur une vitre des Cordeliers de Paris : et au bas un prie-dieu couvert d'un tapis. Le reste du tableau était rempli de carreaux en mosaïque.
Nous avons trouvé cette mention qu'il avait reçu, du receveur de la commune, pour ce travail, la somme de 150 livres.
Une verrerie royale fut établie, au XVII e siècle, a Orléans. L'intendant de celte verrerie, Bernard Perrot, sieur de Beauvais, était d'Orléans.
Voici les notes qui nous ont été communiquées sur cet artiste :
H obtint, en 4668, du duc d'Orléans, frère de Louis XIV, un brevet exclusif pour établir dans cette ville, rue des Bouteilles, un atelier de verrier-émailleur.
Il eut pour concurrent un étranger, Paul de Massalai, qui obtint du roi une semblable autorisation. Par suite de cette rivalité, Perrot renonça a faire des objets d'art et se borna a fabriquer des vases de verre d'un usage ordinaire. On lui attribue quelques vitraux de Sainte- Croix et de Recouvrance qui pourraient bien être de Chenesson.
Nous avons vu de lui un Louis XIV en grisaille et couleur d'or, assez bien dessiné, mais médiocrement exécuté. Ce roi est représenté en amour guerrier, portant cuirasse à la romaine , avec carquois au dos et des flèches à la main ; sa tête est couverte d'une énorme chevelure bouclée.
Un amateur d'Orléans, mort depuis peu, M. Destas, a légué a un de ses amis, les quatre Evangèlistes et les douze Apôtres , en émail et camaïeu bleuâtre, assez bien fondus, signés des initiales de Perrot, b. P. avec un t au sommet et un soleil radié au bas.
C'est le premier, dit-on, qui appliqua l'émail sur le cuivre laminé, façonné en carreaux et en colonnes.
Blois fournit toute une famille de peintres-verriers, les Monnier, qui s'acquirent une grande réputation à une époque où cet art, sans cesser d'être religieux, ajouta un nouveau genre d'élégance aux palais des rois et des grands seigneurs.