‹ Les Hommes illustres de l'Orléanais (volume 2)Chapitre 48 sur 85 · PIERRE DE BLOIS · texte numérisé non relu

PIERRE DE BLOIS

Il naquit dans cette ville vers 1150, d'une famille noble, originaire de Bretagne. Son père était très-pieux et très-bienfaisant, malgré la médiocrité de sa fortune.

Pierre reçut une éducation soignée au célèbre monastère de Saint-Laumer de Blois. Il se rendit ensuite a Paris, y étudia avec succès les humanités, la rhétorique et la philosophie, et apprit la théologie sous Jean de Salisbury.

Il alla de là en Italie , s'instruisit à Bologne dans le droit civil et canonique, et après avoir visité Rome, revint a Paris, où il ouvrit une école de grammaire. D s'était d'abord livré a l'étude de la poésie, des mathématiques et de la médecine ; il s'en dégoûta bientôt pour se vouer à l'état ecclésiastique.

Vers 1167, il fut précepteur, en même temps que secrétaire et vice-chancelier du roi-enfant Guillaume II , qui venait de monter sur le trône de Sicile. Au bout d'un an, la jalousie des courtisans le força de retourner en France, où il reprit l'enseignement public.

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Mais, en 1175, il passa au service du roi d'Angleterre, Henri II, et y resta jusqu'à la mort de ce prince , en 1189.

Son éloquence et son habileté lui valurent la confiance du souverain et celle de l'archevêque de Cantorbéry. Henri II l'envoya vers Louis VU, roi de France, pour des affaires importantes, et l'employa souvent dans les plus grandes négociations.

Il était alors achidiacre de Bath ; c'est à cette époque seulement, et sur les instances de ses amis, qu'il consentit à être ordonné prêtre.

Après la mort de Henri II , il fut chancelier de la reine Eléonore.

En 1195, accusé d'un vice honteux , que son âge et ses infirmités rendaient peu , probable, il tut privé de son archidiaconé , chassé d'Angleterre, et revint en France. Depuis, il fut successivement archidiacre de Londres , dignité qui n'avait que de l'éclat sans revenu, puis archidiacre de Cantorbéry. Il avait été, en France, chanoine de Bourges, puis de Chartres, avant d'être archidiacre de Bath. On conjecture qu'il mourut vers 1200.

Pierre de Blois était vaniteux , inquiet , ambitieux ; il parait avoir recherché les bénéfices et ses commodités avec trop d'empressement. Il avait une liberté d'esprit et une énergie de caractère qu'il poussait jusqu'à l'âpreté. Il maintint avec vigueur les règles et la discipline de l'Eglise. Il reprend fortement les vices et il ne ménage pas plus les grands que les petits. Si les cruautés des hommes d'armes, l'avidité des avocats , l'ignorance des médecins , la simonie de prêtres , l'orgueil des chanoines excitent la bile de Pierre de Blois , il ne craint pas non plus de censurer sévèrement les princes, les seigneurs et les prélats eux-mêmes.

Pierre fut un des hommes les plus savants de son temps, également versé dans la connaissance des écritures saintes et des lettres profanes. Bellarmin dit qu'il écrivait avec autant de sagesse que d'éloquence. Son style semble aujourd'hui trop chargé de citations , de sentences, de comparaisons, d'antithèses : cependant il est habituellement correct, facile et souvent même élégant.

Il avait un talent peu commun: il nous apprend lui-même qu'écrivant une lettre , il en dictait en même temps trois autres a trois personnes différentes, ce qui n'était arrivé qu'a Jules César.

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On lui attribue soixante-cinq sermons ou discours d'une latinité assez médiocre ; ils sont d'ailleurs très-courts, et semblent plutôt de brèves instructions. L'un d'eux, plusieurs peut-être, ont été prononcés d'abord en langue vulgaire. On a de lui dix-sept traités, parmi lesquels se trouve une instruction sur la foi chrétienne , pour le sultan d'Iconium, au nom d'Alexandre III, vers 1170.

