IMAGIERS
Il y aurait tout un curieux travail à faire sur les imagiers , au moyen-âge, dans l'Orléanais; malheureusement les recherches les plus minutieuses n'ont pu nous donner à ce sujet que des notions imparfaites.
Le goût des miniatures se propagea , à Paris et a Orléans, depuis le XIII e siècle jusqu'à la découverte de l'imprimerie, et se perfectionna successivement. Les manuscrits qu'on a pu sauver de l'oubli ont pu seuls faire parvenir jusqu'à nous les noms des artistes qui les ont illustrés. Ils prenaient généralement la qualité de peintres et enlumineurs , souvent même celle d'écrivains.
On cite, au commencement du XIV e siècle, un manuscrit de la chasse aux oiseaux, de Frédéric II, enluminé par l'habile miniaturiste Simon, d'Orléans, ainsi qu'un beau psautier de Saint-Louis, d'un artiste de la même ville, dont le nom est resté inconnu.
Un peu plus tard, on trouve, dans les actes du temps, le nom d'un enlumineur des environs de Blois, Perreniet, qui , en 1396, travailla pour la chapelle des Célestins de Paris.
Au XV e siècle, il y avait, dit un manuscrit, jusqu'à 10,000 calligraphes pour les seules villes de Paris et d'Orléans.
Les livres de la Procure, à la bibliothèque d'Orléans, si un patient amateur pouvait les mettre en ordre, fourniraient de précieux renseignements sur l'imagerie, à une époque où les écoles de cette ville donnaient de nombreux travaux aux écrivains et imagiers qui remplissaient la rue de YEcrivinerie.
Jean de Fontenay, maistreen écriture, célèbre (Je son temps, fit paraître, vers loOO, un livre de chiffres d'une belle forme, et des caractères pour écrire les lettres secrètes.
Les imagiers étaient aussi peintres en tableaux, décors ou miniature.
Nous avons trouvé ainsi la mention d'un traité conclu entre Hubert Marchant, imagier et enlumineur, demeurant en la paroisse Saint- Donatien d'Orléans, et Jacques de Gourde, procureur, Martin Stech, receveur de la nation d'Allemagne, en l'Université d'Orléans, et Jacques de Borche, licencié en droit, en présence de Jehan-Abraham Bedel , de la même nation , et Jehan Albin , peintre imagier a Orléans.
Par ce traité, qui porte la date du 12 février 1500, Hubert Marchant s'engage à faire une cohtretable à V autel sainte Barbe, en V église St-Germain d'Orléans, en laquelle contretable sera l'histoire des trois rois, avec V image de Nostre-Dame assise, tenant son enfant, et au comté d'elle Joseph, et devant elle aura un des. trois roys à genoil , les deux autres debout, tenant chacun leur présent.
Le marché règle la dimension de chaque figure , la forme des écussons placés de chaque côté/et le texte dé la description mise au-dessous de ce travail. Hubert recevait du procureur : « Vingt-quatre escus à la couronne, voilant trente-cinq sols tournois, dont six esens à la mi-carême, et le surplus quand ladicte besoigne sera faicte et assise , comme dicte est ; y seront les dictes ymaiges rondes et couleur ées. »
Le reste du manuscrit fait supposer que , malgré ces précautions, l'ouvrage ne fut pas soigné, et que, pour cause de retard et de paresse, on lui refusa le reste de la somme fixée par le bail.
Dans cette même rue de l'Ecrivinerie, aujourd'hui rue Pothier, vivait un Nicolas Boivin, écrivain imagier.
En 1606, il termina, avant Pâques, le livre nommé le Miroir historial. C'était une histoire des papes jusqu'à Jean XXII. Ce manuscrit était moins précieux par le style que par la beauté supérieure des caractères, très-bien peints et en grosse écriture. Il faisait partie de la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés qui depuis fut détruite par l'incendie de 1794.