GRAVEURS
CHABTIER (Jean).
Cet artiste marque la transition entre les écrivains et les imprimeurs, entre les imagiers et les graveurs. Il naquit à Orléans, vers \ 300, et mourut, en 1580, comme nous l'apprend son neveu Daniel Chartier, dans son ouvrage intitulé : Le Curial d'Alain Cliartiei'. Il avait entrepris un livre bien coûteux, dont la première livraison a seule paru sans nom de lieu ni d'imprimeur ; il est vrai de dire que le mo-
ment n'était guère favorable ; la renaissance des lettres était entravée par les guerres civiles. M. de Rosni , chancelier de Navarre, à qui Chartier dédia son livre , n'était pas très-bien en cour, en Tan de grâce 1574. Aussi, le premier livre des Blasons vertueux ne contient guère qu'une épitre dédicatoire et dix images de Vertus , avec un quatrain , en vers français, aux deux premières , et un distique seulement aux huit autres. Le Guide des Sciences et des Arts, dont nous tirons cette mention , ne nous apprend pas que l'ouvrage ait été continué.
Un autre artiste Orléanais s'est distingué au siècle suivant comme graveur de blasons : il s'appelait Ch. Segoing. Boileau, dans sa cinquième satire, a fait, au Mercure armoriai de ce graveur, l'honneur d'une citation :
Aussitôt maint esprit fécond en rêveries Inventa le blason avec les armoiries, De ses termes obscurs fit un langage a part.
Composa tous ces mots de Cimier et d'Ecart, De Pal, de Contrepal, de Lambel et de Fasce, Et tout ce que Segoing dans son Mercure entasse.
DELAULNE (Etienne).
Maître Etienne, ou Stephanus, comme on disait alors, était, au XVI e siècle, un des meilleurs orfèvres d'Orléans. L'acier et le cuivre étaient aussi souples, sous la main de l'artiste, que l'or et l'argent ; il fit de la gravure, et reproduisit les œuvres des maîtres italiens , en estampes assez remarquables pour le temps où elles furent gravées. Michel- Ange et Marc-Antoine sont les originaux que maître Etienne s'attacha de préférence à reproduire. Tantôt païen, tantôt chrétien , suivant les modèles qu'il traduisait , Delaulne exécuta toura-tour, dans ces divers genres : Les douze mois, vignettes allégoriques ; Us Trois Grâces ; la Léda, d'après Michel-Ange, et des sujets de l'Ancien Testament, entre autres : Le Serpent d'airain, d'après Jean Cousin , et des croquis en petit du Goliath et du Massacre des Innocents, d'après Marc-Antoine.
36 LES HOMMES ILLUSTRES l»E LORLÉAISAIS.
Son œuvre renferme six cents pièces, représentant surtout des ornements d'orfèvrerie ou de bijouterie ; ces dessins se détachent en blanc sur des fonds noirs, ce qui les a fait souvent prendre pour des nielles ; il a dessiné aussi beaucoup de grotesques et d'excellentes compositions en arabesques, à l'usage des damasquineurs et des met* teurs en œuvre. La plupart de ses pièces sont datées de Strasbourg, où sans doute il s'était établi. Mais bien que très-anciennes, ses gravures ne sont pas d'un très-grand prix ; Y Enlèvement d'Hippodamie, ne s'est vendu, a la vente Bazan, que 60 fr. Ses ouvrages sont marqués d'une S simple ou de cet autre signe : S. F.
L'abbé de Marolles lui a consacré le quatrain suivant dans son livre des Peintre* et Graveurs :
D'un burin délicat maître Étienne de Losnc A dépeint en petit, d'un air ingénieux.
De Raphaël d'Urbin des dessins curieux ; La Genèse, le monde et ia gloire du trosne
Il mourut vers 1595.
DENISOT (Nicolas).
Fut à la fois peintre, graveur, poète latin et français. Né en 4515, à Nogent-le-Rotrou , Denisot parut à l'époque mémorable de la renaissance des lettres; le succès avec lequel il les cultiva lui mérita l'honneur d'être appelé auprès de François I er , en qualité d'officier de sa maison. 11 s'y distingua par «on esprit et la facilité de sa versification, et fut, comme le dit Etienne Pasquier, de ceux qui font la guerre à l'ignorance. Après avoir passé trois ans en Angleterre a enseigner les langues grecque, latine et française a trois soeurs, Anne, Marguerite et Jeanne de Seymour, il revint en France, où Henri II, qui régnait alors, l'accueillit avec distinction.
Denisot, qui était aussi habile dessinateur et bon mathématicien qu'excellent poète, fut chargé par ce monarque de lever le plan de la ville de Calais, qui était au pouvoir des Anglais, d'en étudier les endroits faibles et de lui fournir les moyens de s'emparer de
eette place. Denisot s'acquitta avec honneur et sagacité de cette dangereuse mission, qui faillit lui coûter la vie. La mort de Henri U le priva de la récompense qu'il avait méritée, et lui-même mourut quelque temps après à Paris, en 1559, par suite des fatigues qu'il avait éprouvées dans son entreprise.
MET-G4VBEBT.