Un poème sur Y Eucharistie , qui lui fut attribué d'abord, a été revendiqué avec raison pour un autre Pierre , dit Pictor ou le Peintre. Pierre de Blois avait eu le bon esprit d'abandonner la poésie dès sa première jeunesse; ce qu'on a de lui donne une pauvre idée de son talent poétique.

Mais le recueil de ses lettres, au nombre décent quatre-vingts environ, forme la principale partie de ses ouvrages. On y trouve des renseignements nombreux sur lui-même, sur son père, sur sa famille ; elles abondent surtout en détails intéressants sur les mœurs et les usages de son époque. La plupart sont adressées aux plus grands personnages de ce temps: a des papes, à des rois... Il y en a une dans laquelle il s'efforce de justifier Henri II du meurtre odieux de l'archevêque de Cantorbéry, Thomas Becket. La 112 e est intéressante, pour nous, a divers titres. En 1188, Philippe- Auguste , dans une assemblée tenue à Paris, avait fait une ordonnance portant que tous ceux qui n'avaient pas pris la croix donneraient, cette année-là, ladinie de tous leurs revenus : ce qu'on appela la dime saladine. Pierre de Blois écrivit d'Angleterre à Henri de Dreux, évêque d'Orléans, cousingermain du roi , l'exhortant à remontrer à ce prince que les ecclésiastiques devaient être exempts de cette subvention. Il prétend que le roi n'a reçu de l'Eglise le pouvoir du glaive que pour protéger l'Eglise.

Les œuvres de Pierre de Blois parurent, pour la première fois, à Paris, en 1519. Pierre de Goussainville , de Chartres, en publia, vers 1667, une édition annotée, revue et augmentée de divers ouvrages de Pierre de Blois , non encore publiés , et de laquelle il retrancha des sermons reconnus pour être d'un autre Pierre , surnommé Comestor , ou le Mangeur.

DAMPIERRE (Jean).

Comme Fortunat, Dampierre fut directeur d'une communauté de religieuses; comme lui aussi il fut un poète gracieux et élégant; Fortunat avait enlevé aux Latins du Bas-Empire la palme de la poésie, Jean Dampierre disputa aux Italiens de la Renaissance la gloire de bien faire des vers latins.

D naquit a Blois, dans le XV e siècle, et, après de solides études, il partagea ses travaux et ses loisirs entre la jurisprudence et la poésie. Comme il avait beaucoup de politesse et qu'il n'était rien moins que prude et austère, il surprit beaucoup ses amis , lorsque, renonçant à tout ce que le monde lui offrait d'agréable, il entra dans Tordre de Fontevrault, où il employa tous ses talents et son éloquence à soutenir les âmes dans la vraie religion et dans les pratiques des devoirs de la piété chrétienne.

Dans la suite, il fut fait directeur des religieuses du monastère de la Madeleine, près Orléans. « Il vécut là sans trouble et sans inquiétude : mais il ne se priva pas de la conversation des personnes habiles, qui demeuraient pour lors dans cette ville, ni du commerce des savants qui fleurissaient en divers endroits du royaume. »

II eut pour amis Germain Àudebert et Salmon Macrin; pour admirateurs Jean Dolet, Théodore de Bèze, Balzac et Jules-César Scaliger, qui faisaient une estime singulière de ses poésies. Elles sont si douces et si délicates qu'on les comparait, pour la grâce, à celles de Catulle.

Jean Bernier, historien de Blois, a écrit une Vie de Dampierre, inexacte comme presque tout ce qui est sorti de sa plume. Il nous fait toute une histoire, a propos de quelques petites lettres adressées à sœur Scholastique, qu'il suppose être une religieuse du prieuré de Sainte- Madeleine, tandis que cette savante vierge était abbesse de Saint- Honorat, en Provence.

Dampierre avait chanté de préférence les vertus et les aclions qu'il avait sous les yeux. Sa correspondance avec Faucher, son ami, nous apprend qu'il avait composé un poëme sur la Virginité, et un autre dans lequel il décrit l'horrible action d'un misérable qui, ayant séduit

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une religieuse, l'avait emmenée avec lui. Il est vrai qu'ils avaient été repris et mis en état de faire pénitence.

Enfin notre poète avait encore composé un ouvrage en vers phaleuques, pour enseigner Fart de conduire ou diriger les religieuses.

Il est vraiment fâcheux que tous ces ouvrages de Dampierre n'aient pas été mis au jour. S'il en existe des copies, elles doivent se trouver dans l'ancienne bibliothèque de Lérins.

Quelques-unes de ses poésies se trouvent dans les Délices des Poètes latins de la France. Bernier nous a conservé de lui une petite pièce qui a pour titre : De la manière de préparer les champignons.

Jules-César Scaliger a loué sa facilité et sa douceur, aussi bien que la cadence et le nombre de ses vers. Pour ce qui est des sentences, il ajoute que tout en était plein dans ses poésies, mais de celles qui gagnent le lecteur sans Y incommoder , qui le rassasient sans lui donner du dégoût, et qui l'attirent sans lui faire de violence.

AUDEBERT (Germain et Nicolas).

Un journal manuscrit de ce qui s'est passé dans la famille des Audebert, nous apprend que Germain Audebert naquit a Orléans le 5 mars 4518, d'une famille d'honorables commerçants. 11 fit de brillantes études à l'Université de sa ville natale , et alla ensuite se perfectionner dans un voyage en Italie. Il étudia à Bologne la jurisprudence, sous le célèbre Alcial ; à Venise , à Rome et à Naples , il visita, avec une déférence filiale, les poètes, les savants et les artistes.

Au retour de ce voyage , il se maria à Orléans , et , comme il fallait déjà une charge pour faire figure dans le monde , il se fit recevoir avocat au Parlement de Paris. Il put , dans cette sinécure , cultiver a son aise les Muses latines. 11 se lia d'amitié avec Théodore de Bèze et quelques autres calvinistes, gens d'esprit, mais personnages fort compromettants. Théodore de Bèze eut l'imprudence d'adresser à son ami une pièce de vers sur sa maîtresse , dans laquelle le latin dans les mots bravait l'honnêteté. Audebert, malgré la pureté de ses mœurs , fut compromis, en raison de sa position

officielle. Paris devenait dangereux pour les suspects d'hérésie ; on venait de brûler plusieurs protestants sur la place de l'Estrapade ; le poète Orléanais revint prudemment dans sa ville natale (1548) et acheta une charge de conseiller en l'élection.

Dès ce moment, il ne s'occupa plus de controverse politique ni religieuse. C'était un poète dans toute l'acception du mot, et ce qui tendait à troubler l'accord des partis et l'harmonie de l'Etat lui répugnait. Pendant les guerres de religion , il se consolait , comme les L'Hôpital et les de Thou dans le commerce des Muses, et il déplorait les malheurs de sa patrie en beaux vers latins, dans cette langue alors familière aux poètes Orléanais. Mais, détournant bien vite les yeux de ces sombres tableaux , il chanta l'Italie dans le langage harmonieux d'Horace et de Virgile.

H fit , a la louange de Venise , un poème qu'il dédia a cette république, alors si florissante. Le doge fut si flatté de cet hommage, qu'il créa l'auteur chevalier de Saint-Marc. 11 lui envoya , par Jean Mauro, son ambassadeur en France, le collier de l'ordre, qui était une chaîne d'or a laquelle pendait la médaille de Saint-Marc. Le roi Henri 10, rendant hommage au mérite d'Audebert, l'avait autorisé, bien que simple conseiller, à remplir les fonctions de président en l'élection d'Orléans. Il fit plus encore : il l'anoblit lui et les siens, nés et à naître , le créa chevalier et lui donna deux fleurs de lis d'or pour mettre à ses armes.

Audebert publia ensuite un poème latin sur Rome, dédié au cardinal Farnèse. Le pape Grégoire XHI, comme témoignage de sa reconnaissance, créa l'auteur chevalier et citoyen Romain.

Mais, comme l'a si bien dit le proverbe : Nul n'est prophète dans son pays. Tandis que le Virgile Orléanais recevait des marques d'honneur des souverains étrangers , ses concitoyens lui faisaient un crime de ce qu'il n'avait pas employé son talent poétique à la gloire de sa patrie, de ce qu'il n'avait pas célébré Orléans comme il l'avait fait de Venise, de Rome et d'autres villes : on le traitait de citoyen peu affectionné. Cette querelle littéraire , dont les savants d'Orléans s'occupèrent, devint sérieuse. Les uns prirent parti pour Audebert , les autres contre lui. Il fut attaqué, toujours en latin, par un confrère en poésie, Agnan des Comtes, son compatriote. Louis Alleaume , son

Digiti

ami, bien qu'il fût aussi du métier, défendit Audebert dans une petite épigramme latine, dont le sens est : qu'il était plus glorieux à Orléans d'avoir produit un tel poète, qu'à Venise d'avoir été chantée par lui. Un autre de ses amis fit cet ingénieux anagramme, sur le nom de celui qu'on accusait d'incivisme :

GERMAKUS AUDEBERTUS AGEDUM TER URBANUS ES.

« Courage! tu es trois fois notre concitoyen. »

Nicolas Audebert , fils de Germain , vint à son tour en aide a son père , et comme il se mêlait aussi de poésie , il fit cette réponse ingénieuse aux détracteurs du poète Orléanais : « Quoi! vous vous « étonnez, disait-il (toujours en vers latins), que mon père ait « chanté Venise et non Orléans? Mais Virgile chanta Rome et oublia « Mantoue. »

Et encore Audebert n'avait-il pas oublié sa ville natale. Dans un de ses poèmes en l'honneur de l'Italie, il s'interrompt pour faire l'éloge d'Orléans :

— IAgcris inaQni cltirum qui prtpnatat urbem Alque luos lambit, lurrita Aurélia, muros.

Terra beata soligenio cœloque salubri, Ingentis regni médium cor et aurea scdes,

Orléans, sous tes murs tu vois couler la Loire, Dont le flot vient baigner ces tours qui font ta gloire ; Beau climat, sol fertile, air pur, ciel enchanteur, Cité, qui de la France es la vie et le cœur, 0 mon pays, je t'aime!

Germain Audebert , chargé d'années et de mérite , termina enfin sa carrière le 11 décembre 1598, âgé de plus de quatre-vingts ans. 11 fut enterré au cimetière, devant le charnier, sous la galerie. Son épitaphe , gravée en lettres d'or sur une table de marbre noir, rappelait ses principaux litres a la renommée et a la reconnaissance de ses concitoyens.

Outre les poèmes de Venise et de Rome, on a encore de Germain Audebert un poème latin sur Naples, dédié à M. de Chiverny, gouverneur de l'Orléanais , que l'auteur appelle son Mécène ; des poésies diverses recueillies dans l'ouvrage intitulé : Deliciœ gallorum poe-

tarum, et deux livres de Suives, titre imité de Stace, et qu'on donnait alors volontiers aux recueils de poésies fugitives. Ce dernier ouvrage est resté manuscrit.

Nicolas Audebert, fils de Germain, naquit à Orléans en 4556. Son père dirigea lui-même ses premières études, et, a son exemple, il l'envoya faire un voyage en Italie. Le jeune homme y prit goût , car, au bout de quatre années, Germain Audebert dut le rappeler par une jolie épitre latine. Revenu a Orléans, il débuta au barreau, et gagna sa première cause au siège présidial. Au mois d'août 1582, il fut pourvu d'une charge au parlement de Bretagne. Etant venu à Orléans pour recueillir les derniers soupirs de son père , il tomba malade et mourut six jours après. Tous deux furent enterrés sous la même tombe , dont l'épitaphe portait : Leurs âmes soient entre les bienheureux.

On a de Nicolas Audebert plusieurs pièces fugitives, citées dans le recueil des poètes latins modernes, et divers opuscules.

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